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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 17:58

 

Chagall, Le jardin d'Eden


L’Islam est une religion
mais c’est aussi une culture

 

Spontanément, l’occident a tendance à isoler la religion de la culture. Il le fait, en particulier, pour l’Islam. Mais il ne se rend pas compte qu’il est lui-même modelé, en partie du moins, par la religion chrétienne et que sa manière de penser le monde et son environnement est marquée par un tel héritage. Aussi d’emblée se nourrit-t-il d’idéologie en donnant à sa culture particulière la marque de l’universel, qui est pourtant encore à construire par l’apport des différentes cultures du monde. Il n’est pas question, ici du moins, de remettre en cause l’apport  du christianisme à la culture. Mais en échange il n’est pas normal que nous refusions à l’Islam son apport à la culture universelle puisqu’il est déjà lui-même une culture.

 

Le monde est un grand jardin ouvert à tous ses habitants

A l’origine les mythes nous présentent le monde comme un grand jardin. Il appartient aux hommes de le cultiver, comme si l’être humain était fondamentalement un jardinier. Qu’est-ce à dire sinon que la vie lui est confiée pour qu’il la fasse prospérer ? Il passe ainsi progressivement de l’animalité à l’humanité en cultivant son jardin. Autrement dit, il est appelé à se faire en faisant, et faire c’est essentiellement faire advenir la vie.

 

Dans ce jardin, les hommes doivent cultiver des sujets

Avec l’évolution, l’homme passe du travail du sol pour se nourrir à la culture proprement dite,  qui consiste à faire advenir des êtres libres, responsables et créateurs que nous appelons sujets. Il est ainsi amené à favoriser la gestation de la terre en la rendant féconde et en l’embellissant, et c’est à partir de là, sans décrochage possible, qu’il peut donner naissance à la culture. Aussi l’écologie et la culture sont-elles  depuis toujours intimement liées. C’est à travers des épreuves, des erreurs, des errements de toute nature qu’il arrive alors à ouvrir son chemin.

Un conte arménien, intitulé « Le maître du jardin », nous entraîne dans le cheminement de l’homme vers son destin. Il s’agit, au départ, d’un véritable voyage initiatique. Le roi d’Arménie possède un rosier apparemment chétif mais promis à un avenir extraordinaire. Il s’appelle Anahakan. Or il est dit qu’un jour cet arbre donnera naissance  à une rose généreuse qui conférera au maître du jardin une éternelle jeunesse. Douze jardiniers se succèdent les uns après les autres sans aucun succès. Ils sont maintenant en prison. Assuré de son succès, un treizième arrive. Son nom est Samvel. Il ne craint ni la prison ni la mort. Rapidement une complicité d’amour s’établit entre lui et le rosier. Au départ, il s’intéresse à ses racines, les couvrant de terreau et de fumier  Tour à tour, il l’écoute et lui parle. Ils finissent par échanger leurs secrets. Il y a manifestement un malaise chez le rosier : des gémissements s’échappent de ses racines. « Où as-tu mal », lui dit le jardinier. C’est alors qu’un ver sort de la racine principale. Un oiseau s’en empare, puis un serpent avale l’oiseau. Mais un aigle qui voit la scène de loin plonge sur le serpent et s’en fait un délicieux festin. Aussitôt, le rosier reprend de la vigueur, et puis, au début du mois de mai, un bourgeon apparaît et, en quelques jours, une rose, toute mignonne, offre un merveilleux sourire à Samvel. Plein d’émotion, le jardinier sort le roi de son sommeil en pleine nuit. Un peu chagriné d’être réveillé en plein sommeil, mais aussi vite conscient du miracle qui est en train de se produire, le souverain sursaute, enfile ses chaussures et vient assister à la naissance de la rose. C’est sûr, il est promis à une vie éternelle. Mais les années passent, et une maladie mortelle s’empare de lui. Aussitôt, il fait venir Samvel : « Je croyais pouvoir échapper à la mort. -  Malheureusement, le maître du jardin ce n’est pas vous, réplique Samvel. C’est celui qui veille. » Alors la mort fait son œuvre et le jardinier ferme les yeux du propriétaire du rosier. Et maintenant il  danse au rythme de la vie.

 

L’Islam frappe à la porte du jardin des sujets

Aujourd’hui, l’Islam voudrait avoir sa part dans le jardin des sujets. Il frappe à la porte mais l’Occident prend peur ; il se raidit, cherche à  imposer ses conditions comme s’il était le propriétaire du jardin. Comme nous l’avons déjà souligné, il confond sa propre idéologie avec la culture elle-même.  Alors le dialogue se transforme en rapports de force. Les uns se sentent rejetés et font la sourde oreille, sans vouloir coopérer à un monde qui leur est imposé. Les autres n’hésitent pas à user de violence et dérivent dans des formes multiples de terrorisme. Ce que l’Occident ne voit pas, c’est sa propre violence originelle qui interdit à l’autre l’entrée du jardin.

 

Il faut  lui ouvrir pour le bien de tous

Il n’y a de culture que dans l’interculturalité. Autrement dit l’Islam sortira du rapport de force si les portes du jardin lui sont ouvertes. Il entrera dans l’interaction avec toutes les autres cultures et devra se transformer comme il amènera les autres eux-mêmes à se transformer. Le doute deviendra une exigence pour tous et la critique sera une des règles du dialogue retrouvé. Dans le domaine religieux proprement dit, la foi ne pourra s’enfermer sur elle-même en engendrant de  la toute-puissance. Il n’existe pas de foi sans rationalité, sans pour autant que l’une ne soit réduite à l’autre. Cela, l’occident chrétien l’a appris à ses dépens. Il appartient à l’Islam d’entrer dans cette forme d’ascèse et de purification. Nous ne pouvons lui imposer une telle exigence avant d’entrer dans le jardin de tous. C’est l’entrée dans le jardin qui lui permettra de répondre à un tel impératif.

En France, nous sommes directement confrontés aux problèmes qui sont ici soulevés. La culture et l’identité de chacun ne sont pas données a priori ; elles  se construisent dans un processus historique toujours à reprendre. Il ne s’agit pas d’offrir le trésor de la culture occidentale à ceux qui n’en bénéficieraient pas et de le protéger par de multiples fermetures. Le trésor ne  peut se révéler que dans l’échange des cultures. C’est bien pour cela que nous avons, aujourd’hui, tout intérêt à nous ouvrir les uns aux autres.

Etienne Duval, le lundi, premier mai 2017

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commentaires

A
J’ai lu un peu plus attentivement l’introduction de ta thèse. La dernière partie qui traite directement de l’idéologie et de son fonctionnement est intéressante. Par contre, les différents chapitres, qui ont pour but de définir l’idéologie, prêtent le flanc à la critique comme le marxisme lui-même. Bien que non-compétent, je me permets quelques remarques.
Je ne souscris pas à la définition de la science ni à celle de la théorie qui ne correspondent pas à celles que l’on donnerait pour les sciences dures comme la physique. Ainsi par exemple une théorie en physique est développée aussi bien de manière inductive, se basant sur des faits, que de manière déductive, en étant confirmée postérieurement.
L’opposition science et représentation ne me paraît pas pertinente, la science en elle-même étant représentation. Même chose pour l’opposition science et idéologie : la science si elle est considérée comme décrivant la réalité peut devenir la pire des idéologies, comme l’a été le marxisme dans sa pratique. A ce propos, les définitions de la réalité et de la vérité dans le marxisme sont très insatisfaisantes et sont à la source des problèmes posés par cette idéologie.
Il y a un thème de Marx qui est intéressant, c’est la praxis dans le sens de « poien » qui constitue le sujet, pour reprendre ta terminologie. Mais est-il suffisamment développé dans ce sens ?

Oui, ce que tu as écrit sur l’idéologie, à partir du chapitre III est intéressant et toujours d’actualité. J’ai bien apprécié le chapitre VI sur les concepts : sacralisation, assujettissement, abstraction, dissimulation, spécularité… Ils sont toujours pertinents. Toutefois, je ne pense pas que c’est la « science marxiste » qui permettra de contrer ces déviations. Ne serait-ce pas plutôt la vraie réalité sur laquelle repose le sujet ?
Répondre
E
Merci pour ton attention au texte sur l’idéologie. Je reçois bien tes critiques sur la science et je trouve pertinent que tu aies souligné l’importance de la praxis, comme une forme d’action créatrice. Comme toi je trouve aujourd’hui que les concepts retenus conservent toute leur actualité.
En réalité Marx et Althusser reprennent à leur compte toute une réflexion très présente dans la Bible et chez certains théologiens et philosophes sur la symbolisation et la diabolisation. Ce qui est appelé idéologie avec le rappel d’une forme d’idolâtrie correspond assez bien au processus de diabolisation ou de dé-symbolisation. A ce niveau je trouve qu’Althusser a fait un travail de clarification tout à fait utile.
G
Oui (mais je ne pensais pas que mon long bavardage atterrirait dans un blog sur l'Islam ..., ni qu'il méritait d'atterrir ailleurs que dans nos échanges).
L'idéologie, comme je la conçois à partir de ta proposition précédente (les pierres, les trous, la pâte), est telle que nous sommes constamment dedans. La difficulté est moins d'y échapper que de ne pas se laisser duper par elle, ou bloquer, comme tu dis. Il y aurait lieu de maîtriser raisonnablement nos "affects négatifs" (nos peurs, nos haines : la pâte), de connaître le réel aussi justement que possible (une recherche constante de ce qui peut être la vérité sur tel ou tel sujet : laisser le moins de trous possible). Puis de choisir "en conscience" comme on disait autrefois (du temps où on croyait encore aux consciences). L'important étant bien de choisir. Avec toutes les incertitudes inhérentes à la vie.
L'idéologie dominante de ce moment nous dissuade de choisir (les experts, mieux informés, pensent pour nous). Elle engendre une confusion générale. Avec en plus la complexité (plus ou moins réelle ou alléguée) des choses, le poids et la rigidité des institutions, voilà découragés le choix et la réflexion. Et la politique en agonie (provisoire ?).

Mais je ne veux pas en rajouter, simplement expliciter ma conclusion sibylline.
Bien à toi. Bonne journée.
Répondre
E
Notre discussion sur l’idéologie est née à propos du blog sur l’Islam comme culture. Tes réflexions qui sont loin d’être anodines m’aident à avancer et finalement à simplifier ma propre pensée. C‘est ainsi que je viens de m’apercevoir que Marx et Althusser reprenaient une idée déjà ancienne de la Bible et de la philosophie, qui tourne autour de la symbolisation et de la diabolisation, de la vie et de la mort. Leur dénonciation de l’idéologie, proche de l’idolâtrie, est en fait une dénonciation de la diabolisation. Un des défauts de de la théologie a été d’attribuer à une personne ce processus de diabolisation, ce qui n’empêche pas certaines personnes d’être réellement diaboliques. Personnellement je pense que nous naissons de la mort ou de la violence séparatrice et que nous commençons ainsi par diaboliser au lieu de symboliser. C’est probablement ce que veut exprimer le mythe de la chute dans la Bible. Toute la dynamique de la vie va consister ensuite à jouer entre la diabolisation et la symbolisation, en allant bien sûr dans le sens de la symbolisation.
G
NOUS POURSUIVONS SUR L'IDEOLOGIE

Cher Etienne
Merci de revenir sur la question de l'idéologie. En y réfléchissant, un peu mieux, je pense, saisir les « enjeux » comme on dit, qui se jouent en ce moment, et pas seulement aux Etats-Unis trumpistes ou anti-trumpistes. Dans l'Hexagone aussi. On ne peut présumer ce dernier au-dessus des idéologies grâce à son cartésianisme allégué. Mais la mode du « ni gauche ni droite », du « gauche et droite en même temps » se donne ou est acceptée comme non-idéologique voire anti-idéologique. Or elle l'est au contraire très fortement. De plus (par ailleurs?) on voit bien ce que peut produire ici où là une idéologie meurtrière basée sur une religion qui la permet, voire la nourrit -comme l'ont fait quelques autres-, et qui tient ses origines d'une situation historique analysable, et quelque peu méconnue.
Bref. La situation actuelle peut se caractériser comme une lutte idéologique forcenée contre les idéologies dont certaines le sont aussi.
La première question est de savoir de quoi on parle : puis ce qui se joue en réalité.

Je ne peux argumenter en philosophe ni en économiste, n'étant ni l'un ni l'autre. J'ai retenu ta définition métaphorique : l'idéologie, c'est la matière qui permet de boucher les trous dans les connaissances. Matière très composite, d'origine et de nature incertaines, mais solide, qui donne cohérence et force aux parties plus fermes. En gros : tout ce qui est croyance, ou affects, ou refus de penser etc. par rapport mécanique (ou dialectique?) à ce qui est su d'une manière certaine et vérifié comme étant un reflet aussi juste que possible de la réalité, donc une compréhension correcte de celle-ci. Compréhension toujours discutable, et en ce sens : provisoire.

L'histoire, comme suite d'événements ou de situations et comme étude, offre de très nombreux exemples de ces combats idéologiques, et du fonctionnement de l'idéologie. Deux ou trois exemples :
1) « L'identité nationale »- concept, en soi, fort idéologique. La chose se construit pendant tout le XIXe s. en référence positive ou négative à la Révolution, se perpétue au XX è, avec ses fruits (nouvelles références) : les deux guerres mondiales, puis les guerres coloniales. S'y affirment par rapport aux faits, selon la connaissance ou la perception qu'on en a - ou qui en est permise -, toutes les crispations, les résignations, les peurs, les haines, les espoirs etc... , qui forment cette pâte qui « bouche les trous », tient les faits ensemble par des évidences fausses ou justes ; mais tient aussi ensemble la population dans un sentiment "d'identité", d'appartenance commune, y compris du fait des divisions. Le mot nomme la chose et la consacre.
Puis le temps passe. Les dangers s'éloignent ou changent. Les peurs s'atténuent -ou changent. Il devient possible de mettre en question cette « identité », ou nécessaire de la réaffirmer comme protection collective devant les « nouveaux dangers » (qui arrivent opportunément).
Devant ces réalités, les historiens sont le plus souvent d'une extrême prudence, accompagnent et légitiment le discours ambiant ; mais parfois le critiquent, suivant les connaissances nouvelles, les sources devenues accessibles, qui permettent parfois d'ajouter de nouvelles pierres solides. Encore faut-il l'oser, puis être entendu.
L'histoire de la seconde guerre mondiale est typique de ces combats idéologiques vifs : ceux de la population (avant, pendant et après) ; mais aussi ceux des historiens (principalement après : métier oblige), de Marc Bloch, puis Duroselle, à Lacroix-Riz, sans oublier Paxton et Sternhell qui, les premiers, ont mis les doigts là où il fallait, provoquant la fureur de plusieurs historiens défenseurs de la pâte tricolore.

2) « L'école » au sens général, mais d'abord la Primaire, fixe avec l'habillage qu'il faut les premières « connaissances ». Celles-ci deviennent dès lors des dogmes, qui détermineront définitivement la « compréhension » du réel, et la « cohésion » du groupe (national) par une perception commune et indiscutable (sous peine d'exclusion).
Mona Ozouf a subtilement analysé cela, repérant ce rôle de l'école primaire (celle, surtout, de la troisième république). Suzanne Citron en a fait la démonstration détaillée. L'école a imposé le « discours national ». Après les visions de Michelet (encore célébrées), Ernest Lavisse a -comme chacun sait- rédigé l'Histoire officielle de la France (le « Petit Lavisse ») qui a fait autorité jusque dans les années 1970, et qui était une référence recommandée aux étudiants d'Histoire dans les années soixante. Histoire sainte pleine de raccourcis et de mystifications, d'oublis et de célébrations douteuses. Détienne, après et avant Citron, en a fait un joli tableau (Où est le mystère de l'identité nationale ? Panama, 2008, et : Comment être autochtone, du pur Athénien au Français raciné, Seuil, 2003). Histoire de France, garantie 100 % d'idéologie pure.
L'historiographie de cette question (l'école) montre comment cohabitent, se confortent, et se confondent presque, connaissances et idéologies. Jusqu'au milieu du XX è. et au-delà, l'histoire de l'école s'intéressait à la construction de l'Institution. Celle-ci allait de soi, était suivie dans ses progrès, c'est-à-dire ceux de l'Etat qui arrachait les populations à leur barbarie, leur ignorance, leur apathie (termes qu'on trouve dans les rapports de l'époque). Ce point de vue, celui de l'Etat tout puissant et salvateur, est légitimé par nos historiens (Gontard, Gréard, Fourrier...). Puis, dans les années soixante et soixante-dix, quelques historiens s'avisent que la « demande sociale d'instruction » est le moteur de la scolarisation autant et plus que le pouvoir de l'Etat (François Furet- Jacques Ozouf). Sans doute. Mais cela préjuge que la « demande » (réelle ou pas, et diverse) existait … pour cette instruction-là définie par le haut. De plus, cette notion de « demande » vient directement du discours économique d'alors, et est adoptée comme une croyance, plus qu'une hypothèse. Resterait à faire une « histoire par le bas » : nouvelle mode. Nouvelle sauce idéologique ?
3) Je renonce à prendre cet autre exemple : l'histoire de « la guerre froide ». Les peurs, les aversions -ou les enthousiasmes, les illusions mêlées à des connaissances, à des « faits », tout cela constitue un bloc - et même deux !, qui s'affrontent. Le recul et la lecture d'Howard Zinn notamment permettent de voir (si l'on veut bien y jeter un œil - Zinn : Une histoire populaire des Etats-Unis, De 1492 à nos jours, Agone, 2002-201) ce qu'a d'artificiel la construction de ces « blocs », qui masquent et révèlent les enjeux réels. Quel système économique doit dominer le monde ?

On a presque une réponse. Quoique ….
Je considère, quant à moi, que la réponse n'est ni dans les faits, ni dans la sauce qui les tient. Elle n'est pas « idéologique », mais morale au fond. Je veux dire au fond de chacun de nous.


Excuse-moi d'avoir été bavard.
Gérard
5. VI. 2017
Répondre
E
Merci Gérard de continuer la discussion avec beaucoup d’à propos sur l’identité nationale, l’école, les guerres, la guerre froide. Nous sommes effectivement dans chacun de ces cas en pleine idéologie. Pour moi l’idéologie consiste à bloquer les choses lorsqu’elles sont à notre avantage, mais plus négativement, c’est vouloir échapper à la dynamique de la vie, qui, comme le dit un conte chinois ‘Echange et partage », consiste à entrer dans la dynamique du partage. Mais pour partager il faut accepter de manquer pour faire sa place à l’autre. Dans l’idéologie, on est dans la toute-puissance, dans la dynamique de la vie, on en sort. C’est bien pour cela, comme tu le dis, que la réponse est, chaque fois, au fond de nous (je choisis la vie ou la mort).
J
Bonsoir Etienne , merci pour ta réponse . Moi aussi j'apprécie bcp la culture arabo-andalouse , perse etc ...Musique , architecture , jardins .
Répondre
J
J ai été très intéressée par les échanges autour de la question de l Islam et du livre d Etienne, plus particulièrement -10 mai G.Jaffredoux/Etienne- mais je n ai malheureusement que survolé la lecture et pas eu le temps d'approfondir ma réflexion pour contribuer. J ai noté des références qui sont aussi les miennes.
La mise en relation avec l'actualité politique en France aussi m a beaucoup intéressée.
Peut-être aurais-je quelque chose à en dire.
Pour l'instant, merci pour cet espace de qualité où le doute est permis .Bonne jounée à tous.
Répondre
E
Merci Juliette. Je réémerge parce que mon ordinateur était chez le réparateur.

A bientôt !
J
Bonjour Etienne,

Merci pour ces analyses éclairantes.
Oui je souhaite ardemment cet échange de cultures, qui me semble indispensable. Quand les conflits Chiites / Sunnites seront dépassés ?
Il me semble te suivre sur ton approche de " l’universalité occidentale toute puissante " mais j'avoue que j'ai beaucoup de mal à comprendre comment on pourrait admettre les mariages forcés de jeunes filles etc. ...

Autre aveu d’ignorance ... je ne vois pas ce que tu veux dire dans les phrases : " Il n'existe pas de foi sans rationalité, sans pour autant que l'une ne soit réduite à l’autre. Cela, l'occident chrétien l’a appris à ses dépens. "

(L’élection de Macron me réjouit ; j'espère qu'il aura une majorité suffisante pour gouverner et mettre en œuvre son programme d’ouverture. Cette volonté de dépasser les Gauche/Droite me convient et me semble nécessaire. A suivre, mais je veux bien tenter le pari d’une réussite ou de ce qui s’en rapproche !)

Belles journées de mai. J'espère que tu peux apprécier les fleurs et les couleurs du printemps.
Amitiés.
Répondre
E
Pour moi, la religion n’a de sens que si elle sert de catalyseur pour toutes les autres cultures. Il me semble que l’Islam en est encore loin. Il est le ferment d’une réelle spiritualité qu’il faut préserver. Mais en même temps, il est encore, pour une part, dans une toute- puissance qui peut aliéner les individus et stériliser les cultures qui lui sont associées. En lui reconnaissant sa dimension de culture, c’est se donner la possibilité d’une critique, et d’une remise en cause qui peut lui permettre de se dégager de l’idéologie qui le gangrène. Le christianisme est passé par là et il doit encore poursuivre le travail de purification dans lequel il est déjà bien engagé. La religion n’a surtout rien à faire avec les mariages forcés de certaines jeunes filles et elle a tout à perdre en maintenant l’opposition sunnisme et chiisme telle qu’elle se présente aujourd’hui.
Si la religion ne se réduit pas à la rationalité, elle a tout intérêt à développer une dialectique avec elle pour se dégager’ de ce qui n’a rien à voir avec elle, pour s’ouvrir à une authentique spiritualité.
Et puis, par ailleurs, j’aspire à voir réapparaître toutes les richesses de la culture arabe que la religion a contribué à cacher.
E
Si j’ai insisté pour reconnaître l’islam comme une culture, c’est pour qu’il puisse entrer en interaction avec les autres cultures et, en particulier avec la culture occidentale, qui insiste sur le sujet et la liberté. Par une sorte de déviation dont il faudrait rechercher les sources, l’Islam s’est trop enfermé dans la toute-puissance et a, pour une part, voilé toute la richesse de la culture arabe sous-jacente. Cette culture est extraordinaire et un des gros problèmes est de la révéler au monde. Mais, pour cela, il est souhaitable que l’Islam devienne un catalyseur de cultures au lieu de les stériliser, comme l’entraîne à le faire son excès de toute-puissance. La vérité de l’Islam se révélera dans sa capacité à catalyser au lieu d’enfermer. Une telle libération le christianisme l’a faite pour une part non négligeable de lui-même. Il reste à l’Islam de s’engager dans la même voie, c’est-à-dire de se libérer.
Répondre
G
Je comprends très bien ton point de vue qui est raisonnable et rationnel. Bien entendu la destruction du capitalisme ne peut être un préalable, surtout compte rendu de ce qu'il est devenu : une machine mondiale d'une complexité folle où le pouvoir est on ne sait où exactement, et d'autant plus fort. Et je veux bien qu'un jour ou l'autre, les contradictions, les décalages seront tels que des évidences s'imposeront et que des solutions pourraient être inventées, et mises en œuvre progressivement, sans qu'on puisse rien décider à l'avance ni prévoir et décider un moment favorable. Ce que je peux prévoir, c'est "qu'un jour ou l'autre", je serai mort (comme disait, je crois, Bernard Maris en face de cet argument ...).
Je suis conscient que Macron a compris que les partis politiques, dans leur forme historique et dans ce cadre institutionnel de la Vé république, ont vécu. Il y a mis les pouces, a bien joué, on ne regrettera pas la plupart d'entre eux. Mais on verra ce qui se produira. Il y a des morts qui ont la vie dure.
Ce qui me soucie, comme citoyen de base très moyennement informé (et peu militant), c'est deux ou trois points simples (à formuler).
1° que montrent cette élection, son déroulement, et le résultat, sur l'état politique de la société française, institutions comprises, ses représentations le futur qu'elle se veut.
2° j'admets que des "valeurs" diverses, contradictoires et complémentaires peuvent nous animer ou nous immobiliser. Oui, mais que pèsent ces "valeurs" personnelles ou collectives dans la réalité des forces (économiques, sociales, politiques etc.) SI celles-ci (les forces) ne sont pas comprises parfaitement et affrontées (un jour ou l'autre, plusieurs jours et plusieurs autres) d'une manière adéquate, à inventer, sûrement.
3° mon sentiment est que Macron (et ceux qui le soutiennent) a tout pour brouiller ces compréhensions- là et désarmer les oppositions éventuelles, les combats qui pourraient se mener. Mon sentiment est que les idéologies dominantes ont acquis un pouvoir énorme (en quelques décennies - depuis les années 80) et que du même coup, les facultés d'analyse et de lutte se sont peu à peu, puis rapidement effondrées. Pour le moment. Car on ne sait jamais. Mais je doute que "Macron" (son règne) facilite des reprises de conscience et des combats amples et efficaces. Ou alors ce sera malgré lui : il ferait monter les contradictions et les décalages, et ferait voir malgré lui les évidences. Mais étant donné l'état actuel, pitoyable, des forces et analyses politiques, qu'en sortirait-t-il ? Tout est possible, même le pire du pire. Mais aussi un meilleur surprenant. Si du moins nous sommes encore là pour être surpris.

Bien amicalement.
Merci encore pour ce dialogue qui m'aide.
Gérard
Répondre
E
Je parie pour le meilleur surprenant, en restant ouvert à la nouveauté portée par l’élan de la vie mais aussi à la critique…
G
En ce qui concerne l'idéologie, nous en avions déjà pas mal parlé et j'avais fini par commencer à comprendre. Ton texte m’a fourni des bases qui me manquaient.
Sur l'islam, je ne peux rien dire d'autre. Je souhaiterais que la culture qu'il produit ou accompagne ou reprend, aide les musulmans à se débarrasser en effet de ce qui relève de l'idéologie (l'absolutisation de ce qui ne devrait pas être absolu) par un retour à ses fondements (comme le christianisme l'a fait ... tardivement, laborieusement, mais complètement ? - pas sûr, on sait bien)
De même pour le marxisme. La réflexion sur l'idéologie devrait se poursuivre, s'amplifier. Gramsci l'avait commencée, et n'avait guère été suivi (je ne connais pas bien cet aspect de l'histoire). Marx n'était probablement pas "marxiste".
Mais si le marxisme revient à ses "fondamentaux" il redirait sans doute, d'une manière précise et rigoureuse que le capitalisme est toujours la propriété des moyens de production (et de pouvoir) par une classe consciente et organisée maintenant mondialement. Il pourrait en sortir une définition renouvelée de la gauche et de la droite : la gauche, c'est lutter résolument contre l'organisation, et autant que possible l'existence même du capitalisme et pas seulement contre quelques-uns de ses effets. La droite, c'est accepter le capitalisme, le favoriser, l'organiser, le justifier, le légitimer etc. (grâce à une idéologie dominante qui n'est pas ressentie comme telle).
Pour le moment, cette "définition" sommaire ne prévaut pas, loin de là. J'entendais ce matin Benoît Hamon refuser le Ni-ni de Macron, et définir la gauche ... (j'attendais !) comme la "défense des classes populaires et moyennes". Rien de plus. Tout le monde, depuis le MRP, est ou peut être d'accord avec ça !
C'est pourquoi, de mon point de vue, je dis que Macron ne peut être et de droite et de gauche, ou ni de droite ni de gauche. Cela relève de l'imposture. Le "ni de droite ni de gauche" est typiquement de droite. Le "programme" enfin annoncé, les ralliements l'indiquent assez. Et un minimum de "culture" (historique par exemple) aide à repérer l'imposture, l'impensé ou le non-dit, c'est-à-dire l'idéologie.
Il va de soi pourtant qu'une certaine dose de pragmatisme peut-être utile, que quelques décisions peuvent ne pas engager ces choix ; que les meilleures décisions sont toujours prises en commun, dans une réflexion honnête et rationnelle. (Je suis sur ce point d'accord avec Simone Weil dans sa "Note pour la suppression générale des partis politiques", 1950, Sillage 2016. - mais qui l'a fait ? Et qui le souhaite ?). Les grands choix sont à faire, au niveau des gouvernants : le travail et les droits des travailleurs, l'environnement menacé, la justice devant la contribution aux finances de l'Etat, la solidarité dans la santé, le service public garantissant une vraie égalité devant l'enseignement, la qualité des transports, des communications, etc., tout cela engage des luttes pour ou contre les logiques du capitalisme et pour ou contre ceux qui les défendent par intérêt ou par conviction. Je ne vois pas comment faire ou penser autrement. Sauf à dire que le capitalisme n'a rien à voir dans ces décisions là... Ce que j'aurais du mal à admettre.
Ou alors il faut me convaincre que, comme en 40, la partie est perdue. Définitivement. Que l'histoire est fermée. Et qu'il faut se contenter de gérer au mieux le monde tel qu'il est.
Je souhaite, au fond, me tromper. Et que cet épisode bizarre débouche sur un apaisement, sur plus de justice, et quelques renouveaux dans la réflexion. On verra...
Merci en tous cas pour ta patience à supporter mes élucubrations, ce qui me force à les corriger souvent. Ou les approfondir un peu.
Très cordialement.
Gérard
Répondre
E
Pour moi, la partie n’est pas perdue, loin de là. Le problème, c’est qu’on ne peut partir de la suppression du capitalisme. La société n’est pas prête et vouloir le faire aujourd’hui, ce serait inévitablement bloquer la machine politique. Si j’ai bien compris, le projet de Macron ne veut pas supprimer la gauche et la droite : il crée un nouveau parti dont la vocation est de les articuler de manière féconde. Dans ce cadre, il n’est pas souhaitable que ce parti obtienne la majorité absolue : il suffit qu’il soit présent de manière significative pour que le gouvernement puisse fonctionner. Et il arrivera normalement un jour où la contradiction entre le développement social et la propriété privée des moyens de production finira par s’imposer. Mais, c’est vrai, le déni est toujours possible. Comme toi, je pense, en effet, que le rapport de force qui trouble le fonctionnement de la société est précisément celui qu’impose le capitalisme. Si Macron a un mérite c’est d’avoir perçu que notre système politique est bloqué et de faire en sorte qu’il puisse repartir. Le moment décisif est encore à venir et il prendra bien des années pour arriver.
G
Je viens d'achever la lecture de ton texte « Théorie de l'idéologie ».
J'avoue être entré dedans sans difficulté, avec l'impression bien réconfortante que mes approximations, lors de nos précédents échanges, n'étaient pas si fausses, par rapport à tes analyses et à ta présentation du problème.
Je (me) résumerai comme ceci : l'idéologie est la justification d'une situation historique de domination, éventuellement ou le plus souvent violente ; ou de la lutte contre celle-ci. Elle fait croire que cette domination est naturelle, est un absolu, donc indépassable en fait et indiscutable en droit ; et inversement la lutte contre elle. Elle est en tous cas la rationalisation qui « bouche les trous » entre des connaissances (produites par la science), et qui masque les approximations ou les ignorances quant au réel ; elle utilise de l'irrationnel, rencontre les psychismes anciens produits par d'autres situations socio-économiques, et conservés, et s'appuie sur eux. De sorte que les idéologies sont (ou peuvent-être) en décalage avec la réalité historique, en refus par rapport à son évolution probable, et peuvent être dénoncées et combattues comme... « idéologies »...par l'idéologie dominante qui, elle, prétend détenir la vérité absolue. Puisqu'elle domine.
Ai-je bien compris ? C'est en tout cas ce que je retiens pour le moment.

J'ai apprécié ton interprétation de la religion chrétienne à la lumière de ton cadre conceptuel. Je comprends mieux l'invitation de Jolif, adressée aux marxistes. De leur point de vue, la religion, qui ne comporte guère de connaissance du réel, est de part en part une idéologie. Elle « bouche un trou » très vaste par un système foisonnant de croyances maintenues par une autorité institutionnelle « infaillible ». Mais j'admets et j'affirme qu'elle donne cependant une « sagesse » sur le monde et l'humanité (à quoi fait peut-être accéder la « Foi » ?).
Que dirais-tu, avec le même cadre, de l'islam qui, semble-t-il, peine à prendre en compte l'historicité et est bardé d'absolus qu'on pourrait qualifier d'idolâtres, matière de base de l'idéologie...?

Je trouve ton analyse fort intéressante, car elle permet de s'y retrouver dans la confusion générale, je veux dire la mystification qui caractérise et produit la situation politique actuelle : l'élection présidentielle. Les « idéologies » de résistance inspirées par le marxisme (plus ou moins bien lu et digéré) sont disqualifiées par une longue lutte historique contre elles, contre ceux qui s'en prévalent, et leurs « utopies », dénoncées comme des mystifications criminelles. L'idéologie adverse (qui prétend ne pas en être une), qui promeut le « marché » et ses lois comme horizon souhaitable et indépassable - et dès maintenant comme norme de vie- a triomphé en la personne d'un brillant (?) expert (qui n'a pas, lui, d'idéologie, mais une compétence technique). Cela plaît et rassure. On ne sera pas (croit-on !)mystifié ; on n'aura pas de choix à faire, puisque seule compte la « réalité » avec ses chiffres et ses lois. Il faut maintenant et d'urgence adapter les psychismes au monde fluide comme le marché, impératif comme ses lois. Nos esprits doivent devenir agiles et malléables, ouverts aux « réformes », mais durs et armés pour la compétition. (Hors de toute idéologie, bien sûr, et enfin!).
Le choix était entre cette « rationalité » lisse, séduisante, prêchant un monde futur, ouvert (à quoi?) - et une religion sommaire : le nationalisme d'un autre âge, bourré d'affects haineux nourris dans des enfermements. Dans les deux cas, un peu de culture, qui donnerait le recul nécessaire « pour penser l'impensé », serait le bienvenu.

Pour tout te dire, je suis d'autant plus sensible à ton analyse que je viens d'achever la lecture de mes chers Pinçon, Pinçon-Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, La Découverte, (2016), qui montrent comment et sur quelles bases réellesse construit une idéologie dominante, en même temps qu'une domination réelle. (Ceci me donne à penser que le déni du « clivage droite/gauche », à la mode et devenu sinon officiel , du moins accepté le 7 mai, est très idéologique ; il repose sur l'ignorance, le déni de cette réalité : la domination de la classe bourgeoise, qui ne doit pas être mise en question).
Et j'achève , de Christel Coton, Officiers, Des classes en lutte sous l'uniforme, Agone, 2017, qui est un cas particulier et peu connu du précédent travail. Un bel exemple de formation d'une idéologie, l'idéologie militaire, « cadrée » par l'institution à laquelle il faut -si on souhaite y être parmi les meilleurs- se conformer et en adapter les codes et les « valeurs », y compris le goût des « concepts simples ». (On comprend en passant le caractère inopérant de l'idéologie anti-militariste, qui, ignorant la réalité de son objet, néglige ce qui le conditionne, s'agace devant un folklore -détestable-, des postures, et, « en miroir », devient à son tour ce qu'il veut dénoncer).

Quoi qu'il en soit, nous sommes tous, suivant nos diverses appartenances, dans de l'idéologie, et plus ou moins selon, dans nos jugements, la dose de connaissance et d'approximation, de raison et d'affects, et suivant notre compréhension de « l'historicité » ou notre dérapage dans l'absolu ou l'abstraction. Le recul, la culture permet d'éviter le pire.
Il est significatif, et inquiétant, qu'il en ait été fort peu question ces dernières semaines.
Il n'est évidemment pas trop tard pour essayer de mieux faire.

Merci et bien cordialement.
Gérard
9. V. 2017
Répondre
E
Je trouve que tu as très bien compris ce qu’est l’idéologie, d’autant plus que tu l’exprimes dans tes mots à toi.
En ce qui concerne l’Islam, il est bien sûr qu’il reste chez lui une certaine dose d’idéologie. Et c’est pour cette raison que j’ai avancé l’idée qu’il était aussi une culture. En disant cela, j’ai cherché à la soumettre aux règles de la culture elle-même avec la dimension critique, les remises en cause, l’historicité et le jeu de la foi et de la rationalité. Par ailleurs, en favorisant son interaction avec les autres cultures, on peut l’aider à se libérer de sa gangue d’idéologie. Il me semble que le travail a été fait, en partie du moins, pour la religion chrétienne.
Personnellement je ne veux pas me battre pour la religion mais pour l’espace de la spiritualité, qui ouvre sur un au-delà, sur une vision qui nous conduit, comme tu dis, vers plus de sagesse.
En ce qui concerne la situation actuelle, je suis moins critique que toi par rapport à Macron. Je ne pense pas qu’il veut supprimer la distinction entre la gauche et la droite : ce sont des dimensions indépassables comme le masculin et le féminin. Mais il cherche à les sortir de leur opposition stérile pour qu’elles puissent se féconder l’une, l’autre, y compris à l’intérieur de l’individu lui-même car chacun porte en soi des valeurs de droite et des valeurs de gauche. Pour moi, c’est ce qu’il y a, chez lu, de révolutionnaire. Par ailleurs il semble avoir compris qu’il est nécessaire de favoriser la constitution du sujet (qui est toujours un sujet social) pour permettre à chacun d’affronter une mondialisation à laquelle on ne peut pas échapper. Enfin, ayant beaucoup travaillé sur le chômage et l’insertion, j’approuve son idée de miser sur l’innovation pour créer de nouveaux emplois. Mais bien sûr, je laisse l’espace ouvert à la critique.
Enfin je pense comme toi que la gauche a tout intérêt à revenir à ses sources marxistes, en ce qui concerne l’idéologie. L’apport de Marx à ce niveau n’est pas dépassé. En tout cas il permet de faire apparaître certaines fausses pistes dans lesquelles nous sommes, aujourd’hui encore, engagés. Et il nous fait prendre conscience que personne n’échappe vraiment à l’idéologie. Il faut lutter contre tout en sachant qu’elle demeure un carburant pour permettre à la société de survivre. En tout cas, nous avons pour tâche de débusquer les rapports de force et la violence originelle, qui contrarient les progrès de notre humanité.
M
Bonsoir Etienne,

Culture... tous les peuples ont une culture... La culture arabe...ou la culture islamique? et depuis quand? Et les musulmans ne font-ils pas un amalgame et nous avec entre les cultures arabes et la culture de l'Islam.

Et quand les espagnols parlaient d'architecture mozarabe, il me semblait qu'ils tenaient compte des apports arabes à ce que les conquérants musulmans (donc l'Islam) avaient érigé en péninsule ibérique.
Répondre
E
Pour moi, l’Islam est un élément important de la culture arabe, qu’il a remodelée dans les interactions qu’il a provoquées si bien qu’il est difficile, aujourd’hui, au moins ici et au Moyen-Orient, de séparer les deux. Cependant, pour le bien de la religion elle-même, il est important de tenter d’isoler ce qui vient d’une forme de révélation et le contexte culturel dans lequel elle s’est manifestée.
E
Ce qui est sûr, c’est que les religions n’échappent à l’idéologie. Peut-être le passage de la religion à la foi permet-il d’en sortir, mais à condition que soit respectée la dialectique foi et rationalité.
Répondre
E
Plus simplement, l’idéologie sert à justifier rationnellement un rapport de force qui n’a rien de rationnel, qu’il soit d’ordre économique, social ou culturel.
Répondre
G
C'est exactement ce que je pense et je le dirais exactement dans ces termes....

.... en précisant que cette " justification" est empreinte de "mauvaise foi" au sens de Sartre si je me souviens bien de mes très anciennes lectures ; et en pensant, perplexe, à cette demande de Jolif adressée à ses amis communistes de l'époque, de bien vouloir ne pas considérer la "religion" comme une idéologie - si je me souviens bien de son propos - ce que pourtant -et c'est moi qui l'ajoute- elle est trop souvent. Est-ce plus vrai pour certaines religions que pour d'autres, pour l'Islam que pour les religions chrétiennes, ou généralement pour les monothéismes ?
Je ne saurai dire.

Bon dimanche !
Gérard
G
En réponse à l’idée que l’idéologie pourrait être l’inconscient de la culture
Peut-être.
A première vue, je dirais plutôt l'impensé, voire l'impensable (ce qui, en un sens, revient à ce que tu proposes). J'ajouterais même que la culture est peut-être ce qui permet de penser cet "impensable".
Répondre
E
J’essaie de réfléchir. L’idéologie pourrait être une justification d’une violence originelle, demeurée inconsciente, un moyen d’intégrer cette violence. En ce sens, elle pourrait être un matériau de choix pour la psychanalyse et pour l’imaginaire en littérature. En ce sens encore, elle pourrait bien être une des faces inconscientes de la culture. Et là je te rejoins lorsque tu dis qu’elle pourrait permettre de penser l’impensable.
G
Je lis en ce moment, de Howard Zinn, Une Histoire populaire des Etats Unis, De 1492 à nos jours, Agone, (2002, 2004), qui s'efforce de montrer crûment les réalités qu'ignore ou minimise notre perception des Etats Unis, car elle se fait à travers une idéologie - en grande partie fournie par "eux"- et qui "bouche les trous de notre rationalité" (j'aime bien ta métaphore très exacte) en consolidant et en aveuglant celle-ci.
Mais nous sommes loin de l'islam et de la culture. Ou pas si loin. Rodinson, que tu connais, montre comment les spécialistes de l'Islam et du monde arabe, des linguistes notamment, ont certes des connaissances pointues qui leur donnent autorité, mais limitées. Ils voient donc souvent leur objet avec les a priori et stéréotypes de leur époque, qui "bouchent les trous".
Cela n'arrive pas qu'aux linguistes spécialistes de l'Islam. Mais c'est une autre question.
Bien amicalement.
Répondre
E
Figure-toi que mon dernier envoi était resté en brouillon. C’est ce qui explique qu’il t’arrive si tard. C’est vrai, l’idéologie est partout même chez les spécialistes et ceux qui leur donnent des leçons. Et si l’idéologie, en un sens, était l’inconscient de la culture ?
E
La religion, une partie intégrante de la culture
4
Les travaux des anthropologues traitent généralement de la religion comme partie intégrante de la culture sous toutes les latitudes. A tout le moins y voient-ils un système symbolique parmi d’autres. De plus, il apparaît nettement, en bien des cas, que la religion a été le noyau créateur de telle ou telle culture. C’est le cas de l’apport chrétien lorsqu’il est perçu comme recueillant en une synthèse spécifique le triple héritage du judaïsme, de la pensée grecque et de la civilisation romaine. Sans compter que, pour les cultures d’Extrême-Orient, envisager la rencontre entre cultures sans envisager la rencontre des religions serait une entreprise insensée, comme nous le disent des théologiens asiatiques : une « vivisection » en quelque sorte. Certes le concept de religion ne saurait être utilisé de façon univoque. Mais il est courant de l’employer aussi pour des traditions de pensée et de sagesse aussi différentes du monothéisme chrétien, juif ou musulman que le sont les multiples versions de l’hindouisme ou du bouddhisme. Concernant le christianisme, Jean Paul II déclarait à l’UNESCO le 1er juin 1980 : « la foi est créatrice de culture ». Dans ce discours la définition de la culture étant très large, – et en définitive ce par quoi l’homme accède à l’humain –, le lien fondamental du christianisme avec la culture tient au fait que la Révélation biblique comporte par essence « l’affirmation de l’homme pour lui-même, et non pour quelque autre motif que ce soit ». Lors d’une conférence au collège des Bernardins, à Paris, en septembre 2008, Benoît XVI expliquait, dans une leçon magistrale, comment la foi en Christ vécue selon la vocation monastique, à partir de l’écoute de la Parole de Dieu, avait donné naissance, en vertu de sa propre logique, à des productions culturelles sur le registre de la philosophie tout autant que sur celui de la langue et de la littérature, de la musique, et finalement de l’art de vivre.
5
Historiquement, le christianisme ne s’est jamais voulu indemne de tout enracinement culturel. A vrai dire le christianisme n’a jamais existé en dehors d’une culture. Le contraire n’aurait pas été pensable pour une Révélation strictement liée à l’histoire et culminant dans « le Verbe fait chair ». Né dans le cadre du judaïsme, le christianisme a connu dès l’origine, non seulement par la langue mais encore par tout un appareil conceptuel, une entrée dans le monde grec dont l’empreinte a traversé les siècles. Nous sommes là devant un acquis où la racine juive, l’imprégnation hellénique, les conséquences de la rencontre des barbares à christianiser ont imprimé une marque définitive. L’avènement de la société moderne à son heure n’a pas manqué de provoquer des résistances comme des alliances. Le soubassement culturel n’avait pas varié substantiellement tant la conception de la vie sociale restait tributaire d’idées et de pratiques transmises en climat chrétien pendant des siècles. Lorsque Jules Ferry écrivait aux instituteurs en 1883, il leur demandait d’enseigner une morale certes détachée de tout fondement religieux, mais qui n’en était pas moins pour lui « la morale de Kant et du christianisme ». C’était le temps où les impératifs éthiques de la société coïncidaient avec ceux que l’Eglise transmettait par sa catéchèse. Comment occulterait-on la part d’opposition au christianisme que comportait, dans la philosophie des Lumières, la volonté d’émancipation de la raison par rapport à toute hétéronomie religieuse ? Il n’empêche que, par-delà les polémiques, la tradition chrétienne et la tradition laïque se rejoignaient dans des présupposés communs. Beaucoup aujourd’hui précisément déplorent l’érosion de ces fondements.

Appuyer sur Etudes pour resituer cette partie d'article dans son contexte.
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G
Cet article est référencé par google.
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G
Merci Etienne,
Je pensais et je pense toujours que ma réflexion est un peu hors sujet et bien sommaire.
Ta réponse m'éclaire sur ce qui est à la base de l'idéologie : l'absence de recul critique sur ce qu'on avance, qui relève par conséquent plus de la croyance que de la pensée. Croyance qui prend dès lors une tournure subjective et absolue. Le recul fait défaut, c'est-à-dire qu'est absente la capacité de saisir le contexte : le non rationnel ou les circonstances historiques parfois aléatoires, ce qui détermine en partie nos réflexions, croyances et positions. C'est sans doute ce qui nous fait oublier les limites de notre point de vue et l'intérêt des apports autres, pas toujours si "étrangers" que ça, d'ailleurs.
J'avais été très intéressé par Jack Goody, Le vol de l'histoire, Comment l'Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde, (2006) Gallimard 2010, 610 p. (Folio). Il examine l'historiographie produite sur l'histoire de l'Europe, et montre qu'elle considère un peu rapidement que l'Europe a (presque) tout inventé, alors qu'elle doit beaucoup aux cultures autres, notamment arabes, orientales, etc..
Somme toute, que l'islam soit "une culture", cela me paraît indiscutable. La question est de pouvoir discuter sainement de l'islam et de la culture, avec tous les reculs souhaitables de part et d'autre.
Je redis mon bien peu de compétence sur la question. Mais je continue. Merci pour cette stimulation.
Bien cordialement.
Bonne fin de semaine !
Gérard
Répondre
E
Ne t’inquiète pas. Ta participation au blog est toujours fructueuse pour moi, car tu vas précisément chercher des éléments de culture française ou étrangère pour éclairer et alimenter le débat. En ce qui concerne l’idéologie, je suis d’accord avec toi. Elle dépend, comme dit Marx, de la situation dans laquelle nous nous trouvons, situation en général mais plus particulièrement la situation économique. Plus fondamentalement encore elle tente de cacher des rapports de force non justifiés et assez souvent une violence originelle, dont nous n’avons pas conscience ou plus conscience. Elle bouche les trous de notre rationalité. Les Etats-Unis ont dû masquer et masquent sans doute encore leur violence originelle pour la constitution de leur nation. Il en va de même d’autres pays. Je t’envoie, en fichier joint, le chapitre d’une thèse de sociologie, que j’ai produite en 1973 sur Marx et l’idéologie sacerdotale. Il me semble que je pourrai le signer encore aujourd’hui.
J
Bonjour Etienne, Je viens de lire ton blog. Pour ma part, je pense être ouvert à l'Islam, ce qui n'est pas le cas de Marine ni de ses électeurs mais que faire si ce n'est de voter en faveur de son challenger ? Amicalement.
Répondre
E
En tout cas, Marine a montré qu’elle n’était pas apte, au moins pour le moment, à devenir présidente de la république. En ce qui concerne l’Islam, je pense qu’il y a, par derrière une forme d’opacité idéologique, une telle richesse qu’il faut tout faire pour que nos deux cultures puissent se féconder l’une l’autre.
G
Cher Etienne,
Une fois de plus, je ne saurai dire grand-chose sur ton sujet : je ne connais pas suffisamment l'islam pour juger comment celui-ci est ou n'est pas une idéologie à combattre éventuellement ou à accepter pour discussion et apports (pourquoi pas ?).
Quelques remarques seulement.
1) Il y a peu, j'ai lu avec intérêt et pris avec quelques pincettes, de Jacques Ellul « Le Bluff technologique ». Ellul y évoque -entre autres choses- les populations du « tiers-monde » qui se jugent « en retard » par rapport aux bienfaits des technologies modernes et obligatoires. Or il fait observer dans que l'islam fournit une « idéologie unificatrice, mobilisatrice et combattante », dispose d'une large base démographique, d'où sort un bon nombre de « kamikazes au dévouement illimité » Il prévoit en conséquence une « guerre contre les pays développés » (p. 428). Publié en 1988. Aucun bon sentiment ne peut faire oublier cette réalité. Reste à l'analyser. (Je signale le petit bouquin de Jean-Yves Le Drian : Qui est l'ennemi ? Cerf, 2016, 87 p. )
2) Je ne saurais dire comment l'islam fournit cette base idéologique. Quelle est sa théologie ? Laisse-t-elle une large place à une réflexion rationnelle autonome ? Donc à des choix hors des croyances imposées ? Quel est le poids de ses intellectuels ? Comment fonctionne son organisation, en tant que religion qui ne dispose pas d'une Eglise (ou, pire ou mieux, de plusieurs) ? Comment interagissent les mouvances et traditions opposées ? Quel est le poids, à cet égard, du contexte politique et social, local et international ? Je ne me hasarderai pas sur ces terrains.
3) En attendant des réponses à ces questions, je crois pouvoir dire (je pense ne pas être le seul à le supposer) que l 'oumma telle qu'elle semble vécue par beaucoup de musulmans, rend ceux-ci réticents pour condamner sérieusement et radicalement la violence des « kamikazes dévoués » et encore moins l'organisation dont ceux-ci se réclament, et pour s'y opposer efficacement. Il faudra que je relise Slavoj Zizek, Jean-Pierre Filiu et d'autres.
4) Il faut aussi regarder honnêtement l'histoire des rapports entre les puissances -et les populations- occidentales depuis seulement le XIXe ou les XXe siècles (Cf. Jean-Baptiste Duroselle ; Maxime Rodinson, La fascination de l'islam, La découverte, 1989). La colonisation, l'exploitation qu'elle a installée, les destructions économiques, politiques, sociales, culturelles qu'elle a légitimées, la répression cynique contre les efforts (peu modérés il est vrai, de leur côté) de « libération nationale » : tout cela qualifie peu pour donner des leçons recevables de modération, de justice, de respect de l'humanité (Cf. Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence africaine, 1955, 2004). Il ne s'agit pas de se flageller, mais de voir la réalité et de comprendre comment nos voisins peuvent, de leur côté, la voir. « Nous » voir.
5) Une des difficultés dans cette affaire est « notre » propre idéologie, notamment française. Sujet délicat. Mais constamment contourné. « Nous » avons aussi « notre » oumma. Il est entendu que la France est le pays des droits de l'homme, qu'elle est une et indivisible. Cette affirmation a, depuis 1792 et 1875, et Lavisse, le poids d'un dogme (Suzanne Citron, Le Mythe national, Ed. de l'Atelier, 2009, Cf. p. 169-70- réédité 2017). L'usage de la guillotine est un « détail de l'histoire » (un ministre de l'intérieur devenu ultérieurement président de la république en sait quelque chose). Ceux qui mettent en doute ces dogmes-là sont suspects, et méritent la guillotine (devenue symbolique depuis le président évoqué ci-dessus). Ceci a deux effets. D'abord, est biaisé tout débat qui met en question l'innocence et la perfection morale de la France, et qui interroge sa responsabilité « dans les malheurs qui la frappent et dont elle ne veut pas voir les causes » (Bossuet). De plus et d'autant plus, cette posture est partagée largement (certes avec des nuances...) par toutes les positions politiques, qui toutes pratiquent un fétichisme de l'Etat tel qu'il est et de la Nation éternelle. Le jacobinisme est ainsi le terreau du nationalisme et du racisme. Entre le jacobinisme forcené de Mélenchon (pour qui j'ai néanmoins voté) et le nationalisme délirant, puant le pétainisme, des Le Pen, je ne vois que des différences de degré.
On peut dire que c'est déjà ça, et se positionner à son tour sur l'échelle.
Je préfère quant à moi, ne pas y grimper. Et garder ma liberté d'esprit, autant que possible. Je trouve ceci préférable pour examiner les problèmes de ce temps. Et celui que tu poses requiert beaucoup de modestie, et de science. Et je n'ai ni l'une ni l'autre.
Bien cordialement.
Gérard JAFFREDOU.
3 mai 2017
Répondre
E
Merci Gérard pour ta recherche et ta réflexion, qui m’aident à affiner un peu les miennes. Tout d’abord, il ne fait aucun doute pour moi que l’Islam est une culture, dans la mesure où il intègre différentes strates culturelles qui n’ont rien à voir avec la religion et dans la mesure aussi où il fournit une grille d’interprétation pour conduire sa vie. Mais le couple foi et rationalité ne fonctionne pas bien et, de ce fait, la critique interne est en partie bloquée. Il me semble que les intellectuels musulmans que je connais en ont bien conscience. Aussi l’idéologie est-elle omniprésente alors que le rôle de la culture est précisément de la minimiser pour permettre la construction de sujets ouverts à la science, à l’universel et, par là même, à la reconnaissance de tout ce qui nous échappe. C’est pour cette raison que je plaide pour une plus grande ouverture du côté de la culture occidentale pour permettre à la culture de l’Islam de se confronter à l’autre, de sortir des rapports de force en les faisant accéder à la parole. Nous avons besoin de ce travail préliminaire pour accéder à la très grande richesse de cette autre culture, que voile son excès d’idéologie. Mais comme tu le remarques toi-même notre propre regard est obscurci par une idéologie interne dont nous n’avons pas conscience. Il nous reste alors à commencer par enlever la poutre qui est dans notre œil pour prétendre enlever la poutre et la paille qui sont dans l’œil de l’autre. Ensuite nous pourrons laisser se féconder nos deux cultures pour une avancée humaine de grande ampleur.
S
Pour moi l'islam ne sera crédible que lorsque cessera la guerre de religion entre sunnites et chiites et lorsqu'il aura éradiqué les djihadistes.
Répondre
E
Ce que je propose, c'est précisément de faire passer les rapports de force dans la parole.
S
Merci de faire référence à l'article sur oxymoron fractal.

Appuyer sur Schmitt-Chevalier pour voir la référence.
Répondre
C
Avec son rosier miraculeux, le roi d'Arménie poursuit une idée.
Celle-ci estessentielle pour lui et futile pour l'observateur.
Mais elle lui fait faire un bout de chemin et la fin est tout autre.
Qui n'en passe pas par là?

Claude
Répondre
E
En réalité, il s’agit de passer de l’idée à une forme de catharsis, qui nous met sur notre voie : je suis le roi, le jardinier, le rosier et finalement la rose grâce à une progressive intériorisation.
G
L'islam ne sera crédible que lorsque cessera la guerre de religion entre sunnites et chiites et lorsqu'il aura éradiqué les djihadistes.
Répondre
E
C'est vrai, mais si je dis qu'il faut ouvrir les portes, c'est aussi ouvrir les portes, au doute, à la critique à la remise en cause, et tout cela par la parole
P
Le tresor réside dans l'echange des cultures : telle est la conclusion du texte. Mais alors pourquoi l'introduire (ce texte) par un reproche à l'occident (qui est celui-là?) en affirmant qu'il utilise la religion pour gommer la culture. Je me sens fatiguée d'avoir à être culpabilisée d'appartenir soi disant aux ex esclavagistes, ex colonialistes, ex chretiens....
Ne serait-ce pas dans la culture occidentale et chrétienne de toujours vivre dans la culpabilité?
Répondre
E
Ce n’est pas un reproche à l’occident. C’est l’idée que la culture est interculturalité et donc liaison avec toutes les autres cultures. Ainsi aucune culture ne peut prétendre être universelle tant qu’elle ne fait pas sa place aux autres. Il n’y a pas à avoir de la culpabilité pour cela. Nous sommes tous logés à la même enseigne.
S
L’islam n’est pas une religion au sens occidental du terme, ni un système d’obligations religieuses littérales, comme l’entendent de nombreux musulmans (ou islamophobes) aujourd’hui, assure l’universitaire Shahab Ahmed. Dans « Qu’est-ce que l’islam ? », cet enseignant de Harvard définit celui-ci comme une culture, une civilisation, une manière d’être et même, plus fondamentalement, un acte d’interprétation. L’islam est d’abord une forme de production de sens. Or le Coran et les hadiths n’en sont pas les seuls dépositaires. L’islam tel que le conçoit Shahab Ahmed est aussi l’expression de la vérité contenue dans la réalité qui préexistait à la Révélation, et dans les significations qui ont été données au corpus après elle. Une œuvre comme le Divan de Hafez, poète persan du XIVe siècle, fait donc à ses yeux partie intégrante de l’islam. Et cela même s’il chante les plaisirs du vin, de l’amour érotique et dénonce l’hypocrisie des moralistes. « Le livre de poésie le plus copié, le plus distribué, le plus lu, le plus appris, le plus récité, le plus invoqué et le plus proverbialisé de l’histoire islamique », rapporte The Nation, est bien davantage qu’une œuvre littéraire : il témoigne des idéaux entretenus dans une grande partie du monde islamique pendant un demi-millénaire.
S’appuyant sur des sources juridiques, théologiques, littéraires issues de manuscrits du monde entier et rédigées dans plus d’une douzaine de langues, Ahmed étudie les incohérences entre le texte sacré et les pratiques ou réflexions des musulmans de toutes les époques. Loin de voir dans ces contradictions l’effet de déviances ou du hiatus entre religion et culture islamiques, l’auteur les juge constitutives de l’islam même. Et se désole que nombre de musulmans d’aujourd’hui n’adhèrent plus à la conception de leur culture comme une négociation permanente entre les vérités -héritées de l’avant, du pendant et de l’après de la Révélation. S’en tenant au seul texte, ils perdent selon lui le lien avec des pans -entiers de leur civilisation.

NB. Appuyer sur Shahab Ahmed pour avoir l'article sur internet.
Répondre
E
Je retiens deux choses : l’Islam est une culture dans la mesure où ilest producteur de sens et également parce qu’il est « une négociation permanente entre les vérités -héritées de l’avant, du pendant et de l’après de la Révélation. S’en tenant au seul texte, ils perdent selon lui le lien avec des pans -entiers de leur civilisation ».
F
Merci Etienne, je réponds rapidement, ma santé ne me permet pas de longues réflexions élaborées... mais juste un petit mot, en partant aussi de mon expérience:
Tout accueil et attention de l'autre, de la personne, mais aussi de la culture, de la religion différente doit pouvoir s'inscrire dans une démarche dynamique d'écoute, de compréhension, de partage... mais pas à sens unique, si c'est dans une relation, chaque partie en jeu doit pouvoir écouter, comprendre etc... l'autre. Difficile d'entendre que je dois comprendre et faire de la place pour une culture "autre" et "différente" de la mienne si la culture "autre" et "différente" ne sait pas faire place à celle du "partenaire", sinon, à sens unique ça ne marche pas, ce n'est pas suffisant, ce n'est pas une relation et un échange, une interaction, donc pas constructif... à chacun sa responsabilité...me semble-t-il...
À creuser et à vérifier en action... Francesco
Répondre
E
C’est vrai qu’il doit y avoir réciprocité. Mais il se trouve que la position de chacun n’est pas la même. La culture occidentale me semble plus dans une position de toute-puissance. Encore que cela est à creuser et à vérifier concrètement dans chaque situation. En tout cas merci de ton écoute.

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
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  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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