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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 10:43

 

 

 

 

 

Attention ! La théorie du complot nous rend fous

 

Il y a, dans la compagne présidentielle actuelle, quelque chose de malsain. Au-delà de l’éclairage opéré très légitimement par les journalistes, nous sommes fréquemment dans un climat de dénonciation et de manipulation. L’ombre et le secret tendent à prendre la place de la lumière. Il y a ceux qui tirent les ficelles pour récupérer un pouvoir qu’ils ont perdu. Il y a aussi ceux qui développent des théories du complot. C’est ainsi que, chaque jour, la presse nous livre des révélations pour discréditer les candidats les uns après les autres. Et nous nous habituons à imaginer un monde politique qui se tisse en dehors de nous, dans des ateliers sauvages, cachés dans les sous-sols de nos habitations. Ainsi de plus en plus, la réalité nous échappe et nous finissons par nous en accommoder. Il est temps de prendre conscience que la théorie du complot nous rend fous.  Chacun imagine que le fou est celui qui perd la raison. En réalité, le plus souvent, il a tout perdu sauf la raison. Ce qu’il perd, c’est le contact avec la réalité. La théorie du complot ne retient que les éléments rationnels qui vont dans son sens. Sans doute n’a-t-elle pas complètement tort. C’est pourquoi nombre d’intellectuels se laissent prendre par l’apparente scientificité qu’elle développe. En fait, elle est foncièrement manipulatrice car elle a toujours raison. Elle opère par simplification : elle oublie tout ce qui est le fait du hasard, tout ce qui survient et que l’on n’attendait pas, en un mot tous les éléments qui constituent le tissu concret de la réalité journalière.

Nous voilà constamment retenus par la rumeur. Nous croyons sortir de la naïveté en prenant contact avec la réalité secrète. En fait, l’esprit critique nous est retiré parce qu’il s’appuie sur du vent. Ce que nous prenons pour de la pensée n’est que l’écho ravageur des théories du complot. Dans de telles conditions, le vrai débat politique devient impossible. L’avenir va se construire sans nous. Il est temps de sortir de la folie en renonçant à toutes les théories du complot pour reprendre contact avec le réel et retrouver notre dimension de sujet responsable. C’est à cette condition que tous ensemble nous aurons quelque chance de faire advenir une société nouvelle.

Etienne Duval

 

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commentaires

Claude 02/05/2017 21:16

Cela en est lassant de voir la paresse maladive de la campagne... le vide s'installe...
Claude.

Duval Etienne 02/05/2017 21:56

Il y a du vide mais il y a, de la part des citoyens, un intérêt croissant. Personnellement, c'est la première fois que je vois un tel enjeu...

Kdhir Moncef,Scienes-Po Lyon et avocat international 29/03/2017 17:02

Politiques : servir la cité et non pas se servir.
Par Moncef Kdhir
En France, les élus de gauche comme de droite ont tendance à vouloir rester au pouvoir à vie. L'actuel président de la République était déjà Premier ministre à l'époque où Leonid Brejnev était secrétaire général du Parti communiste de l'URSS ; tandis que son prédécesseur n'a jamais songé à démissionner, malgré la gravité de sa maladie, qui devait l'emporter quelques mois seulement après son long règne de quatorze ans à l'Elysée. Par ailleurs, la plupart des hommes politiques cumulent plusieurs mandats et s'attribuent fiefs et obligés. Malgré quelques timides « réformettes » pour limiter les cumuls, la situation n'a guère changé dans la pratique. (ceux qui ne peuvent pas exercer les fonctions de maire par exemple, en vertu du droit actuel sur le cumul, se font nommer au poste de premier adjoint et décident de facto à la place du « maire », simple paravent juridique). Pour paraphraser Isaac Newton, les hommes (politiques) construisent trop de murs (autour d'eux) et pas assez de ponts. Qui peut sérieusement contester, aujourd'hui, notre enlisement dans les marécages d'une « démocratie » en trompe-l'oeil, où le débat politique est réduit à un jeu de rôle entre la droite et la gauche caviar avec l'extrême droite comme arbitre ?
Le système actuel est sclérosé, il ne laisse aucune place à l'innovation des hommes et des idées ; c'est pourquoi il faut avant tout inventer de nouvelles formes d'organisation. Une autre grille de lecture est possible pour tenter de remédier à la grave crise que traverse le personnel politique dans l'opinion publique. Dans « L'Esprit des lois », Montesquieu considère que « lorsque, dans la République, le peuple en corps a la souveraine puissance, c'est la démocratie, lorsque la souveraine puissance est entre les mains d'une partie du peuple, cela s'appelle une aristocratie ».
Pour démocratiser le régime et désacraliser la fonction publique, je propose d'introduire dans la Constitution trois articles assez simples et brefs :
1. Nul ne peut exercer plus d'un mandat politique à la fois ;
2. Nul ne peut exercer plus d'un mandat dans le même domaine ;
3. Tous les privilèges, avantages et facilités liés à l'exercice du pouvoir politique sont abolis.
Pour contourner l'obstacle de l'opposition probable des élus, viscéralement attachés à leurs privilèges et par conséquent hostiles au vote de cette réforme constitutionnelle, la solution peut se trouver, finalement, entre les mains des citoyens, qui peuvent imposer directement cette nouvelle pratique, lors de chaque élection, par l'élimination pure et simple, et d'une manière systématique, de tout candidat qui se trouve en marge de la réforme proposée.
Le jeu démocratique doit être ouvert et les citoyens audacieux. Chacun peut se souvenir de la phrase de René Char : « Qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience. » En principe, les bonnes volontés ne manquent donc pas, pour s'engager dans une initiative aussi transparente et bénéfique pour la démocratie, il convient simplement de fédérer les citoyens autour de ce projet d'intérêt commun et général.
Encore faut-il que l'électeur soit informé et éclairé sur les enjeux et les avantages de la réforme projetée, pour anticiper son application. Normalement, c'est le rôle de la presse et des médias en général de porter ces idées à la connaissance du public ; malheureusement, les supports appropriés sont rares, pour relier la diffusion d'une information, qui à terme peut remettre en question la pérennité de certains notables. En fait, certains médias sont-ils complices de la caste politique en place ? Il paraît difficile de nier qu'il y a toujours dans la plupart des médias en France une forme de complaisance à l'égard du pouvoir politique. La démocratie a besoin de médias vraiment indépendants.
L'exemple allemand est intéressant par rapport à la forte indépendance éditoriale vis-à-vis du pouvoir politique et dont les médias français feraient mieux de s'inspirer, plutôt que de participer à la surenchère d'une société de la notoriété, où les « journalistes » s'invitent entre eux et invitent souvent les mêmes hommes politiques, pour fournir des « cerveaux disponibles » à la médiocre et même offre politique. Mais quel que soit l'obstacle du système politico-médiatique pour entraver cette réforme, il ne faut nullement se décourager. « Si tu ne cherches pas l'inespéré, tu ne le trouveras pas », disait Héraclite. La propagande officielle, prolixe en discours sur la « pseudo-démocratie », doit tomber de son haut. Même si l'entretien de ce mythe est établi dans les textes avec la complicité des juristes, il s'agit là d'un simple vernis qui n'a aucune consistance, si ce n'est l'utilité de fournir à peu de frais l'illusion de vivre en « démocratie ». Car, comme le dit Pierre Legendre : « Les élaborations juridiques peuvent être comiques et, néanmoins, fonctionner efficacement » (Pierre Legendre : « Jouir du pouvoir », Editions de Minuit, 1976).
Le personnel politique doit comprendre que sa nuit du 4 août interviendra tôt ou tard et qu'on n'a pas besoin de demeurer longtemps en fonction pour bien faire et prospérer dans l'histoire : Pierre Mendès France a assuré la présidence du Conseil de juin 1954 à février 1955.
Mettons en tout cas ces propositions en débat pour les enrichir, les fortifier et les critiquer. On croit souvent qu'il faut inventer des idées pour sortir de la crise du système actuel, alors que la priorité est avant tout d'inventer de nouvelles formes d'organisation politique qui permettent la production d'idées originales.
Le temps est donc venu de remettre la démocratie réellement entre les mains de chaque citoyen, pour mettre un terme à la dégradation incessante d'une fonction qui était à l'origine des plus nobles : servir la cité et être au service des autres et non pas se servir et être au service de sa carrière politique. Le non-cumul, le non-renouvellement des mandats et l'abolition des « privilèges » peuvent largement y contribuer.

Etienne Duval 29/03/2017 17:21

Les questions que nous nous posons aujourd'hui et les propositions que nous formulons pour échapper aux dérives de la théorie des complots étaient déjà présentes dans l'article de Kdhir Moncef, professeur à Sciences-Po Lyon et avocat international, en juin 2005. Pour retrouver l'article dans les Echos, il suffit d'appuyer sur Etienne Duval.

Charles Lallemand 27/03/2017 15:52

Oui, c'est bien "l'autre", l'altérité, dans sa fonction par rapport au tiers qui permet au "moi" idéal d'éviter le mimétisme du "même" dont la notion d'identité (item en latin) tire son origine : "s'identifier à ".
Mais, pour en revenir au délinquant, il y a, me semble-t-il, inconsciemment de sa part dans sa confusion comme tu le dis du "moi" avec "l'autre" qu'en se prenant pour la victime, "l'autre", ce n'est pas lui - quelque part dans "le trou du Réel" si je puis dire - qui "a fait défaut" (délinquere en latin) à l'Autre, aux autres, à la société - il n'a ni culpabilité, ni dettes à leur égard - mais c'est à lui, le délinquant, "à qui" l'Autre, les autres, "on" a fait défaut ! Et c'est la société alors qui est en dette à son égard et à qui il en veut; d'où le côté symbolique de son acte qui peut le mener jusqu'au terrorisme : il ne vole pas seulement pour s'enrichir mais dans une dérive de son "idéal du moi", ce qu'il faudrait pouvoir entendre.
Amicalement,
Charles

Etienne Duval 27/03/2017 15:58

C’est vrai qu’avec la théorie du complot dans la campagne présidentielle, nous sommes dans la problématique de la délinquance. Le délinquant croit pouvoir se disculper en inventant un coupable imaginaire, qui l’innocenterait de ses propres méfaits. Mais cela n’est pas possible parce que le réel résiste.

Charles Lallemand 26/03/2017 21:47

Pour le blog - si ce n'est pas trop l'alourdir - cet ultime commentaire avec un peu d'humour et une légère correction à la fin à propos du "moi" idéal où il s'agit plutôt, me semble-t-il, de mimétisme ; car le narcissisme, quand il est bien vécu, assure au contraire un bon équilibre entre "moi" idéal et "idéal" du moi.
Merci Étienne d'insister à propos de la délinquance et de son soubassement incestueux sur la fonction du "tiers" sans laquelle le sujet, faisant fi du Symbolique, se trouve piégé par son Imaginaire dans une relation duelle qui peut bien être sa réalité mais qui n'est qu'un leurre par rapport au Réel. C'est ce qui apparaît, comme tu le dis, dans les dérives qu'entraîne la théorie du complot.
Je pense aussi pour ma part à une autre illustration, celle qu'on pourrait déceler dans cette phrase maintenant célèbre : " Moi, Président de la République " ; il suffit de la sortir de son contexte, c.à.d. de lui retirer sa virgule et ses majuscules pour n'en faire qu'une image dérisoire de son auteur se contemplant devant son miroir. C'est ce qui se passe en effet quand, retirée du personnage ce tiers qu'est sa fonction symbolique - et plus encore sous un régime présidentiel - s'opère une confusion, voire une fusion entre "moi" et "président", autrement dit - selon la judicieuse distinction de Freud - entre "moi" idéal, le mimétisme, et "idéal" du moi, l'idéalisme ; d'où le fanatisme. Et pour qui se prend-il celui-là ?
Mais, comme disent les journalistes, n'anticipons-pas !
Amicalement,
Charles

Etienne Duval 26/03/2017 22:03

Tu as raison de souligner une dérive présidentielle possible, qui risque de vider le président de sa fonction de tiers dans la mesure où il confond le moi et l’autre. Il ne peut y avoir de tiers que s’il y a de l’autre chez celui qui exerce la fonction de président. Dès lors que le moi et l’autre sont confondus, la fonction de tiers ne peut plus s’exercer. En tout cas, c’est ce que je pense. Il me semble que Fillon ne respecte pas cette altérité s’il cherche à tout mettre sur le dos du complot. Le complot peut exister mais il n’explique pas ses propres dérives personnelles incompatibles avec une fonction de tiers… C’est au nom de cette altérité que doit porter le futur président de la république, que le candidat doit être irréprochable. Le complot ici, si l’on peut parler de complot, ne fait que révéler un comportement incompatible avec la fonction recherchée.

Charles Lallemand 24/03/2017 21:24

Sur l'idée de ton texte : " la théorie du complot nous rend fous", voici - après l'analyse fort intéressante qu'en a fait en cinq étapes un enseignant,Thomas Vescovi, avec ses élèves d'un lycée de Seine-Saint-Denis, la réflexion personnelle à laquelle tu m'as amené.
Avec cette théorie du complot qui tend à une manipulation imaginaire des faits tout en la voulant rationnelle tel un bon polar, alors que, comme tu l'observes très justement, elle ne prend pas en compte tout ce qui est l'effet du hasard, c.à.d. "le réel" et non seulement "la réalité" dont chacun différemment nous le percevons, y compris Donald Trump soudain surpris que sa campagne électorale utilisée manifestement à seule fin d'alimenter le business de sa téléréalité l'ait propulsé Président des États-Unis, nous risquons fort de nous retrouver nous-mêmes - que ce soit individuellement ou collectivement - les propres manipulateurs de cette supposée manipulation.
C'est en effet ce à quoi mène la politique quand elle s'affranchit des règles de l’État de droit - un État à définir "pour la paix", aurait précisé Emmanuel Kant, et non "pour la guerre" dans la dialectique hégélienne du maître et de l'esclave puis plus récemment, selon l'américain Samuel Huntington, sous prétexte de "choc des civilisations".
Or pour nous protéger de ces manipulations, conspirations, complots, nous ne trouvons en guise d'outils que la censure et la multiplication de lois réelles que dans un État purement répressif l'éducateur, le policier et le juge n'ont d'autre tâche que de faire appliquer. C'est ainsi qu'au nom de cette théorie du complot a été crée sous la Terreur en 1793 un Comité de "Salut public", puis après le 11 septembre 2001, en marge de toute loi, la prison de Guantánamo, enfin chez nous aujourd'hui la prolongation sine die de l'état d'urgence.
Mais l'enfermement, notamment par la censure, de supposées manipulations n'a jamais rien résolu et ne fait que développer ces objets de fixation que l'on voit précisément apparaître dans les périodes de crise ( au sens étymologique de choix à décider), constituant de véritables fantasmes selon ce phénomène de cristallisation que Stendhal dans De l'amour a si bien décrit : " On jette, dans les profondeurs abandonnées de la mine de sel gemme, un rameau d’arbre effeuillé par l’hiver; deux ou trois mois après on le retire couvert de cristallisations brillantes: les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d’une mésange, sont garnies d’une infinité de diamants, mobiles et éblouissants; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif..." Si ce n'est qu'ici il ne s'agit pas du fantasme de l'amour mais d'une forme de paranoïa où l'on voit des ennemis partout.
Aussi me paraît-il essentiel, particulièrement en cette période de campagne électorale - ce à quoi, si j'ai bien compris, nous invite ton texte - de porter notre attention non sur ce que présuppose toujours l'hypothèse d'un complot : la manipulation d'objets de domination, d'avoir, de pouvoir - producteurs-consommateurs, finalement, marchandises " vous valez combien ? " seul critère sur lequel, tous tant que nous sommes, nous finissons par être évalués - mais en tant que sujets et j'ajouterai : y compris sujets de notre inconscient, qu'il soit individuel ou collectif.
Et là précisément la censure n'a pas prise car elle ne s'intéresse qu'à ce qui est permis et ce qui ne l'est pas, allant par exemple jusqu'à détourner l'esprit de la laïcité en s’arrêtant aux questions de tenues vestimentaires soupçonnées de prosélytisme, ce dont la loi de 1905 s'était bien gardée. C'est qu'en effet le sujet c'est aussi celui de notre désir inconscient, celui-là même - pulsion de vie, pulsion de mort - qui est objet du refoulement ; car ce qui constitue le désir ce n'est pas le permissible dans le champ imaginaire du "discourscourant" comme l'appelait Lacan mais, dans le champ symbolique, le manque qu'introduit l'interdit fondamental du meurtre, de l'inceste et par suite les lois du langage.
C'est ainsi que la délinquance - souvent le premier pas vers le terrorisme - se fonde sur la réalisation d'un lien incestueux, d'où l'annulation du tiers paternel : par son acte le délinquant réduit le père et les structures sociales à l'impuissance ; ce n'est donc pas ici un comportement fou, telle la psychose où le père est forclos, hors symbolique, n'existe pas ; simplement il est déchu. Le scénario - éducateur, policier, juge - ne fait alors que renforcer cette délinquance car sa culpabilité, le délinquant ne la situe pas dans le champ des lois réelles mais dans celui symbolique de son désir et de son manque par rapport aux lois du langage.
Aussi, bien au-delà de la théorie du complot ou - dans l'environnement eschatologique actuel de la fin des temps - avec l'existence supposée d'un paradis - voire d'un enfer - comme seule réponse aux désastres de notre planète, je te rejoins tout-à-fait pour que nous ne cessions de "reprendre contact avec le réel et retrouver notre dimension de sujet responsable", sujet aussi de notre inconscient - individuel, collectif - que la technoscience voudrait éradiquer alors qu'il est partout si présent.
C'est en effet comme sujets que nous avons à répondre ; responsables de notre humanité et, pour le coup, prenant conscience de la dimension bien réelle - non seulement guerrière, mercantile, technicienne, aventurière - de nos civilisations, mais d'abord symbolique, c.à.d. tout simplement humaine...en droits !
Amicalement.
Charles

Etienne Duval 24/03/2017 21:41

Ce que je trouve d’original, dans tes propos, c’est l’idée que la délinquance, premier pas vers le terrorisme, se fonde sur la réalisation d’un désir incestueux qui écarte le tiers paternel. De là, il n’y a qu’un pas vers la dérive de la théorie du complot : ce n’est pas moi le responsable, c’est l’autre qui construit la trame de la réalité à son avantage. Ainsi la théorie du complot me dégage de ma propre responsabilité de sujet et m’écarte du réel. Elle fait l’inverse de ce qui nous est demandé aujourd’hui : nous constituer comme sujet responsable pour affronter le réel dans toute la dimension de la mondialisation.

Thomas Vescovi 22/03/2017 09:14

Le complotisme déconstruit par la pédagogie, par Thomas Vescovi
3 mars 2017
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4 Commentaires
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Professeur d’histoire-géographie dans un lycée public de Seine-Saint-Denis, Thomas Vescovi a constaté chez ses élèves une véritable méconnaissance des questions politiques.
Des lacunes qui ouvrent généralement un boulevard à toutes les théories conspirationnistes, leur permettant de trouver des solutions simples à la complexité du monde.
Sans jugement de valeur ou prédication rééducatrice, il décidé d’aborder ces questions frontalement avec ses élèves. Avec un double objectif : démêler de la croyance cultuelle toute forme d’ instrumentalisation politique, et politiser les croyances complotistes pour mieux les appréhender.
L’auteur nous explique les raisons de sa démarche pédagogique en trois étapes. Déroulez les différentes parties du menu pour lire la suite.
Déconstruire les théories du complot en politisant le complotisme
Pourquoi une telle démarche pédagogique ?
Étape 1 : Historiciser les croyances
Étape 2 : Comprendre "le" politique
Étape 3 : Chercher des pistes de sortie
Constat : Pas de solution miracle
Thomas Vescovi
« Thomas Vescovi, Professeur et chercheur en histoire contemporaine diplômé de l’université Paris 8. Ses terrains de recherche sont, notamment : le Proche-Orient, la société juive israélienne et ses relations avec la société palestinienne. Il est l’auteur de Bienvenue en Palestine (Kairos, 2014) et La mémoire de la Nakba en Israël (L’Harmattan, 2015). Il collabore avec différents médias tels que Middle East Eye, The Maghreb and Orient Courrier, Les clés du Moyen-Orient, L’Orient le Jour… »

http://www.meltingbook.com/theorie-complot-politique-thomas-vescovi/

Etienne Duval 22/03/2017 09:20

Je vous renvoie à l’article, en son entier, publié sur internet. Il vous suffit, pour cela, d’appuyer sur Etienne Duval.
Cet article nous est transmis par Charles Lallemand

Moncef, l'immigré, professeur et avocat 16/03/2017 11:27

Moncef me confie :

1. La théorie du complot a toujours existé
2. Elle se développe d’autant plus que le niveau culturel est bas
3. Si elle se développe en France, c’est le signe que le niveau culturel général est moins élevé qu’on ne le pense

Etienne Duval 16/03/2017 11:28

Merci à Moncef de nous alerter gentiment sur un problème réel

Josiane Bochet 16/03/2017 09:26

merci pour ton analyse courageuse et éclairante de cette campagne de caniveau , haineuse ( sauf Macron et Valls me semble t'il ) qui ne peut guère nous réconcilier avec la politique ou les politiques ... Les abstentionnistes = premier parti de France , les "Plus Rien à Faire , Plus Rien à Foutre " ont toutes les raisons , y compris celle de la théorie du complot , de ne pas voter . Ce qui ouvre un boulevard à deux candidats extrémistes qui s' accrochent à cette quête du pouvoir .
Retrouvons le bon sens et gardons la tête froide ...

Etienne Duval 16/03/2017 09:32

Oui il est important de résister à tout ce qui nous écarte de nos responsabilités de citoyens, comme la théorie du complot elle-même. Si tout se joue en sous-main, notre pouvoir devient illusoire…

Nicolas 12/03/2017 21:29

J'ai souri en lisant ton article sur la théorie du complot en relation avec la campagne présidentielle. La théorie du complot désigne une interprétation spéculative (donc, souvent fausse) d'évènements inities par un groupe agissant dans l'ombre. C'est le cas du 11 septembre et de bien d'autres.
S'agissant de la campagne présidentielle actuelle, la probabilité d'un complot me semble très grande. Les affaires "Fillon" sortent après le primaire de la droite, juste à un moment qui empêche le Parti Républicain de trouver une alternative. C'est la seule possibilité pour la gauche (ou presque avec "en marche") de gagner cette élection après ces 5 ans. Je peux encore argumenter (qui peut distiller ces informations?). Beaucoup auraient apprécié que ces affaires sortent avant le primaire.

Sortant de cette théorie, l'élection "surprise" de Fillon a étonné. Qui a fait cette élection? "Sens Commun" a mobilisé ses soutiens avec les réseaux sociaux (une estimation de 200.000 à 400.00 a été donnée). Ce fut la seule corporation à le faire. Pour qui ont voté les 500.000/600.000 électeurs de gauche? Contre Sarkozy (dit-on) et contre Juppé (le candidat le plus dangereux pour la gauche et "En marche).

Donc, cette théorie du complot ne nous rend pas fous puisqu'on est loin d'une spéculation.
Le résultat de l'élection présidentielle est donc faussé par ce complot "éventuel" ourdi très près de la présidence. Que dire des soutiens de Macron? Les plus proches de Hollande se rangent derrière lui: Le Drian....et surtout le plus grand ami du président, l'avocat Mignard.

Etienne Duval 12/03/2017 21:49

Il n’y a pas que l’affaire Fillon, qui est en cause. Depuis quelque temps on s’en prend aussi à Macron. J’ai reçu plusieurs mails en ce sens. Par ailleurs, les socialistes ont souvent voté pour Juppé. Et peut-être que certaines manœuvres s’opèrent à l’intérieur des partis eux-mêmes. Ce que je dénonce ce ne sont pas les manœuvres, mais l’idée que tout se joue dans l’ombre, ce qui nous déresponsabilise et nous écarte de la réalité. Par ailleurs ceux qui font les mauvais coups ne sont toujours des acteurs de première ligne. Nous savons bien que les donneurs d’ordre se cachent…

Marius Alliod 12/03/2017 18:43

Je ne sais pas s'il faut qualifier de malsain une campagne où les têtes de listes sont le résultat de débats jamais réglés. En tout cas je suis bien d'accord que la réalité nous échappe et qu'on ne sait plus à quoi s'attendre quant à la finale de l'élection. L'héritage dont jouit Fillon fait de lui l'héritier dont on parle le plus, mais est-il plus que ce qu'on en dit qui fait de lui quelqu'un d'un peu médiocre.
Dans le camp socialiste on se défend mal de voir surgir des gens en désaccord qui ne pourront jamais se départager.
On attend que la situation se clarifie. M. Alliod

Etienne Duval 12/03/2017 18:56

Merci Marius d’apporter ta contribution au débat. Il faut attendre, comme tu dis, que la situation se clarifie. Mais, personnellement il me semble que le voile est en partie levé. Macron a eu l’audace de transgresser un interdit, celui de faire jouer ensemble la gauche et la droite et, de cette façon, il permet de passer du blocage à la fécondation. Le seul intérêt de la gauche et la droite ne consiste pas à se bloquer l’une et l’autre, mais de jouer ensemble pour produire un plus. Parmi les candidats, Macron est un des rares qui ait appris à penser, au contact de Ricœur et dans collaboration avec l’équipe d’Esprit, très marquée encore par Emmanuel Mounier. A Sciences-Po, il ne semble pas que l’on apprenne à penser. On serait plutôt dans l’art de présenter des dossiers à défendre.

Cadvl 11/03/2017 21:51

Ton texte est juste lorsqu’il condamne la théorie du complot mais il serait aussi juste d’en rechercher les origines. Je ne sais pas si les censures sur l’information sont généralisées dans nos pays dits démocratiques mais elles sont de plus en plus présentes chez nous. Sont-elles nécessaires ? En tous cas leurs effets sont très négatifs. Il y a les censures officielles qui interdisent les discussions sur certains faits historiques, la diffusion de certaines données statistiques, il y a les autocensures pour ne pas stigmatiser, ou parce que ce serait contraire aux idées générales du media, il y a encore les autocensures des journalistes vis-à-vis des hommes politiques qu’ils côtoient. Il y a aussi de ce fait la pression de la pensée unique. Internet permet de faire sauter ces barrières mais comme ce n’est pas totalement public les mensonges s’y glissent aussi et peuvent fonder faussement la théorie du complot. A mon point de vue libéralisons l’expression de chacun et la théorie du complot y perdra sa raison. Comme exemple un peu farfelu, on nous rebat les oreilles sur la vitesse, cause des accidents de la route, il est bien évident que si la vitesse des véhicules étaient nulle il n’y aurait pas d’accident.

Etienne Duval 12/03/2017 09:47

Tu as tout à fait raison lorsque tu dénonces les censures, les autocensures, les interdits qui, comme la théorie du complot, nous détournent de la réalité. Nous détruisons ainsi tous les jeux nécessaires de la vie en général et de la vie politique en particulier. Nous pensons que l’homme est raison mais il est aussi passion et c’est surtout la passion qui alimente le jeu. On peut légitimement critiquer un homme comme Macron mais il réussit intelligemment à lever un interdit, celui de jouer entre la gauche et la droite. Il y a bien une opposition entre la gauche et la droite, mais cette opposition n’a de sens que si elle est féconde, si elle pousse à la création. Si l’on procédait de la même façon entre les hommes et les femmes, l’humanité finirait par disparaître. Lorsqu’on examine la vie des grands hommes politiques, on s’aperçoit qu’ils naviguent entre la gauche et la droite : De Gaulle est foncièrement de droite, mais il est de gauche pour son acte décisif du 18 juin parce qu’il transgresse le respect de l’ordre établi. Mitterrand, de son côté, est bien un homme de gauche, mais il y a en lui un humus important d’homme de droite. En résumé, comme tu le dis, il est important de lever toutes les censures (interdits), qui nous détournent de la réalité. Ce que je ne sais pas c’est si la censure est à l’origine de la théorie du complot. Peut-être qu’elle crée le terrain pour un tel comportement.

Gérard Jaffrédou 11/03/2017 19:12

Bien d'accord sur la pensée.
Reste à faire.
Bien cordialement.. Bon dimanche.
Gérard
Nous revenons tout juste du Vercors encore un ppeu et joliment enneigé. Très belle et heureuse balade avec une amie d'ici, dont la pensée et la conscience des choses me stimule souvent , avec qui les oppositions très amicales sont toujours fécondes. Et tu y contribues beaucoup.

Etienne Duval 11/03/2017 19:14

Reste à faire, comme tu dis...

Michelle Bonnetain 11/03/2017 10:51

Bien sûr que ton article est juste et necessaire ,que Faire face à plein de Personnes qui y Croit et te dèmontre demagogiquement parlant que c est vrai ! Nous vivons des moments difficiles et dangereux : nous les Devons à une classe politique qui depuis 30 ans a abusè de ses privilėges et de l absence totale d ethitique . Pas un seul politicien ne remet en cause sa part de responsabilitès ! bon week end quand mème

Etienne Duval 11/03/2017 11:15

Merci Michelle pour tes réactions. Comme tu le soulignes, plus les affirmations sont fausses et plus elles prennent le déguisement de la vérité avec une armature rationnelle qui défie toute critique. C'est bien plus simple d'affirmer que de se coltiner avec les faits sur le terrain.

Yves Jaffrédou 10/03/2017 21:20

Cher Etienne, je réponds tout de suite avant une petite balade au soleil, (mais qui me donnera peut-être quelques compléments d'idées - je mettrai ceci en attente).
Je voulais ajouter à mon texte un P.S. J'oubliais en effet l'essentiel, trop évident.
1) Le recours à la croyance au complot vient aussi de ce que le besoin de partager des croyances renforcent celles-ci, grâce au sentiment rassurant de l'entre-soi.
2) La croyance au complot se développe sur un fond de renoncement -pour des raisons diverses et complexes - à une recherche acharnée de "la vérité", au doute, même, que celle-ci puisse être recherchée. Mais il faut d'abord "coller aux faits".
Sur ta réponse.
Le vote Macron peut être en effet utile contre Le Pen.
Cela dit, je pense que le "sujet" se construirait mieux dans sans un système (économique, social, politique) qui le permette, ou, mieux, dont ce soit le but. C'est plus difficile pour lui dans le conformisme; la consommation à tout va, l'injustice, etc. A moins que ces défis soient stimulants ? , Macron, comme une large part du PS semble-t-il, estime que ce système-ci pourrait être "réformé" tout en gardant sa logique et ses règles de base (liberté du marché, des entreprises, du profit optimisé etc...), et que cela suffirait. Je ne le pense pas. Pas du tout !
Question : comment faire autrement ? Faute de réponse sûre et concrète, d'application immédiate, le vote Macron est tentant comme étant "le moins pire". Sauf qu'il ne fait que retarder la solution (s'il y en a une ...) ; et en attendant, il continuera à aggraver les problèmes (inégalités, injustices, profits, pauvreté etc.). Il nourrira le désir de solutions expéditives de toutes sortes. Toqueville prévenait que la démocratie n'est pas la garantie de décisions justes et intelligentes. Le vote allemand de 1932 et le 30 janvier 1933 qui leur a fait suite, en a apporté la preuve.
Cela dit, Macron a, je trouve, une vision juste de l'Histoire, du travail des historiens. Bien ! Mais "en même temps", il préconise la "construction d'un récit national rassembleur" . Lavisse et Barrès aussi. (France Culture, Fabrique de l'histoire, lundi 6. III. 2016)

L'opposition gauche / droite qui fait marcher le système (si peu) "représentatif" et alimente les commentaires journalistiques n'est artificielle et stérile que si on l'applique aux partis, pour lesquels elle n'est plus qu'une marque identitaire fossilisée. La vraie question, qui devrait se poser (j'en suis bien d'accord) à l'intérieur de chaque parti et surtout au sein même de la société toute entière est : que faire de ce système ? C'est-à-dire, d'abord, que produit-il réellement ? Comment ? Au bénéfice principal (pour ne pas dire exclusif) de qui ? Ces questions qui me semblent cruciales sont bien rarement posées, sauf -parfois- dans ce qu'on appelle "l'extrême gauche" , étiquette qui permet de disqualifier ces questions, posées par des rêveurs utopistes dangereux : les "extrémistes", droite et gauche ensemble. On reste entre soi, ailleurs, au dessus de "ça", entre gens raisonnables. Je prétends que ces questions, au contraire, doivent être posées nettement (et mieux que je ne le fais, sans aucun doute). Ce devrait être, pour reprendre tes termes et tes préoccupations que je partage en grande partie, tu le sais, le premier devoir du Sujet (pour sa propre survie) , une sorte d'impératif catégorique du XXIè siècle.
Mon sentiment de fond est que les termes et les cadres actuels du débat politique sont inadéquats pour comprendre le réel et oser le changer profondément, alors que -de toute évidence (???) - nous touchons à l'insupportable : milieux naturels en voie de destruction rapide, inégalités abyssales, cynisme partout au pouvoir, irresponsbilités affirmées des pouvoirs dans les situations historiques qu'ils ont créées, etc. Mais tout cela est loin, improbable, n'arrive qu'aux autres. C'est dans ce contexte-là que le simplisme du complot est tentant et dangereux. >Mais la "solution" technocratique est également tentante. Elle serait une réponse séduisante, savante, au simplisme, mais une fausse réponse qui ne règle rien, ne choisissant que d'entretenir la situation au mieux. Peut-elle même éviter qu'elle s'empire ? De plus, c'est la "toute-puissance" du savoir, des chiffres, des normes.
Je pense vraiment (je l'ai écrit) : des prises de conscience diverses, se multiplient rapidement ... et ne peuvent s'affirmer, ni s'imposer, ni influencer le pouvoir réel, qui n'est pas principalement le pouvoir poliitique.
Reste la vieille question sans réponse : "Que faire ?" - Je ne sais pas. Sauf chercher constamment à comprendre le réel aussi finement que possible, trouver de nouveaux moyens d'action. A cet égard tout ou presque est à inventer.

Voilà ce que je trouve au fond de mon sac quand tu m'invites à aller y voir. Mais je crains bien que tout cela soit d'un simplisme désolant.
Bien cordialement.
Gérard

Etienne Duval 10/03/2017 21:52

J’apprécie tes commentaires parce que tu obliges à aller au fond des questions. A ta question ultime, que faire ?, je répondrai faire un saut pour changer de système. Comme tu le dis, avec le système actuel, nous ne pouvons que tourner en rond. Dans ce cas, la première chose à faire est de lâcher prise. La seconde chose, c’est de faire confiance à l’élan de la vie qui seul peut apporter du nouveau ou de l’inédit. Il y a un conte « Les trois fileuses » qui dit que la maladie mentale se produit lorsqu’on veut absolument s’en tenir à l’expérience sans accepter la nouveauté que nous apporte la vie. La troisième chose, c’est de nous rendre à l’évidence, à savoir que la nouveauté n’apparaîtra que si nous acceptons de créer quelque chose de neuf. La quatrième chose consiste à sortir des oppositions stériles pour considérer que la fécondité vient de l’interaction entre ces oppositions, comme ce qui se produit entre le féminin et le masculin. Après il devient absolument nécessaire de se mettre au boulot, d’entrer dans le concret en jouant avec les apparentes contradictions pour les faire entrer dans le symbolique, c’est-à-dire dans la production de sujets….

Bien amicalement.

Claire Dérique Dumont 10/03/2017 17:02

Merci, cher Etienne de ta dernière « livraison hautement intelligente et informée » sortie sur ton blog. C’est tellement vrai le phénomène de la rumeur qui se crée, qui est partie objective puis transformée et agite la population non initiée.
Après se colle là-dessus la « théorie du complot » qui sied au monde souvent « paranoïde » et attirée par ces complots sourds, où chacun projette aussi ses peurs et ses phobies !!
Mais, je suis moins fataliste que toi, tous nous ne sommes pas naïfs et nous sentons où se trouve le chemin du bon sens peu ou prou. Bref, il n’est pas « fatal « que l’avenir se construise sans nous, si nous nous exprimons et
luttons pour ce qui nous semble un « compromis réaliste et réalisable ».
Merci, cher Etienne de ces bonnes discussions que nous esquissons tous les deux et que nous pourrions élargir à notre groupe du Dimanche.
A la semaine prochaine !
CLAIRE H.D.

Etienne Duval 10/03/2017 17:03

Tu as raison d’être moins fataliste. L’exagération fait partie du discours mais, comme tu le suggères, la réalité nous pousse en avant dans un sens plus positif. C’est effectivement ce chemin qu’il faut prendre.

A bientôt !

Google 10/03/2017 10:08

Grâce à oxymoron fractal, cet article est référencé par google.

Gérard Jaffrédou 10/03/2017 09:35

Cher Etienne,
Je prends cette fois le temps de répondre à ton texte.
Ce recours au « complot » comme prétendue explication de tout - ou presque-, pourrit la campagne présidentielle, sans aucun doute, mais aussi, on le sait bien, de nombreux autres débats, qui, de ce fait, n'en sont plus et comme tu le dis, se transforment en rumeurs, approximations, invectives etc...
Cette croyance au fait -supposé- que quelques-uns, puissants, agissent cachés afin de nuire à autrui ou à tous, alimente la peur, fournit une explication simple, non vérifiable ; elle pose ses auteurs en experts et ses diffuseurs en groupe rendu solidaire par la connivence et supérieur par un savoir accessible à quelques initiés : une élite. Ces éléments font probablement la force de cette croyance, et son succès.
Je pense qu'il y a plus, dont la campagne actuelle est une bonne illustration. Le débat politique, tel qu'il est traduit par les « médias » est réduit à un discours, aux phrases, petites ou non, aux programmes et aux promesses, crédibles ou non, portés par des hommes à la carrure ou à la vertu incertaines, pour la plupart. La conséquence est simple et mécanique : « on » n'y croit plus. Le débat rationnel, argumenté, devient très rare, quasi impossible. Le « réel » est escamoté. Place aux croyances, aux gloses, aux approximations, aux soupçons….
De plus, le contexte « national » et international, par lui-même, alimente à tort ou plutôt à raison une inquiétude qui crée le besoin d'explications simples, le désir de solutions rapides ; c'est un terreau de choix pour le recours au « complot ». C'est la faute à ... Y a qu'à … (suite au choix).
Dans ce contexte-là, les partis politiques, qui devraient – c'est leur rôle souligné, me semble-t-il, par la Constitution- contribuer à former l'opinion produisent bien peu d'analyses qui aillent « au fond des choses » et rendent le monde compréhensible (autant que faire se peut) dans sa complexité et ses ressorts fondamentaux, c'est-à-dire : dans le « réel ». Ou bien les tentatives d'explications fournies convainquent peu (ou peu de monde), tant le désir de simplification est fort et diffus. Quoi qu'il en soit, les campagnes électorales (et le combat politique en général !) poussent à des schématismes, à des replis (identitaires de toutes sortes, politiques et nationalistes – et « L'identité, c'est la guerre » -Martelly), à des affrontements avivés par les « affects négatifs » (Lordon), etc. Terrain idéal pour le « complot ».
Pour ne pas être totalement négatif dans mes affects, j'ajoute ceci, qui, pourtant, n'est pas bien positif. Ce terreau appelle cependant un autre discours, rationnel celui-là : le discours purement technique, celui de l'expert, jeune et télégénique de préférence, qui a fait les grands écoles, possède une certaine expérience de l'administration (haute, très haute), et qui affirme n'être « ni de droite ni de gauche » – ou les deux « en même temps ». On reconnaît la vieille rengaine de la droite ; à moins d'admettre que ces mots - « droite, gauche »- n'ont plus de sens (ce qui est aussi un discours « de droite »). « Gérer » la complexité sans rien vouloir toucher au fond du réel (utopie désastreuse!), corriger tout juste « à la marge » tiendra lieu de justice : voilà qui est raisonnable et prête peu le flanc (ni le gauche ni le droit) au soupçon de complot. On applique les normes et on marche. Point.
Je ne peux m'empêcher de faire référence à Robert Paxton qui remarquait que le régime de Vichy avait été la chance et fait le bonheur de grands techniciens serviteurs de l’État, exaspérés par la médiocrité des « politiques » (hommes et décisions) de la troisième république bientôt liquidée. Ils ont « géré », avec compétence et sans se poser de questions.
J'arrête, car j'encours ici le risque d'être accusé de dénoncer un complot fomenté par la technocratie et cette redoutable ennemie : la Finance au service du Patronat. Ce serait là, bien entendu, des vues folles d'un esprit mal tourné.
Gérard Jaffrédou
Lesches, 9.III. 2017

Etienne Duval 10/03/2017 10:00

Merci Gérard pour ton commentaire bien argumenté qui complète le texte que j’ai présenté. Je suis d’accord avec toi sur l’insuffisance des partis, sur le contexte international. Je le suis moins sur Macron pour les raisons suivantes. En tant que sociologue, j’ai repéré depuis plus de 40 ans, un mouvement de fond qui va dans le sens de la constitution du sujet. Or le sujet ne peut pas se construire dans l’opposition entre les valeurs de gauche et les valeurs de droite. Sans doute faut-il que l’économique soit ordonné vers le social et non l’inverse. En fait Macron a compris que le jeu devait se faire à l’intérieur de chaque parti pour produire de la création et surtout de la promotion du sujet. Par contre si l’on considère que l’opposition principale est entre la droite et la gauche, on contribue à rendre stérile une telle interaction. Pour moi, la contradiction principale n’est plus entre la gauche et la droite mais entre ceux qui travaillent pour construire le sujet et ceux qui contribuent à le détruire. Je pense alors à tous les mouvements d’extrême droite. Par ailleurs Macron est le seul, aujourd’hui, à pouvoir endiguer le risque d’une présidence d’extrême droite. Mais on peut discuter parce que le risque de technocratie n’est pas complètement levé.

Jean Puel 09/03/2017 21:28

Etienne Bonsoir,
Le remède contre la théorie du complot est de retrouver le" bon sens paysan" ou "bon sens de la terre" que nous avons malheureusement perdu mais comment faire pour le retrouver? Y a-t-il une recette miracle (efficace ), si non le bon sens personnel. Je ne sais pas (je me souviens d'un vieux paysan qui disait, lors d'une campagne électorale:"Ils en veulent tous, preuve que la place doit être bonne."- en occitan, bien sûr-); je me souviens de ce mot plein d'humour qui m'oblige à réfléchir.

Pour ma part, l'objectif principal est de barrer la route du pouvoir national au FN; je voterai donc, dès le 1er tour, pour le candidat qui me semblera le mieux à même de l'atteindre, actuellement Macron, me semble-t-il.

Amicalement.

Etienne Duval 09/03/2017 21:29

Tu as raison, Jean. Le bon sens paysan, c’est avoir les pieds sur terre, les pieds dans la réalité, ce qui échappe aux tenants de la théorie du complot.
Ton projet me paraît tout à fait conforme au bon sens de la terre.
Merci pour ton commentaire.

Olivier Schmidt-Chevalier 09/03/2017 21:11

Olivier fait écho à cet article du blog et je l'en remercie, mais il a oublié l'adresse URL. Comme c'est un bon spécialiste, il saura facilement corriger son erreur.

Etienne Duval 09/03/2017 21:18

Excusez-moi. C'est moi qui ai fait l'erreur. L'adresse était bien incluse dans la référence.

Hugues Puel 09/03/2017 17:48

Je suis tout à fait d’accord. L'analyse de la contingences des intentionnalités et des interactions des décisions ruine toutes les explications des situations complexes par la théorie du complot.

Amitiés

Hugues

Etienne Duval 09/03/2017 17:49

Je suis heureux de voir que nous sommes sur la même longueur d'ondes. Merci de ton commentaire.

Isabelle Taupes dans la revue "Psychologies" 09/03/2017 15:59

De la réalité à la fiction
Mais si ce penchant nous touche universellement, c’est parce que nous sommes tous menés par nos émotions. Quand un événement tragique, angoissant, étrange se produit, nous refusons d’abord d’y adhérer, puis nous nous disons : « Ça ne s’est pas passé comme la version officielle veut nous le faire croire. » D’où l’idée qu’Elvis Presley et Michael Jackson seraient encore vivants. Ou que Diana a été assassinée… Un accident de la route ? Impossible, trop banal, indigne d’une princesse, c’est donc forcément un meurtre.
Ensuite, notre psychisme, qui a besoin de sens, nous pousse à chercher « à qui profite le crime ». « Rien n’est plus angoissant et vertigineux qu’un mal qui arrive sans raison », explique le philosophe Pierre-Henri Tavoillot, auteur avec Laurent Bazin, de Tous Paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots (Editions de l'Aube, 2012). Et c’est ainsi que, paradoxalement, notre souci de rationalité peut nous amener à adopter les théories les plus farfelues. Enfin, l’esprit humain est paresseux ; dès lors, les arguments apparemment logiques, simples et qui satisfont nos interrogations nous semblent aussitôt vrais : « Je comprends, c’est clair, donc c’est juste », résume Pierre André. À ces mécanismes s’ajoute la dimension non négligeable du plaisir : se glisser dans la peau d’un détective qui relie entre eux des éléments disparates et permet à la vérité d’émerger, quoi de plus excitant ? Ça l’est d’ailleurs tellement que, généralement, nous préférons notre vérité à des démonstrations argumentées. Ce « poison de l’esprit » qu’est la complotite est parfois aussi irrésistible que le chant des sirène
(Théorie du complot : sommes-nous tous paranos ? par Isabelle Taupes dans la revue « Pyschologies »)

Etienne Duval 09/03/2017 16:04

J'ai choisi ce passage de l'article d'Isabelle Taupes parce qu'il correspond très exactement au thème développé dans le blog.

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
  •   le blog mythesfondateurs par : Etienne
  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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