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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 18:40

Shahrazade
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C’est l’écoute qui donne sa fécondité à la Parole

La parole n’est rien si l’écoute n’est pas là. L’écoute en effet est la matrice de la parole et, à la limite, il est difficile de parler si je ne m’écoute pas moi-même. Notre esprit est comme un jardin qu’il faut apprendre à cultiver et l’homme en est le jardinier ; il doit ameublir le terrain,  le labourer,  briser ses mottes avant de planter la parole, qui va prendre son temps pour arriver à maturité.


La révélation de Shahrazade

Il y a déjà très longtemps, Shahrazade, dans les Mille et Une nuits, nous avertit que les principaux dysfonctionnements de l’homme et de la société viennent de ce que nous ne savons pas écouter l’autre. Par son diagnostic et la thérapie proposée, elle a mis au point une forme originale de psychanalyse. Après avoir été trompé par sa femme, le roi Chahriyâr n’écoute plus personne. Chaque nuit, il prend une femme nouvelle et la fait exécuter, le matin même, par le Grand Vizir. La jeune Shahrazade décide alors de mettre un terme au désastre qui affecte le pays tout entier : elle demande le roi en mariage, sachant qu’elle s’expose à une mort certaine. Avec l’aide de Dounyazade, elle met au point une stratégie pour faire sortir son mari de la violence. Après les ébats de la nuit, la nouvelle reine raconte des histoires à son mari, mais elle prend soin de ne pas achever la dernière histoire. Rongé par la curiosité, le roi désire absolument connaître la suite. Le premier matin, il doit ainsi renoncer à l’exécution de sa compagne et il en sera ainsi jusqu’à la mille et unième nuit. Il a fini par apprendre à écouter et renonce définitivement à mettre à mort sa propre épouse qui a eu le temps de mettre au monde trois superbes enfants. Il renonce aussi à exécuter d’autres femmes ou d’autres hommes de son royaume et contribue à mettre en place un gouvernement qui favorise la bonne entente entre tous les habitants de son royaume.

 

Du mythe à mon histoire personnelle

Il y a déjà bien des années, je constate que je n’entends pas de l’oreille droite. Malgré tous mes efforts, il m’est impossible de sortir de cet inconfort. Je finis par me dire que ma surdité doit être présente depuis ma naissance. Et puis un soir une collègue de travail critique devant moi une autre collègue. Je fais mine de ne pas entendre si bien que ma compagne de travail m’interpelle : « Tu n’entends pas ce que je te dis. – Je n’entends pas tout mais je vois tout ». Là-dessus je me dirige vers le site de la Part-Dieu à Lyon. Et puis, au milieu du magasin, je perçois comme un coup de fusil dans l’oreille et mon oreille s’ouvre. Au même moment, j’aperçois, plus bas, de petits enfants qui font du pédalo. Il y avait, autrefois, une pièce d’eau, qui n’existe plus aujourd’hui. Me voici ramené à mon enfance au moment de ma naissance. Il y avait alors une forme d’incompréhension entre ma grand-mère et mes parents. J’en subis les conséquences, enregistrant la mauvaise entente dans mon oreille droite. Ou plutôt mon oreille ne veut pas entendre ce que dit la grand-mère et c’est ainsi qu’une sorte d’interdit de l’écoute m’a poursuivi jusqu’à la période dont je viens de parler. Comme la grand-mère a disparu depuis longtemps, l’interdit que je m’étais imposé n’a plus aucun sens et mon oreille peut s’ouvrir sans culpabilité.

 

L’invitation au passage

Comme chez le roi, il y avait, dans cette histoire, une forme de violence que traduit la sensation d’un coup de fusil. Et ce qui est étonnant, c’est qu’ici le coup de fusil contribue à m’ouvrir l’oreille. En fait, par le jeu des prénoms, j’ai compris que ma collègue de travail représentait la grand-mère. Je ne voulais pas l’entendre et le coup de fusil est alors le rappel d’une violence originelle.

Dès ce moment, me voilà entraîné à passer du primat de la parole au primat de l’écoute. Ma méthode de travail en est immédiatement transformée. Ce n’est plus la théorisation appuyée sur la référence des grands maîtres qui m’intéresse. C’est l’écoute du terrain. Aussitôt et pendant quelques années je réalise plus d’un millier d’entretiens non directifs. Je n’ai plus à être intelligent car ceux qui me parlent le sont pour moi et m’apportent sur un plateau la réponse à mes interrogations.

Dynamisé par le plaisir de l’écoute, je mettrai, en place, plus tard, un café philosophique et un groupe de la parole. Il n’y a plus alors de bonne parole, mais, pour celui qui sait écouter, toute parole est révélatrice de points de vue différents du mien.  Ma propre parole peut alors s’enrichir de la parole des autres et devenir plus accessible et plus utile pour chacun. Il en va de même avec un blog où je propose, chaque mois, une nouvelle réflexion, qui va provoquer des réactions et contribuer à enrichir, pour les uns et les autres, le travail de la pensée.

 

Celui qui n’écoute pas coupe la tête de la parole

Il s’agit d’un conte africain. Drid, un pécheur rencontre, sur son chemin, un vieux crâne, blanchi par le temps. Il le prend dans ses mains et l’interroge : « Qui t’a conduit jusqu’ici ? – La parole ».  Ebahi par  la réponse du vieux crâne, le pécheur reprend son interrogation : « Qui t’a amené ici ? – La parole ». Il faut aller voir le roi pour lui annoncer la nouvelle. Drid se précipite au palais. Le roi, qui est en train de manger, ne veut pas être dérangé. Le pécheur insiste, c’est trop important. Le roi vient en grommelant. « Qu’est-ce qui t’amène ici ? – J’ai vu un crâne qui parlait ». Diable, se dit le roi, peut-être vais-je accroître mon pouvoir, en faisant parler les morts. Immédiatement il interrompt son repas, prend son épée et accompagne le pécheur pour écouter un mort qui parle. Arrivés près du crâne, le pécheur le prend à nouveau dans ses mains : « Le roi est là : dis-lui qui t’a conduit jusqu’ici ? » Malgré l’insistance de Drid, le crâne ne veut pas répondre. Alors abusé par un pauvre pécheur, le roi sort l’épée de son fourreau et coupe la tête de l’importun. A ce moment, la tête ensanglantée vient s’adosser au vieux crâne. Celui-ci lui demande : « Qui t’a amené ici ? – La Parole ». Ainsi celui qui ne donne pas sa confiance à l’autre pour l’écouter finit par couper la tête de la parole.

 

Le miracle de la découverte des espaces intermédiaires

C’était à la fin des années 80, mon directeur me demande de travailler sur l’insertion. Les outils dont nous disposons ne fonctionnent pas bien, il faut en inventer de nouveaux. Je prends sa requête au sérieux et me dit que la réponse à la question posée est déjà sur le terrain et qu’il faut la révéler d’une façon ou d’une autre. Je constitue alors deux équipes de travail, une avec des professionnels de l’insertion et l’autre avec des marginaux de l’Ardèche. Ma technique consiste à faire parler les membres de chacune des équipes, simplement en écrivant devant eux tout ce qu’ils disent. L’idée sous-jacente est qu’il existe un lien entre l’écriture et l’inconscient. Au départ, je définis le thème sur lequel la parole va se développer. Au bout de 5 à 6 séances, la réponse est là de part et d’autre. Si nous voulons faire progresser l’insertion, il convient de développer les espaces intermédiaires : entre l’intérieur et l’extérieur, entre soi et l’autre, entre l’individu et le groupe, entre le passé et l’avenir, entre soi et soi… Le café est un bon espace intermédiaire entre l’intérieur et l’extérieur, la médiation, de son côté, introduit du jeu entre soi et l’autre, le travail de deuil permet d’effectuer un aller et retour entre le passé et l’avenir et la méditation permet d’introduire un espace de respiration chez l’individu… Chaque espace intermédiaire est un lieu d’écoute qui doit donner naissance à une parole créatrice. Créer des espaces intermédiaires c’est introduire de l’écoute à tous les niveaux de l’existence pour qu’ils puissent être traversés par l’élan de la création.

 

Transformations

Le café philosophique, le groupe de la parole et les sites internet, constituent, chacun à leur niveau, des espaces intermédiaires, c’est-à-dire des lieux d’écoute, qui doivent faire progresser la création. Mais ils peuvent se scléroser et bloquer l’écoute, qui leur donne leur dynamisme et leur raison d’être. Ainsi le café philosophique et le groupe de la parole ont très bien fonctionné pendant de nombreuses années parce que les mythes et les grands contes leur permettaient de renaître après chaque séance. Il y a eu pourtant l’usure du temps et nous avons dû patauger pendant un an ou deux jusqu’à ce que nous apportions des modifications opportunes. Dans le café philosophique, nous sommes passés des mythes fondateurs aux mythes que crée le cinéma contemporain,  en allant des films japonais aux films iraniens, ce qui nous procure un intense plaisir. Au groupe de la parole, nous donnons toute la place à la musique parce que nous posons l’hypothèse qu’il existe un lien structurel entre la musique et la parole. Enfin plusieurs sites sur internet ont fini par reprendre vie parce que SFR ne m’offre plus la place nécessaire.  Avec l’aide d’un ami informaticien, j’ai dû acheter un nouveau nom de domaine,  repenser l’ensemble, améliorer les présentations et réapprendre à bien faire fonctionner les outils dont je dispose. La vie a repris le pas sur la sécurité et une trop forte stabilité.

 

De l’écoute de la parole intérieure à l’écoute de l’autre

Au cœur de l’écoute, il y a l’écoute de la parole intérieure. Mahmoud un roi tout-puissant a rencontré sur les marches du palais un mendiant façonné par les chemins du désert. Il a été séduit par son regard lumineux et son intelligence. Il en a fait son premier conseiller. La Cour pense qu’il est devenu fou et le Grand Vizir surveille tous les faits et gestes du mendiant. Au bout de quelques jours, le vizir vient avertir le roi : « Votre premier conseiller met en danger le royaume. Tous les soirs, il s’enferme pendant une heure dans une chambre basse et referme soigneusement sa porte en partant. Pour moi, il est évident qu’il est en train de comploter avec des espions étrangers ». Le roi réagit mollement parce que le message du vizir l’inquiète. Un soir, le conseiller referme sa porte et se trouve en face du roi et du Grand Vizir. « Ouvre cette porte, lui dit le roi. » La clef de la chambre tombe de sa main et le vizir ouvre la porte. Il n’y a rien dans la chambre basse, à part  une tunique de mendiant, une sébile et un bâton. S’adressant au roi, le premier conseiller s’exclame : « Ici, c’est le Royaume des pèlerins perpétuels, tu n’avais pas le droit d’y entrer ». Les rôles s’inversent : le roi se prosterne devant le mendiant et baise le bas de son manteau. Il avait compris le secret de son premier conseiller : chaque jour il avait besoin de venir se mettre à l’écoute de sa parole intérieure pour s’ouvrir à cette part autre de lui-même qu’il ne connaît pas et qui lui donne pourtant l’énergie de la vie.

Etienne Duval


 

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commentaires

A
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F
Bonjour Etienne , j’ai lu ton texte sur « c’est l’écoute qui donne sa fécondité à la Parole ».
Je te remercie de m’avoir passé ce texte, dans lequel je me retrouve tout à fait. Mon expérience de thérapeute et aussi tout simplement d’être humain à la recherche de relations authentiques me conduit aussi aux mêmes constats.
J’aime beaucoup le paragraphe sur « de l’écoute de la parole intérieure à l’écoute de l’autre ».
Notre association « Mal-Etre & Travail : échanger, comprendre, agir » vient de démarrer un groupe de paroles, et cet espace d’échanges permet aux personnes de se reconstruire après un épisode lourd de souffrance au travail.
A bientôt Etienne
Bien amicalement

François

François Rabourdin
Psychologue clinicien- Consultant RPS
21 Passage des alouettes
69008 Lyon
06 47 64 16 21
rabourdin.francois@orange.fr
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E
Merci, François. Je suis heureux de voir que nous sommes sur une même problématique. Je constate que les relations au travail se détériorent de plus en plus. L’asservissement aux techniques amène à faire l’économie de l’écoute et développe la souffrance des individus. C’est bien que tu aies choisi cette voie car tu es particulièrement compétent, en ce domaine, puisque tu as baigné dans l’inspection du travail. Aussi je te souhaite bon succès dans tout ce que tu fais.
M
N'entendre que d'une oreille, au sens premier ce n'est pas seulement selon les manuels d'audiométrie des années 1960 perdre 5 décibels d'audition.
N'entendre que d'une oreille c'est la perte de stéréophonie (un monde sonore sans volume)
c'est une oreille faite ou devenue aussi sourde qu'un ...COUDE par exemple ) **
c'est un handicap quant au savoir normal et automatique du LIEU D 'EMISSION* des sons perçus.

Pour autant çà n'entraine pas un manque d'écoute, au contraire, au moins pour les persévérants,
et encore moins pour celui qui est entouré de locuteurs capables de:
1) faire savoir leur situation dans l'espace
2) attendre d'être repérés
3) de non exaspération ou angoisse en raison de "timing" -celui qui peut dégrader toute qualité d'attention et d'écoute c'est à dire attendre "la ligne", l'inter -audition..
4) La nécessité de l'ajustement d'un inter-temps, espace devenu encore plus ténu et plus subtil que dans toute situation d'échange.
______________________________
* ce qui rejoint le problème de 'ORIGINE de...,
et celui des corrélations origine/angoisse?
Je crois bien que dans l'exemple des Mille et une nuit,
l'espace temps et lieu ( "espace intermédiaire" primordial ici?) était particulièrement réduit, commun, et défini entre les deux personnes "écoutantes".
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;
Par ailleurs si l'on veut pousser la corrélation psycho / audition (que je ne crois pas du tout absolue**) L'histoire dit-elle à quelle oreille du roi parla Shéhérazade et ...
.de quelle oreille entendit le roi?....
Parce qu'on a bien entendu de quelle oreille il l'entendit?

La parole est un espace qui pour être écoutée a besoin d'un inter-espace réciproquement ajusté ,

;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;
** dans le cas d'une oreille dite cophotique c'est à dire avoir perdu totalement une de ses fonctions

........................................
Enfin J'aime ce que tu cites:
"Celui-ci lui demande : « Qui t’a amené ici ? – La Parole ». Ainsi celui qui ne donne pas sa confiance à l’autre pour l’écouter finit par couper la tête de la parole.





Oui je sais je lance tout en vrac...
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D
Non ce que tu dis est clair et ta question sur l'oreille du roi et celle de Shérazade m'intéresse. Pour moi, c'était l'oreille droite, c'est-à-dire celle du père, qui n'entendait pas. Et c'était donc celle de la mère, l'oreille gauche, qui entendait. C'est en effet la mère qui m'avait évoqué les tensions avec la grand-mère et donc aussi la belle-mère.
F
. J'ai bien lu ton dernier blog où tu rassembles des points importants de ton parcours. Je reste persuadé que la définition et la mise en oeuvre des "espaces intermédiaires" en est un point central…
Répondre
E
Tu fais bien de me poser la question sur les espaces intermédiaires. Je pense que tu as raison mais j’ai besoin de me laisser porter par ta question pour pouvoir te répondre bientôt.
T
La Méthode Tomatis: une pédagogie de l'écoute
I. Les trois fonctions de l’oreille

1. Le contrôle de l’équilibre, et donc la régulation posturale, via le travail du vestibule (fonction vestibulaire).
2. L’audition / l’écoute.
3. La recharge corticale en énergie.
II. Les trois « lois Tomatis »

1. La voix ne contient que ce que l’oreille entend.
2. Si l’on modifie l’audition, la voix est immédiatement et inconsciemment modifiée.
3. Il est possible de transformer la phonation par une stimulation auditive entretenue pendant un certain temps.
III. La distinction entre audition et écoute

L’audition est la capacité perceptive de l’oreille. L’écoute est ce que le sujet fait de son audition (à comparer avec vision et regard). L’audition est passive, l’écoute est active mais toutes deux s’opèrent inconsciemment.
lV. La posture d'écoute

L'écoute se construit et est donc la résultante des expériences d'un individu, qu'elles soient émotionnelles, linguistiques, culturelles, sociales.
Constamment, l’oreille opère des choix dans sa visée de l’environnement sonore et du son quel qu’il soit ; choix qui nous restent largement inconscients. Cette "attitude" sensorielle constitue la posture d'écoute, reflet de notre histoire «sonique». Elle constitue le filtre que le sujet appose à la réalité sonore, et à travers lequel il entre en relation avec son environnement, mais aussi avec lui même, à travers sa propre voix.

V. la latéralité auditive

Les connexions entre les oreilles et les hémisphères du cerveau étant majoritairement hétérolatérales et les centres d'analyse du son, du langage et de la mémoire se situant dans l'hémisphère gauche, l'oreille droite est logiquement appelée à être l'oreille directrice. Dans ce cas, le plus favorable, le transfert de l'information, son analyse et son utilisation, notamment en terme de geste vocal, s'opèreront rapidement, efficacement et sans déperdition d'énergie superflue. Dans le cas contraire, si l'oreille gauche se révèle être dominante, la boucle de contrôle audio vocale, plus longue, plus lente, plus coûteuse en énergie, s'avèrera bien plus aléatoire.
VI. L'oreille, une dynamo pour le cerveau: une stimulation sensorielle nécessaire

Le cerveau humain a besoin d'une stimulation sensorielle quasi permanente pour survivre. Le son, la lumière et les sensations tactiles constituent les principales sources de stimulation sensorielle; aussi a-t-on pu dire que l'oreille est une sorte de dynamo pour le cerveau. Toutes les fréquences ne sont pas également rechargeantes: les fréquences aigües dynamisent bien davantage. Si une stimulation minimale ne pose généralement pas de problème, un niveau de recharge corticale optimal n'est souvent pas atteint, soit parce que l’environnement sonore n'est pas de qualité suffisante, soit parce que la posture d'écoute du sujet ne lui permet pas de viser les fréquences aigües correctement.
VII. L'écoute fœtale

L'oreille, achevée et fonctionnelle au cinquième mois de grossesse, consent au fœtus une audition liquidienne. Alfred Tomatis fut l'un des tout premiers scientifiques à affirmer cette donnée essentielle, qui aujourd'hui ne fait plus aucun doute.
Si le fœtus perçoit modérément les sons provenant de l'environnement extérieur, la paroi abdominale maternelle le protégeant efficacement, il entend en revanche fort bien la voix maternelle, et plus particulièrement les harmoniques de cette voix.
Dans cette audition intra utérine s'enracine le désir d'écouter, puis de communiquer, et enfin, le désir de vivre.

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J
« La connaissance parle, mais la sagesse écoute ».
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J
J'ai été fort intéressé par la lecture de ton dernier mail relatif à l'Ecoute et à la Parole, surtout par l'écoute de la parole intéreure, celle de cette partie de notre être que ns ne connaissons pas. Amicalement.
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E
Merci pour ta lecture et ta parole bienveillantes.
V
J’extrait deux phrases de la présentation d’Etienne : « Le langage n’est pas le même pour tous » et « la parole n’est rien si l’écoute n’est pas là ».

Oui mais, l’écoute où, avec qui, dans quel cadre, dans quelle période de sa vie, dans quelles circonstances ? A-t-on la même écoute à 20, 30, …80 ans ? qu’est-ce qui nous pousse à écouter l’autre, l’empathie, un appel à l’aide qu’on pressent ? L’expérience de la vie nous aide t-elle à pratiquer cette démarche, l’éducation, les exemples qu’on a eu, mais est-on prêt, pas seulement à écouter mais aussi à se dévoiler, l’écoute est-elle à sens unique, et celui qui parle peut-il écouter l’autre ou bien s’enferme t-il dans son univers, jusqu’où peut-on prolonger l’écoute, quel niveau de langage donc de compréhension, les mots ont-ils le même sens pour l’un ou l’autre ?

Je me situe dans des situations de la vie courante non dans un lieu fixé pour en discuter, dans l’instant, à l’improviste, prendre l’écoute là où elle arrive à vous. Beaucoup de points d’interrogations et des réponses moins faciles. Vida
Répondre
E
Dans la mesure où le blog pousse à la question et aux interrogations comme tu le fais, cela veut dire qu’il pousse à l’écoute de soi-même et des autres. Et naturellement cela me satisfait car il est aussi dans la fonction du blog de développer l’écoute, de l’élargir. L’espace s’ouvre devant soi et devant les autres et favorise ainsi la parole et sa fécondité. Peu importe l’âge. Je crois qu’il arrive un moment où l’âge ne compte plus, où nous pouvons être de tous les âges et alors nous sommes disponibles pour écouter aussi bien les jeunes que les vieux et les vieux que les jeunes. Merci Vida de relancer la discussion.
G
Oui, le mythe de Babel m'intéresse, mais je n'y pensais pas particulièrement en réfléchissant au problème posé. Sur cette question, je garde ceci à l'esprit (ce qui n'est nullement contraire !). Georges-Arthur Goldschmidt, traducteur, d'origine allemande et protestante, et pour les nazis : juif, venu très jeune en France dans les années 1930, a dit ce que tu rappelles. L'intérêt des langues est l'espace, le vide, qu'elles laissent entre elles, qui porte plus de sens (de provisoirement indéterminé) qu'elles n'en contiennent chacune. Les mots de chacune ne recouvrent pas exactement ce que recouvrent les mots plus ou moins correspondants de la voisine (de plus, de même : les constructions syntaxiques). L'intérêt et la difficulté de la « traduction » est dans la recherche, la reconstruction, la restitution acceptable de ces différences presque infinies, du moins leur évocation. C'est pourquoi être enfermé dans « sa » langue, ou dans une langue unique (et prétendument universelle ! ), est d'une extrême pauvreté. Et être enfermé dans UNE prétendue identité imposée est radicalement inhumain.
François Cheng décrit, un peu de même, la richesse de l'écriture poétique chinoise, basée sur des vides, où se meut le sens...

Quoi qu'il en soit, pour explorer le sens à partir des « mal-entendus », il faut y avoir un intérêt quasiment vital, quel qu'en soit le moteur - qui peut être le simple bonheur d'une recherche fraternelle , ou l'intuition partagée qu'il y a, au-delà du langage mais accessible grâce à lui, une vérité qui nous tient, ou par laquelle on tient. Par laquelle on tient à la vie...
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E
Je suis d’accord avec toi. Tu nous emmènes alors aux sources de la spiritualité car tu côtoies les sources de la vie.
G
Je me risque. J'ai perdu ton message d'origine qui formulait précisément le problème soumis à la discussion. J'en ai gardé seulement l'idée qu'il y a une difficulté radicale à parler parce qu'on devine chez autrui une difficulté radicale à écouter, et comme on dit : à entendre. On le sait car elle est d'abord chez nous.
Mais que dire d'intéressant sur ces évidences ? (ce que j'ai retenu).
J'ai repris Shéhérazade, puis ton conseiller mystérieux, en interprétant à ma manière (qui n'a sans doute rien d'original).
Shéhérazade a un intérêt vital à parler, qui provoque chez son interlocuteur un intérêt vital (autre mais aussi fort) à écouter. Et cette conjonction d'intérêts conduit - direct - à la vie, puis à l'amour ou quelque chose comme ça. Effet curieux, oublié, rare, d'une Parole qui s'enracine dans la vie même– c'est-à-dire qui ne reproduit pas du discours avec des « éléments de langage », que ceux-ci soient religieux ou politiques, ou ... .
Ton conseiller mystérieux et silencieux donne une piste sur le chemin de cette « Parole » vitale. Il retrouve une Vérité - sa vérité ? -, dans le silence certes, mais surtout dans la vérité concrète de sa vie (sa vieille tunique). Il en retrouve la cohérence, la vérité, par la reconnaissance permanente de son origine, c'est-à-dire de son histoire réelle. A partir de quoi il peut avoir avec autrui et sur le monde un rapport vrai. Avec, par conséquent, une chance d'être écouté, entendu, compris ? Du moins par quiconque recherche aussi ce rapport.
Je pense que toutes ces difficultés tiennent à la nature même du langage, qui fige et unifie la vie qui est fluide, multiple, contradictoire, insaisissable. Le langage permet de nous en extraire (un moment) mais pas d'y échapper. puisqu'on parle pour autrui (autant que pour soi...). Et on sait bien qu'on ne dit pas tout, qu'on ne peut dire tout, avec la meilleure bonne foi. Le « mal-entendu », s'il n'est pas trop profond ou trop troublé par de l'irrationnel, de la peur, invite au contraire à avancer, à renouer, à explorer les zones communes vitales... si on veut bien soi-même s'y aventurer.

Gérard Jaffrédou
20. XI. 2016
Répondre
E
Gérard, tu poses une question difficile, celle du langage. Il nous précède, il fixe un cadre, mais il peut nous trahir car il n’est pas le même pour tous. Et tu poursuis ton raisonnement en supposant que, d’une certaine façon, il crée du mal-entendre. Alors, tu rebondis en disant que le malentendu nous oblige à avancer. En te lisant, je pense au mythe de Babel. Il y a, dans ce mythe, une volonté de transparence, de tout faire pour que nous soyons tous à l’unisson, comme des briques identiques qui vont servir à construire la société humaine. Mais, le résultat est le contraire de ce qui était recherché. C’est l’incompréhension et le risque de la violence parce qu’on s’est attaqué au langage lui-même, au langage qui nous précède, un langage ouvert qui force à la distance et à la différence, un peu comme les blancs de l’écriture qui permettent la lecture. Finalement le mythe nous suggère que ce sont les blancs du langage qui permettent l’écoute et permettent aussi de nous entendre.
V
Deux personnes de mon entourage, à qui j’ai parlé de ton blog sur le thème de l’écoute, souhaiteraient que je leur envoie le message que tu m’as fait parvenir. Si tu es d’accord, merci de me le faire savoir.
Une s’appelle Sylvie SAPERAS, retraitée, autour de 65 ans, personne qui lit énormément, qui a un bon bagage, je dirais culturel, l’autre Jennifer BENOIT, maman d’un petit garçon qui s’appelle Etienne, une trentaine d’année, femme d’un berger avec les parents, elle vient de rentrer de l’estive, dans les Alpes, avec leur troupeau, quelqu’un qui a une grande fraîcheur.
Répondre
E
Vida, il n'y a aucun problème. Et si ces personnes veulent réagir sur ce blog, ce sera un plaisir pour moi et pour beaucoup.
J
L’écoute qui conduit au paradis, au-delà du temps

Le long chant d’oiseau


On raconte qu’en Italie un saint homme traversait une forêt
En méditant sur cette parole des psaumes :
« Mille années devant tes yeux sont comme le journée d’hier, qui est passée. »

Soudain, son attention fut captée par le chant d’un oiseau,
Sur la haute branche d’un arbre.
Le saint homme leva la tête et écouta le chant merveilleux de cet oiseau,
Pendant une heure, dans le plus grand ravissement.
Après quoi, il se dit qu’il était temps de rentrer et se mit en route.

Mais, au sortir de la forêt, en s’avançant dans un paysage autrefois familier,
Il ne reconnaissait rien.
Des maisons où on l’accueillait avec chaleur, le matin même,
N’étaient, dans l’après-midi, que ruines offertes aux ronces.
D’autres demeures s’élevaient là où, au matin de ce même jour,
Il n’y avait que terre et roches.
Quant aux gens qu’il rencontra,
Outre que leurs vêtements lui parurent singuliers,
Il ne les connaissait pas.

Le saint homme avait passé trois cents ans
A écouter le chant de l’oiseau, trois siècles entiers.
Les feuilles étaient tombées trois cents fois, autour de lui,
E, trois cents fois, elles avaient reverdi,
Mais l’homme conservait la même apparence,
Oublieux du poids de la chair, de la fatigue,
Des hurlements de la faim, de la voracité du temps.
Captivé par une goutte invisible
De ce que les chroniqueurs ont appelé le paradis,
Il s’était vu protéger de la nuit, de la vieillesse et de la mort.

Après quoi, il reprit sa vie, attentif à tous les chants d’oiseaux.
Il revint, à plusieurs reprises, à la même place, dans la forêt.
Mais le phénomène de ravissement ne se produisit jamais plus.
(Le cercle des menteurs de J.-C. Carrière)
Répondre
E
Le thème de l’écoute me ramène, une fois encore, au mythe de Narcisse, qui n’entend, chez l’autre, que l’écho de sa propre parole. Sa mère, la nymphe Liriopé, a été violée par le dieu-fleuve Céphise et son traumatisme s’est répercuté sur son fils ; en ne voulant rien entendre du père, le voilà condamné à ne rien entendre des autres et à tourner autour de lui-même jusqu’à la mort.
Répondre
C
Ta remarque, Étienne, m'interroge ; car si, comme tu le dis, " d’une certaine façon, je n’écoute qu’à travers le langage emprunté par ma parole. Peu importe le langage de l’autre" c'est donc que je n'entends l'autre et l'Autre qu'à travers mes propres mots...et maux. Et je puis, compte tenu de "la barrière du langage" comme on dit, m'en tenir à mon énoncé : "c'est ça, c'est comme ça", dans mon langage à moi. Ma parole alors se trouve, il me semble, dans une grande solitude ; jusqu'à la solitude face à la mort, - non pas que tous, nous mourrons seuls, je ne puis rien en dire ne l'ayant pas traversée - mais cette solitude à laquelle tous, avec notre pauvre langage, nous pouvons avoir à faire face.
Je puis alors m'y enfermer, me tenir à mon énoncé collé à la semelle, "au pied de la lettre", c'est le cas de le dire - ce que font tous les intégristes. Mais je puis aussi - confronté, plus encore au moment de la mort, à cet impossible que tu soulignes, réduit à ne pouvoir écouter qu'à travers mon langage, finalement à partir de ma seule parole - arriver soudain, paradoxalement, à abandonner cet énoncé -"c'est ça, c'est comme ça ! " telle une peau morte- pour former l'hypothèse -l'énonciation- que peut-être - qui sait ? - quelque chose de la parole de l'autre, de l'Autre, va venir jusqu'à mon oreille, au point que mon "c'est ça", ce n'est "peut-être pas ça", ou "pas tout-à-fait ça" et que peut-être bien, l'autre, l'Autre aussi existe !
Freud observait que le tout petit enfant, sa première forme de jugement, c'est le jugement d'attribution : "ça c'est à moi - pas à moi" ; seulement ensuite, dans un temps second, vient le jugement d'existence ; car il faut bien que l'autre, l'Autre, existe, que les choses existent pour que moi-même j'existe !
C'est alors que naît - non seulement le langage, car les minéraux, les plantes, les animaux, ont aussi leur langage, chacun selon son espèce, dit la Genèse - mais véritablement cette parole qui nous est propre, son ouverture dans les premiers balbutiements, la prière, l’œuvre d'art - cet anti-destin - et, tout simplement, l'écoute de l'autre, de l'Autre ... qui la précède.
Amicalement,
Charles
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E
Etienne Duval
• 19/11/2016 à 08:58 •
C'est l'écoute qui donne sa fécondité à la Parole
Merci Charles de prolonger la discussion en reprenant des propos que j’ai tenus. Ici, il ne s’agit pas pour moi de théoriser. Je ne fais simplement que mettre mes pas dans ceux de Roland Barthes pour arriver à comprendre comment la justice peut s’égarer, comme dans l’affaire Dominici. De manière concrète, la justice se règle sur le langage de la loi, qui n’a rien à voir avec le langage de Gaston Dominici. Il y a donc un fossé entre les deux langages et pour combler ce fossé, il faut dépasser la justice légale pour atteindre l’équité où le sujet de l’autre est impliqué. Dans ce cas, on ne juge plus simplement par rapport à la loi mais par rapport à la vérité ou tout au moins par rapport à une forme de vérité.
V
le sujet que tu traites sur l’écoute et la parole m’intéresse mais je pense qu’il est très complexe et je ne sais par quel bout je pourrais l’aborder.
Répondre
V
La meilleure façon de l'aborder serait de partir de ta propre expérience et non de la mienne.
A
J’ai bien lu ton dernier blog. Ce que j’en retiens, c’est le lien évident entre la parole et l’ écoute.
Cela me rappelle le début de l’Evangile de Jean, où il est écrit que le Fils, Jésus le Christ, est la Parole de Dieu adressée aux hommes. Il en est aussi l’Ecoute en se faisant humble, c’est-à-dire en partageant la condition humaine, jusqu’à la souffrance et la mort.
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E
Merci pour ton commentaire. Il me semble que c’est une bonne direction que de mettre en relation l’écoute et l’humilité ou une forme d’abaissement.
P
merci etienne pour tout ce que tu nous dit et que l'onsait ecouter
autrefois j'etais avide d'etre ecoutée ,maintenant seul le silence me parle .Affectueusement a tous
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E
Je suis impressionné par ton commentaire. A côté de l’écoute et de la parole, tu évoques le silence. Il me semble que le silence est le lieu d’une écoute plus fondamentale et peut-être d’abord de l’écoute de soi-même. Et même plus encore, l’écoute de l’indicible, qui fonde toute parole, au-delà du langage lui-même.
C
Merci Etienne, pour ton article bien intéressant, on pourra discuter là-dessus.
Mais moi, avec mes propres soucis de marche, je suis plus dans la philosophie de la méditation et de la rééducation de mes propres problèmes que dans les grandes théories …
J’espère qu’à notre prochaine réunion, je serai plus sereine. Je veux le croire.
Bien à toi .
. CLAIRE H D
Répondre
E
Oui, Claire, je comprends bien et tu as raison. Mais, dans l’article auquel tu réponds, j’ai essayé d’être très proche du terrain en livrant des expériences très personnelles. Il n’y a pas que de grandes théories !
Bien amicalement.
P
Ton texte sur la parole et l’écoute me fait réfléchir et me rappelle que ces deux pôles étaient très présents dans toutes les formations à l’expression que j’animais.
Je me souviens combien l’écoute était problématique car, très souvent intervenait l’interprétation ou le jugement (un peu comme des défenses face à un point de vue étranger qu’on ne pouvait accepter sans risque).
Autant l’écoute est essentielle, autant je me demande si elle peut exister quand le sujet ne se sent pas reconnu. Je veux dire que l’écoute exige une humilité, une modestie et il me semble que celui qui ne se sent pas reconnu fait le dos rond, plie l’échine mais n’est pas dans la sérénité de la modestie et peut difficilement être à l’écoute. En effet, tant que l’on n’est pas reconnu on se sent dans une situation d’infériorité, de fragilité qui ne favorise pas l’accueil de la différence laquelle risque de détruire le peu que je me reconnais.
Celui qui se sent reconnu, au contraire, peut se sentir assuré dans sa relation à autrui, peut envisager le temps d’écoute comme une découverte éventuelle et non comme un risque de domination par l’autre.
L’écoute inclut alors une part de curiosité vis à vis de la différence que représente l’autre. Cela signifie aussi, qu’il est vital de reconnaître l’autre différent et qu’il peut, de ce fait, apporter un point de vue différent et que cette différence peut avoir de l’intérêt : si je me sens reconnu, et d’abord par moi-même (cf : la parole avec soi-même que tu évoques), je peux entendre un avis différent et, éventuellement l’intégrer, tout ou en partie, dans mon propre avis sans me sentir amoindri, ou humilié. Dans ce cas-là mon avis peut être objectivé comme celui de l’autre et je peux les analyser tous les deux et les considérer avec ma raison et non sous le coup de l’émotion lié à ma situation vis à vis de l’autre (inférieur ou supérieur).
J’insiste donc sur la reconnaissance, qui me paraît être un facteur conditionnel d’un rapport Parole et Ecoute. Elle est le facteur humanisant de ce rapport car c’est elle qui l’insère dans la relation.
Je reconnais que je suis un peu catégorique en disant cela mais j’ai tellement vu combien l’absence de reconnaissance était destructrice, que je crois essentiel de l’intégrer dans le raisonnement (mais je n’ai pas de conte à proposer pour l’illustrer) sinon, il risque de rester théorique et de ne pouvoir être incarné dans la vie sociale et de ne pas nous aider beaucoup.

Voila une contribution (un peu) intempestive au débat que tu proposes.
Répondre
E
Merci Pierre pour ta contribution. Mais ne penses-tu pas que reconnaître, c'est précisément écouter l'autre. C'est vrai, pourtant, qu'il y a des périodes où l'écoute de l'autre est plus structurante, je pense aux années de l'enfance. Nos parents et nos éducateurs sont parfois maladroits : ils nous prennent pour des enfants, au moment où nous aurions besoin de passeurs, pour préparer notre avenir et affirmer notre personnalité. Il y a donc des manques dans l'écoute qu'il faudra réparer plus tard. Et c'est encore par l'écoute d'un autre qu'il faudra restaurer les chaînons manquants. Mais je suis tout à fait d'accord avec toi, la reconnaissance est fondamentale, même si elle passe par l'écoute.
E
Charles, ce que tu dis et ce que dit Roland Barthes montrent bien le lien intime qu’il y a entre l’écoute et la parole. D’une certaine façon, je n’écoute qu’à travers le langage emprunté par ma parole. Peu importe le langage de l’autre.
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O
Merci à Olivier Schmidt-Chevalier pour ses recensions régulières et fidèles des articles de blog.

Vous pouvez avoir une idée de son log de blogs en appuyant sur son nom.
Répondre
C
Voici Étienne le texte intégral de Roland Barthes dans mythologies : "Dominici ou le triomphe de la littérature" qui date des années 54-56 et qui m'avait déjà fait réfléchir sur cette question de l'écoute ; car, contrairement aux apparences, Gaston Dominici c'est tout l'inverse du star-système qui a propulsé Donald Trump en tête du Congrés - malheureusement pas celui aujourd'hui de Marrakech !
A samedi au Ciné-philo.
Amicalement,
Charles
Répondre
R
"Dominici ou le triomphe de la littérature"
Roland Barthes in Mythologies (1954-56)
Tout le procès Dominici s’est joué sur une certaine idée de la psychologie, qui se trouve être comme par hasard celle de la Littérature bien-pensante. Les preuves matérielles étant incertaines ou contradictoires, on a eu recours aux preuves mentales; et où les prendre sinon dans la mentalité même des accusateurs? On a donc reconstitué de chic mais sans l’ombre d’un doute, les mobiles et l’enchaînement des actes; on a fait comme ces archéologues qui vont ramasser de vieilles pierres aux quatre coins du champ de fouille, et avec leur ciment tout moderne mettent debout un délicat reposoir de Sésostris, ou encore qui reconstituent une religion morte il y a deux mille ans en puisant au vieux fonds de la sagesse universelle, qui n’est en fait que leur sagesse à eux, élaborée dans les écoles de la III’ République.

De même pour la psychologie du vieux Dominici. Est-ce vraiment la sienne? On n’en sait rien. Mais on peut être sûr que c’est bien la psychologie du président d’assises ou de l’avocat général. Ces deux mentalités, celle du vieux rural alpin et celle du personnel justicier, ont-elles la même mécanique? Rien n’est moins sûr. C’est pourtant au nom d’une psychologie universelle que le vieux Dominici a été condamné: descendue de l’empyrée charmant des romans bourgeois et de la psychologie essentialiste, la Littérature vient de condamner un homme à l’échafaud. Écoutez l’avocat général : « Sir Jack Drummond, je vous l’ai dit, avait peur. Mais il sait que la meilleure façon de se défendre, c’est encore d’attaquer. II se précipite donc sur cet homme farouche et prend le vieil homme à la gorge. Il n’y a pas un mot d’échangé. Mais pour Gaston Dominici, le simple fait qu’on veuille lui faire toucher terre des épaules est impensable. Il n’a pas pu, physiquement, supporter cette force qui soudain s’opposait à lui. » C’est plausible comme le temple de Sésostris, comme la Littérature de M. Genevoix. Seulement, fonder l’archéologie ou le roman sur un « Pourquoi pas? », cela ne fait de mal à personne. Mais la Justice? Périodiquement, quelque procès, et pas forcément fictif comme celui de l’Etranger, vient vous rappeler qu’elle est toujours disposée à vous prêter un cerveau de rechange pour vous condamner sans remords, et que, cornélienne, elle vous peint tel que vous devriez être et non tel que vous êtes.

Ce transport de Justice dans le monde de l’accusé est possible grâce à un mythe intermédiaire, dont l’officialité fait toujours grand usage, que ce soit celle des cours d’assises ou celle des tribunes littéraires, et qui est la transparence et l’universalité du langage. Le président d’assises, qui lit le Figaro, n’éprouve visiblement aucun scrupule à dialoguer avec le vieux chevrier « illettré ». N’ont-ils pas en commun une même langue et la plus claire qui soit, le français? Merveilleuse assurance de l’éducation classique, où les bergers conversent sans gêne avec les juges! Mais ici encore, derrière la morale prestigieuse (et grotesque) des versions latines et des dissertations françaises, c’est la tête d’un homme qui est en jeu.

La disparité des langages, leur clôture impénétrable, ont pourtant été soulignées par quelques journalistes, et Giono en a donné de nombreux exemples dans ses comptes rendus d’audience. On y constate qu’il n’est pas besoin d’imaginer des barrières mystérieuses, des malentendus à la Kafka. Non, la syntaxe, le vocabulaire, la plupart des matériaux élémentaires, analytiques, du langage se cherchent aveuglément sans se joindre, mais nul n’en a scrupule: « Etes-¬vous allé au pont? — Allée? il n’y a pas d’allée, je le sais, j’y suis été. » Naturellement tout le monde feint de croire que c’est le langage officiel qui est de sens commun, celui de Dominici n’étant qu’une variété ethnologique, pittoresque par son indigence. Pourtant, ce langage présidentiel est tout aussi particulier, chargé de clichés irréels, langage de rédaction scolaire, non de psychologie concrète (à moins que la plupart des hommes ne soient obligés, hélas, d’avoir la psychologie du langage qu’on leur apprend). Ce sont tout simplement deux particularités qui s’affrontent. Mais l’une a les honneurs, la loi, la force pour soi.

Et ce langage « universel » vient relancer à point la psychologie des maîtres : elle lui permet de prendre toujours autrui pour un objet, de décrire et de condamner en même temps. C’est une psychologie adjective, elle ne sait que pourvoir ses victimes d’attributs, ignore tout de l’acte en dehors de la catégorie coupable où on le fait entrer de force. Ces catégories, œ sont celles de la comédie classique ou d’un traité de graphologie : vantard, coléreux, égoïste, rusé, paillard, dur, l’homme n’existe à ses yeux que par les « caractères » qui le désignent à la société comme objet d’une assimilation plus ou moins facile, comme sujet d’une soumission plus ou moins respectueuse. Utilitaire, mettant entre parenthèses tout état de conscience, cette psychologie prétend cependant fonder l’acte sur une intériorité préalable, elle postule « l’âme »; elle juge l’homme comme une « conscience », sans s’embarrasser de l’avoir premièrement décrit comme un objet.

Or cette psychologie-là, au nom de quoi on peut très bien aujourd’hui vous couper la tête, elle vient en droite ligne de notre littérature traditionnelle, qu’on appelle en style bourgeois, littérature du Document humain. C’est au nom du document humain que le vieux Dominici a été condamné. Justice et littérature sont entrées en alliance, ont échangé leurs vieilles techniques, dévoilant ainsi leur identité profonde, se compromettant impudemment l’une par l’autre. Derrière les juges, dans des fauteuils curules, les écrivains (Giono, Salacrou). Au pupitre de l’accusation, un magistrat? Non, un conteur extraordinaire », doué d’un « esprit incontestable » et d’une « verve éblouissante »(selon le satisfecit choquant accordé par le Monde à l’avocat général). La police elle-même fait ici ses gammes d’écriture. (Un commissaire divisionnaire: « Jamais je n’ai vu menteur plus comédien, joueur plus méfiant, conteur plus plaisant, finaud plus matois, septuagénaire plus gaillard, despote plus sûr de lui, calculateur plus retors, dissimulateur plus rusé... Gaston Dominici, c’est un étonnant Frégoli d’âmes humaines, et de pensées animales. Il n’a pas plusieurs visages, le faux patriarche de la Grand’Terre, il en a cent !) Les antithèses, les métaphores, les envolées, c’est toute la rhétorique classique qui accuse ici le vieux berger. La justice a pris le masque de la littérature réaliste, du conte rural, cependant que la littérature elle-même venait au prétoire chercher de nouveaux documents « humains », cueillir innocemment sur le visage de l’accusé et des suspects, le reflet d’une psychologie que pourtant, par voie de justice, elle avait été la première à lui imposer.

Seulement, en face de la littérature de réplétion (donnée toujours comme littérature du « réel » et de I’ humain), il y a une littérature du déchirement : le procès Dominici a été aussi cette littérature-là. II n’y a pas eu ici que des écrivains affamés de réel et des conteurs brillants dont la verve éblouissante emporte la tête d’un homme ; quel que soit le degré de culpabilité de l’accusé, il y a eu aussi le spectacle d’une terreur dont nous sommes tous menacés. celle d’être jugés par un pouvoir qui ne veut entendre que le langage qu’il nous prête. Nous sommes tous Dominici en puissance, non meurtriers, mais accusés privés de langage, ou pire, affublés, humiliés, condamnés sous celui de nos accusateurs. Voler son langage à un homme au nom même du langage, tous les meurtres légaux commencent par là.
H
Quel bel itinéraire!
Répondre
E
Merci, une fois encore de ta bienveillance.
A
Magnifiques de bon sens, des textes super que je garde et qui sont à relire. Effectivement écouter est primordial ; la parole doit naitre et chez certains il serait utile de permettre qu’ils entendent le coup de fusil ....Chacun avance doucement. AM MIEGE
Répondre
E
Merci Anne-Marie parce que je vois que tu as bien compris ce que j’ai essayé de dire, avec l’histoire du coup de fusil…
C
Etienne bonjour,
comme je ne suis pas sûr que ton blog ait enregistré mon commentaire, le voici :

Merci Étienne pour la substantifique moelle de ton texte.

Il reste que, pour ma part, la surdité - symptôme me semble-t-il dominant en dépit depuis plusieurs années déjà d'un appareillage auditif sinon pour l'éradiquer du moins pour le contourner - pourrait être une gêne bien pesante tant elle est présente quand par exemple au cours d'un café ou ciné philo je tente - plutôt que de m'écouter parler - d'écouter ce qui se dit dans la bouche des un(e)s et des autres, tendant l'oreille, prêtant l'oreille - le seul orifice qu'on ne puisse refermer, les publicistes le savent bien ! - essayant d'au moins saisir quelque phonème comme on le fait avec une langue étrangère et tenter de lire sur les visages, sur les lèvres...
Or il se trouve que je viens de vivre cette difficulté, ce handicap - disons ce même "symptôme" - en allant servir un cours de 10 jours de méditation Vipassana dans la Drôme pour une centaine d'étudiants. Bien que le plus âgé des servants et malgré ma surdité, je ne me suis quand même pas curieusement retrouvé "sur la touche", tels ces "vieux" laissés de côté parce qu'on a renoncé à les entendre ou qu'eux-mêmes y ont renoncé.

Je réalisais en effet que ce qui fait la parole n'est pas seulement ce que permet l'écrit - le tien par exemple Étienne, une parole disons "au second degré" : ce qui se conçoit bien et s'énonce clairement, voire le triomphe de la littérature et d'une justice bien pensante à laquelle Roland Barthes répliquait dans "Mythologies" en 1956 par la bouche de Gaston Dominici : "Êtes-vous allé au pont ? - Il n'y a pas d'allée, je le sais, j'y suis été !". Donc, non seulement une parole bien pensée - celle de nos hommes et femmes politiques quand ils se préoccupent, à droite: d'une saine économie libérale, à gauche:des droits, dits selon nos termes à nous "universels": de l'homme et du citoyen - mais ce je ne sais quoi qui circule et vibre dans "un groupe de parole" ou dans l'équipe de servants que je viens de vivre qui n'est, ni mon "moi idéal", ni mon "idéal du moi" chers à Freud, et qui n'est pas - dans le langage des psychanalystes - le "sujet" de l’énoncé - ce dont il est question ou le travail objectivement à réaliser - mais le sujet de l'énonciation, autrement dit celui de notre inconscient : individuel-collectif, intime-public.
Ce qui fait que paradoxalement dans cet "espace intermédiaire" comme peut-être Étienne tu l'appellerais, mon symptôme de la surdité n'est pas à éradiquer ; il est plutôt à y veiller - sans nécessairement aller en chercher l'origine - afin de ne pas le bloquer mais "faire avec" et croire - inchallah ! - qu'il est encore donné à des sourds comme moi d'entendre, à des aveugles de voir, à des boiteux de marcher, pour autant que j'accepte la perte - et la crainte qui peut me saisir : "aller me faire voir !" - de tout entendre et de tout comprendre ; alors seulement s'ouvre un nouvel espace - "e-kastos" diraient ces grecs si hospitaliers de l'île de Lesbos : non celui de "chacun pour soi" mais celui de "chacun à partir de soi" - celui de l'Autre. En cela je te rejoins.
Amicalement. Charles
Répondre
E
Merci Charles pour cette très belle réponse. Entendre c’est d’abord laisser ouvert et peut-être contribuer à ouvrir cet espace qui me relie à l’autre (Autre) en m’en séparant. C’est la séparation qui permet le jeu entre moi et l’autre et donc aussi la bonne entente. Avec la méditation que tu as esquissée, il me semble que tu es sur la bonne voie…
G
L'article est maintenant référencé par google.
Répondre
A
bonjour,
L'imprévisible, le neuf nous arrive par l'autre, par l'Autre.
La peur (de soi, de l'autre) interdit l'écoute,la richesse imprévue.
Apprendre la liberté : se libérer des "idées toute faites"

pour entendre les murmures à peine audibles.

Tout un programme de vie.

Amitiés
Répondre
E
Je retiens : se libérer des idées toutes faites, pour entendre les murmures à peine audibles. Je te rejoins, mais je dois reconnaître aussi que, parfois, ces murmures ont assez de force pour nous réveiller.

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
  •   le blog mythesfondateurs par : Etienne
  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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