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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 17:03

Deux anges faisant de la musique

 

La musique qui ouvre l’oreille de l’homme à la parole créatrice

 

La transformation d’un groupe de la parole qui fait appel à la musique

En 1984, avec une autre personne, j’ai initié un groupe de la parole, qui fonctionne toujours aujourd’hui. Même si certaines personnes sont encore présentes depuis le début, le groupe s’est profondément renouvelé au cours des années passées. De nombreuses femmes, de nombreux hommes, d’origine étrangère, nous ont rejoints à une certaine époque. Et aujourd’hui, c’est un noyau dur de douze à quinze personnes, qui continuent à se réunir une fois par mois. Au départ, chacun a raconté sa vie, mais, au bout de trois ou quatre ans, nous avons fini par tourner en rond. C’est alors que nous avons décidé de partir de textes symboliques, paraboles, contes et mythes. Le succès fut immédiat : l’impression était qu’il y avait une renaissance du groupe à chaque séance. Récemment pourtant, les uns et les autres ont senti qu’il fallait un renouvellement dans notre pratique. Pendant une année, nous avons tâtonné et puis finalement, il a été décidé d’associer la parole à la musique. Une telle audace nous était permise car il y a, parmi nous, un musicologue de grande qualité. C’est ainsi que dimanche dernier nous nous sommes lancés dans l’écoute et l’analyse des Noces de Figaro, prêtant plus particulièrement attention aux dialogues qui mettaient en scène Figaro, Suzanne, le comte et la comtesse, Chérubin et d’autres. Pour moi, et je pense pour beaucoup d’entre nous, ce fut une fascination. La musique nous faisait découvrir un autre univers que la parole. En même temps, nous sentions qu’il y avait un jeu entre les deux, comme s’ils ne pouvaient fonctionner l’un sans l’autre. Ce jeu n’est pourtant pas clair. C’est pourquoi je voudrais essayer de voir ici ce que la musique apporte à la parole. Peut-être un conte va-t-il nous aider à avancer.


Un conte des Indiens du Canada

Les chants et les fêtes

Un homme, une femme et leurs trois enfants vivaient ensemble dans une cabane, entre les collines battues par le vent du grand Nord et la mer grise. L’homme était un chasseur redoutable. Parfois, il poursuivait le gibier, dans l’herbe rare, jusqu’à ne plus voir les rochers de la mer. Parfois, dans son kayak, il traquait les phoques et les grands poissons jusqu'à ne plus voir la terre. Il apprit à ses enfants son savoir, son art, ses ruses de chasseur infaillible. Quand l’aîné fut en âge de courir les collines et les landes désertes, il s’en alla fièrement, l’œil brillant, l’arc au poing. Mais, dans les broussailles, sa trace se perdit. Il ne revint jamais dans la cabane familiale où sa mère pleura longtemps devant le feu, espérant son retour. Quelques années passèrent. Vint le temps où le deuxième fils fut en âge de partir seul, lui aussi, à la chasse au renne et au caribou. Un matin donc, il s’en alla comme son frère, vêtu de cuir et chaussé de mocassins brodés. Mais, comme son frère, il disparut à l’horizon, et jamais on ne le revit. Le visage de ses parents, tant leur douleur fut grande, se couvrit de rides et leur tête de cheveux blancs. Quand leur troisième fils s’en fut par le chemin de la colline, ils le bénirent trois fois, les mains tremblantes et les yeux pleins de larmes. Le garçon leur dit : « Ne vous lamentez pas ainsi. Moi, je reviendrai, je vous promets que je reviendrai ». Et il disparut, au loin, sous le ciel gris.

 

Or, sur la lande, il vit un grand aigle noir tournoyant au-dessus de lui. Le garçon arma son arc et le tendit vers le ciel. Mais avant qu’il n’ait pu tirer, l’aigle descendit, fonça vers la terre et se posa à côté de lui. Alors son plumage s’ouvrit dans un grand froissement ténébreux, et apparut un homme de haute taille, vigoureux, à la chevelure longue et lisse, au regard vif. Cet homme dit : « C’est moi qui ai tué tes deux frères. Je te tuerai toi aussi à moins que tu n’acceptes de faire ce que je vais te demander. Je veux que dès ton retour chez toi, tu chantes des chansons avec tes semblables et tu fasses de grandes fêtes. « Qu’est-ce qu’une chanson ? répondit le garçon. Et qu’est-ce qu’une fête ? – Acceptes-tu oui ou non ? – J’accepte, mais je ne comprends pas. – Viens avec moi, dit l’homme-aigle. Ma mère t’apprendra ce que tu dois savoir. Tes deux frères n’ont pas voulu apprendre, ils détestaient les fêtes et les chansons. C’est pourquoi je les ai tués. Toi, dès que tu auras appris à composer une chanson, à assembler les mots comme il faut, à chanter et à danser, tu pourras revenir tranquillement chez toi.

 

L’homme jeta sur son épaule son manteau en plumage d’aigle et s’en alla, avec le garçon, vers la montagne. Ils marchèrent longtemps, traversant des vallées, des cols, des neiges éternelles. Ils arrivèrent enfin devant une maison de pierre, à la cime d’une montagne rocheuse. Cette maison tremblait, vibrait, secouée par un bruit sourd comme un battement grave, lent et profond. « Ecoute, dit l’homme-aigle. C’est le cœur de ma mère qui bat. Entre, n’aie pas peur. » Il poussa la porte. Dans la grande cuisine enfumée, une vieille femme était assise. Son visage était infiniment ridé, elle se tenait voûtée, tristement. L’homme-aigle l’embrassa. « Mère, lui dit-il, tu vas revivre, toi qui te meurs. Ce jeune homme est venu apprendre à composer des chansons, à battre du tambour, à danser. Il enseignera tout cela aux humains qui ne savent rien des fêtes et des chants. Le visage de la vieille s’épanouit. Elle se leva, serra le garçon dans ses bras et lui dit : « Grâce à toi, je vais rajeunir. Tu vas me délivrer de mon savoir, enfin ! Au travail vivement ! Tu vas d’abord construire une grande maison, plus grande et plus belle que les maisons ordinaires. Le garçon, sur la montagne, construisit une grande maison, puis la mère de l’aigle lui apprit à faire un tambour, à battre la mesure, à chanter, à ordonner les mots et la musique, à danser. Et, jour après jour, le dos voûté de la vieille femme se redressa, ses rides s’effacèrent sur son visage, sur sa tête poussa une superbe chevelure noire. Quand elle eut fini de dire tout son savoir, elle était devenue une belle femme majestueuse aux joues lisses, aux yeux paisibles et brillants. Le garçon serait volontiers resté avec elle.

 

Mais un matin il lui fallut partir. Il redescendit en courant vers la vallée, vers la mer, vers la cabane de ses parents qui croyaient l’avoir perdu à jamais, lui aussi, depuis le temps qu’il s’en était allé. Avec son père, il construisit une grande maison, ils firent ensemble des tambours, puis composèrent des chansons.

 

Quand tout fut prêt, ils s’en allèrent chercher des convives pour le festin. Ils rencontrèrent des gens étranges par les collines. Les uns étaient vêtus de peaux de loups, les autres de peaux de renard, les autres de fourrures d’ours. Ils les invitèrent tous. Devant les feux crépitants, celui qui savait chanta dans la grande maison, il joua du tambour, dansa, toute la nuit. A l’aube, les invités s’en allèrent, saluant le jeune homme et son père. Alors le jeune homme et son père, les voyant se disperser dans l’herbe grise au petit jour, s’aperçurent que tous ces gens qui avaient fait la fête avec eux étaient des animaux qui s’étaient métamorphosés en hommes et en femmes, le temps d’une nuit. La mère-aigle les avait envoyés pour qu’ils donnent au garçon la dernière leçon, le dernier mot de son savoir. Voici : quand le tambour bat juste, quand la danse est bien rythmée, quand la fête est belle, son pouvoir est si grand qu’il change les bêtes en hommes véritables. (Conte des Indiens du Canada, Henri Gougaud, L’arbre à soleils, Ed. du Seuil)

 

A l’origine était la musique (ou le chant)


L’homme-aigle et sa mère nous renvoient à l’origine. Depuis le début, il y a, en nous un oiseau chanteur qui sommeille et qu’il faut réveiller. Certaines traditions disent qu’il y a un ange, muni d’ailes comme l’oiseau lui-même. C’est ainsi que le Coran nous fait assister au passage de l’ange à l’homme, auquel le Seigneur donne un corps pour en faire son lieutenant sur la terre. Contrairement à ce que pense Iblis, il s’agit d’une promotion. Se croyant supérieur à cette nouvelle créature, il refuse de se prosterner devant elle, comme Dieu lui demande de le faire et finit ainsi par introduire une diabolisation dans le monde. Il s’oppose à ce que l’homme joue le rôle de l’ange musicien qu’il n’est plus, en reprenant à son compte le chant des origines. L’être humain finit ainsi par oublier qu’à l’origine était la musique.

 

La vieille femme du conte, figure de l’Ecriture des origines, sait que l’être humain est victime d’un mensonge et que la création tout entière a surgi de la musique parce que la musique était nécessaire pour qu’agisse la Parole créatrice.

 

L’initiation ou le retour au chant des origines


Pour l’homme-aigle, l’être humain s’est égaré en fondant son initiation sur la violence de la chasse, qui le conduit à sa destruction. Pour lui, l’homme n’est pas né de la violence, il est né du chant. Il y a là une question de vie et de mort. C’est pour cette raison qu’il entraîne le jeune garçon, acceptant de choisir la vie, chez sa mère déjà très âgée ; elle lui apprendra le chant des origines qui constitue le chemin de la vie. Celle-là semble signifier que le créateur est aussi une mère, qui fait grandir ses enfants en leur apprenant des chansons. Elle parvient ainsi à révéler à l’homme la Mère oubliée, qui est aussi une Mère musicienne.

 

L’ouverture de l’oreille à la Parole créatrice


  Le chant est une invitation à grandir. Et l’oiseau qui est en soi, c’est l’ange qui aspire à s’incarner dans l’homme : il est la marque de l’inaccompli. Il est un peu le « Cherubino » des Noces de Figaro, jeune page, encore dans l’adolescence, qui aspire à grandir. La musique ouvre son oreille à l’appel de la vie. En réalité, sous l’effet de la musique, c’est son corps tout entier, qui devient oreille. Il peut alors écouter de tout son être la parole créatrice, qui est invitation à l’amour. Aussi ce personnage apparemment secondaire devient-il le personnage principal de la pièce d’opéra, dans lequel Mozart lui-même se révèle tout entier. C’est pourquoi il n’est pas étonnant qu’il ait le nom d’un ange dont la mission est de porter la parole créatrice.

 

Je ne sais plus qui je suis, ni ce que je fais,
tantôt je suis de feu et tantôt de glace,
toutes les femmes me font changer de couleur,
toutes les femmes me font trembler.
Il n'y a que les mots d'amour ou de plaisir

qui troublent et perturbent mon cœur ;
et c'est un désir d'amour que je ne puis
expliquer, qui me force à parler.
Je ne sais plus qui je suis, etc.
Je parle d'amour en veillant,
je parle d'amour en dormant,
à l'eau, à l'ombre, aux montagnes,
aux fleurs, à l'herbe, aux fontaines,
à l'écho, à l'air, aux vents
qui emportent avec eux
le son de mes cris inutiles.
Je parle d'amour en veillant, etc.
Et si je n'ai personne pour m'entendre,
je me parle d'amour tout seul.

 

La parole créatrice n’est pas d’abord une parole extérieure, elle est avant tout la parole intérieure qui, comme invitation à l’amour, pousse l’homme à évoluer en passant de l’inaccompli à l’accompli.

 

Le passage de l’animalité à l’humanité


Le jeune homme du conte pensait avoir invité des êtres humains. Or, il s’aperçoit, à la fin de la fête, que ces êtres vêtus de peaux de bête étaient en réalité d’authentiques animaux. Mais la musique et les chants avaient réussi, l’espace d’une nuit, à les transformer en hommes et en femmes véritables. Dans la violence qui nous pousse à chasser, jusqu’à la mort, les autres humains, nous donnons une place presqu’entière à l’animal qui est en nous. Le conte nous révèle alors que la musique et les chants, en nous éveillant à l’amour, peuvent nous amener à échanger notre arme contre un instrument de musique. C’est cet appel que je vais entendre maintenant en rencontrant, presque chaque jour,  les deux « Roms », qui inlassablement jouent de l'accordéon, avec un grand talent,  dans la seule rue piétonnière de la Croix-Rousse.

 

Et si le secret du Coran était du côté de la musique


Il y a longtemps déjà, un professeur musulman avait attiré mon attention sur la musicalité qu’engendre la récitation du Coran en arabe. Je comprends maintenant seulement le message qu’il voulait me transmettre. Il s’agit moins de chercher, dans ce livre,  une manière de vivre, que d’apprendre à écouter la parole créatrice qui nous traverse, et qui peut renvoyer à la Parole mystérieuse d’un Autre. N’est-ce pas cela que veut dire le mot « Islam ». Nous le traduisons par soumission. Peut-être pourrions-nous le traduire tout aussi bien par écoute ?

Etienne Duval

 

 

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Published by Duval Etienne
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commentaires

Josiane Bochet 13/11/2016 15:25

Merci pour cette belle évocation de la musique et du lien entre paroles et musique .
Pour moi , la musique est vitale , d'ailleurs nous avons toujours été baignés de rythmes , de sons , de voix depuis notre conception . Il n'y a pas de silence dans la nature rien que des bruits , des chants qui nous accompagnent . Mes parents chantaient beaucoup .
Chanter ensemble fait du bien même ( et surtout ) lors d'une sépulture .
Chanter seul aussi " sous la douche " ; même si l'on chante faux !
Sais-tu que dans certains cinémas l'on peut assister en direct à des opéras ? Bien sûr, ce n'est pas aussi exceptionnel que si l'on était dans la salle mais je peux te dire que le son nous envahit , les images aussi ...
Récemment j'ai relu Ma vie avec Mozart d' E E Schmitt et écouté le CD qui va avec ( plusieurs extraits des Noces de Figaro d'ailleurs ) : ce qu'il exprime correspond bien à mon expérience de la musique et des paroles .
Bonne continuation à votre groupe de parole.

Etienne Duval 13/11/2016 15:26

Je suis heureux de voir que tu as l’âme musicienne, car tu rejoins ainsi ce qu’il y a de plus profond en nous. Il y a un conte « La musique au cœur du monde », qui prétend que les hommes recherchent le mystère à travers la musique. Et cette musique fondamentale, il la représente comme une petite feuille verte, qui met tout le monde en harmonie, car elle est au cœur de la vie.

Gérard Jaffredou 29/10/2016 15:46

J'ai apprécié cette évocation du chant et de la danse qui ressoudent la communauté des humains et des animaux, abolissant les limites, fondant l'humanité.
Je ne dirai pas que j'en ai fait l'expérience. Mais je garde le souvenir très chaleureux de ce chanteur de Kan ha Diskan de Saint-Herbot, un homme d'une très grande distinction, âgé déjà d'une soixantaine d'années, Iffig Lavanant, qui expliquait à mes élèves du Collège naval, très étonnés et admiratifs, ce qui liait autrefois, avant l'arrivée des tracteurs, les hommes de l'endroit pendant leur travail : le chant. On chantait, disait-il, constamment : en labourant, et de l'autre côté du talus surgissait une réponse, improvisée, et le dialogue se poursuivait ainsi (e brezhoneg, evel-just). Et tout un répertoire s'élaborait, s'enrichissait, circulait ; et se retrouvait dans les festoù-noz. Ils animaient ici la gavotte, là le plinn, ailleurs le fissel, selon la mode du pays ou de la paroisse. Le Kan ha diskan mène la danse, et c'est parti pour dix, quinze, vingt minutes . Après une longue et rituelle invitation à la danse, un chanteur chante le premier couplet et le second enchaîne en tuilant, puis le premier reprend de même et ainsi de suite. L'un et l'autre entretiennent mutuellement leur énergie et celle des danseurs, qui dansent en ligne, dans une communion joyeuse et codée, où tous les âges se mêlent, et où tous sont admis (pourvu qu'ils respectent les codes).
J'ai connu ces festoù-noz dans leur meilleure forme, à la fin des années soixante. Les communautés de villages étaient encore vivantes, les chanteurs créaient encore leur répertoire ou le tenaient directement de leurs proches, parents ou amis ou voisins, avaient la force de chanter toute une soirée et jusqu'à bien tard dans la nuit. Ils chantaient pour la communauté réunie, après les travaux. S'y aggloméraient quelques étudiants venus de Rennes, guidés les connaisseurs qui avaient repéré que les frères Morvan chantaient à Poullaouen, ou les sœurs Goadec à Carhaix.
Je n'ai jamais retrouvé, nulle part, une chaleur, une bienveillance, une joie aussi forte, aussi simple que dans ces festoù-noz là. La communauté se retrouvait, accueillante, dans la complicité de la fête, du chant et de la danse – certes - , mais surtout celle de la langue, sa langue ! -et quotidienne ! , qui n'était pas encore promue « patrimoine national », une langue vivante, subtile, parlée par tous spontanément, naturellement, et avec un plaisir évident et très enviable.
La foule se séparait à deux ou trois heures du matin, quittait le hangar dans la nuit d'hiver. Je n'ai vu personne se muer en pie-noire ou en tourterelle, mais chacun avait au cœur, je pense, comme nous-mêmes, une sympathie renouvelée pour le prochain et le plaisir de vivre.
Gérard Jaffrédou
14. X. 2016

Etienne Duval 29/10/2016 15:49

Je trouve ton évocation tout à fait intéressante. De mon côté, lorsque ma mère avançait en âge, j’ai voulu la ramener à ses souvenirs d’enfance. C’est alors qu’elle a parlé avec émerveillement de son groupe de chorale. J’avais l’impression de me retrouver au paradis terrestre et ce paradis terrestre, c’était le chant qui en favorisait la naissance et le développement. Il y avait alors beaucoup de joie dans le chant lui-même, dans les rencontres et les promenades régulières qu’il suscitait.

Yves Jaffrès 26/10/2016 18:13

Réflexion d’Yves sur ce dernier envoi :
Nous n’avons fait qu’entendre, dans de mauvaises conditions, des extraits des Noces de Figaro.
J’aurais voulu que nous approfondissions davantage les textes en eux-mêmes, même sur le plan littéraire…
La musique de Mozart en suit les moindres détails, et les transcende tous par l’instauration d’un « climat », né des moyens musicaux mis en oeuvre…

Ce à quoi nous avons été sensibles, est du domaine de l’indicible, mais ce qui se passe derrière nos analyses est plus fort, quand l’analyse va plus à fond.

C’est peut-être ce que dit le conte quand il parle d’ange…
Dans le personnage de Chérubin (nom d’une catégorie d’anges), Mozart exprime un émoi, qui est celui d’une ouverture à une altérité indéfinie. Or la musique se situe justement dans cette respiration qui anime l’être humain, dans le temps, dans la pulsation.
Quant à notre ‘anima’lité’, elle n’est pas à ignorer, car l’anima est cette jonction entre la vie et l’esprit, où l’intelligence et la sensibilité se confortent mutuellement pour que nous soyons tout simplement des « humains », tel que nous pouvons souhaiter le devenir.

Etienne Duval 26/10/2016 18:40

Merci Yves d’avoir pris un peu de temps pour répondre à mes élucubrations.

Je pense que notre attention a été assez forte pour dépasser les mauvaises conditions imposées à notre écoute.

Personnellement je pensais que les textes n’étaient que des prétextes, mais ce que tu dis me fait réfléchir. Pour toi le texte guide la musique, il la canalise, comme si la musique était à son service. Il contient presque l’écriture de la musique elle-même. Nous voilà dans une tout autre direction. Nous en reviendrions à : « Au commencement était la parole » et la parole se déclinerait à deux niveaux : un texte et une musique. Dans ce cas, la parole serait la conjonction des deux. La musique pousserait le texte à une énonciation qui serait la parole elle-même.

Oui tu as raison, la musique nous pousse jusqu’à l’indicible. Ou peut-être plus simplement est-elle l’indicible de la parole ?

En fait, tu vas plus loin, lorsque tu dis qu’elle est dans la respiration et la pulsation de l’être humain. Dans ce cas, elle serait la traduction de l’inspiration…, le sens à son origine…

Marie-Louise Fleckinger 26/10/2016 18:05

Marie-Louise
A propos du blog sur la musique

Conte canadien :
Magnifique, sa lecture fait du bien.
Faut-il le travailler en groupe en détail ?
Exemples à travailler : « Je reviendrai »
« Qu’est-ce qu’une chanson ? »
« J’accepte mais je ne comprends pas »
« Ils marchèrent longtemps »
« Ecoute ! C’est le cœur de ma mère qui bat »
Enseigner = rajeunir ?
« Me délivrer de mon savoir »
Apprendre la musique = ?
Construire sa maison puis inviter
les rapports entre animaux et humains
Conclusion du conte : cf. Orphée ?

A propos de ton commentaire, Etienne
Eclaircir et éclairer ce que tu dis par rapport au Coran
« Mensonge» ? Non, plutôt oubli et refoulement
Je suis très intéressée par le Créateur-« mère »
En apparence, en contradiction avec le dogme chrétien
En profondeur, analogie : Dieu a-t-il besoin des hommes pour poursuivre le chemin ?

A propos de Chérubin, il me semble s’ouvrir au monde, y compris à la nature, par l’amour.
Dans les Noces de Figaro, l’essentiel me paraît être les différents « âges » de l’amour :
Barberine/Chérubin - Figaro/Suzanne - La Comtesse/le Comte - Marcelline (jeune fille et mère)/ Bartholo
Finalement c’est l’amour chanté qui rétablit l’harmonie du monde, y compris social.

Rapports homme et animal
Vue la cruauté volontaire des hommes, est-ce juste de mettre la violence du côté des animaux qui tuent pour survivre ?

La musique nous éveille peut-être à l’amour, mais la musique existe aussi qui appelle à la violence.
Si l’amour nous ouvrait plutôt à toute beauté, naturelle ou artistique ?

La musique et la danse conjointes interviennent à l’origine dans la récitation de tout texte fondateur.
Exemple : ce que tu dis du Coran, mais aussi Homère, les tragiques grecs, les Psaumes et bien d’autres textes transmis par oral ou par écrit.

Oui au fin mot d’« écoute » que tu préfères à « soumission » à propos du Coran : à élargir

Marie-Louise

Etienne Duval 26/10/2016 18:10

Merci Marie-Louise pour toutes ces remarques, qui peuvent nous aider à aller plus loin dans la compréhension de la musique et de ses rapports avec la parole.
En ce qui concerne le conte, je suis d’accord avec tes interrogations. Ce qui me stimulerait le plus, c’est le rapport entre enseigner et rajeunir. Tu pourrais nous en dire plus que ce que j’imagine.
A propos du créateur-mère, il me semble que la dimension féminine est cachée lorsque nous parlons de Dieu. Pour moi, il y a, en Dieu, autant de féminité que de masculinité. Les Indiens, peut-être plus proches que nous des origines, sont aussi plus aptes à le comprendre.
Comme toi je pense que l’amour est fondamental et qu’il rétablit l’harmonie du monde. La musique nous humanise lorsqu’elle exprime l’amour mais elle peut aussi nous pousser du côté de la violence, car elle est avant tout la manifestation de l’émotion et de la passion, qui restent indécises quant à leur expression.
Bien sûr, la musique et la danse sont liées. Au commencement étaient la musique et la danse. Mais peut-être la danse est-elle la première ébauche d’une écriture, appelée à donner naissance à la parole.

Bien amicalement.

François d'Assise 24/10/2016 16:48

Le cantique des créatures - st François d'Assise
Voici un texte attribué à saint François d’Assise :
Très haut tout-puissant, bon Seigneur,
à toi sont les louanges, la gloire et l’honneur et toute bénédiction.
À toi seul, Très-haut, ils conviennent
Et nul homme n’est digne de te mentionner.
Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures,
spécialement, monsieur frère Soleil,
lequel est le jour et par lui tu nous illumines.
Et il est beau et rayonnant avec grande splendeur,
de toi, Très-Haut, il porte la signification.
Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur Lune et les étoiles,
dans le ciel tu les as formées claires, précieuses et belles.
Loué sois-tu, mon Seigneur, par frère Vent
et par l’air et le nuage et le ciel serein et tout temps,
par lesquels à tes créatures tu donnes soutien.
Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur Eau,
laquelle est très utile et humble et précieuse et chaste.
Loué sois-tu, mon Seigneur, par frère feu
par lequel tu illumines dans la nuit,
et il est beau et joyeux et robuste et fort.
Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur notre mère Terre,
laquelle nous soutient et nous gouverne
et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe.
Loué sois-tu, mon Seigneur, par ceux qui pardonnent pour ton amour
et supportent maladies et tribulations.
Heureux ceux qui les supporteront en paix,
car par toi, Très-Haut, ils seront couronnés.
Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur notre mort corporelle,
à laquelle nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels.
Heureux ceux qu’elle trouvera dans tes très saintes volontés,
car la seconde mort ne leur fera pas mal.
Louez et bénissez mon Seigneur,
et rendez-lui grâce et servez-le avec grande humilité.
Saint François d’Assise (1182-1226)

Etienne Duval 24/10/2016 16:50

Il y a, par derrière ce chant de François, l’idée que la création est elle-même un chant, qu’elle est le chant par excellence, à partir duquel chaque être et chaque chose trouve son sens.

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