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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 20:32

 

Comment j’ai rencontré le diable en personne

 

Il y a une dizaine de jours, à 15 heures de l’après-midi, je marche, dans ma rue, à 200 mètres de chez moi. Un homme vient à ma rencontre. Son visage est éclairé par un grand sourire : « Vous ne me reconnaissez pas ? J’habite dans votre immeuble au 3è étage. Je vous ai vu plusieurs fois dans l’ascenseur mais manifestement ma tête vous échappe ». J’ai beau chercher dans ma mémoire mais ce visage ne me revient pas. « Ma femme, reprend-il, vous aperçoit fréquemment et elle vous trouve très gentil. – C’est celle qui a un magasin dans le Vieux Lyon ? – Oui tout à fait. »


Me voilà maintenant en terrain connu. L’homme comme la femme ont une apparence très sympathique. Mon oreille s’ouvre plus encore : « Nous avons une seule voiture et Patricia l’a prise, ce matin, pour aller à son travail. Or je viens d’apprendre que ma mère de 91 ans a été accrochée par une voiture et elle se trouve actuellement à l’hôpital Lyon-Sud. Je voudrais la voir le plus rapidement possible. » Accablé par le malheur, notre homme se met à sangloter abondamment : « Ma pauvre maman, ma pauvre maman ! » La compassion pénètre en moi et je voudrais apporter au souffrant quelques petites consolations. Mes mots sont maladroits et ses sanglots prennent encore plus d’ampleur.


Que puis-je donc faire pour aider cet homme ? C’est tout de même mon voisin. C’est alors que complaisamment il vient à mon secours : « Il faut que je prenne un taxi mais je n’ai pas suffisamment d’argent dans la poche pour le payer ». Qu’à cela ne tienne, il m’est possible de faire un petit geste. Mais moi non plus je n’ai pas les billets nécessaires ; il faut que j’aille chercher ma carte bleue.


Comme deux complices nous voici en direction de mon appartement. « Je vous rembourserai dès 18 heures ce soir. – Oui bien sûr. – Et comme je suis cuisinier de métier, je vous ferai de petits plats italiens que je vous descendrai régulièrement à votre étage. » Décidément cet homme est encore plus sympathique que je ne l’imaginais. « Je compte vous donner vingt euros. – C’est insuffisant, rétorque-t-il. Il me faudrait 50 euros pour assurer l’aller et retour du taxi et les petits frais de café ou de thé à l’hôpital. » Je fais les calculs dans ma tête : trente euros suffiront.


Nous montons par l’escalier jusqu’à mon appartement situé au premier étage. A peine arrivé, l’homme se saisit de son téléphone et éclate en larmes : « Ma mère est morte, ma mère est morte ! » J’esquisse quelques condoléances en cherchant ma carte bleue et nous nous dirigeons vers une caisse de retrait. Très poliment mon compagnon s’écarte pour me laisser faire mes opérations. La caisse ne me laisse pas le choix : ce sera vingt euros ou quarante euros. Qu’à cela ne tienne, je retire deux billets de vingt euros et les remets à mon compagnon, tout en sachant déjà que ce joli parleur est en fait un escroc. Pour m’en assurer, je monte en vitesse frapper à la porte d’une amie. Elle connaît bien la prétendue épouse, mais les détails que m’a livrés le « mari » ne correspondent pas à la réalité. Et, dès le lendemain matin, j’aperçois notre commerçante du vieux Lyon et lui confie mon histoire : elle est effarée et son effarement durera toute la journée.


Dans le dernier blog, j’avais évoqué le « Je suis » qui nous ancre dans la réalité et nous relie au réel. Ici le « Je suis » disparaît : plus de réel ni de réalité. Tout est mensonge. Mais notre artiste utilise tous les artifices de la raison pour faire exister un monde imaginaire. Je me dis alors que je suis en face de la figure du diable, pour qui l’être n’a plus aucune importance. Celui que les hommes appellent Dieu est le maître de l’être : le diable est le maître du non-être en utilisant la toute-puissance de la raison. C’est pourquoi il est présenté sous les traits de l’ange ; il fonctionne dans une dynamique de désincarnation mais il est particulièrement habile à manipuler la raison. Rien n’empêche qu’un homme puisse être à sa façon le diable. Sans doute celui que j’ai rencontré n’est-il pas très dangereux : il est plutôt amusant. Mais un homme comme Hitler et ses partisans ont réussi, pendant quelques années, à diaboliser une partie du monde. Hannah Arendt ne s’y est pas trompée. En dépit de certains préjugés et de certaines apparences, elle a accepté de soutenir Heidegger : elle savait que sa philosophie de l’être était un rempart important, parmi d’autres, contre la barbarie du nazisme.

Etienne Duval

 

 

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commentaires

P
Bonjour. J'ai lu l'expression de votre expérience de vie, partiellement exposée dans les textes de ce site. Contrairement à plusieurs personnes qui prétendent, connaître Dieu, ou même connaître le Diable, ma réalité est bien au delà des simples prétentions. Un simple regard à mon adresse courriel : ''iam3'', vous indiquera que je détiens cette adresse depuis le tout début d'Internet. Ce n'est nullement un hasard, nullement une simple prétention, mais bien un lien, authentique, véritable, matériel et essentiel qui relie : Exode 3:13-14 à cette époque. Moi je ne suis pas ''Celui qui est'', mais bien ''Ce qui est'', c'est à dire, le point d'appuie existentiel de toutes les réalités, y compris la réalité matérielle, y compris la réalité essentielle (spirituelle), y compris l'ensemble des dynamiques des réalités. Ce n'est pas une prétention, mais bien, l'ultime réalité existentielle, au delà du temps, au delà de la matière, au delà des symboles que votre réalité intérieure utilise pour générer une synthèse partielle de réalités, dont celle de Dieu, dont celle du Diable, dont celle de l'univers. Maintenant, voici la preuve de vérité : Elle la vérité doit être supportée par une réalité absolue, pour que l'objet que l'on désigne par vérité, ne soit un mensonge. La réalité absolue d'être ce qui est, se résume à ceci : Transcender matériellement tous les composants existentiels de l'univers, y compris la vie, y compris les événements, par le plus petit commun dénominateur qui relie, tous les composants de l'univers : L'existence absolue, sur laquelle reposent toutes les existences relatives. La dynamique existentielle universelle, repose sur, une seule particule de base, qui se substitue à elle-même, qui se superpose plus rapidement à sa propre substitution qu'à sa relative existence, ici est le fondement existentiel relatif. Ici se trouve aussi, le mensonge existentiel, la racine du mal, l'origine du Diable. La dynamique existentielle relative est aussi au cœur de la matière que de la vie...d'où cette impossibilité pour l'homme de s'y soustraire, sans une association véritable, authentique sincère, avec l'essence de l'absolu : Celui qui est.<br /> Il n'y a pas de mystère, il n'y a que de la physique, pure, totale, intégrale, absolue, essentielle.<br /> Cette particule de base, à laquelle je fais mention, est inconnue des hommes. Elle est cette pensée créatrice, qui a su retirer du néant, l'espoir existentiel absolu.<br /> Je suis, ce qui est.<br /> Je suis l'existence absolue, ce sur quoi repose, votre perspective de première personne, votre je suis relatif, qui aspire à un je suis, absolu...Dieu. C'est bien depuis une seule perspective que toutes les perspectives se rejoignent : ''Soyez un, comme je suis un avec mon Père qui est dans les cieux''.<br /> Alors, ce Diable...se trouve bien au cœur de votre nature. Et c'est elle votre nature dont il vous faut vous libérer, cette nature existentielle relative, cette perspective de première personne relative, doit céder la place, à l'absolu. Maintenant, vous pouvez prier, et demander à Dieu...si ce commentaire est ''véritable'' basé sur une ''réalité absolue'', ou s'il n'est rien d'autre, que l'expression du Diable.<br /> L'absolu, est allé à vous, qu'en ferez-vous?<br /> L'absolu, est déjà allé à vous, qu'en avez-vous fait?<br /> Priez.
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R
J veux roncentre le diable
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E
On rencontre des figures du diable. Le diable lui_même, je ne l'a
S
je veux raconter le diable
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B
Bonjour<br /> Je suis très loin de toute cette philosophie, je me suis fait avoir par une femme se présentant, après un assez long dialogue, comme une femme battue. je n'ai pas eu le réflexe de relever toutes les imprécisions qu'elle avançait, si je lui avait demandé son adresse ou sa carte d'identité, j'aurais tout de suite compris qu'il s'agissait d'une arnaque.
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M
Je questionnais aussi le premier degré du "aller vers l'autre"<br /> pour mieux l'emballer dans sa toute puissance de quémandeur, <br /> celle qui roule dans la farine<br /> l'autre vers qui il va .<br /> En matière d'aller vers l'autre le premier sait faire... <br /> Le second croit aller vers lui...mais le quémandeur l'a déjà <br /> circoncis dans sa stratégie lisse qu'en apparence.
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E
Oui je suis d'accord avec toi.
E
Il semble que le problème qui est posé, c'est la possible disjonction entre l'autre et l'Autre. Donc je peux aller vers l'autre sans aller vers l'Autre. Autrement dit l'altérité ne peut être authentique si elle s'enferme sur elle-même sans respecter l'ouverture à une transcendance, à de l'inconnu qui me dépasse, sans même que je doive le nommer.
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E
Je reprends les propos de Saint Jean. Diaboliser le monde, c'est faire obstacle à la marche vers la vérité et, de ce fait, c'est détruire l'autre et éventuellement provoquer le meurtre, car aller vers la vérité c'est aussi aller vers l'autre. Caîn était dans la toute-puissance, il allait vers lui-même, il n'allait pas vers l'autre.
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M
Les pharisiens à qui s'adressaient Jésus dans la citation précédente de St Jean<br /> n'allaient-ils pas vers l'autre?<br /> <br /> Que c'est subtil et vecteur de possible perversion ,le "aller vers l'autre".!<br /> Que de toutes puissances s'en masquent, <br /> et qui en est exempt <br /> s'il va aussi vers et en soi-même pour en prendre soin ?<br /> <br /> Le plus difficile me parait bien de faire le tri entre le faire selon le "penser ambiant" ,<br /> et le non-faire au sens d'accéder à une demande aux allures raisonnables , (cf ton récit)<br /> demande qui n'est que la résultante de la tolérance de vouloirs de l'autre<br /> . De la tolérance à l'in-tolérance il n'y a qu'un fil. <br /> L'une et l'autre dans leurs excès<br /> n'aboutissent-elles pas à maux analogues?<br /> <br /> Il y aura donc deux sens d'aller vers l'autre voire un troisième aller vers l'Autre?
J
Comme toi, il y a quelque temps, j'ai fait l'objet d'une tentative d’escroquerie : un mail d'un voisin se déclarant en voyage en Turquie et avoir fait l'objet du vol de ses papiers ; il sollicitait donc l'envoi en dépannage de 3.0000€ avec promesse de remboursement. J'ai failli tomber dans le panneau mais la perspicacité d'une voisine destinataire du même mail m'a ouvert les yeux. <br /> Jusqu'à ce jour, je n'avais pas pensé au diable mais simplement à un escroc. Tout cela me rappelle le proverbe : "On peut tromper tout le monde quelque temps, on peut tromper quelqu'un tout le temps mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps." Gare donc, en politique, au POPULISME : le FN, TRUMP, etc... ARENDT a été + perspicace et courageuse que beaucoup. Puissions-ns l’imiter ?
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S
Vous avez pour père le diable, et vous voulez<br /> accomplir les désirs de votre père. Il a été<br /> meurtrier dès le commencement, et il ne se tient<br /> pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité<br /> en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de<br /> son propre fonds; car il est menteur et le père du<br /> mensonge. (Jean 8 :44)
E
Ton expérience, je l’ai eue dix fois : c’est une manipulation très classique. J’ai même eu quelqu’un qui m’a signifié par mail que j’étais condamné à mort ; il trouvait cependant que je ne méritais pas un tel traitement. Alors, il était prêt à me rencontrer pour arranger les choses, sans doute moyennant quelque compensation financière. Cela m’a beaucoup amusé. Mais des amis m’ont amené à déposer une main courante pour éviter que d’autres se fassent prendre. Comme tu le dis, le mensonge est partout et notamment en politique….
G
Je le redis : le diable est dans le temps qui passe, et trop vite. Il n'est cependant pas, je l'espère n'étant pas exorciste, dans nos deux petits (?) Clichois (10 et 8 ans quand même !), que nous avons pour quinze jours de vacances parisiennes en Bretagne, accompagnés par leur mère pour la première semaine, c'est-à-dire jusqu'à demain. <br /> Je me souvenais d'une lecture de Stéphane Moses, Le Temps de la Bible, où il était question du diable, dont la ruse est de prendre des apparences fort inattendues, y compris celle d'envoyé de Yahvé. Je maintiens l'idée. J'ai relu le chapitre. L'argumentation, notamment à partir du texte (Genèse), est diablement compliquée. Je n'ai pas eu le temps, pour le moment, d'en tirer quelque chose de bien clair dans mon esprit, ou suffisamment clair pour tenir en quelques lignes. <br /> Pour compliquer la chose, je me souviens aussi d'une lecture de Jean-Pierre Vernant (que je n'ai pas appris le temps de relire) qui observe, en historien, que les Grecs, quant à eux, ne séparaient pas le mal du bien , entremêlés inextricablement dans tout homme, autrement dit : non séparés dans une projection imaginaire dans un Absolu qui le serait tout autant, soit : le Bien , Dieu // le Mal, Satan, avec les histoires qui s'en suivent, et que l'on connaît...<br /> Ceci aurait l'avantage de nous ramener sur terre et à nous-mêmes, ce qui ne simplifie rien.<br /> Voilà ce que je peux dire sans m'avancer beaucoup, ne sachant ce qui me retient en réalité d'explorer davantage.<br /> Bien amicalement. Peut-être à bientôt si ...<br /> Gérard
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E
C’est vrai qu’on ne peut pas en dire grand-chose. Alors fait-il partie de nous-mêmes comme je le croyais et comme les Grecs eux-mêmes semblaient l’envisager ? Je n’ose plus trop l’affirmer ? Est-ce une coïncidence, mais notamment au moment où j’ai fait intervenir Spinoza, le blog s’est mis à « disjoncter », m’envoyant sans arrêt des annonces d’intervenants, qui ne correspondaient à rien. Faut-il dire qu’il s’agissait de « diablotins » ? Je ne peux l’affirmer, ayant des pieds de paysan. Mais je ne me hasarderais pas à dire que le diable n’existe pas en dehors de nous-mêmes…
G
Cet article est maintenant référencé par google. D'habitude la référence se fait presque immédiatement. Cette fois il a fallu attendre 5 jours. Mais peu importe.
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E
La violence du langage qui porte la différence<br /> <br /> Le récit de Babel nous fait percevoir qu'il existe dans le langage une violence qui va provoquer la dispersion des hommes. Elle est constitutive du langage lui-même, dans la mesure où elle est là pour porter la différence. Or il n'existe pas de différence si les hommes restent enfermés dans un même moule. C'est bien pourtant une sorte de matrice que constitue le langage, appelé à produire de l'humain. Mais cette matrice est de l'ordre du symbolique ; elle est capable d'associer les contraires, comme la mort et la vie, dans un même paradoxe. Elle a une force qui rapproche et une force qui éloigne et sépare, regroupant le même et l'autre dans une même dialectique. En réalité la force qui éloigne et sépare, qui fait éclater et disperse, est précisément la violence. Sans elle, la différence est absente. Il appartient au langage de la promouvoir pour que la graine de l'homme puisse ensemencer la terre entière. " Et c'est là qu'il dispersa les habitants sur toute la face de la terre. " (Article de ce blog d'Etienne Duval "Babel, la violence du langage, qui porte la différence").
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M
retour à l'article de A. Mréjen du 19 (cliquer sur Hannah Arendt)<br /> J'ai été à nouveau frappé par ceci. <br /> <br /> "La « banalité du mal » désigne d’abord la propension d’Eichmann à ne parler que par clichés. Il ne s’approprie pas ce qu’il dit et les règles de langage inventées par les nazis contribuent à le priver de la conscience de ses actes. Tout ce qui concerne l’extermination est exprimé par des euphémismes : « solution finale », « traitement spécial », comptabilisation des « pièces », « regroupement », « changement de domicile », etc. Ces règles de langage ont constitué des facteurs qui ont permis le « maintien de l’ordre et de l’équilibre mental dans les nombreux services spécialisés dans les fonctions les plus diverses dont la coopération était indispensable en la matière » [5]. Victor Klemperer explique que « le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente » [6]. L’avocat d’Eichmann, Servatius, laissa lui-même échapper l’expression « procédé médical » pour parler des chambres à gaz.<br /> <br /> Quand je dis "à nouveau" c'est que la lecture du livre D'Hannah Arendt déniché dans le bac de livres bradés avant le pilon, devant une grande librairie Clermontoise. <br /> Ce passage, avait complété l'état de ma quête de compréhension sur "les mécanismes du comment de l'embrigadement à connotation et corrélation de type spirituel et totalitaire " dans lequel on pouvait se trouver entrainé progressivement, plus ou moins rapidement , vers l'émergence d'une pensée "clichetante" sur rails dichotomiques menant au paradis sinon... l'enfer! <br /> <br /> Sommes-nous si loin du récit de ton quémandeur , n'avait-il pas rodé son discours et sa gestique?
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E
Tu soulignes l'importance du langage, comme espace intermédiaire pour la recherche de la vérité. Le mal, en effet, s'attaque au langage, qui finit par produire du mensonge. Cette attaque du langage est peut-être une des clefs pour la compréhension du mal. En tout cas, cette clef est bien mise en évidence dans le mythe de la Tour de Babel. Là aussi, il y avait de la toute-puissance.
L
Voici le résumé du livre d'A. Mréjen*:<br /> <br /> "Victimes et bourreaux témoignent de la double dégradation, anthropologique et morale, subie par la figure de l homme à Auschwitz.<br /> <br /> Hannah Arendt et Emmanuel Lévinas, tous deux juifs et nés en 1906, ont tenté de retrouver le sens de la dignité humaine après la Shoah. Partageant la même admiration embarrassée pour la pensée de Martin Heidegger, dont ils ont suivi l enseignement, ils s engagent dans des voies philosophiques très différentes.<br /> <br /> Alors qu Arendt met en avant l espace politique comme lieu d expression de la pluralité et de reconnaissance publique des différences individuelles, Lévinas fait de l éthique la « philosophie première » et situe le proprement humain dans la responsabilité infinie pour autrui.<br /> Là où Arendt insiste sur l importance de la pensée et du jugement dans la recherche des normes morales, Lévinas soutient que la lutte contre le mal est indissociable de la réponse à l appel du Bien.<br /> <br /> Cet ouvrage présente une comparaison argumentée des pensées arendtienne et lévinassienne sur la question de la figure de l homme après les « sombres temps », en analysant les conséquences d une priorité accordée au politique ou à l éthique dans l organisation d un monde commun garant de la diversité."<br /> ------------------------------------------------------------------<br /> <br /> * publié en 2012 aux édition du Palio, La figure de l’homme. Hannah Arendt et Emmanuel Lévinas."
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E
Il me semble que l'un et l'autre, dans des contextes différents, font référence au sujet. Le mal est présent là où le sujet est évincé, quel que soit le contexte. Il provoque' la "déréelisation" : c'est pourquoi il banalise tout, y compris le mal lui-même. A la base de tout-cela il y a le jeu de la toute-puissance, mise en avant par le sacrifice d'Abraham. C'est parce qu'il était tout-puissant, sans le savoir, qu'Abraham allait faire disparaître l'existence même de son fils. Il lutte directement contre le mal en sacrifiant sa toute-puissance. Il y avait du diable en lui sans qu'il le sache.
L
Confuse pour la déformation de son nom lors de la communication précédente du lien vers l'article que j'avais tant apprécié, en rapport avec le mal / "la non-pensée"/la responsabilité c'est à dire avec le "Je suis" inaliénable ?<br /> <br /> "Aurore Mréjen<br /> <br /> Aurore Mréjen, docteur en philosophie, chercheuse au Centre de Sociologie des Pratiques et des Représentations Politiques (CSPRP), productrice d’un documentaire radio diffusé le 7 mai sur France Culture, dans "La Fabrique de l’Histoire", et intitulé : "Hannah Arendt et le procès d’Eichmann. La controverse." Elle a publié en 2012 aux édition du Palio, La figure de l’homme. Hannah Arendt et Emmanuel Lévinas."
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E
Merci pour la précision et la rectification.
E
Je serais assez d'accord pour dire que le diable est banal, comme le mal qu'il répand. Il est dans le ça (ça pense) et non dans le je (je pense). Il est dans l'exclusion de l'être et du sujet.<br /> <br /> Vous pouvez retrouver l'article précédent en appuyant sur Etienne Duval
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H
1- La banalité du mal <br /> Lors du procès d’Eichmann, Arendt concentre son attention sur la personnalité de l’accusé : bourgeois déclassé, représentant de commerce renvoyé, il s’engage presque par désœuvrement dans sa fonction de lieutenant-colonel SS chargé de l’élimination de l’« adversaire » juif. D’emblée, elle remarque la disproportion entre l’échelle gigantesque à laquelle les crimes ont été commis et le caractère insignifiant du personnage qui en était l’un des responsables, son aspect ordinaire, banal. Eichmann n’est ni un monstre, ni un fanatique, ni un imbécile. Le trait dominant qui le caractérise est son absence de personnalité, son extraordinaire superficialité, ce qu’Arendt appelle une « incapacité à penser ». L’exemple typique de cette tragique inconsistance réside dans les paroles grotesques qu’il prononce au soir de son exécution. Après avoir affirmé qu’il ne croyait pas à l’au-delà, il conclut : « Dans peu de temps, messieurs, nous nous reverrons. C’est le destin de tous les hommes. Vive l’Allemagne, vive l’Argentine, vive l’Autriche ! » Ce qu’Arendt commente ainsi : « Devant la mort, il avait trouvé les phrases toutes faites que l’on dispense dans les oraisons funèbres. Sur l’échafaud, sa mémoire lui joua un dernier tour : “euphorique”, il avait oublié qu’il assistait à sa propre mort. Comme si, en ces dernières minutes, il résumait la leçon que nous a apprise cette longue étude sur la méchanceté humaine – la leçon de la terrible, de l’indicible, de l’impensable banalité du mal. » [4]<br /> La « banalité du mal » désigne d’abord la propension d’Eichmann à ne parler que par clichés. Il ne s’approprie pas ce qu’il dit et les règles de langage inventées par les nazis contribuent à le priver de la conscience de ses actes. Tout ce qui concerne l’extermination est exprimé par des euphémismes : « solution finale », « traitement spécial », comptabilisation des « pièces », « regroupement », « changement de domicile », etc. Ces règles de langage ont constitué des facteurs qui ont permis le « maintien de l’ordre et de l’équilibre mental dans les nombreux services spécialisés dans les fonctions les plus diverses dont la coopération était indispensable en la matière » [5]. Victor Klemperer explique que « le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente » [6]. L’avocat d’Eichmann, Servatius, laissa lui-même échapper l’expression « procédé médical » pour parler des chambres à gaz.<br /> La « banalité du mal » se caractérise par l’incapacité d’être affecté par ce que l’on fait et le refus de juger. Elle révèle une absence d’imagination, cette aptitude à se mettre à la place d’autrui. Lors de son interrogatoire à Jérusalem, Eichmann explique pendant des mois à l’officier de police qui l’interroge (un Juif allemand) la terrible injustice qu’il a subie en ne dépassant jamais le grade de lieutenant-colonel, avec la certitude d’éveiller chez lui une légitime sympathie. Cette inaptitude à se représenter les autres est décrite en ces termes par Arendt : « Plus on l’écoutait, plus on se rendait à l’évidence que son incapacité à parler était étroitement liée à son incapacité à penser — à penser notamment du point de vue de quelqu’un d’autre. Il était impossible de communiquer avec lui, non parce qu’il mentait, mais parce qu’il s’entourait du plus efficace des mécanismes de défense contre les mots et la présence des autres et, partant, contre la réalité en tant que telle. » [7]<br /> Si la conscience d’Eichmann n’est pas tout à fait éteinte lorsqu’il organise les premières déportations en octobre 1941, la conférence de Wannsee, qui se tient en janvier 1942, est le tournant décisif qui lui ôte définitivement tout scrupule. À cette occasion, les hauts fonctionnaires sont informés de la nécessité de coordonner leurs efforts en vue de la mise en œuvre de la « solution finale », car telle est la volonté du Führer qui a force de loi. À partir de ce moment, Eichmann se déprend de toute culpabilité. C’est la constatation que personne autour de lui ne semble remettre en question le bien-fondé de la Solution finale qui étouffe définitivement ses doutes. Arendt écrit : « [Eichmann] n’était pas stupide. C’est la pure absence de pensée – ce qui n’est pas du tout la même chose que la stupidité – qui lui a permis de devenir un des principaux criminels de son époque. Et si cela est “banal” et même comique, si, avec la meilleure volonté du monde, on ne parvient pas à découvrir en Eichmann la moindre profondeur diabolique ou démoniaque, on ne dit pas pour autant, loin de là, que cela est ordinaire. » [8]<br /> C’est précisément cette absence de pensée qui a pu être interprétée comme une façon d’ôter toute responsabilité à Eichmann, en faisant de lui un pantin obéissant mécaniquement aux ordres.<br /> <br /> Appuyer sur Hannah Arendt pour avoir la totalité de l'article
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L
A propos de la banalité du mal / revenir à Hannah Arendt<br /> <br /> http://www.raison-publique.fr/article606.html
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E
Oui j'ai beaucoup apprécié le film sur Hannah Arendt. Merci de nous le rappeler.
M
Meuh! non, tu te souviens de " les frères Jacques?":<br /> "c'est 'le bout de la queue du Chat qui vous électrise... non, l'Esprit n'est pas encore là....etc..."<br /> <br /> Ceci dit plus sérieusement je trouvais que Hegel et sa notion d'Esprit aurait pu apporter quelque lumière au thème "Je Suis" et à celui de l'Être dont le Lucifer... (lumière!) qui entraine vers le "non-être" de l'autre..<br /> <br /> Espérant que les autres commentaires vont réapparaître: <br /> il y 24 heures, le mien n'était apparu sur ton blog, pendant un bon moment que sous forme de plage blanche... Bon , çà s'est anéanti m'étais-je dit.
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E
Le tien, je ne l'ai pas vu disparaître. La seule chose c'est que tu l'as intercalé entre un commentaire et une réaction que j'avais eue. Il faut faire attention car les commentaires ne peuvent tenir que dans la mesure où je les accepte, ce que je fais tout le temps. Pour Hegel sans doute, mais il est plus tourné vers l'Esprit que vers l'Être.<br /> Merci pour toutes tes réactions.
E
UNE DRÔLE D'EXPERIENCE : ET SI LE DIABLE EXISTAIT VRAIMENT !<br /> <br /> <br /> <br /> Il se passe de drôles de choses à propos de mon blog. Depuis le début de l'après-midi, je suis averti que plusieurs personnes ont déposé des commentaires. Les personnes sont bien nommées : Lallemand, Jeanson, Duval, Antoine. En réalité, il n'y a rien.<br /> <br /> Il y a du diable là-dedans ! Ou peut-être un virus !
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M
En l'homme et/ou en dehors de l'homme?<br /> <br /> Luc (évangile) chap. 4 versets 1-12<br /> la brève évocation de TROIS formes de tentation quasi essentielles de Pouvoir, <br /> quand le "Fils de l'Homme" ("Je Suis" fait homme) vit et traverse le temps du désert.... Ce désert, expérience de faim et de solitude avec pour compagnon imprévu ou improbable ...le diable! <br /> <br /> Ce "désert" dont tout homme ressortirait en sachant rester restant ou non à la fois tant dans le "Je SUIS" que dans son "je suis", c'est à dire revivifié ou annihilé dans son être .Mais au juste, annihilé dans son être (l'image qu'il renvoie à autrui), ou dans son esprit ?<br /> <br /> Qu'est-ce que Luc dit finalement du "j'ai rencontré le diable" par rapport à Spinoza? (Philosophe que j'ai si peu étudié que c'est comme si je ne l'avais jamais lu ni connu)
S
COURT TRAITÉ DE DIEU<br /> DE L’HOMME ET DE LA SANTÉ DE SON ÂME<br /> <br /> Des diables<br /> Nous dirons maintenant brièvement quelque chose au sujet des diables, s"ils sont ou ne sont pas, et cela comme il suit : Si le Diable est une chose entièrement et absolument contraire à Dieu et qui n’a rien de Dieu, alors il est exactement identique au Néant, dont nous avons déjà parlé précédemment. <br /> (2j Admettons donc avec quelques-uns qu’il est un être pensant qui ne veut ni ne fait absolument rien de bon et s’oppose ainsi en tout à Dieu ; il est donc fort misérable ; et si les prières pouvaient y servir il y aurait lieu de prier pour lui, pour sa conversion. <br /> (3) Voyons cependant si un être aussi misérable pourrait subsister un seul instant. Nous trouverons sur- le-champ qu’il n’en est rien ; puisque toute la durée d’une chose provient de sa perfection et que, plus il y a en elle d’essence et de divinité, plus elle est subsistante, comment, pensé-je, le Diable pourrait-il subsister, puisqu’il n’a pas la moindre perfection ? Ajoutez que la subsistance ou la durée d’un mode dans la chose pensante est causée uniquement par l’union qu’a ce mode avec Dieu, union produite par l’amour ; mais dans les diables c’est absolument le contraire de cette union qu’on suppose, et par suite il est impossible qu’ils subsistent. <br /> (4) Mais, s’il n’y a pas la moindre nécessité d’admettre les Diables, pourquoi les admettre ? Car il. ne nous est pas nécessaire comme à d’autres d’admettre des Diables pour trouver les causes de la Haine, de l’Envie, de la Colère et d’autres passions de même sorte, puisque nous les avons suffisamment trouvées sans de telles fictions.
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E
En somme, le diable serait une figure ou si l'on veut une structure, présente dans l'homme...
C
J'ai eu de gros problèmes psychologiques où je me trouvais déconnecté de la réalité. J'avais pris l'habitude de mentir. Or lorsque j'ai cessé de mentir, mon état s'est beaucoup amélioré.
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M
Christophe, il n'est pas question du mensonge proféré mais de la manière dont la victime du mensonge y a été ou prise ou/et séduite.<br /> <br /> Dans ce que relate Etienne, ce n'est pas lui qui mentait.<br /> Matériellement parlant il en été la victime.<br /> L'autre en a été le bénéficiaire...L'autre a menti non seulement dans son corps et ses paroles mais aussi à sa conscience d'homme qui se veut "bon"," bon citoyen", "bon père" "bon..." que sais-je. encore....tout en prenant l'autre pour son pantin , pour une sorte c¤* à flatter "merci, merci, sans vous etc...!"<br /> Mais le premier, en laissant croire qu'il croyait le théâtreux, lui aura menti d'un mensonge d '"entretien" dont le second n'a cure puisque çà le "nourrit". <br /> <br /> Le problème est::<br /> "à quel moment savoir dire stop" avec fermeté pour ne pas entretenir la monté et la superbe et la main-mise du mentant/gesticulant/manipulant afin de ne pas l'encourager<br /> l'entretenir , voire le laisser hisser sur piédestal ... tel Hitler qu''Etienne évoque .<br /> <br /> Cependant je me demande si ,dans la mesure où votre suggestion selon laquelle<br /> les mensonges d'un individu pourraient provoquer en lui des désordres psychologiques avaient une réalité ne pourrait-on pas, alors , se demander si les désordres, voire les folies civilisationnels, n'auraient pas pour racines des mensonges sociétaux <br /> con-sentis préalablement puis autorisés et propagés avec force "gesticulations" ?<br /> <br /> Singer le théâtre pour passer pour plus crédible, là est <br /> le mensonge. Mais il m'a semblé que le dérangé psychologique n'a pas conscience de son théâtre, il le vit de manière similaire aux tranches de rêves sauf , en plus, l'agir de son corps dans la réalité .
E
Ce que tu dis est très intéressant. Tu suggères qu'à la longue le mensonge peut introduire chez l'individu qui ment des désordres psychologiques. Cela ne m'étonne pas du tout. Et le plus intéressant c'est que la suppression du mensonge peut permettre de rétablir la santé.
C
MERCI Etienne, de ton retour, qui me semble si judicieux et pertinent pour nous pauvres humains qui n’avons pas l’humilité de nous « Contenter » de l’inspiration divine qui nous est donnée …. Si nous nous nous laissons inspirer par l’Esprit et par ce que nous sentons que nous devrions faire … à notre échelle. Mais, là est « ma » réponse et. ma Foi ! Déjà, une belle rencontre entre nous deux, qui sommes pourtant si différents !<br /> Bon dimanche.
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E
Je suis d’accord, il faut lâcher prise et rester disponible à la lumière tout en apportant notre part personnelle.
M
Serait-ce à dire que le philosophe dans sa vie d'homme n'est pas aidé par sa propre philosophie ?<br /> Marcel
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E
Tu poses la bonne question aussi bien pour Hannah Arendt que pour Heidegger. Ce qui fait la difficulté c’est que la vie, pour tout le monde, est d’abord passion avant d’être pensée. Saint Augustin le savait bien. Il a eu une parole que je trouve magnifique : « Il vaut mieux se perdre dans ses passions que de perdre sa passion ». Mais le mal c’est aussi délier la passion de la pensée. Le travail d’humanisation va consister à relier les deux ; mais il continue pendant longtemps à laisser une place à un certain nombre de lacunes…
L
Appuyez sur Le langage<br /> <br /> LE LANGAGE<br /> Introduction<br /> Nos connaissances et les difficultés qu'elles soulèvent ne viennent-elles pas de notre façon de connaître ?<br /> Or, qu'est-ce qui caractérise notre façon de connaître ?<br /> Par quel moyen connaissons-nous sinon par la pensée (conscience) et le langage.<br /> La philosophie analytique considère depuis longtemps que c'est le langage qui est en cause.<br /> Il suffit de rappeler l'adoption par les sciences d'un langage formel, sans équivoque.<br /> C'est donc peut-être l'outil linguistique qui est en cause.<br /> Pourtant n'est-ce pas faire un peu vite la part belle à la pensée ?<br /> Quel est donc le lien entre le langage et la pensée ?<br /> Le langage n'est-il qu'un outil pour la pensée ? <br /> I. Le langage, un outil de la pensée ?<br /> 1) Le langage, un moyen de communication ?<br /> Peu de choses nous sont aussi familères que le langage.<br /> Aussi loin que nous nous souvenons, nous parlons.<br /> Ne définit-on pas l'homme comme homo loquens ?<br /> Nous recourons sans cesse au langage ;<br /> mais nous ne lui prêtons pas d'attention pour autant.<br /> Car ce n'est pas le langage qui importe mais ce que nous avons à dire.<br /> Le langage est comme un outil plus ou moins efficace.<br /> Il se rappelle à nous lorsqu'il n'exprime pas correctement notre opinion.<br /> En revanche, lorsqu'il l'exprime correctement, nous l'oublions.<br /> Le langage est donc un outil de communication.<br /> Le langage permet de communiquer.<br /> Il permet de transmettre des informations.<br /> La chose est évidente.<br /> Et pourtant, conclure que le langage est seulement un moyen de communication est peut-être hâtif !<br /> N'y a-t-il pas d'autres usages du langage que ceux de la communication ?<br /> Qu'en est-il du monologue intérieur ?<br /> Consiste-t-il lui aussi à se communiquer une information ?<br /> Il y a là un usage du langage qui n'implique pas transmission d'information.<br /> D'autre part, on peut aussi communiquer sans langage.<br /> Qu'est-ce que communiquer ?<br /> Communiquer, c'est transmettre une ou des informations.<br /> On a alors transfert d'un message et utilisation de ce message.<br /> Le champ de la communication est plus vaste que le champ du langage.<br /> La cybernétique étudie certaines formes de communication sans langage.<br /> La cybernétique est la théorie qui étudie les mécanismes d'auto-régulation d'un système artificiel (machine) ou vivant : système de rétro-contrôle ou feed-back.<br /> Exemple : la machine à vapeur ou le thermostat.<br /> La transmission de l'information consiste à donner un ordre !<br /> Il s'agit d'in-former : changer la forme, agir sur,...et faire réagir.<br /> L'informatique ne procède pas autrement.<br /> Quand elle a recours au langage binaire (0 et 1).<br /> 1 déclenche une impulsion électrique.<br /> 0 ne déclenche pas d'impulsion électrique. <br /> <br /> 2) Langage et communication ne sont pas identiques<br /> Etude du texte de Benvéniste : "Communication animale et langage humain"<br /> §4. <br /> 1ère différence énoncée par Benveniste entre langage et communication :<br /> La communication peut d'abord être caractérisée par sa limitation.<br /> Le message ne suscite pas une réponse mais une conduite.<br /> Et cette conduite doit être rigoureusement distinguée de la réponse.<br /> Pour l'homme, la conduite tient souvent lieu de réponse :<br /> Ne pas répondre, c'est exprimer son mécontentement.<br /> Mais il arrive aussi que la conduite soit dépourvue de toute signification !<br /> C'est le cas lorsque le message donne un ordre (ex. : l'officier s'adressant au soldat).<br /> Dans ce cas, le message n'attend pas de réponse mais une action.<br /> Il y a donc lieu de dissocier conduite et réponse.<br /> Par conduite, il faut entendre "réaction comportementale" ;<br /> Le message de l'abeille en fait agir une autre. <br /> Il n'y a donc pas circularité ou échange réciproque.<br /> Le message ne transite jamais que dans un sens.<br /> Cette absence de dialogue interdit tout élaboration commune d'une information.<br /> Il n'y a pas d'enrichissement de l'information par le destinataire.<br /> " Le dialogue (...) condition du langage humain " : <br /> Si la communauté animale se caractérise par son "unilatéralité" i.e. l'absence de réponse, c'est donc faute d'une telle circularité qu'il est inapte à revendiquer le statut de langage.<br /> La caractéristique essentielle est cependant ailleurs :<br /> " Nous parlons à d'autres qui parlent, telle est la réalité humaine "<br /> Dans le langage humain, il s'agit sans doute moins de faire agir autrui que de s'adresser à lui et de trouver chez lui un certain "répondant", "résonnance" ou "écho" i.e. un autre Moi.<br /> Autant de raisons qui font qu'il ne me viendrait pas à l'esprit de m'adresser à mon ordinateur.<br /> §5. Différence suivante : limitation du contenu des messages.<br /> Le message ne peut concerner qu'un seul type d'objet.<br /> Ceci l'oppose aux contenus illimités du langage humain.<br /> On peut parler de tout et de rien.<br /> L'absence de limitation du contenu est la condition de la créativité.<br /> En outre, le symbolisme chez l'abeille " consiste en un décalque de la situation objective. "<br /> Autrement dit, le symbole est une reproduction stricto sens de la réalité.<br /> Le symbole colle à la réalité.<br /> Ceci explique le caractère limité du contenu des messages.<br /> A l'inverse, dans le langage humain, le symbole ne colle pas à la réalité signifiée.<br /> En effet, il suffit de se souvenir que des symboles différents peuvent signifier la même chose : la ville lumière, la capitale de la France, la capitale de la mode, Paris.<br /> Pas de rapport nécessaire entre ce ce que l'on veut dire et la façon de le dire !<br /> Pour dire quelque chose, il n'y a pas qu'une seule manière de le dire !<br /> Seul le langage huùain comporte une indépendance du symbole par rapport à son référent i.e. du mot par rapport à la chose.<br /> On peut supposer que cette indépendance relative du symbole explique la possibilité de parler pour parler sans que l'on soit automatiquement renvoyé à la réalité concrète d'une chose déterminée. <br /> Autrement dit, cela explique la possibilité de discourir sur des généralités et du dialogue compris comme circularité du langage.<br /> §6. " Le message des abeilles ne se laisse pas analyser " :<br /> On ne peut le décomposer en éléments signifiants.<br /> C'est l'entité (le message en son entier) qui a un sens.<br /> Alors que dans le langage humain, les messages sont eux-mêmes composés d'éléments (morphèmes : mots) qui ont eux-mêmes une signification.<br /> Ces mots peuvent être réagencés autrement pour singifier autre chose.<br /> On procède ainsi par combinaison.<br /> Si le nombre des combinaisons est illimité, elles obéissent tout de même à des règles.<br /> Ce sont les règles de syntaxe.<br /> On ne combine pas n'importe comment les mots entre eux.<br /> Ex : "couleur vraie rouge" ne constitue pas une phrase.<br /> Les morphèmes sont eux composés d'un nombre limité d'éléments : les phonèmes.<br /> D'une langue à l'autre ce ne sont pas les mêmes.<br /> Ne pas les respecter c'est s'exposer à être incompris.<br /> En francais les sons "p" et "b" sont différents.<br /> Ce n'est pas le cas en chinois.<br /> Ils sont affaire de convention.<br /> Conclusion :<br /> Le langage diffère de la communication en qu'il procède par symbole et non par signaux.<br /> L'animal ne comprend i.e. n'interprête pas des symboles ;<br /> Il décode des signaux et réagit par un comportement conforme.<br /> Dans un cas, il y a une part d'initiative personnelle, une marge de liberté, d'inovation.<br /> Et dans l'autre cas, il y a l'instinct et de l'automatisme.<br /> Analyse de G.Gusdorf :<br /> " Le chimpanzé peut émettre certains sons, il pousse des cris de plaisir ou de peine. Mais ces gestes vocaux demeurent chez lui soudés à l'émotion. Il ne sait pas en faire un usage indépendant de la situation dans laquelle ils surviennent. " (p.9 La parole) <br /> L'animal est capable d'expression.<br /> Mais les signes ne sont pas indépendants de ce qui est exprimé.<br /> Les signes sont le "décalque" de la réalité. (Benvéniste).<br /> Gusdorf lui dit qu'ils sont "soudés".<br /> Le signe et son référent sont indissociables. <br /> Donc l'animal peut recourir le signe seulement sous l'impulsion de l'émotion.<br /> L'expression doit être provoquée par l'émotion.<br /> L'initiative de l'expression ne dépend pas de l'animal.<br /> Alors que l'homme peut parler librement du monde.<br /> D'autre part, si le signe et son référent sont indissociables et donc dépendants<br /> dès lors, l'animal ne peut pas choisir la manière de l'exprimer.<br /> Telle émotion provoque automatiquement un signal spécifique.<br /> " L'animal ne connaît pas le signe, mais le signal seulement, c'est-à-dire la réaction conditionnelle à une situation reconnue dans sa forme globale, mais non analysée dans son détail. Sa conduite vise l'adaptation à une présence concrète à laquelle il adhère par ses besoins, ses tendances en éveil, seuls chiffres pour lui, seuls éléments d'intelligibilité offerts par un événement qu'il ne domine pas, mais auquel il participe. Le mot humain intervient comme un abstrait de la situation. Il permet de la décomposer et de la perpétuer, c'est-à-dire d'échapper à la contrainte de l'actualité pour prendre position dans la sécurité de la distance et de l'absence. " (p.10)<br /> L'animal a affaire à un signal.<br /> Ex.: le cri d'alarme sème automatiquement la panique au sein du groupe et provoque la fuite.<br /> De quel manière, ce cri rend-il compte de la situation ?<br /> Il ne décrit pas la situation : la présence d'un prédateur dissimulé.<br /> Ce cri est tout d'abord une réaction instinctive, impensée.<br /> Ensuite, ce cri ne rend pas compte du détail de la situation.<br /> Il ne décrit ni la nature du danger (qui est le prédateur), son nombre (combien), sa distance, etc.<br /> L'animal a un rapport au monde qui est de l'ordre du vécu, de l'éprouvé ;<br /> à ce titre, il le subit.<br /> Le cri de surprise est purement réactif ; <br /> il n'exprime rien sur le monde.<br /> L'absence de distance entre le signe et le référent est source de fusion.<br /> L'animal vit dans la "fusion avec" les choses (confusion) .<br /> Il lui manque le filtre des mots qui lui permettrait de tenir le monde à distance.<br /> Le signe (langage) permet de dire la chose absente.<br /> Et le signe générique confère une certaine maîtrise du monde.<br /> A travers les signes, l'homme se donne un doublet du monde.<br /> Parler de sa représentation du monde permet ensuite d'y agir.<br /> La communication ne donne pas à l'animal la maîtrise du monde.<br /> Elle ne lui donne pas un substitut, un symbole abstrait du monde.<br /> Le langage (abstrait) arrache à l'immanence du monde.<br /> Nous ne sommes pas immergés dans le monde.<br /> Nous ne nous contentons pas de vivre ; nous existons.<br /> Exister, c'est "être hors de".<br /> Se tenir en dehors des choses.<br /> Pour cela, il faut un point de vue qui surplombe, qui domine les choses.<br /> Cette position, c'est le langage qui nous le donne.<br /> <br /> 3) Le langage est plus riche que la communication :<br /> Le langage diffère de la communication par le libre jeu de la pensée.<br /> La communication animale (les symboles) sont figés, soudés à la chose.<br /> Alors que, dans le langage, il y a du jeu, de l'indéterminé : <br /> l'équivocité du symbole fait qu'il ne désigne pas 1 seule chose.<br /> On peut même assigner un nouveau sens à un symbole : métaphore.<br /> Le langage offre ainsi des possibilités ou virtualités de sens.<br /> Le sens existe en puissance et la pensée l'actualise.<br /> c'est-à-dire qu'il achève cette détermination.<br /> Un sens est alors choisi.<br /> A ce titre, toute compréhension est interprétation.<br /> La condition du langage en acte, c'est la pensée !<br /> Comment s'exerce le choix de la pensée ?<br /> Parler, c'est être en mesure de comprendre la relation entre le concept et le référent. <br /> Pour avoir un libre usage du langage, il faut la pensée.<br /> La pensée est la condition du langage.<br /> <br /> II. Quel rapport entre la pensée et le langage ?<br /> 1) Pas de langage sans pensée<br /> Rousseau Discours sur l'origine des langues ch.1, (Folio/Essais p.64-65)<br /> Thèse développée par Rousseau :<br /> Le langage ne dépend pas d'un organe spécifique.<br /> Il dépend d'une faculté à mettre en oeuvre ces organes pour parler.<br /> Ce qui importe, c'est donc cette faculté.<br /> Si l'homme n'était pas doté de tels organes, cette faculté aurait trouvé d'autres moyens. <br /> Cette faculté est propre à l'homme.<br /> Rousseau n'exclue pas l'idée que certains animaux possèdent la communication.<br /> Mais il y a une différence essentielle.<br /> L'une est une langue naturelle, innée, fruit de l'instinct.<br /> Alors que l'autre relève de la convention ; elle est acquise.<br /> Et, elle est susceptible d'évoluer. <br /> La convention et l'évolutivité impliquent que le langage humain est le fruit de l'intelligence.<br /> Cette thèse de Rousseau est surprenante de modernité.<br /> On trouve chez le singe supérieur et l'homme les mêmes organes nécessaires à la parole :<br /> des cordes vocales, certaines structures cérébrales, la langue, la bouche et l'appareil auditif.<br /> Donc, non seulement il n'y a pas d'organe spécifique à la parole.<br /> Mais, ces organes ne sont pas en priorité destinés au langage.<br /> Ex. : Les poumons servent à respirer.<br /> La parole emprunte des organes.<br /> Ceci suffit à montrer que la parole n'est pas le fruit d'une production physiologique.<br /> Il ne suffit pas d'avoir des organes pour parler !<br /> Pour parler, il faut quelque chose de plus.<br /> Quelque chose qui n'est pas de nature organique : la pensée.<br /> En ce sens, la parole dépasse la simple production organique, elle la transcende.<br /> C'est donc bien la pensée qui est la condition du langage.<br /> 2) Pas de pensée sans langage.<br /> Hegel Philosophie de l'esprit § 463, Remarque (Ed. PUF, p. )<br /> Hegel réfléchit au rapport entre le mot et la pensée.<br /> Sans les mots, nos pensées sont indéterminées et fictives <br /> ou encore confuses et inauthentiques.<br /> Sans les mots, la pensée n'est qu'un flux de conscience.<br /> Les mots donnent à la pensée une "forme objective".<br /> La "forme objective" peut s'entendre en deux sens :<br /> c'est l'idée d'objet et l'idée d'objectivité.<br /> En effet, les mots sont à la fois des objets concrets, matériels <br /> mais ils sont aussi un gage d'objectivité.<br /> C'est cette forme objective du mot appliquée à la pensée, qui la fait sortir de l'indifférenciation et de la confusion dans laquelle elle se trouvait.<br /> Cette forme objective est une forme externe étant donné que ce n'est pas en nous que nous découvrons les mots. <br /> Le mot a une existence physique et notamment sonore.<br /> Ainsi le mot joue-t-il le rôle de réceptacle physique pour la pensée.<br /> Il devient le point de rencontre le plus abouti entre l'esprit et la matière.<br /> Il est le signe grâce auquel je peux réellement penser une idée déterminée.<br /> Si ce signe venait à disparaître alors son sens se partagerait entre d'autres signes, à savoir ses synonymes ;<br /> et l'on cesserait d'avoir accès à l'idée elle-même ;<br /> l'idée se trouverait alors confondue avec d'autres idées. <br /> Il est vain de vouloir penser sans les mots.<br /> Le mot n'est pas un obstacle à l'expression de nos pensées.<br /> Il en est la condition.<br /> Souvent, on accuse le langage d'imperfection ; <br /> on lui reproche de ne pas exprimer correctement nos pensées. <br /> Pourtant Hegel déplace le soupçon : <br /> n'est-ce pas plutôt notre pensée confuse qui est en cause ?<br /> Souvent, on dénonce la limite du langage ;<br /> on prétend qu'il y a de l'inéfable.<br /> On ne pourrait pas tout dire, et surtout pas l'essentiel : Dieu. <br /> De sorte que la vraie connaissance serait contemplative et silencieuse.<br /> Mais sur quoi repose cette thèse sinon sur une croyance ?<br /> N'est-ce pas plutôt une illusion voire une solution de facilité ? <br /> Car la pensée sans les mots est une pensée encore inachevée.<br /> C'est une pensée en attente d'être formulée.<br /> Ce qui est privé de forme, l'informe, n'est pas vraiment pensable.<br /> Et ce n'est pas non plus vraiment de la pensée.<br /> Il y a plus de mystère parce que plus de confusion dans cette pensée sans forme.<br /> Mais la pensée confuse est sûrement moins parfaite que la pensée claire.<br /> Certes, il ne suffit pas de recourir aux mots pour que notre pensée soit intelligente.<br /> Mais ce n'est pas tant la faute du langage que de la pensée qui est absente.<br /> Une parole creuse, c'est une parole sans pensée véritable.<br /> En revanche, si la pensée est bien présente, si elle s'élève à la rationalité de la chose alors le mot ou le langage seront aussi rationnels !<br /> Ils n'y parviennent pas l'un sans l'autre !<br /> Ainsi l'intelligence avec l'appui des mots peut accéder à la compréhension la plus élevée des choses.<br /> Hegel postule la possibilité pour le langage et la pensée d'accéder à la connaissance rationnelle des choses. Au fond, il n'y a pas en droit de limite à la rationalité.<br /> Il ne nie pas l'existence d'une expérience subjective indicible. <br /> Il reconnaît son existence.<br /> Mais au même titre que toute expérience absolument unique, proprement singulière et purement subjective, elle est finalement la plus pauvre car on ne peut rien en dire.<br /> (cf. la Phénoménologie de l'esprit chapitre I : la certitude sensible)<br /> 3) Le langage est la médiation indispensable de toute pensée.<br /> Si le langage est l'instrument de la pensée, <br /> la pensée ne peut se passer du langage.<br /> L'examen des 2 parties qui précèdent ont permis d'étudier le rapport entre langage et pensée.<br /> On a cherché à penser la prééminence de l'un des deux.<br /> Or, la fin du texte de Hegel donne à penser qu'il n'y a pas de prééminence.<br /> Il s'agit plutôt d'une étroite interdépendance puisqu'ils ne peuvent être l'un sans l'autre.<br /> On peut même supposer que leur évolution se fait conjointement.<br /> Ainsi la maîtrise de notre pensée dépend de notre langage et réciproquement.<br /> Pour forger de nouveaux concepts, je dois maîtriser parfaitement ceux dont je dispose déjà.<br /> III. Le langage comme horizon de la pensée<br /> 1) Le langage infléchit notre perception (vision) du monde<br /> L'un des reproches adressé au langage, c'est d'être un obstacle à l'expression de nos idées.<br /> On pourrait également suggérer que le langage voile la réalité.<br /> Rappelons-nous qu'en gallois un seul terme désigne le bleu et le vert.<br /> Ainsi un terme désigne 2 réalités distinctes pour la langue française.<br /> Or en nommant ces 2 couleurs d'un seul terme, le gallois ne tend-il pas à les confondre.<br /> Et, du coup, ne dissimile-t-il pas quelque chose ?<br /> Dès lors, pour remédier à cette insuffisance, ne faudrait-il pas forger un langage qui comporte autant de mots qu'il y a de nuances à percevoir dans le monde ?<br /> Ainsi aurait-on la garantie que le langage n'est pas dissimulateur ?<br /> Mais un tel langage ne devient-il pas alors inutilisable ?<br /> Car le monde comporte une infinité de nuances et le langage devrait en comporter tout autant.<br /> <br /> Bergson "Le langage nous éloigne des choses " <br /> (J.Russ p.434 texte n°4)<br /> Bergson part d'un constat : Nous ne voyons pas les choses telles qu'elles sont.<br /> Nous ne voyons pas les choses mais telles que les mots nous les montrent.<br /> Entre les choses et nous, il y a le filtre des mots.<br /> Et les mots sont comme des étiquettes sur les choses ;<br /> ils abordent les choses dans leur généralité ;<br /> les mots ont pour fonction de nous donner une emprise sur les choses.<br /> Les mots ne servent pas tant à connaître mais à agir. <br /> Il s'agit d'ailleurs d'une attitude "naturelle".<br /> C'est notre rapport naturel aux choses.<br /> C'est comportement très courant à l'égard des choses.<br /> Cela est lié à un " besoin " ou encore à une utilité.<br /> Inconsciemment, nous avons une approche utilitaire du monde.<br /> Et cette tendance se trouve renforcée par le langage.<br /> Nous regardons les choses à travers le filtre des mots.<br /> Nous procédons ainsi par " économie " ou souci d'efficacité.<br /> En effet, les mots désignent ce qu'il y a de générique dans la chose.<br /> Ils désignent ce qu'il y a d'identique, de commun, d'assimilable.<br /> Du coup, les traits singuliers sont gommés.<br /> Les mots nivellent la réalité. (cf. critique nietzschéenne)<br /> Les mots font entrer la réalité dans le moule des mots.<br /> Ceci rend certes les choses manipulables.<br /> Mais il s'ensuit un apauvrissement du réel !<br /> Le mot renvoie donc à la forme générique de la chose. <br /> Et la chose elle-même, dans ce qu'elle a d'unique, passe inaperçu.<br /> Toute la diversité de la chose tombe dans l'oubli<br /> Les mots ne voilent pas seulement le monde extérieur ;<br /> ils voilent également notre vécu psychique i.e. notre intériorité.<br /> N'y a-t-il pas un écart entre la réalité intime sentie et la réalité pensée ?<br /> La réalité pensée n'est-elle pas appauvrie par rapport à la réalité pensée ?<br /> Il y a deux façons de se rapporter à soi-même.<br /> La première consiste simplement dans le sentiment que l'on a de soi-même ;<br /> ce que l'on perçoit alors est chaque fois unique et singulier.<br /> Il s'agit d'une tonalité particulière qui le rend absolument unique.<br /> Chaque moment de notre existence est unique, <br /> car chaque moment est chargé d'une histoire qui ne cesse de s'amplifier.<br /> Ce que je vis maintenant est enrichi d'une façon toute nouvelle par tout ce que j'ai déjà vécu.<br /> L'autre façon consiste à se rapporter à soi-même par la pensée.<br /> Mais quand je procède par la pensée, je suis toujours dans ou à la limite de la généralité.<br /> On ne retient la chose que dans sa formulation banale.<br /> C'est sans doute là ce qui me permet d'affirmer qu'il est impossible d'exprimer certains sentiments.<br /> Ce qui rend la chose unique n'est pas saisi ; <br /> la singularité est manquée.<br /> On peut soupçonner que cette singularité soit accessible uniquement pour l'artiste.<br /> L'usage de la langue chez l'artiste n'obéit pas à une visée utilitaire !!!<br /> Mais, en faisant un tel choix, l'artiste se "marginalise". <br /> Ce serait là le prix à payer.<br /> Nous vivons donc au contact d'une réalité générique.<br /> Un monde intermédiaire qui possède son unité, sa cohérence.<br /> Un monde dont je ne suis pas obligé de sortir.<br /> Je peux ma vie à passer à côté de cette réalité singulière.<br /> Un monde dans lequel je m'a ccomplis par l'action efficace et la production.<br /> On s'y laisse absorber par le souci d'une entreprise sans fin.<br /> Car on n'a jamais fini d'être performant : cf. " volonté de puissance ".<br /> Et nous vivons alors dans ce no man's land à côté de notre intériorité et du monde dans toute sa richesse.<br /> Conclusion :<br /> <br /> Le langage est donc source d'aveuglement :<br /> il nous présente les choses à travers leur forme générique ;<br /> et il nie par la même occasion ce qu'il y a de singulier et d'authentique.<br /> Ce n'est pas seulement le langage qui est en cause ;<br /> mais le système du besoin dont nous demeurons prisonniers.<br /> Dès lors, il importe d'être vigilant dans notre maniement de la langue.<br /> Mais cela n'a rien d'irréversible.<br /> Puisque les artistes parviennent à s'affranchir du langage et à exprimer cette réalité telle qu'elle est.<br /> Si les mots s'immiscent entre le monde et nous, la connaissance ne risque-t-elle pas d'en être affectée ?<br /> <br /> 2) La langue (esprit collectif) détermine nos pensées :<br /> Gramsci "Philosophie spontanée" (T.4 p.390 Hatier)<br /> Gramsci s'opposait à un préjugé concernant la philosophie.<br /> La philosophie serait trop difficile et une affaire d'érudits.<br /> La philosophie n'est pas inaccessible.<br /> Il n'est pas question ici de la philosophie académique ou universitaire. <br /> Sans le savoir; les hommes sont d'emblée au contact de la philosophie.<br /> Inutile de faire de longues études pour commencer à philosopher.<br /> Tout le monde pratique d'emblée déjà une certaine philosophie.<br /> Cette philosophie, Gramsci l'appelle "philosophie spontanée".<br /> Nous sommes spontanément philosophes parce qu'il y a une philosophie dans le langage. <br /> Le langage est " un ensemble de notions et de concepts déterminés et non pas seulement un ensemble de mots grammaticalement vides de contenu " .<br /> Le langage n'est pas neutre ! <br /> Il véhicule un état d'esprit, une vision du monde.<br /> Et il prédispose à une certaine conception de la vie, à certaines valeurs, etc.<br /> Il est porteur d'une certaine philosophie, d'une certaine "conception du monde" (l.16).<br /> Ainsi d'une langue à une autre, on a affaire à une autre "conception du monde".<br /> Ces différentes visions du monde explique qu'il n'y a pas toujours de traduction littérale.<br /> Certains termes n'ont pas leur équivalent en français.<br /> Ex. le terme allemand "Dasein" : existence, présence, être là.<br /> "Aufhebung": lever, supprimer, ramasser, ranger, dépasser,...<br /> Humboldt est l'un des premiers a avoir souligné cette idée que chaque langue véhicule une conception du monde qui lui est propre.<br /> Aussi, quand nous parlons ou pensons à l'aide de notre langue, nous nous trouvons insidieusement orienté par notre langue.<br /> Par exemple, les scientifiques français qui travaillent en langue anglaise se rendent compte qu'ils adoptent progressivement une façon différente de poser les problèmes qui tient essentiellement à l'usage de la langue.<br /> La langue anglaise, par exemple, est une langue du concret, très peu abstraite.<br /> Cela se voit notamment à propos de la "particularisation lexicale".<br /> Pour un même mot français, l'anglais dispose souvent de plusieurs termes selon la fonction.<br /> Exemple : bois se dit de façon générale "wood" et de façon particulière "timber" (bois à la coupe)<br /> <br /> Platon dans la Lettre VII étudie le rapport entre le mot et l'idée.<br /> Pour Platon, le mot est le signe, l'indice de la chose. <br /> Il a pour principale fonction de renvoyer la pensée à l'idée.<br /> Le mot "table" me renvoie à l'idée de table, à une idée purement intelligible.<br /> Or, dit Platon, il n'est pas rare que le langage ne disparaisse pas devant l'essence.<br /> Et que le mot se montre comme s'il était plus important que l'idée.<br /> Comme si le regard se laissait effectivement absorber par les mots.<br /> Le travail du poète est peut-être de cet ordre.<br /> Le poète fait chanter les mots et leur fait dire quelque chose qui n'existe pas.<br /> Le langage devient alors trompeur ; il fait naître des apparences, des choses qui n'existent pas. <br /> Un peu comme le peintre joue des effets de perspective pour donner l'illusion d'une profondeur.<br /> Pour Platon, le poète n'est pas le seul à recourir à cet usage du langage. <br /> Il y a aussi le sophiste, plus pernicieux encore, qui grâce au langage produit des nuages de fumée.<br /> Le langage peut ainsi devenir source d'illusion, mensonger !<br /> Le rôle du philosophe est alors de remettre le langage à sa place i.e. rétablir le lien avec l'idée.<br /> Autrement dit, rétablir le juste rapport entre le mot et l'idée. <br /> Il faudrait "rectifier" le langage.<br /> La remarque de Gramsci ne va pas jusque-là.<br /> Il se contente d'attirer l'attention sur le discours, la philosophie sous-jacent à chaque langue.<br /> Le propos de Gramsci est de se libérer de se déterminisme de la langue pour en limiter les effets ou au moins pour ne pas en être complètement ignorant.<br /> Gramsci postule donc la possibilité de s'en affranchir au moins dans une certaine mesure.<br /> Le discours de Gramsci semble moins radical mais il soulève une question essentielle :<br /> N'y a-t-il pas des langues mieux faites ?<br /> N'y a-t-il pas des conceptions du monde plus justes, plus riches ?<br /> N'y a-t-il pas des langues plus appropriées pour penser ?<br /> Y a-t-il des langues propres à philosopher ?<br /> Heidegger aurait dit que le jour où les français se mettraient à philosopher, il commenceraient à parler allemand...<br /> Etude du texte de Bergson T.8 in Manuel Hatier p.110 (l.1 <br /> Le langage opère un découpage de la réalité.<br /> Le français fait passer une "coupure" entre la couleur verte et la bleue,<br /> Là où le gallois ne voit qu'une seule entité. <br /> Le langage organise le monde.<br /> L'organisation obéit aux besoins de la société.<br /> Ainsi à chaque peuple, à chaque langue, sa vision du monde.<br /> A l'instar de Platon, Bergson remarque que le philosophe se laisse parfois abuser par le langage au sens où il pense dans le cadre défini par le langage.<br /> Le philosophe ne remet pas en cause l'organisation établie par le langage.<br /> Il oublie que le langage est spontanément porteur d'une certaine philosophie, d'une certaine représentation, d'une certaine vision du monde.<br /> Ainsi pense-t-il à l'aide des étiquettes au lieu de penser les choses-mêmes !<br /> Il a accès au monde non pas tel qu'il est mais tel qu'il apparaît dans les mots.<br /> Ainsi les problèmes que pose le philosophe sont préorientés par le langage.<br /> Ce sont moins des problèmes suscités par le monde réel que des problèmes suscités par le langage.<br /> Dès lors, philosopher revient seulement à faire parler le langage au lieu de faire parler le monde.<br /> Philosopher consiste à examiner les articulations proposées par le langage.<br /> C'est se focaliser sur les critères linguistiques i.e. ceux que le langage reconnaît comme acceptable ou non et donc ce qu'il permet de dire ou pas<br /> A titre d'illustration, il suffit de penser à l'alternative binaire du principe du tiers exclu:<br /> si telle thèse n'est pas vraie alors elle est ipso facto fausse ;<br /> ou encore, c'est la thèse contraire qui est vraie.<br /> Cette façon de penser conduit à recourir à la démonstration par l'absurde (anagogique).<br /> Dans la Critique de la raison pure, Kant dénonce ce procédé :<br /> En effet, on démontre une thèse en montrant l'impossibilité de la thèse contraire.<br /> Ex. : le temps est infini, car la finitude mène à une contradiction.<br /> Si je peux penser un premier moment du temps, je dois pouvoir le penser comme précédé d'un moment antérieur.<br /> Or, c'est oublier que les 2 thèses peuvent être mal formulées ou mal posées. <br /> Mais, c'est de toute façon le propre du langage de proposer une alternative de type : oui/non, vrai/faux, sûr/incertain, précis/approximatif,...<br /> Cette critique est développée par Nietzsche dans Par delà le bien et le mal (§229)<br /> Benvéniste "Catégories de pensée et catégorie de langue" (Ch.6)<br /> Benvéniste adhère également à cette thèse de Bergson.<br /> Il écrit : " C'est ce qu'on peut dire qui délimite et organise ce qu'on peut penser. " (p.70)<br /> Dans cet article, Benvéniste s'intéresse aux "catégories" de la métaphysique aristotélicienne.<br /> Qu'est-ce que ces catégories ? <br /> Les catégories sont les "qualités qui peuvent être attribuées à un objet" ;<br /> Ce sont les caractères principaux de tout ce qui est.<br /> Les caractères fondamentaux que l'on peut connaître à propos de toute chose.<br /> Aristote dégage les catégories par le questionnement.<br /> Il y a selon Aristote 10 catégories : la substance ou essence, la quantité, la qualité, la relation, le temps, le lieu, la situation, l'action, la passion, l'avoir.<br /> Ce sont les différentes modalités de l'être.<br /> Ce que l'on peut dire de toute chose.<br /> Les différentes caractéristiques que l'on peut retrouver à propos de toute chose.<br /> La plus centrale ou la plus essentielle des catégories est l'être, car la plus universelle.<br /> Toutes les choses " sont " dans une certaine mesure.<br /> A ce titre, elles ont l'être en commun.<br /> Dieu lui-même ne fait pas exception.<br /> Ces catégories sont donc les choses qu'il y a à connaître dans la réalité.<br /> Toute chose est soit substance, soit attribut, soit accident.<br /> Elle est dans l'espace ou le temps, active ou passive, dans une certaine situation ou état, etc.<br /> Il s'agit des différents caractères de la chose.<br /> Selon Benvéniste, ces différents aspects de la chose sont, en fait, davantage issus du langage qu'ils ne sont trouvés dans les choses.<br /> Ce qui ne veut pas dire que ces catégories ne correspondent pas à une certaine réalité.<br /> Cependant, ces catégories proviennent de la grammaire grecque.<br /> Aristote retrouve dans la langue grecque des prédicats qui sont ceux de sa langue.<br /> Ainsi, la philosophie occidentale a hérité la question de l'être de la langue grecque.<br /> La découverte de cette problème était donc contingente.<br /> Elle dépendait de la structure grammaticale d'une langue.<br /> Or toutes les langues n'ont pas la même structure grammaticale.<br /> En effet, l'auxiliaire être n'a-t-il pas toujours le même rôle central dans la langue.<br /> Il suffit d'examiner des langues qui ne soient pas indo-européennes.<br /> Et, c'est là ce que fait Benvéniste avec la langue "ewe" (Togo).<br /> Cf. p.71-72 " Dans la langue ewe (parlée au Togo... <br /> 1er point à noter : " A l'intérieur de la morphologie ou de la syntaxe ewe, rien ne rapproche ces 5 verbes entre eux. C'est par rapport à nos propres usages linguistiques que nous leur découvrons quelque chose de commun."<br /> Selon le champ auquel il s'applique, le verbe être se dit tout autrement.<br /> Rien n'indique au togolais qu'il y ait un rapprochement possible.<br /> Rien n'indique qu'il y ait entre ses différentes manières de dire un éventuel dénominateur commun i.e. une manière commune de dire. <br /> C'est la langue grecque qui révèle une telle possibilité.<br /> Et s'il y a découverte d'une problématique de l'être par la philosophie grecque, c'est parce que la langue leur a montré le chemin :<br /> " La structure linguistique du grec prédisposait la notion d' "être" à une vocation philosophique. "<br /> _ le langage maintient les illusions, idéologies,...<br /> _ Nietzsche (p.387 J.Russ) <br /> On a déjà mentionné avec Bergson le fait que le langage induit en erreur.<br /> Il fait barrage ; il empêche de connaître la réalité dans sa singularité.<br /> En particulier, il montre que la mécompréhension du temps et de la conscience<br /> provient du fait que nous formalisons à l'aide du langage ce que nous éprouvons.<br /> Ainsi toute son entreprise philosophique vise-t-elle à retrouver le " contact " avec les choses.<br /> Le procédé qu'il adopte est l'intuition.<br /> On a vu également avec Platon qu'il pouvait y avoir un usage mensonger du langage.<br /> En effet, cet usage consiste à produire des apparences à partir d'un jeu de mot, c'est-à-dire en mettant les mots en avant, en scène pour produire un artifice qui retiendra toute l'attention.<br /> Cet usage mensonger est celui du sophiste.(cf. Gorgias)<br /> Il y montre que le langage est un outil de manipulation et donc de domination. <br /> A-t-on fait le tour de la critique ?<br /> Sommes-nous allés au bout de la critique ?<br /> Non, il reste encore une critique _ sans doute la plus radicale de toutes.<br /> Celle de Nietzsche. Mais que l'on pourrait retrouver chez tous les théoriciens du soupçon : Freud, Marx, ... mais aussi dans la sociologie contemporaine.<br /> En quoi consiste cette critique ?<br /> Elle attire l'attention sur le fait que dans le meilleur cas le sophiste a conscient d'utiliser le langage pour en faire un outil de domination.<br /> Or, ce que dénonce Nietzsche, c'est le discours inconscient propagé par le langage. <br /> En effet, le plus grave n'est peut-être pas que l'on manque le réel.<br /> Mais que l'on tombe dans la " croyance " en un monde imaginaire.<br /> En effet, ce qui caractérise notre langue, c'est qu'elle opère un nivellement.<br /> Elle épure la nature de sa diversité foisonnante.<br /> Elle ne retient les choses que dans leur identité.<br /> Elle construit une identité factice et donne l'illusion qu'elle est une réalité.<br /> Il dénonce une telle attitude.<br /> C'est un manque de probité, une facilité.<br /> On adapte donc la réalité à des formes dont on dispose déjà.<br /> Pas de confrontation avec le réel, avec l'inconnu.<br /> Puisque l'on ramène tout à du déjà connu.<br /> Cette attitude est révélatrice d'une crainte et d'une faiblesse.<br /> Ne pas savoir affronter la nouveauté protéiforme, toujours changeante ;<br /> cela dénote une fragilité constitutionnelle.<br /> Ce sont les " faibles "qui procèdent ainsi. <br /> C'est-à-dire ceux qui ne sont pas réellement viables.<br /> Ceux pour qui ne pourraient supporter le contact avec cette richesse.<br /> Bref, le langage est un moyen de défense.<br /> Mais il est aussi le véhicule d'une croyance.<br /> Pour dissimuler cet usage du langage, il faut lui trouver une caution.<br /> Il faut justifier cette démarche.<br /> Justifier l'existence de ces formes ou catégories auxquelles on ramène le réel. <br /> Justifier la croyance en un monde métaphysique, un " arrière-monde " moins dangereux.<br /> Or, il faut se demander d'où viennent ces formes, ces catégories de l'entendement ?<br /> Elles sont héritées de ceux qui nous ont précédés.<br /> En effet, les idées sont assimilées progressivement par notre culture.<br /> Il y a en quelque sorte un travail de persuasion y compris des philosophes.<br /> Pour Nietzsche, Platon est le plus grand des manipulateurs.<br /> Il nous a fait croire à l'opposition entre vérité et mensonge,<br /> et entre le bien et le mal.<br /> Et Platon a su ériger le Bien en une valeur absolue.<br /> Ce qui est le plus grand coup de force de tous les temps.<br /> La preuve même ceux qui font le mal, le font sous couvert du bien.<br /> Comment s'y prennent les philosophes ?<br /> En léguant une oeuvre à leur descendance.<br /> _ le langage est source de manipulation.<br /> _ Rousseau Contrat Social ch.III : Du droit du plus fort<br /> 3) Nous ne sommes prisonniers ni du langage ni de la langue :<br /> Certes, nous sommes souvent victimes du langage.<br /> Pourtant, lorsque le " soupçon " s'insinue, il devient possible d'y remédier.<br /> L'effort de Nietzsche de philosopher n'est-il pas l'indice de cette libération ?<br /> Il est possible de réformer (collectivement) le langue et notre vision du monde :<br /> C'est ce que montre assez clairement le texte de L.Febvre Le problème de l'incroyance (p.182 Grateloup)<br /> Cependant les transformations collectives d'une langue ne sont pas voulues et conscientes.<br /> Et si l'évolution est collective et "involontaire", peut-on être assuré que cette évolution se fera en dehors de toute idéologie ?<br /> De sorte que changement ne signifie pas ispo facto délivrance.<br /> Benvéniste "Catégories de pensée et catégorie de langue" (Ch.6) (dernier paragraphe)<br /> Benvéniste se prononce sur la question restée en suspens :<br /> Sommes-nous prisonniers de la vision du monde véhiculée par notre langue ? <br /> Benvéniste ne le pense pas.<br /> La preuve réside dans la possibilité de raisonner de façon identique quelque soit la langue. <br /> La langue n'empêche pas d'adopter la même démarche, la même forme de raisonnement :<br /> " C'est un fait que, soumise aux exigences des méthodes scientifiques, la pensée adopte partout les mêmes démarches en quelque langue qu'elle choisisse de décrire l'expérience. En ce sens, elle devient indépendante, non de la langue, mais des structures linguistiques particulières."<br /> Benvéniste souligne le fait que le chinois soit capable "d'assimiler les concepts de la dialectique matérialiste (...) Sans que la structure de la langue chinoise y fasse obstacle."<br /> Si l'on s'en tient aux exemples de Benvéniste, il apparaît que : <br /> toute langue peut "intégrer" n'importe quelle pensée ;<br /> aussi n'y a-t-il pas une structure propre à la langue qui fasse obstacle. <br /> C'est le signe de la grande souplesse de la langue et de la pensée.<br /> Mais cette souplesse est-elle aussi complète que l'on veut bien dire ? <br /> Certes, adopter une démarche scientifique ne pose pas de problème.<br /> Mais sommes-nous certains qu'en posant les problèmes dans une certaine langue on ne risque pas de les poser d'une façon déterminée ? <br /> Autrement dit, si la langue n'est pas un obstacle à la réception d'une pensée prticulière, n'est-elle pas cependant incapable de produire certaines pensées particulières ?<br /> La langue chinoise aurait-elle pu inventer des concepts relevant du matérialisme dialectique ?<br /> Benvéniste ne répond pas nettemement à cette question.<br /> En effet, il poursuit en écrivant : " Aucun type de langue ne peut par lui-même et à lui seul ni favoriser ni empêcher l'activité de l'esprit. "<br /> Il est incontestable que toute langue permette l'expression de la pensée. <br /> Mais une langue particulière est-elle capable d'inventer n'importe quelle pensée ? <br /> Autrement dit, ne fallait-il pas parler grec pour inventer la métaphysique ?<br /> La question demeure intacte.<br /> En écrivant que " la structure linguistique du grec prédisposait la notion d' "être" à une vocation philosophique ", Benvéniste ne veut pas dire que les penseurs de langue grecque étaient contraints d'accorder un rôle central à l'être.<br /> Mais, cette découverte était vraisemblable en raison de son rôle opératoire dans la langue.<br /> Chaque langue favorise certaines recherches en vertu de ses particularismes.<br /> Autrement dit, chaque langue favorise certaines recherches et certaines découvertes ;<br /> de même, elle peut sans doute aussi favoriser certains égarements.<br /> Dès lors, on peut supposer qu'une pensée qui se laisse traduire dans une autre langue est une pensée qui porte sur les choses telles qu'elles sont, au lieu d'être une production artificielle issue d'un jeu de langage.<br /> <br /> Enfin, nous ne sommes pas prisonniers si nous pouvons forger notre langue<br /> et dans une moindre mesure, forger son propre style.<br /> Il est possible de "réformer" individuellement la langue<br /> en exprimant sa singularité.<br /> C'est en particulier ce que fait le poète : Mallarmé Crise de vers<br /> Il est toujours possible d'adopter un style personnel, de faire dire au langage, ce qu'il oublie de dire. <br /> Si Nietzsche n'a pas renoncé à écrire, c'est précisément parce que l'adoption d'un style personnel (aphoristique, contradictoire, dispersé) lui permettait de casser les compréhensions trop " automatiques " du discours.<br /> <br /> Conclusion générale :<br /> L'élément central du langage ne réside-t-il pas essentiellement dans son caractère conventionnel (ni nécessaire, ni arbitraire mais libre et obligé) ?<br /> En effet, cette convention fixée au niveau du groupe social est à la fois un carcan sans être rédhibitoire puisque l'on peut toujours contribuer à réformer le langage ;<br /> de plus, il est source de liberté car il nous donne la maîtrise du monde.<br /> Elle est un carcan puisqu'elle impose dans un premier temps la soumission à une langue et à une certaine vision du monde (fruit d'une tradition, d'une sédimentation, d'une richesse) dont on a d'autant moins conscience que l'on ne s'est pas soi-même élevé à la maîtrise de ce langage et de cette vision du monde
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L
Suivre son activité<br /> 188 abonnés<br /> Lire ses 214 critiques<br /> 4,0Très bien • Publiée le 21/09/2011<br /> <br /> C'est avec un arrière-goût de sang dans la bouche que l'on ressort de ce thriller frénétique et ultra-violent, nouvelle petite perle en provenance du pays du Matin Calme. Mais calme, J'ai rencontré le diable ne l'est pas vraiment, puisqu'il est exactement le type de film qui n'en finira pas de choquer, et par conséquent de diviser. Glauque, dérangeant, terriblement nihiliste, cet objet de fureur ne se contente pas de simplement aligner les scènes grinçantes où fusent l'hémoglobine à l'image des "torture-porn movies" très à la mode ces temps-ci, mais en profite pour soulever une vraie et belle réflexion sur une question d'ordre morale qui est aussi un phénomène de société : la vengeance. Est-elle une véritable solution ? Jusqu'où peut-elle conduire ? Ne fait-elle pas qu'engendrer toujours plus de violence ? Kim Jee-woon n'y va pas par quatre chemins pour tenter de nous apporter ses éléments de réponses, et filme avec un savoir-faire grandiose l'affrontement féroce que se livre un psychopathe dégénéré et un jeune homme ivre de justice qui finira par ressembler de plus en plus à celui qu'il combat. Le jeu des acteurs est d'une remarquable intensité, et la violence graphique du film nous éclabousse sans ménagement. On ne rencontre peut-être pas le diable au sein de ce conte macabre, mais quelque chose de brillant, à ne pas mettre entre toutes les mains. Retrouvez ma critique complète de "J'ai rencontré le diable", avec photos et anecdotes autour du film, ainsi que celles de films nombreux et variés, en ligne sur mon blog : http://soldatguignol.blogs.allocine.fr/ Merci !
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M
"J’étais subjugué par ce personnage que je trouvais intelligent<br /> <br /> et je fonctionnais comme si j’étais dans l’hypnose.<br /> <br /> A la limite peu m’importait de perdre un peu d’argent.<br /> <br /> C’était un peu comme si je payais le spectacle qu’il m’avait offert."<br /> <br /> Eh! bien là, en voila une analyse de réalité sur l'interaction de fonctionnements.<br /> D'une diablerie de l'un à la diablerie de l'autre qui prétend - pour se justifier?- avoir eu sa place de premier <br /> spectateur payant! <br /> <br /> Je connais une même histoire longue d'un quart de siècle,<br /> j'en conclurai la même chose, mais la chute en est: "c'est bien assez avoir donné" dans tout les sens du donné y compris "...dans le panneau" "d'enfers pavés de bonnes intentions".<br /> <br /> Etre, être Soi ... et se laisser dépouiller n'est rien à côté de se voir manipuler et ne savoir y mettre un terme de peur de perdre quoi au juste? sa propre capacité à se mentir soi-même? <br /> de perdre son propre "je suis"? ou de perdre le "Je Suis" et de s'y perdre?...<br /> <br /> ah! cette miséricorde! Miséricorde qu'autrui ne demande pas ,<br /> je sais bien qu'elle en arrive à parvenir diablement à une forme de<br /> partage invisible<br /> et réel de "misère y cordes!" tant pour l'un que pour l'autre.
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E
Nous sommes tous victimes de manipulation. La mienne n'est pas très grave car je voyais à l'avance où le manipulateur voulait m'amener, je veux dire à l'ouverture de mon portefeuille, et peut-être même à l'ouverture d'un coeur qui s'attache trop à l'argent.Figure-toi qu'un ami le connaît car il opère aussi près de la place des Terreaux, avec les mêmes schémas. Mais j'imagine bien qu'il y a d'autres manipulations dont il faut compter avec le temps pour s'en sortir. Il y a des diables joyeux mais il y a aussi des diables-ficelles. Ces derniers, il faut s'en méfier car ils peuvent faire apparaître le bien comme étant le mal...
D
Si le diable déconnecte la raison de l'être, comment un homme qui penserait juste adhère-t-il à une pensée fausse, qui aboutit à une action pervertie ?.<br /> Application : P.C. (non portable), bleu marine, j'en passe et des meilleurs.<br /> Je passe la main à de plus éclairés que moi<br /> <br /> Très amicalement.
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E
Si tu fais allusion à Heidegger dans ses rapports avec le nazisme, j'avoue que cela me pose question. Mais Hannah Arendt n'aurait-elle pas levé le voile en faisant apparaître que cette relation était de l'ordre de l'apparence...
J
Des “diables”, il y en a chez les riches comme chez les pauvres, dans le grand clergé comme chez les petits notables pansus, <br /> mais leur caractéristique principale, c’est leur intelligence qui brille de propreté. Cette intelligence futée, conviviale, adroite et subtile.<br /> C’est le côté sournois, sous l’éclat argenté. Rusé, est le qualificatif le plus approprié. Mais il me semble plus machiavélique que l’image du renard.<br /> Cela fait parti des noirceurs de ce monde ici-bas.<br /> Que D. me pardonne.
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E
Merci Jean-Luc de ta remarque. Les diables ont une intelligence qui brille de propreté. C'est bien là qu'est le comble de la perversité. Apparemment nous avons beaucoup de ces diables dans le monde d'aujourd'hui.
M
Cher Etienne, <br /> Ta rencontre du 15 avril avec Satan m'a remis en face d'une affaire remontant aux années 1975 où un élève de l'école d'éducateurs où je travaillais avec mon épouse a réussi à extorquer une somme d'argent conséquente auprès de ses camarades de promotion en prétextant que sa mère était morte à Paris et qu'il avait des frais. Puis une autre fois, a essayé de tromper sa compagnie d'assurances en déclarant qu'il y avait eu le feu dans son appartement et qu'il demandait un dédommagement. C'étaient des mensonges que son formateur référent a dépisté peu à peu et qui ont entraîné son renvoi.<br /> Mais ce sont les réflexions que nous nous sommes faites dans l'après coup qui ont à voir avec la requête de ton pseudo-voisin du 3° étage personnifiant le diable.<br /> Elles portaient sur les ruses des mythomanes qui se déclarent frappés par toutes sortes de malheurs pour apitoyer les braves gens, mais qui sont assez fins pour illusionner l'armée de psychologues et de professionnels de la relation qui examinent minutieusement les candidats avant de les admettre à entrer à l'école d'éducateurs spécialisés.<br /> <br /> La première remarque qui a surgi parmi les formateurs étant que ces personnages sont des maîtres du langage avec lequel ils entretiennent un rapport biaisé.<br /> Le seconde étant que les seuls indices qui permettent aux auditeurs d'une séquence mensongère de soupçonner qu'on cherche à les tromper, sont les déictiques et la non-concordance entre les détails d'un récit.<br /> L'argument de la non concordance entre les détails a été utilisé par les exégètes pour soutenir que les évangiles n'étaient pas des montages fabriqués par des faussaires pour faire croire que Jésus avait existé. En effet, si tel avait été le cas, il n'y aurait pas eu de variations entre les quatre versions de la vie de Jésus, tout le monde aurait dit la même chose pour démontrer absolument que c'était la seule vérité. Or, tel n'est pas le cas des 4 évangélistes qui ont raconté chacun à leur manière avec des variantes de détail, ce qu'il savait de la vie du Seigneur. Donc Jésus n'est pas un produit d'exportation inventé par ses partisans pour accroître leur célébrité, c'est un existant authentique dont des témoins crédibles nous ont brossé un portrait tel qu'ils en ont eu connaissance, c'est-à-dire comportant des petites variations.<br /> Quant aux déictiques, dans la cas d"un homme dont le visage ne te revient pas, mais qui se présente comme l'époux d'une voisine que tu connais, il aurait fallu téléphoner à cette femme, avant de sortir les billets, pour éviter qu'on se serve de son nom pour commettre un larcin. Car elle était la seule à pouvoir démasquer le complot.<br /> Il faut en tirer la leçon que les faussaires et les mythomanes procèdent par complot comme le diable et les terroristes de la banlieue de Bruxelles. Leur force consistant à détourner le langage de sa fonction référentielle qui renvoie à une réalité hors langage, mais en faisant croire que le réel est conforme au montage langagier qu'ils ont l'art de rendre vraisemblable à la manière du diable dans la tentation de Jésus sur la montagne.<br /> L'intérêt du blog est de montrer que le diable est tout proche de notre quotidien et qu'il lui suffit de prendre le langage comme un tissu d'artifices pour nous illusionner. <br /> Merci de ce message et bien Amicalement à toi. MA
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E
Je rejoins ta dernière remarque : le diable est très proche de notre quotidien et il lui suffit de prendre le langage comme un tissu d'artifices pour nous illusionner. En somme ici le diable détourne la fonction du langage qui est de dire la vérité, pour nous tromper. Mais je reviendrai sur ta réponse qui enrichit mon savoir et ma réflexion..
H
Bravo Étienne pour cet apologue au sens inévident.
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E
Merci pour cette réaction mais si le sens est inévident, c'est donc que la fable n'est pas claire !!!
D
Ta version Heidegger est un peu fumeuse.<br /> Pourquoi cet homme s'est-il mis au service du diable ?<br /> Rempart pour lui ? Rempart pour les autres, Anna Arendt ne s’y est pas trompée. ?<br /> Complexe.<br /> denis
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E
Il me semble que ce qui est diabolique, c’est de déconnecter la raison de l’être : ce que n’a pas fait Heidegger. L’attitude d’Hannah Arendt a été paradoxale mais elle a fait preuve d’un grand discernement. Mais tout cela peut se discuter…
J
Bonjour Etienne<br /> j’ai lu.<br /> Il t’arrive de drôle d’histoire....<br /> Bon week-end !
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E
Oui, bien drôle. Comme quoi les diables savent être très gentils pour mieux nous rouler dans la farine !
P
J’ai aussi rencontré « le diable » mais à la Part-Dieu….<br /> Amitiés.
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E
Comme quoi la diable cherche souvent à se nicher dans la maison du Bon Dieu (Part-Dieu) !<br /> Très bonne journée à toi !
C
Merci , cher Etienne , de nous proposer tes textes qui me semblent toujours très intéressants et porteurs de réflexion.<br /> Celui-ci sur le » diable » en personne est bien parlant, mais ne vois tu pas ,plutôt le diable comme le Principe du MAL .<br /> Un esprit en nous, que nous essayons de combattre , nous avons la Liberté de le faire , mais nous n’y parvenons de loin<br /> pas toujours…. <br /> Il est consubstantiel à nous , à l’Humain et à toutes les structures humaines , sociétales , internationales, spirituelles <br /> que nous , hommes de bonne volonté nous nous acharnons à construire ( Déclaration des Droits de l’Homme , ONU ,<br /> Parlement Européen de La Haye , etc..)<br /> C’est comme le disait Sartre le combat du Diable et du BonDieu , moi j’essaie dans mon existence d’être inspirée par Dieu et son Saint Esprit , mais je ne suis qu’une créature dans sa finitude, qui lutte et ce faisant donne Sens à sa Vie .<br /> Cependant chaque minute est un combat .. qui nous honore !<br /> <br /> Avec toute mon Amitié <br /> Claire Herique - Dumont
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E
Merci Claire pour ta réflexion. Je comprends bien ce que tu veux dire mais je ne pense pas que le diable soit le principe du mal. Je considère sa présentation comme une figure plus que comme une personne. Si l’on disjoint les choses on finit par détruire la vie. Mais il est vrai que certains individus comme Hitler et beaucoup d’autres peuvent contribuer à diaboliser le monde et nous devons nous garder de leur influence. Je n’ose pas me prononcer sur l’idée d’anges déchus, mais je sais qu’il y a une dynamique du mal, qui rassemble ceux qu’on appelle les méchants et les rend plus dangereux. <br /> Si j’ai présenté cette histoire, c’est en écho au texte précédent sur le « Je suis ». L’être diabolique c’est celui qui se déconnecte de l’Être, c’est-à-dire de la réalité et du réel et qui impose sa toute-puissance par un exercice assez judicieux de la raison. La maison qu’il s’efforce de construire est fondée sur le sable. Je voulais donc montrer l’importance radicale du « Je suis » pour nos vies. Il me semble que le judaïsme, à travers l’éveil de Moïse, nous apporte un trésor non seulement religieux mais tout simplement humain.
P
J’ai moi aussi rencontré le diable, il y a quelques mois (la même histoire) et après coup je me suis rappelé que ce n’était pas la 1ère fois !<br /> Merci de vos partages
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E
J’ai voulu utiliser cette histoire comme une parabole pour dessiner la figure du diable dans nos existences. Le diable est complètement déconnecté de la réalité et du réel et il exerce sa toute-puissance en faisant fonctionner la raison avec beaucoup d’habileté. Chacun d’entre nous peut éventuellement revêtir le costume du diable. <br /> Merci de vos réactions !
A
Cette méthode de l'escroc est classique. J'en ai fait l'expérience il y 2 ans. J'avais donné 20 €. Quand j'ai eu la preuve que cet escroc mentait, je lui demandé de rendre l'argent. Furieux (d'avoir été pris) il m'a rendu les 20 €. Je n'ai pas eu l'impression d'avoir rencontré le diable...
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E
J’aurais fait la même chose si j’avais rencontré à nouveau l’escroc. Par contre, ce qui me paraît diabolique dans ce personnage c’est qu’il est complètement déconnecté de la réalité et du réel, tout en sachant très bien faire fonctionner la raison pour construire un monde imaginaire et assurer sa toute-puissance.
C
"J'apprécie Etienne ton clin d’œil - malgré tout - à Heidegger, il est vrai via Hannah Arendt. Par contre, il faudra que tu nous dise pourquoi, sachant que ton voisin était un escroc, tu lui as quand même donné ces deux billets de vingt euros. Serais-tu victime de ce pervers comme par exemple dans ce film " Le silence des églises" - remarquable par la justesse de son analyse - (passé mercredi soir sur France 2) où Gabriel s'est trouvé - enfant - sous l'emprise d'un prêtre pédophile et par la suite dans la confusion de sa propre identité au point de ne pouvoir trouver le chemin du pardon, si ce n'est celui qui - pas à pas, non sans courage - passe par les lois de la parole ?" Charles
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E
Tu poses une vraie question. J’étais subjugué par ce personnage que je trouvais intelligent et je fonctionnais comme si j’étais dans l’hypnose. A la limite peu m’importait de perdre un peu d’argent. C’était un peu comme si je payais le spectacle qu’il m’avait offert.<br /> <br /> Merci pour l’orthographe d’Hannah !

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