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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 16:23

 

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Arbre de vie


La religion peut avoir un rôle positif dans la société si elle fait respirer la vie


Dans un monde qui, en aplatissant la réalité, tend à oublier la verticalité, je voudrais ici présenter un plaidoyer pour défendre les religions. Mais, en même temps, il me paraît nécessaire d’en souligner les méfaits, lorsqu’elles dissocient la verticalité et l’horizontalité, la mort et la vie, ou encore l’homme et la nature.


Ouvrir à une transcendance

L'être humain ne peut s’enfermer complètement dans le monde. Il y a, en lui, une ouverture à un au-delà , à une dimension transcendante qui contribue à faire respirer l’homme. Ainsi les religieux sont là, comme des jardiniers, pour recueillir les graines de transcendance, les semer, les aider à germer et à porter leurs fruits. Ce faisant ils permettent à l’homme de se redresser et de passer constamment de l’animalité à l’humanité.


Les religions sont multiples

Il n’y a pas une religion unique, il y a des religions multiples qui observent la transcendance sous des angles variés, en fonction de l’époque ou de la diversité des cultures. Au cours de l’histoire, le christianisme a été pris en flagrant délit de terrorisme sur les terres de mission : se situant abusivement au centre de la vie des populations, il méprisait les religions locales et contribuait à les faire disparaître au risque de mutiler les cultures elles-mêmes. Et, au cours des nombreuses années où sévissait l’inquisition, ce n’étaient pas simplement les cultures qui étaient mises en péril, mais c’était la liberté elle-même qui était insultée.


Le christianisme n’est pas le dépassement du judaïsme

Après le judaïsme qui ouvrait sur l’origine, en révélant la transcendance du Dieu créateur et le don de la Loi, le christianisme a mis l’accent sur le terme de la vie humaine : la mort n’apparaissait plus comme une fin mais comme un passage vers une vie éternelle, puisque le Christ lui-même était ressuscité, selon le témoignage des apôtres. Chaque religion révélait ainsi une dimension de l’existence dans son rapport à la transcendance et, sur le plan de la foi, la vérité ne pouvait apparaître que dans un jeu entre les deux. Or, comme toute religion prétendait occuper le centre de la vie humaine, le christianisme a voulu malencontreusement s’approprier toute la place en prétendant hériter de ce qu’il appelait l’Ancien Testament et en rejetant l’élection du peuple juif, qui, dans son domaine, reste pourtant permanente.


De la marginalisation du judaïsme à la marginalisation des Juifs

Progressivement le judaïsme s’est trouvé marginalisé. C’est ainsi que les chrétiens ont été privés de l’héritage vivant de l’Ancien Testament. Et comme, avec les aléas de l’histoire, le christianisme est devenu, à son tour, le lieu central de l’existence sociale et politique, il a renforcé et développé l’antisémitisme. Au lieu de faire respirer la vie, sans même s’en apercevoir, il a fait œuvre de mort en s’enfermant dans une religion particulière qui se prétendait universelle alors qu’il fallait s’universaliser en donnant constamment une place aux autres.


La religion doit renoncer à être le centre de l’existence humaine

En fait, la religion, qu’il s’agisse du judaïsme, du christianisme ou de l’Islam, n’est pas le centre de l’existence humaine, elle doit même y renoncer pour être au service de la vie.  La vie est à l’articulation d'une horizontalité et d’une verticalité ; pour cette raison, elle seule peut occuper une place centrale. Mais il est vrai qu’en défendant la dimension transcendante de l’homme, la religion contribue à ouvrir l’espace de la vie elle-même. Ainsi en renonçant à une forme de toute-puissance, elle retrouve sa véritable finalité de servante de la vie.


Seule la vie, dans son élan originel, peut prétendre à une place centrale

En définitive, ce n’est pas la vie au sens banal du terme qui est au centre de l’existence humaine, c’est son élan originel.  Chez l’homme, il jaillit au cœur du sujet, Il est la source de la création et de l’amour créatif. Les chrétiens lui ont donné le nom de Saint Esprit, mais cette appellation est trompeuse car, dans la langue française, elle évoque une forme éthérée qui ne convient pas à la réalité qu’elle veut désigner. Esprit, en latin (spiritus) et en grec (pneuma), est le souffle de la vie au sens fort du terme.  Il est le lieu de l’articulation, le lieu de tous les entre-deux, qui permettent le jeu entre les êtres et finalement l’explosion même de la vie.


Grâce à l’Esprit, le jeu entre judaïsme et christianisme peut être retrouvé

L’Esprit, comme lieu d’articulation, ne fait pas que le judaïsme soit absorbé par le christianisme, mais il les fait jouer ensemble comme deux religions à part entière. Ainsi il ne peut plus exister de marginalisation, de cette marginalisation qui conduit à la mort en suscitant l’antisémitisme. Ici, c’est la pensée elle-même qui change de forme et de nature : elle ne présente plus l’évolution comme une progression qui absorbe ce qui précède ou comme une mise en tutelle de l’inférieur par le supérieur qui émerge, mais comme un jeu vivant entre les êtres, qui les amène à se transformer ensemble. Il est vrai, que, dans ce jeu, la mort peut avoir sa place car elle fait aussi partie de la vie.


Dans cette perspective, le jeu entre les cultures, les courants spirituels et les individus, va permettre la construction du monde

Sous l’impulsion de l’Elan originel de la vie ou de l’Esprit, les cultures et les courants spirituels peuvent interagir entre elles et entre eux et, dans une forme de jeu créatif, procéder à la construction du monde. Chacun apporte sa part, l’Africain comme le Chinois, le chrétien ou le juif comme le musulman et le bouddhiste, l’artiste et le poète comme le technicien, l’artisan, le paysan ou le commerçant. Après une longue période d’émiettement des tâches et d’isolement des individus réduits à être les parties d’un ensemble, une nouvelle mélodie pourra offrir une place et un rôle à chaque être humain.

Etienne Duval

 

 

 

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commentaires

J
Il y a beaucoup à (re)dire. Pour ne prendre que deux exemples et ne pas être trop long;
"L'être humain ne peut s’enfermer complètement dans le monde. Il y a, en lui, une ouverture à un au-delà , à une dimension transcendante qui contribue à faire respirer l’homme. Ainsi les religieux sont là"
Pas de société sans mythe, sans croyance collective, sans projet à long terme, sans transcendance. Les idéologies, les discours où le rêve, les promesses, les idées d'un avenir meilleur sont omniprésents, sont là pour fournir ce que les religions peuvent de moins en moins fournir.

" En fait, la religion, qu’il s’agisse du judaïsme, du christianisme ou de l’Islam, n’est pas le centre de l’existence humaine, elle doit même y renoncer pour être au service de la vie. La vie est à l’articulation d'une horizontalité et d’une verticalité ; pour cette raison, elle seule peut occuper une place centrale. Mais il est vrai qu’en défendant la dimension transcendante de l’homme, la religion contribue à ouvrir l’espace de la vie elle-même. Ainsi en renonçant à une forme de toute-puissance, elle retrouve sa véritable finalité de servante de la vie."
Vous ne pouvez pas faire des religions des entreprises spécialement au service de la vie, à moins de considérer, comme cela a toujours été le cas, que la vie est une sorte d'abstraction. La vie non incarnée, je ne connais pas. Or les religions ont toujours été anti-vie. Anti-connaissances, anti-plaisir et désir, anti-pluralité et diversité.
Dois-je comprendre que vous êtes simplement un agent de ceux qui luttent contre le droit à l'avortement ?
Répondre
E
Vous avez tout à fait le droit d'être critique par rapport à cet article, avec les idées qu'il développe et peut-être aussi avec la manière de les développer. Quant à considérer que je serais l'agent de ceux qui luttent contre le droit à l'avortement, vous vous méprenez complètement. Et, en même temps, lorsque vous traitez les religions comme anti-vie, anti-connaissances, anti-plaisir et désir, anti-pluralité et diversité, vous restez dans une forme de superficialité et de légèreté qui condamnent vos propos et vous empêchent de penser vraiment.On a le droit d'être contre mais alors, il faut accepter l'échange et ne pas s'enfermer dans l'anti. La vie est constamment dans l'échange...
G
Tout ceci est bien vrai, super article!
Répondre
D
Merci !
B
Bruno Guérard à Charles lallemand

Merci de m’avoir renvoyé tout ça.

J’ai relu ton texte 2 fois, et avec plaisir, le résumé que tu as fait de mes petites recherches de théologie politique

C’est extraordinaire, le chemin de la pensée à plusieurs. Je trouve votre résumé bien meilleur que la pensée première qui en a été à l’origine et qui était tâtonnante

Je reviens sur ton analyse. Comme actuellement j’assiste avec beaucoup de douleur, chaque jour...cela me fait du bien de lire et d’observer la vigueur de ton cerveau. Tu écris comme un cabri de 6 mois courant et sautant dans une immense culture.
J’admire ta culture, tes précisions de texte, ces références qui te viennent de partout, qui surgissent de ta mémoire. Pourtant tu dois avoir approché ou franchi les 80 ans.
Je ne sais pas ce qui dans ton texte est des années 75 ou ce qui est de maintenant.

Tu me fais penser aux 100 ans de Moingt qui ne peut plus cesser d’écrire et qui met la dernière main actuellement à son 5ème gros livre de 500 à 600 pages

Nous avons la chance d’être de la génération qui a vu nos cerveaux grandir avec l’ordinateur et la communication par numérique.

Je te souhaite de continuer longtemps à cultiver la vigueur de ton cerveau. Nous avons eu des parcours semblables et différents par bien des points. Nous sommes dans la cible de ces 30 000 ex séminaristes ou prêtres et religieux qui ont été acteurs et victimes de la crise de l’Eglise tridentine (donc entre 60 et 90 ans aujourd’hui). Nous ne cessons d’écrire notre thérapie humano théologique ... continuons...

Je compare dans le long terme... à la génération de mon père, on écrivait des poèmes. On s’exerçait à écrire des sonnets ou des quatrains. J’ai encore les sonnets de mon père écrits à ses sœurs en les complimentant

À la génération de l’un de mes ancêtres du temps des Louis XIV et XV, on écrivait son cahier de mémoires (j’ai fait un petit livre, le cahier d’un paysan du lyonnais, H Mayet, 1682-1767, aux origines de l’autobiographie de l’alphabétisation et de la modernité, éd Bélier 2008, celui de l’un des premiers paysans alphabétisés par le caté, suite à l’ordonnance de Louis XIV aux curés de France sur la première alphabétisation). On écrivait alors un petit cahier de 20 pages tout au long d’une vie et l’on était très vieux à 65 ans...

Continuons

Actuellement, je me demande avec un camarade du CHAT et de l’IHS CGT comment répondre aux deux questions : que deviendra ma bibliothèque à ma mort (mes enfants ne sachant pas quoi faire de tous ces livres pour les envoyer à la benne ... et que deviendront mes archives également à la même échéance. en effet j’ai un dossier parmi beaucoup d’autres, de mes dialogues théologiques et humanistes avec toi... que deviendra ce dossier ?

Toi qui sais fonctionner avec les blogs, ce que je ne sais pas faire... renvoie cette nouvelle page à ton blog ... peut-être qu’un bloggeur de tes amis lecteurs répondra à ma question.

Bruno
Répondre
E
Si quelqu'un est intéressé par le bibliothèque de Bruno, avec des archives de premier plan sur la CGT et la militance de gauche, accompagnées de réflexions humanistes voire théologiques, il peut se faire connaître ici.
M
La cohésion d'un groupe, d'une communauté, d'une nation, n'était-ce pas et n'est-ce pas à çà que contribue une religion?

Relier dans la racine de religion, ne renvoie-t-il pas d'abord les hommes entre eux puis au dieu qu'ils imaginent collectivement?

Naïvement j'avais cru que le "sans Dieu" serait mieux pour l'humanité, mais l'on a vu que ce n'était pas mieux, dès que l'idéologie devient culte , il fabrique ses emboîtements de "goulags".
Aussi naïvement j'avais cru à la présentation d'un christianisme sans culte.... Où du moins on m'y avait attiré...C'est alors que j'y ai découvert aussi un lénifiant état pervers: celui d'un totalitarisme se vantant de la grandeur de son amour pour l'humanité pendant qu'il développait chez ses adeptes la culture psychique de l' anéantissement de l'humanité parallèlement à la peur de la peur du néant jamais nommé en tant que tel... mais qui m'a semblé refléter la peur de son propre néant ?

La peur de la "néantisation", la soif de reconnaissance de perfection et de pouvoir ne sont elles pas aussi le fil conducteurs des violences et des asservissements qu'ont perpétrés au fil du tempos les religions quels que soient les noms des dieux qu'elles prétendaient servir ou faire connaître?
Répondre
E
La religion peut ouvrir au mystère mais elle peut aussi avoir la prétention de le révéler, de le faire comprendre. Dans ce cas, elle cède à la toute-puissance et peut alors conduire à la violence et à l’asservissement.
F
En référence aux ultra-orthodoxes

« Les déserteurs de Dieu », de Florence Heymann
Par Noemie Benchimol - samedi 24 octobre 2015


Les déserteurs de Dieu, ces ultra-orthodoxes qui sortent du ghetto. Un entretien exclusif avec Florence Heymann au sujet de son dernier livre, paru aux Éditions Grasset.



La date ne saurait être plus symbolique, même si en réalité, elle correspond sans doute aux impératifs de la rentrée littéraire. Le 23 septembre, le jour même du Yom Kippour, jour le plus saint de l’année pour la religion juive, qui marque la fin des « jours du repentir », est paru le dernier livre de l’anthropologue Florence Heymann, Les déserteurs de Dieu. Cette enquête d’anthropologie de proximité, qui pratique l’immersion comme méthode, nous propose une plongée au sein du shadow monde ultra-orthodoxe, à travers des itinéraires de vie, chez ces ultra-orthodoxes qui « reviennent à la question », expression reprise de l’hébreu et incompréhensible pour un non initié. Revenir à la religion en hébreu se dit en effet littéralement « revenir à la réponse », lahzor bi-teshuva. D’où le jeu de mot pour le trajet inverse, ô combien douloureux, puisqu’il implique un arrachement à un monde connu, une rupture toujours difficile, parfois radicale avec la famille et les proches.

Nous offrant une grille de lecture de ce phénomène grandissant mais difficilement quantifiable, du fait même du peu de publicité qui lui était faite jusqu’à récemment, Florence Heymann relate brillamment trois ans de bénévolat au sein de l’association Hillel, qui soutient et aide ceux qui ont quitté le monde ultra-orthodoxe. L’association, ainsi que nous le précise l’auteur, « n’a pas vocation à prêcher ou à faire du prosélytisme pour le monde laïc. Au contraire, nous prévenons que le monde laïc, individualiste, ne les attend pas et qu’ils seront confrontés à de grandes difficultés, Hillel n’aide pas les gens à sortir, elle aide ceux qui sont déjà dehors ». Pour ceux-là, c’est une « nécessité intérieure absolue », dit Florence Heymann, « non un caprice ». La sortie suit d’ailleurs les trois phases des rites de passage théorisés par Van Gennep : la séparation, la marge et l’agrégation. En effet, dépassée l’éventuelle euphorie des tout débuts, une grande solitude attend ceux qui choisissent la sortie.

C’est la phase la plus critique : sans éducation laïque, obligés parfois d’apprendre l’hébreu certains ne parlaient que le yiddish, les sortants, qui sont pour 2/3 des hommes, vivent amèrement l’absence de communitas. C’est le rôle d’Hillel de les mettre en contact les uns avec les autres, de les guider et de les soutenir dans leurs choix d’intégration à la société. L’armée est pour beaucoup le bon incubateur. Il n’est pas rare que des sortants se retrouvent pour des repas de Chabat, ou d’autres rites, qu’ils pratiquent à leur façon, libérés des carcans codificateurs. Une fois la seconde phase passée, on peut les considérer comme sauvés. Même s’il peut arriver que plusieurs années après leur sortie, certains se suicident, comme encore récemment Faigy Meyer, une ancienne Satmar.

Sur l’absence de formation scolaire générale, l’anthropologue n’a pas de mots assez durs : « Je crois qu’on ne le dit pas suffisamment, mais le scandale encore plus grand que la non incorporation des étudiants de yeshiva à l’armée, c’est le laxisme des autorités qui tolèrent et financent des écoles ultra-orthodoxes où aucune matière laïque n’est enseignée. C’est intolérable que l’État, pour préserver ses accords politiciens de coalition avec les haredim, subventionne et ainsi avalise cet état de fait. » Florence Heymann évoque avec émotion ces destins de gens admirables et forts, qu’elle « admire car contrairement à ce que l’on dit d’eux dans leurs milieux d’origine, ce ne sont pas des faibles mais bien plutôt des gens profonds, spirituels et courageux qui ne trouvent pas leur place dans ce monde uniformisant où toute déviation, fut-elle minime, est d’emblée punie par l’opprobre sociale ».

Nous lui demandons comment on réussit à garder la bonne distance nécessaire avec son objet d’étude quand certains des gens qu’elle a accompagnés (deux ou trois personnes qu’on accompagne plus personnellement en devenant leur parrain/marraine) sont devenus, selon ses propres dires, « comme des enfants adoptifs », et auxquels il lui est arrivé de donner les habits de ses propres enfants. Elle sourit, parle de la bonne distance, celle qui se situe entre la fusion d’avec son objet, ce moment où le chercheur « devient lui-même sujet » et la mise en perspective de l’analyse, et surtout l’évident décalage qui vient du fait qu’elle ne sort pas elle-même de ce milieu-là.

Les précédentes recherches de Florence Heymann, qui n’avaient pas la société israélienne pour objet, mais l’Europe orientale, ont pourtant toutes en commun l’idée de liminalité, de frontières traversées. Pourquoi cette affection pour les transfuges, ceux qui, en traversant les frontières, les brouillent ? Elle répond en mettant en avant les ressemblances de sa propre expérience avec celle des sortants : « Je crois que quand on est issu d’une famille elle-même venue d’ailleurs et qui a connu les migrations forcées du XXème siècle, et que moi-même, qui ai vécu en France jusqu’à l’âge de 30 ans, suis ensuite arrivée ici et ai dû m’intégrer et apprendre de nouveaux codes, tout cela rend mon itinéraire très proche de celui de ces gens qui traversent ces frontières. D’ailleurs, on compare souvent les expériences des hozerim bi-sheela à celle des migrants, même si ces derniers ne sont en général pas obligés de couper tout lien avec leur passé, leur famille, leur pays d’origine. Pour les sortants, c’est un exil radical dans leur propre monde. Jusqu’à aujourd’hui, dans ces milieux-là, les sorties sont vécues comme des véritables désertions impardonnables, des trahisons. Ceux qui sortent, sonnent le glas, en tous cas dans un premier temps, des relations familiales. Celles-ci reprennent en général après quelques années, mais restent toujours fragiles. Il existe une sorte de mythe, celui de parents prenant le deuil pour leurs enfants renégats. Je n’ai pour ma part jamais rencontré de tels cas et ça me semble être un phénomène aujourd’hui rare et extrême. »

Nous la questionnons sur le face à face actuel en Israël entre d’un côté un renouveau spirituel juif et de l’autre côté le phénomène grandissant des sortants. Ne serait-ce pas la partie émergée d’un phénomène d’implosion à venir du monde ultra-orthodoxe ? Elle tempère : « Je ne sais pas si ce monde va imploser ou exploser, mais les bouleversements sont d’ores et déjà d’actualité. C’est vrai que, dans un contexte de démographie exponentielle, ça tire de tous les côtés, les frontières se brouillent. Malgré tous les efforts et la coercition des rabbins, ils ne peuvent stopper la révolution des nouvelles technologies ni bloquer Internet et les smartphones ; les femmes harediot, qui soutiennent économiquement les ménages font de facto carrière, même si l’expression est taboue, et elles y gagnent en pouvoir ; les “houtznikim”, ces ultra-orthodoxes de la diaspora qui viennent passer quelques années dans les yeshivot israéliennes et qui, dans leur environnement d’origine, n’ont pas pu ériger des murs aussi hauts et des ghettos aussi fermés, font également évoluer les valeurs et les modes de vie de l’ultra-orthodoxie israélienne. Tout cela fait trembler ce secteur de la société. Mais je ne suis pas prophétesse, laissons l’avenir nous le dire.

Sur la spiritualité, je voudrais évoquer une réunion intéressante et quelque peu surréaliste à laquelle j’ai récemment assisté : il s’agissait d’une rencontre entre le rabbin Benny Lau, un orthodoxe moderne très enraciné dans le siècle et la société et des anoussim, des “marranes”, ainsi que s’auto-dénomment ces ultra-orthodoxes qui ne croient plus en rien mais qui restent dans leur milieu, souvent car ils y sont mariés et y ont des enfants. Le rabbin Lau, imberbe, en jeans et chemisette, faisait face à des hassidim habillés comme à Meah Shearim. Il leur parlait de spiritualité , de la source originelle à laquelle chacun pouvait aller s’abreuver selon son propre chemin, leur expliquant que l’on pouvait rencontrer Dieu sous toutes sortes de formes, dans l’art, la culture, l’action, et les marranes en face de lui de lui répondre que tout cela n’était que mensonges, que la torah était mensonge, qu’on leur avait menti. Voyez-vous, c’est un peu la caverne de Platon, ils n’ont vu que des ombres et d’un coup leurs yeux se décillent, ils ont le sentiment d’avoir été trahis, qu’on leur a caché la réalité complexe du monde. Benny Lau a utilisé une jolie image. Au lieu de laisser les chemins individuels rechercher la source divine, on a enfermé tous ces jeunes dans une chambre avec une gourde d’eau et on leur a dit : « Buvez ! Voici l’eau de la source. Et, surtout, ne posez pas de questions. »

Quid des réussites de l’association Hillel ? « Il y en a beaucoup, mais l’association s’occupe de personnes souvent jeunes et célibataires. Pour ceux qui voudraient sortir étant mariés et parents de famille nombreuse, et j’en connais un certain nombre, il existe une nouvelle association, Ou-baharta (« Et tu choisiras »), fondée par Meir Naor, lui-même un sortant d’Hillel. Si c’est seulement un seul des membres du couple qui veut sortir, à la violence sociale s’ajoute la violence institutionnelle des Batei-dinim pour la garde des enfants. Il leur faudra souvent aller jusqu’à la Cour suprême pour récupérer leurs droits de visite. »
Prenant le contrepied de l’idée reçue qui veut que la perte de la foi soit le facteur principal de sortie, Florence Heymann nous éclaire sur cette réalité contre-intuitive : « La perte de la foi joue un rôle minimal, et parfois absent, des processus de retour à la question ; ce sont surtout les rigidités sociales, les violences, le sentiment de ne pas trouver sa place ou de ne pas exister en tant qu’individu qui sont bien souvent les véritables déclencheurs. » Un livre important, des histoires d’espoir, d’initiation, de devenir-soi, des tragédies aussi, une analyse finement menée. Un indispensable pour qui prétend parler du monde ultra-orthodoxe.
Noémie Benchimol

Appuyez sur Florence Heymann
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L
Etienne, si le lien fonctionne, il y a une confirmation intéressante de ce que j'ai partagé dans ma réaction précédente....
Francesco Azzimonti

Judaïsme
Ces ultra-orthodoxes qui quittent la religion pour un monde inconnu
Propos recueillis par Matthieu Stricot - publié le 15/02/2016
En Israël, le nombre de sortants de l'ultra-orthodoxie juive explose. Il ne s'agit pas d'un simple abandon d'une vie coupée du monde extérieur. Ils sortent de la religion pour « retourner à la question ». Au sein de l'association Hillel, l'anthropologue Florence Heymann* a pu les rencontrer.
http://www.lemondedesreligions.fr/savoir/ces-ultra-orthodoxes-qui-quittent-la-religion-pour-un-monde-inconnu-15-02-2016-5275_110.php?IdTis=XTC-AGXN-GFQ12S-DD-DLPMH-WXC
Appuyer sur "Le monde des religions"
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F
Etienne, dans la gestion du quotidien, je n'oublie pas ton message, et il interroge...
Par écrit, pas facile de concentrer des remarques et des moments de vie, mais bon....

- je me retrouve dans ta vision de fond, qui est celle de la vie, du souffle de vie, de l'élan originel, de l'esprit, de l'Esprit Saint... et effectivement je crois que c'est le sens et la dynamique fondamentale de notre aventure personnelle et "spirituelle", inquiets tant qu'on ne se repose pas en Dieu.... à chercher et jamais trouvé, ni défini, ni circonscrit, ni possédé.... la relation de l'humain à la transcendance, au mystère, au sens, à "l'au-delà" de tout.... et qui dynamise toute recherche, dans la globalité de notre être, corps, âme et esprit..... donc, à la base, il y a une démarche de "foi" qui ne peut être que personnelle, en construction constante, en plein dans ce que je considère la "spiritualité" (le spirituel, l'esprit, l'Esprit...) et qui relève souvent du don reçu, de la confiance, du non-rationnel à 100%, mais de la complexité riche de la condition humaine en mouvement...
- mais alors quand tu ou nous parlons de "religion", de "religions", de quoi s'agit-il?... il y a de quoi creuser, et il y a certainement des recherches en ce sens... mais pour moi aujourd'hui, parler de "religion" signifie parler de manifestation visible et collective d'une approche et d'une recherche "spirituelle" qui ne peut-être au départ que personnelle. Une fois le choix de la foi assumé, on se retrouve effectivement (chrétien, juif, musulman, hindous et autres) confrontés à un héritage, une tradition, un" mouvement", un "corpus" de règles et principes, de fonctionnements et d'organisations collectives, communautaires, souvent formelles et plus ou moins cadrées et figées... des "pratiques" qui peuvent exister même si on ne donne pas du sens et de la vie "spirituelle"... dans lesquelles on peut se retrouver plus ou moins (je me retrouve en grande partie dans la réaction de Bruno Guerard en ce sens)... mais qui ne sont pas essentiellement notre foi, notre vie "selon l'esprit": on les assume, on les accepte, on les critique, on les pratique plus ou moins, on les adapte, on les améliore, on fait-avec etc... Mais pas avec les yeux fermés, ce n'est pas l’essentiel... La ou les religions seraient pour moi la traduction visible, donc relative et perfectionnable, d'une démarche "spirituelle" de fond qui anime et fait vivre, d'un choix de responsabilité personnelle devant le mystère de Dieu insaisissable et qui donc est à la base de la critique ou de l'amélioration de tout comportement "religieux"... la religion peut me permettre de tuer au nom de Dieu, la foi et la spiritualité non, car la vie de l'esprit est le fondement de ma foi..... et à partir de là j'assume aussi, avec toutes ses limites et critiques améliorables, l'inscription dans une tradition et dans un comportement collectif, mais qui n'est pas l'essentiel, pour lequel je pourrai donner ma vie....
Indispensables questions... sans réponses définitives....: j'oserai penser que la "spiritualité" me garde du côté de la recherche de Dieu, l'au-delà de tout, et de moi-même aussi, alors que la "religion" (toutes religions) risque de me pousser du côté du Dieu figé, donc de l'idole.... ouverture à la vie ou fermeture à la vie.....
- en ce sens, ce que tu notes dans le dernier paragraphe de ta proposition, en conclusion, là oui, il y a bien quelques chose à creuser, à développer, à poursuivre....
Francesco
Répondre
E
Oui Francesco, je te suis de part en part. On a longtemps opposé la religion et la foi, une religion perçue dans son extériorité avec ses rites, ses impératifs sociaux, ses manifestations. Tu as raison, c’est d’abord le spirituel qui cultive la dimension transcendante de l’homme et non pas immédiatement la religion. Celle-ci avec son caractère formel peut amener à tuer au nom de Dieu, alors que cette proposition est contradictoire avec le spirituel puisque celui-ci se réfère à la vie, au souffle de Vie et finalement à l’Esprit. La religion par contre peut facilement me ramener vers un dieu figé, vers une idole…
F
Bonjour,

Par l’intermédiaire de Marie-Françoise Tay , adhérente depuis quelques mois de notre association de dialogue interreligieux « Fils d’Abraham « , j’ai pris connaissance de contenus de votre blog , spécialement du texte intitulé " La religion peut avoir un rôle positif dans la société si elle fait respirer la vie « , qui oriente magnifiquement , dans une approche synthétique séduisante , une réflexion sur l’influence relative des religions , en très grande convergence avec les recherches de notre association .

Dans la mesure où vous habitez , suivant les indications données par notre amie , sur le plateau de la Croix-Rousse , à proximité de notre domicile sans doute ( 1, rue des chartreux ) , il m’a semblé que ce voisinage pourrait favoriser une rencontre , si votre disponibilité le permet , et ce , autour d’un déjeuner ou d’un dîner à notre table , le cas échéant .

En effet, le sujet de notre prochaine réunion mensuelle, fixée au 10 avril prochain, sera : la construction de la cité, s’inscrivant dans une relative continuité avec le sujet traité hier :
« Création et environnement ».

Nous serions heureux d’en parler avec vous, si possible en compagnie d’un petit groupe représentatif de notre association, pour vous présenter, de manière plus précise notre histoire et nos projets.

Espérant poursuivre un petit bout de chemin avec vous, serait-il limité, je vous assure de ma lecture attentive et reconnaissante, en toute hypothèse,

François-Régis Lacroix
Répondre
E
Merci de vos réactions que j’ai mises sur le blog : http://mythesfondateurs.over-blog.com/2016/02/la-religion-peut-avoir-un-role-positif-dans-la-societe-si-elle-fait-respirer-la-vie.html#anchorComment. Si cela vous gêne, ce que je peux comprendre, il m’est très facile de les enlever.
Oui, il est très facile de nous rencontrer, le jour que vous voulez plutôt en dehors des samedis et dimanches car il peut m’arriver d’avoir des réunions. Par exemple, le dimanche 10 avril, je ne suis pas libre. Mais je suis très intéressé parce que vous faites dans votre association.
A bientôt peut-être !
F
Cher Etienne,

J'avais bien envie de répondre à ton dernier blog dont le thème est très important. Mais je ne sais pas par quel bout prendre ce gros objet qui regarde les choses de trop haut pour moi !

Bien d'accord avec l'idée centrale que les religions doivent renoncer à leur prétention de tout englober de la vie humaine. Cela correspond à la place que nous leur laissons dans l'état actuel de la culture en occident, au moins en Europe car c''est déjà un peu différent aux USA. Je ne suis pas sûr, par contre, qu'il existe une seule religion historiquement existante qui soit capable d'entendre ce langage et de le mettre en pratique ! Peut-être certaines formes du protestantisme classique, et encore, et ce sont celles qui sont en déclin. Ou la pointe "humble" du catholicisme, qui vient, miraculeusement, d'atterrir au sommet de ce qu'on ose encore appeler "hiérarchie" ( "iereus", qui veut dire sacrificateur, c'est un terme juif ou païen, qui n'a strictement aucun rapport avec le "presbuteros" des premiers chrétiens, simple "ancien"…) Ceci est une autre histoire, mais montre très bien, et assez près de nous pour qu'on puisse à peu près en comprendre les processus, qu'une certaine forme d'absolutisation (de n'importe quoi d'ailleurs…) est au cœur des systèmes qu'on appelle "religieux" et qu'elle y refait sans cesse surface. Pour moi, "religion" est un terme vague, inventé par les philosophes français pour désigner un amas de situations totalement hétérogènes : je suis plus "historien" (dans ma petite tête, ou dans ce qu'il en reste !) que "philosophe" et la diversité m'intéresse plus que la recherche de dénominateurs communs qui risquent bien de n'être qu'un ensemble vide !

Concernant le christianisme (le mien est de plus en plus, disons, "réformé") je suis plus sensible à ce qui le distingue des prétendues autres religions, juive compris, qu'à ce qui y ressemble, inévitablement d'ailleurs. L'attitude religieuse, qui véhicule le meilleur et, bien plus souvent, le pire, me semble être quelque chose comme une "religiosité naturelle" à l'homme, qui est, pour l'essentiel, idolâtrie, paganisme, appétit de domination, etc… bien plus qu'une structure d'accueil pour la contestation évangélique. Ce dont, d'ailleurs, notre "lanceur" de Nazareth, a fait les frais…

Un autre aspect est que cette ouverture radicale de l'homme, que tu définis très bien, ne saurait à aucun moment, être le monopole des religions. Comme l'avait merveilleusement compris Roland Ducret, il y a une spiritualité laïque, et même athée. J'en fréquente quelques témoins. Sans doute le grand raout des religions, lancé par le pape polonais, était-il utile à la paix du monde, ça valait mieux que des guerres de religion, que d'ailleurs ça n'a guère empêchées… Mais l'entreprise était plus que douteuse : rassembler tous les "croyants" (de n'importe quoi…) pour un front unique contre les méchants matérialistes (les rouges surtout) et, à l'occasion, aussi contre les "consommateurs", dieu merci. Le pape suivant a un peu corrigé le tir en invitant à Assise 2 des agnostiques ou des athées…

Il faudrait aussi reparler du rapport complexe ente judaïsme et christianisme, c'est une "intertextualité" passionnante. Mais on ne peut en rendre compte, si peu que ce soit, en les mettant ensemble avec le reste de la salade des religions… Et il existe bien un double, et radical, dépassement du judaïsme par le christianisme : celui de l'universalité (voir Badiou !) et la sortie du régime de la loi, sorte de trafic "donnant-donnant" dont Paul nous a débarrassés, pour entrer dans le régime de l'acceptation d'un don dans la liberté. Ce n'est pas la même idée de dieu qui fonctionne dans les deux cas, comme Rémy Brague l'a bien montré.

Suite au prochain numéro. Porte-toi bien.

François D.
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E
Merci François de tes réactions qui peuvent faire avancer la réflexion commune.
Je suis d’accord sur l’intérêt qu’il y a à voir les religions dans leurs différences, mais, en ce qui concerne le christianisme, il me semble que sa différence surgit lorsqu’on le met en relation avec le judaïsme (avec la révélation de Dieu et la prise de conscience de la loi). Alors que l’Ancien Testament nous oriente vers l’origine, le christianisme nous pousse vers le terme avec la perspective d’une vie après la mort, vie éternelle qui rejaillit déjà sur la vie présente. Et personnellement je pense qu’il y a un jeu permanent entre l’Ancien et le Nouveau Testament, entre judaïsme et christianisme, l’un et l’autre ne pouvant atteindre leur originalité qu’en se mesurant de manière permanente.
Oui, je suis d’accord avec toi, pour dire que l’ouverture à la transcendance n’est pas le monopole des religions. Elle concerne, comme tu le dis, la spiritualité laïque, y compris la spiritualité athée. J’ai toujours considéré que l’agnosticisme de Le Corbusier avait provoqué un surcroît de spiritualité, en tout une plus grande ouverture au couvent de La Tourette. Par ailleurs, ce ne sont pas les seuls croyants qu’il faut rassembler mais l’ensemble des hommes avec leurs différentes cultures et leurs efforts pour promouvoir un plus d’humanité.
Personnellement j’ai voulu aussi attiré l’attention sur l’importance de l’Esprit, comme Souffle de Vie. Il nous transmet le mouvement même de la vie, en favorisant les relations, les interrelations et les interactions de toute nature… Je suis pour le jeu permanent, qui est lié à la dimension symbolique de l’homme.
M
Cher Etienne,
J’ai attendu une semaine pour laisser résonner tes arguments sur l'apport des religions à l'humanité en marche, à travers les âges, mais je crois n'être arrivé à rien, hormis un questionnement stérile dont je ne peux tirer aucune conclusion.
Je n'arrive pas à mesurer par exemple l'impact de ce phénomène tout nouveau dans l'histoire humaine qu'est la religion volontaire, comme on parle de maternité volontaire depuis 1960, car jusqu'ici il était entendu qu'on n'était pas chrétien par choix, mais parce qu'on était natif d'un pays chrétien et d'une lignée chrétienne. Or c'est un peu comme cela que je me pense encore à contre temps de la religion élitiste qu'est devenue celle d'aujourd'hui. Sans pour autant me sentir tout à fait délivré de la nostalgie que m'inspire la religion qui m'a été transmise C'était pourtant une religion détestable parce qu'imposée-triomphaliste disposant d'un bras séculier qui perpétuait la discipline instituée à cause de sa contribution à l'ordre social en place et Il y avait une telle connivence entre le régime politique et l'Eglise que la dissidence par rapport au monde et à l'esprit du monde que je revendique à présent était impensable. La démarche personnelle singulière qui détermine désormais l’appartenance à une religion était perçue comme une excentricité. Dans la formation du séminariste que j'ai été, la thèse du Chanoine Lahitton de 1909 voulait encore qu'on tienne pour insignifiant les charismes personnels d'un futur prêtre, s'il ne manifestait pas d'abord son adhésion intégrale à la doctrine officielle encore toute chaude du serment antimoderniste.
Mais pour autant, je reste très perplexe devant l'opinion de théologiens d'avant garde comme Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) pour lequel le chrétien doit présenter un visage de converti, car je me sens obligé de confesser que je ne suis pas du tout un converti, mais au contraire un chrétien de souche qui n'en a jamais fini de se familiariser avec les avancées de la génération postconciliaire pour laquelle l'appartenance religieuse n'est plus un héritage. Ce sont probablement les contradictions qui travaillent tous les gens de notre génération d'octogénaire mais c'est comme si j'y perdais mon latin et que ça m'empêche d'éclairer les questions soulevées dans ton blog.
Par moment j'en viens même à me demander s'il ne faut pas demander à une religion de n'avoir pas une finalité sociale mais seulement méta-sociale, c'est-à-dire centrée sur ce qu'on appelait autrefois les fins dernières. Mais ce n'est pas du tout le sens de ta question et je vois mal comment un homme religieux pourrait se permettre d'être hors la loi commune et afficher une dissidence absolue par rapport à la société profane dont il fait partie. Ce serait croire que la frontière entre le profane et le sacré est inamovible, alors qu’elle est fluctuante et que le fidèle n'en finit pas d’être à la fois en connivence et en dissidence par rapport à son époque. C'est nécessairement une position inconfortable.
Pour ne pas occulter la question de l'inter-religieux, je me souviens qu'autour de ma sixième année, ma mère et mes maîtresses d'école m'ont appris que j'avais des rapports avec Dieu qui n'étaient pas des rapports d'idolâtrie. Elles ne se sont pas doutées que c'était me faire intérioriser un soupçon selon lequel toutes les religions excepté celle de mon enfance étaient entachées d'idolâtrie. Mais je ne refuse pas d'être catéchisé par de vrais musulmans ou de vrais juifs si je croise leur chemin.
A bientôt de revenir sur ce message en m'excusant de ces répétitions confuses à côté du sujet, mais je n'ai pas pu mieux faire. Marius A.
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E
Ce qui me paraît intéressant dans tes propos, c’est que tu fais ressortir que, dans tous les domaines y compris dans le domaine religieux, les positions ne sont pas monolithiques, qu’elles sont composées de strates. Et tu mets devant nos yeux une strate que nous avons oubliée parce qu’elle s’est intégrée dans la culture : celle des chrétiens de souche. En fait je vois bien que tu te fais l’avocat du diable, non pas du diable en lui-même mais de ce que nous considérons un peu rapidement comme le diable, comme si tu voulais nous sortir de notre mauvaise conscience. Avec l’instinct d’un psychanalyste tu vas extirper de l’inconscient une partie de ce que nous avons rejeté. En ce qui me concerne, je considère ton effort comme très louable…
G
Je n'avais jamais vu la neige comme une métaphore du dogmatisme (engendré par l'écriture - soit).
Mais pourquoi pas ? Lorsque le dogme fond, c'est la débâcle, la panique, le bordel, quoi. Mais on retrouve le dur, le réel, sur lequel on peut enfin agir, une fois évanouies les illusions lisses et pures de l'idéalisme c'est-à-dire, au fond, du dogmatisme,
Je regarderai désormais la neige d'un autre oeil.
Mais je continuerai à graver, quant à moi, sur du zinc (à défaut de cuivre).
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E
Et si le dogme n'était en fait qu'une présentation symbolique de la réalité ! Sans doute l'avons-nous oublié et il faut le faire disparaître comme la neige qui fond, pour retrouver sa dimension symbolique...
B
Sur les conseils de Charles Lallemand, je reprends ici la conclusion d'un texte de Bruno Guérard.

Extrait de : Bruno Guérard « Une application de théologie géopolitique aux événements récentsPour les trois monothéismes, un changement de théologie s’impose »

Il faudrait tirer plusieurs conclusions sur le plan théologique


1° Il faut arrêter de penser que dans les trois textes fondateurs des trois monothéismes, Ancien testament, Nouveau testament, Coran, tout a une valeur égale, une valeur de révélation. Il y a des histoires rédactionnelles qui ont imposé une mise en marche, une mise en hiérarchie. Aujourd’hui une réinterprétation complexe s’impose.

2° Les religions occidentales s’inscrivent dans la culture de confrontation occidentale. Elles sont à la fois à la source et le reflet. Elles sont l’un des grands enjeux des conflits de l’occident depuis 2000 ans.
Cependant le Nouveau testament avait été d’une part, une tentative faite pour extraire totalement le message religieux du message politique et guerrier, sans illusion pour autant de sortir véritablement de ce contexte général de confrontation. Il a été d’autre part, une tentative de donner un message d’amour et de miséricorde. Mais ce message a été vite submergé dans les conflits de l’Empire Romain, de sa subdivision en deux empires d’Orient et d’Occident, puis dans les invasions venant du Nord, ensuite dans la percée de la vague musulmane.
Une autre tentative pour dissocier la vie et les institutions des conflits et des sources d’intolérance repose aussi sur les avancées de la laïcité. Mais ces avancées sont perturbées par l’histoire des tensions géopolitiques, des nationalismes et des idéologies souterraines qui gardent toute leur force.

3° Les trois monothéismes sont capables de se rejoindre, dans leurs avatars radicaux minoritaires. Mais ce sont peut-être les derniers feux, au moment où les religions sont en train d’accoucher d’une pratique politique et sociale dégagée des autoritarismes religieux et des dictatures politiques et économiques. Nous voyons cependant encore des centaines, des milliers, des millions de victimes, continuer, dans des moments perdus de l’histoire, à subir encore des crises systémiques délirantes, et à vivre ce que les peuples ont vécu pendant deux millénaires et demi. Il faudrait souhaiter qu’en révisant leurs théologies les trois monothéismes sachent se rejoindre et se rencontrer sur des voies de tolérance mutuelle

4° Dans le Nouveau testament, tout n’a pas la même valeur. Les textes les plus proches des origines ont plus de valeur que les suivants ou les derniers. Il y a eu un court processus d’écriture qui, selon moi, s’est étalé sur une quarantaine d’années. À l’heure actuelle la majorité des occidentaux, chrétiens et non chrétiens, considèrent que les textes du Nouveau testament ont été écrits très tard, après les années 70, influencés par les dramatiques événements de la fin des empereurs Julio-claudiens. À mon avis cette datation tardive est une erreur.
Pour une étude sur le pacifisme des évangiles et notamment le pacifisme de la Source Q, le plus ancien texte du Nouveau testament, pour une étude de la théologie de la miséricorde, il y a beaucoup plus dans la première couche des textes du Nouveau testament, que dans les couches suivantes. On est passé d’un Nouveau testament de la paix et de la miséricorde à un Nouveau testament du sacrifice. Exactement à l’inverse de ce qui se passe avec les Kamikazes d’aujourd’hui, Jésus-Christ n’est pas le premier kamikaze de l’histoire, il n’a pas été le premier prêtre, ni le premier individu de l’histoire à se sacrifier par vœu de chasteté, de pauvreté ou d’obéissance à un chef politico-religieux. Contrairement à ce que prétend la version radicale du christianisme résultant de l’interprétation de l’épitre aux Hébreux, Jésus-Christ ne s’est pas sacrifié, par esprit et culte du sacrifice. Il a donné sa vie dans un procès pour blasphème, c’est-à-dire en étant accusé d’une subversion du compromis politico-religieux, qu’il a perdu. Toute sa vie, il a simplement régulé son comportement et ses discours sur une écoute au jour le jour d’un dieu monothéiste affectueux et paternel.
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C
Le 14 janvier 2016 à 03:27, charles lallemand a écrit :

Merci Bruno pour tes 5 pièces jointes que j'ai lues, chacune attentivement et qui non seulement m'ont amené à me replonger dans Jean, le disciple adolescent et Géopolitique du Nouveau Testament mais à relire un témoignage que j'avais rédigé il y a 40 ans de cela à la demande de Christus et qui a paru dans le n°87 de cette revue en juin 1975 (avec seulement mes initiales c.l.) ; je m'aperçois que j'étais déjà alors très proche de ta réflexion actuelle, si ce n'est que tu y apportes aujourd'hui une structure - disons une colonne vertébrale - que nous n'avions pas encore - peut-être trop le nez sur le guidon ou cherchant trop vite des raccourcis simplificateurs, voire des "directissimes", comme tu dis, risqués ; tu nous évites ainsi de "jeter le bébé avec l'eau du bain" , autrement dit de ne pas perdre de vue ce qui me paraît encore aujourd'hui pouvoir nourrir le religieux, tout en nous libérant de l'hégémonie des religions, ce que visait la loi de 1905.
Je m'explique. Il y a d'abord cet épître aux Hébreux qu'en le situant dans son contexte historique tu le désignes comme à l'origine de graves déviances dans le christianisme : cette histoire de sacrifice sanglant (He 9/18) renvoyant au "sang de l'alliance" de Ex 24/8, alors que l'alliance c'est avant tout la "hésed "c.à.d. l'amour (Os 2/21) et la bénédiction, celle par Melchisédech (Gn 14/18), comme tu le rappelles, du pain et du vin, celle d'un repas. Il en est résulté ce que Jacques Pohier que j'ai connu au Saulchoir dénonçait en 1977 Quand je dis Dieu : "la croix, capitale de la douleur et de la culpabilité ! ", blasphème pour lequel justement Jésus a été condamné puisqu'il déconstruisait ce pouvoir de culpabilité que porte encore aujourd'hui un certain Dieu qui n'avait rien à voir avec son Dieu à lui... Et "l'assassin court toujours " !
Il y a ensuite la construction d'un cléricalisme certain avec le terme de "laïc" emprunté au latin scolastique "laïcus" : qui n'est pas clerc, séculier, voire illettré, et la hiérarchie qui lui correspond ; cléricalisme qui s'appuie sur la religion au sens de religare qui relie à la divinité, alors que chez Cicéron il ne s'agit pas de "lien" mais derelegere recueillir, recueillement, ce que Simone Weil dans Lettre à un religieux appelait en 1943 "l'attention volontaire" : "La juridiction de l'Eglise en matière de foi est bonne pour autant qu'elle impose à l'intelligence une certaine discipline de l'attention. Aussi pour autant qu'elle l'empêche d'entrer dans le domaine des Mystères, qui lui est étranger, et d'y divaguer. Elle est tout à fait mauvaise en tant qu'elle empêche l'intelligence, dans l'investigation des vérités qui lui sont propres, d'user avec une liberté totale de la lumière diffusée dans l'âme par la contemplation amoureuse [...] En fait il y a depuis le début, ou presque, un malaise de l'intelligence dans le christianisme. Ce malaise est dû à la manière dont l'Eglise a conçu son pouvoir de juridiction et notamment l'usage de la formule anathema sit. Et partout où il y a malaise de l'intelligence, il y a oppression de l'individu par le fait social, lequel tend à devenir totalitaire."
Pour sortir de ce malaise, il y les "théologies de la sécularisation" que dans "éléments de théologie politique" (p.4) tu considères avec juste raison comme une fausse piste parce que, assimilant le champ du religieux à celui du politique, elles le font purement et simplement disparaître. Tu maintiens donc deux phénoménologies parallèles, l'une du dessus, visible, le politique - si j'ai bien compris - l'autre "du dessous", l'envers, le sujet de l'inconscient, le religieux, celui plus ou moins de "l'invisible" dirait Marcel Gaucher. Je te suis assez dans cette distinction si ce n'est avec une certaine réticence - rejoignant en cela un philosophe comme André Comte-Sponville dont je me régale en ce moment avec C'est chose tendre que la vie - dans ton recours à la phénoménologie dont tu te sers pour attribuer à tes deux phénoménologies parallèles des vertus intentionnellesde "régulation" du réel ; or si comme l'observe Merleau-Ponty dans Phénoménologie de la perception (p.57) la réflexion est "un événement, une véritable création" : "J'ai commencé à réfléchir; ma réflexion est une réflexion sur un irréfléchi, elle ne peut s'ignorer elle-même comme événement. Dés lors elle s'apparaît comme une véritable création, comme un changement de structure de la conscience, et il lui appartient de reconnaître en deçà de ses propres opérations, le monde qui est ordonné au sujet parce que le sujet est donné à lui-même." Il n'en conclut pas moins : "Le réel est à décrire, non pas à construire, ni à constituer."
Il reste que, comme toi Bruno, je trouve que ce serait un gâchis considérable -pour reprendre mon expression au départ- de "jeter le bébé avec l'eau du bain". Hannah Arendt dans Condition de l'homme moderne concluait son chapitre sur "l'action" par ces mots qui, de sa part, m'ont toujours étonnés : " Les hommes, bien qu'ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir, mais pour innover. La foi et l'espérance, ces deux caractéristiques essentielles de l'existence que l'antiquité grecque a complètement méconnues [...] C'est cette espérance et cettefoi dans le monde qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte, la plus glorieuse dans la petite phrase des Évangiles annonçant leur "bonne nouvelle" : "Un enfant nous est né."
Et, ajoute Christian Bobin dans Les ruines du ciel, "ce qu'il y a de bien dans les Évangiles c'est que personne ne les a jamais lus." Parce que si nous allions y voir de plus près comme tu nous invites à le faire, nous y trouverions peut-être la juste demeure du "religieux", sa véritable dimension, celle qui faisait dire à un chartreux parlant de Marie en 1983 dans sa "prière du cœur" : "Elle devient la Mère de Dieu parce que c'est elle qui est la plus proche de la pauvreté de Dieu." Comprenne qui pourra !
Mais pas seulement : tu rappelles dans "éléments de théologie politique" (p.7) la dimension religieuse de Jésus (Mtt 15/20) recommandant à ses disciples de ne pas dire qu'il était le Christ, du fait précisément de son autre dimension : politique. Pour ma part cela m'a amené, paradoxalement, à réfléchir sur le "fait religieux" à proprement parler. Dans Jean, le disciple adolescent (p.272 et 339) tu t'arrêtes sur le terme grec "egeiro" (Mc 14/28 et 16/6) qu'en traduisant en français par un substantif "la résurrection" on lui fait perdre ses trois formes de verbe : active, passive et pronominale et ici dans sa forme passive, ce qui n'est pas une maladresse comme tu sembles le souligner mais ce sur quoi Jacques Pohier en 1977 insistait fortement : il y avait déjà la croyance juive en la résurrection générale des morts (anastasis) , or ici, il s'agit de tout autre chose : "Jésus est ressuscité" est à entendre au sens passif, c.à.d. que ce n'est pas Jésus qui se ressuscite, mais "ce Jésus le Nazaréen que vous avez crucifié, Dieu l'a re-suscité des morts"; "L'étonnant, ajoute Pohier, ce n'était pas le fait d'une résurrection, mais que Dieu, en re-suscitant Jésus, se manifestait comme étant effectivement ce qu'avait dit Jésus...Et il est vivant puisque, comme Dieu l'atteste, il fut ce que le Dieu vivant veut être." Et au sens fort où Dieu l'a suscité de nouveau pour une "insurrection".
Poursuivant ma réflexion sur cette question du fait religieux, je suis retourné à la petite Simone Weil et sa Lettre à un religieux où (p.75) à propos de l'épisode de la Samaritaine (Jn 4/1sq) elle écrit : " L'idée d'une quête de l'homme par Dieu est d'une splendeur et d'une profondeur insondables. Il y a décadence quand elle est remplacée par l'idée d'une quête de Dieu par l'homme. " Une quête de l'homme par Dieu pour le re-susciter cet homme, c'est bien autre chose, il me semble, que la préférence de l'immanence sur la transcendance, ou l'inverse, que fait par exemple celui qui dans le Théétète prend le risque de traverser le fleuve pour aller voir ce qu'il y a de l'autre côté (201e), ou qui (175a) "s'enfuit le plus vite possible d'ici là-bas, la fuite consistant à se rendre, dans la mesure du possible, semblable à la Divinité." Avec Simone Weil, c'est tout autre chose : il y a ce "Mystère" au sens de l'agir que je retrouve dans une interview en 1998 où Christian Bobin interrogé sur "sa" solitude répondit : " Je crois que pour vivre - parce qu'on peut passer cette vie sans vivre, et c'est un état sans doute pire que la mort - il faut avoir été regardé au moins une fois, avoir été aimé au moins une fois, avoir été porté au moins une fois. Et après, quand cette chose-là a été donnée, vous pouvez aller seul. La solitude n'est plus jamais mauvaise...Vous pouvez aller vers la solitude comme une hirondelle peut aller vers le plein ciel."
Je termine pour ce soir Bruno par ta remarque au départ : "je vois que tu as toujours mille pistes de méditations" ; or, en allant à ton "application de géopolitique aux événements récents" (p.6) qui est fort intéressante et que -si tu le permets- je vais faire circuler, je m'aperçois qu'aujourd'hui je n'ai pour ma part qu'une méditation ; et encore, ne s'agit-il pas à proprement parler d'une "méditation" puisque ça n'a rien d'intellectuel : il s'agit pour moi selon la pratique "vipassana" d'origine bouddhiste, d'observer en position de demi-lotus une heure le matin et autant si possible le soir les sensations sur tout le corps sans réagir et avec un esprit équilibré c.à.d. sans aversion, ni avidité. C'est une pratique au sens du "logos" grec dont Simone Weil dit encore qu'il a été improprement traduit en latin par "verbum" alors qu'il signifie "proportion", "harmonie" et "médiation" ; pratique proche de ce que Spinoza appelle dans l'Ethique (propositions 13 et 39) "l'union de l'esprit et du corps", proche aussi de ce qui est décrit dans le Timée (90a), à croire qu'il s'agit du yoga : "l'âme en nous est un démon (daïmon) que Dieu a donné à chacun de nous ; elle est ce principe dont nous disons qu'il habite en nous au sommet du corps et que vers le ciel il nous élève, car nous sommes une plante ... et c'est là-haut que ce principe divin accroche notre tête, qui est comme notre racine, pour dresser tout notre corps." Suis-je passé par cette pratique de l'Occident à l'Asie ? Je ne sais. Pour autant, je ne perçois pas que cette pratique soit en ce qui me concerne si différente de la prière chrétienne et du "religieux" tel que le perçoit Simone Weil, car s'il s'agit de "ne pas réagir" aux sensations telles que je les perçois réellement, je ne suis pas moins dans "l'agir" et dans "l'énergie", le terme le plus juste qui puisse être donné à la matière.
Enfin, quant aux phénomènes de violence que tu abordes, il y a une approche intéressante que fait Freud - n'en déplaise à Michel Onfray - quand il observe dans Psychologie des foules et analyse du moi au chapitre 7 sur "l'identification" ce qui se passe déjà avant l’œdipe où il y a une identification ambivalente de l'enfant (garçon ou fille, même si ensuite les conséquences seront différentes) non par rapport à la mère mais d'abord par rapport aupère (sur-moi et idéal du moi) : imitation ou plus ou moins rejet ; sortir de cette ambivalence peut se traduire alors par un symptôme soit de fusion - l'amour dans ce cas c'est "miam-miam" dit Lacan - soit de haine : c'est la faute des autres ; une paranoïa, forme normale et habituelle de construction de la personnalité "se poser en s'opposant" comme disait Hegel que tu n'as pas oublié.
Bon, il se fait tard. Alors, à plus Bruno et merci encore.
Amicalement, Charles
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C
Etienne bonjour,
voici en complément ma réponse à Bruno Guerard, notamment sur la distinction qu'il fait entre phénoménologie du politique et phénoménologie du croire à partir de la phénoménologie théologique de Joseph Moingt que je ne partage pas complètement dans la mesure où il introduit un élément intentionnel là où dans la phénoménologie il n'y en a pas.
Décidément ton texte qui a le mérite d'être plus court que nos longues cogitations, ouvre des pistes.
Charles
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E
Charles, je retiens de ton texte de réponse à Bruno Guérard, cette très belle phrase du Timée de Platon : ""l'âme en nous est un démon (daïmon) que Dieu a donné à chacun de nous ; elle est ce principe dont nous disons qu'il habite en nous au sommet du corps et que vers le ciel il nous élève, car nous sommes une plante ... et c'est là-haut que ce principe divin accroche notre tête, qui est comme notre racine, pour dresser tout notre corps."
B
Bonjour Etienne
J’aime ton texte dans lequel je me reconnais…
Il mériterait sans doute d’être développé notamment par une réflexion sur le rôle de l’Islam, religion qui me pose de nombreuses questions aujourd’hui et dans laquelle je me reconnais bien peu, mais je suis très ignorant sur ce sujet. Je crois savoir que son succès rapide est dû, en partie au moins, à la simplicité de son discours sur Dieu, en réaction aux nombreuses disputes théologiques qui avaient lieu au sein du Christianisme lorsque l’Islam est apparu. Il peut, me semble-t-il, nous dire quelque chose d’intéressant aujourd’hui, malgré toutes ses dérives, sur la transcendance de Dieu à une époque où l’horizontalité est reine. Ceci étant, l’Islam aujourd’hui, comme dans une grande partie de son histoire, et ce malgré certaines périodes où la rationalité et la culture y ont eu toute leur place, a un discours bien trop simpliste et intolérant, où l’interprétation des textes n’a guère sa place, ce qui conduit à toutes les dérives que l’on observe. Les principales dérives sont, me semble-t-il, la conséquence de la tendance de certains musulmans à se mettre à la place de Dieu et à vouloir agir à sa place à partir d’une interprétation très discutable du Coran et notamment à considérer que l’Islam est la vraie religion, ce qui conduit bien sûr à l’intolérance.
Concernant le Bouddhisme, je pense, en dépit de mon ignorance, qu’il s’agit davantage d’une sagesse que d’une véritable religion. Cette sagesse, dont l’intérêt pour la conduite de sa vie peut être fort utile, est apparue en général bien plus tolérante au cours de son histoire que les religions traditionnelles.
Mais, in fine, je trouve le Christianisme le plus abouti des messages et l’Evangile un maitre de vie incontestable même si l’on en conteste la transcendance.
Voilà, Etienne, quelques réflexions sommaires d’un ignorant…
Avec toute mon amitié.
Bernard Beaudonnet
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E
Merci Bernard d’apporter ta quote-part à la réflexion commune. Mais l’ignorant n’est pas si ignorant que cela.

Le problème de l’Islam, me semble-t-il, c’est d’absorber un peu trop l’horizontalité dans la verticalité, ce qui peut contribuer à une aliénation des fidèles. Il n’en reste pas moins qu’ils ont un grand sens de la transcendance. Ce qui manque encore, dans un certain nombre de cas, c’est, comme je l’ai suggéré, le manque de jeu entre horizontalité et verticalité

En ce qui concerne le bouddhisme, c’est effectivement plus une sagesse qu’une religion mais il y a tout de même une sensibilité à la problématique de l’Esprit avec les notions d’éveil et de compassion.

Il est bien évident pour moi que le Christ est un homme rempli de l’Esprit si bien que son message fait jouer ensemble les données humaines et les dimensions divines. Personnellement je n’aime pas la façon dont on le présente comme Fils de Dieu descendu du ciel. Pour moi, c’est l’Esprit qui en fait un Fils de Dieu, manifestant par là qu’il est le prototype de tous les hommes qui, après lui, accèdent à la filiation divine. Mais je ne dis pas que j’ai totalement raison sur ce point.
Bien amicalement.
G
La nappe, comme certains mystères, s'épaissit tranquillement et en est d'autant plus fascinante. Je ne m'en lasse pas.
Répondre
E
La neige, c'est comme l'écriture qui dogmatise et rend les mystères imperméables. Avec le temps, elle finit par laisser place à la lumière, comme le montre le Christ qui écrivait sur le sol...
G
Bien reçu et bien d'accord !
Cette conception -propre à la France ! - étroite, bornée, dogmatique de la laïcité rend difficile la bonne et nécessaire compréhension des phénomènes religieux (surtout dans leur forme délirante). La laïcité est posée hors des contextes historiques qui l'ont instituée progressivement et assez empiriquement. Elle embarrasse bien des intellectuels qui naviguent difficilement entre le niveau des Grands Principes et le concret des situations. Et on attend, sur le sujet, les théologiens....
A la prochaine. Ben amicalement.
Gérard
Il neige toujours sur le plateau leschois, entre deux apparitions du soleil. Superbe.
Répondre
M
A part ce jeu entre pouvoirs et religions , je songeais à cette courbe en dent de scie qui mène à la progression vers le mieux, vers la VIE en marche d'humanité, un peu comme ce que remarquait Wallon à l'observation de l'enfant.


Et puis J'ai retrouvé ceci de Nietche (pas le temps d'en mieux parler pour l'instant, sinon que comme un genre prophétique au sujet de la transcendance):

55.

"Il y a une grande échelle de cruauté religieuse, beaucoup d’échelons, mais trois de ces échelons sont les plus importants. Autrefois, on sacrifiait à son dieu des hommes, peut-être justement ceux que l’on aimait le plus. Il en fut ainsi des offrandes des prémices, dans toutes les religions préhistoriques, et aussi des sacrifices de l’empereur Tibère dans la grotte de Mithra de l’île Caprée, le plus épouvantable de tous les anachronismes romains. Plus tard, durant l’époque morale de l’hu­manité, on sacrifiait à son dieu ses instincts les plus violents, on lui sacrifiait sa propre « nature » ; cette joie de fête éclate dans le regard cruel de l’ascète, de l’illuminé « contre-nature ». Et enfin, que restait-il encore à sacrifier ? Ne fallait-il pas sacrifier enfin tout ce qui consolait, sanctifiait et guérissait, tout espoir, toute foi en une harmonie cachée ? Ne fallait-il pas sacrifier Dieu lui-même, et, par cruauté vis-à-vis de soi-même, adorer la pierre, la bêtise, la lourdeur, le destin, le néant ? Sacrifier Dieu au néant — ce mystère paradoxal de la dernière cruauté a été réservé à notre géné­ration montante, nous en savons tous déjà quelque chose. —"
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E
Tu nous fais découvrir un autre Nietzche que celui que je connaissais et que j’imaginais. Quelle pertinence dans les propos et l’analyse ! Merci Marie-Claude !
E
A Gérard JAFFREDOU
J’aime bien ton évocation des jeux de pouvoir entre les religions et le politique. Le politique est souvent conforté par le religieux et le religieux par le politique. Chacun cherche à alimenter sa propre toute-puissance et c’est cela qui est désastreux pour l’homme. Mais, aujourd’hui, en France, une compréhension étroite de la laïcité tend à rejeter la transcendance dans les oubliettes de l’intériorité alors qu’il s’agit d’une dimension anthropologique essentielle pour l’humanisation de l’homme. Il faudrait comprendre que la transcendance n’est pas enfermée dans les filets de la religion.
Je me sens assez en accord avec ceux qui disent que la vérité est dans la recherche et le questionnement.
Par ailleurs tu évoques le problème des relations entre la verticalité et l’horizontalité. Je vais dans ton sens. Même si ces deux dimensions tendent à se croiser, elles ne sont jamais superposables. C’est le croisement qui permet la respiration alors que la superposition étouffe.
En tout cas, merci de ton questionnement.
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G
Le problème que je me pose -et depuis pas mal de temps - est le suivant.
Comment, pourquoi, dans quelles circonstances exactement, la "religion" est instrumentalisée par les besoins du politique (du social, des idées dominantes etc.). Ce qui est relativement facile à voir, d'un point de vue historique.
Mais ce n'est pas suffisant.
Ce point de vue reste difficile en raison de l'ignorance assez largement répandue du "phénomène religieux", de sa nature propre.
Je me pose aussi - et depuis longtemps - cette question : comment les "religions" se prètent-elles, plus ou moins selon les unes ou les autres, selon les époques et les circonstances, à cette instrumentalisation ; ou je dirais plutôt à cette osmose, cette confusion entre le "vertical" et "l'horizontal", l'un dominant l'autre ou inversement. Je suis bien conscient que sur ce point surtout, l'éclairage théologique est indispensable, (mais aussi l'éclairage philosophique, anthropologique, sociologique etc.) . Cela pour chacune des religions qui nous préoccupent à des titres divers.
Je suppose que en faisant cet examen, les théologiens (et les autres, dont nous-mêmes) reviendraient fort utilement aux "fondamentaux" des religions qui sont aussi les "fondamentaux" de l'humanité. Fondamentaux qu'on sait fragiles ! Ce serait la meilleure manière de défendre la vie.

Salut, bonne journée, à la prochaine.
E
Bonjours Étienne.

Il y a quelques années, en classe de 2d, j'ai dû faire une dissertation :
L'oeuvre de François Villon est-elle toujours d'actualité ?
Réponse : oui, car elle me parle d'amour, de religion et de la mort.
J'avais trouvé l'idée tellement géniale, que je la conserve encore pour ma vie. Le professeur, aussi, un bon chanoine, qui m'avait octroyé un 15/20.
Chose rarissime pour moi.
Ton article est assez intéressant. Même si je n'y crois pas beaucoup.
--
denis
Répondre
E
Tu me coupes les ailes ! Mais dans le fond je ne te demande pas de croire en ce que j'écris. Il faut réserver ta foi pour des choses beaucoup plus importantes.
H
Etienne bonsoir,
il y a dans ton texte sur les religions le mot "au-delà" ; Il se trouve que Charles Palant co-fondateur du MRAP qui avait été arrêté à Lyon par la GESTAPO en août 1943 est mort vendredi dernier à l'âge de 93 ans et enterré aujourd'hui au cimentière du Père Lachaise. Il se référait lui aussi à l'au-delà, un au-delà "sans distinction de chapelle" :
« Je crois fermement à l’au-delà. Si je ne croyais pas aussi fermement à l’au-delà, je n’aurais probablement pas le courage, ni la force de venir devant vous pour arracher à mon passé douloureux les souvenirs qui sont les miens. L’au-delà auquel je crois, c’est vous, les garçons et les filles d’aujourd’hui, vous, les hommes et les femmes de demain qui devrez - sans distinction de chapelle - élargir et prolonger les pistes que vos prédécesseurs ont ouvertes vers plus de justice, plus de liberté, plus de tolérance entre les hommes, plus d’amitié entre les peuples ». Je crois au matin, Charles Palant
Quant à l'ensemble de ton texte, Bruno Guérard m'a passé ce qu'il a écrit en décembre dernier qui illustre bien ce que tu dis et qui peut permettre d'approfondir mieux que je ne saurais le faire notre réflexion.
Amicalement,
Charles
Répondre
E
Merci Charles. J’apprécie bien ce que dit Charles Palant, en évoquant l’au-delà qui ouvre l’avenir et qui s’incarne dans le présent. Je vais aller voir ce que dit Bruno. Très bonne journée à toi.
P
Super chouette ce texte ,il faut toutefois que je le relise pour y répondre intellectuellement parlant
ce soir c'est juste une approbation d'une mystique un peu sauvage qui revendique haut et fort sa part de divin qui ne se retrouve que dans la confusion de la poésie mais qui se partage avec beaucoup d'entre nous.
Répondre
E
Excuse-moi, j’ai mis ton premier texte sur le blog. Les aléas de comportement des uns et des autres le redent plus vivant. Mais j’attends avec beaucoup d’intérêt la suite.
G
Cher Etienne,
Nous voilà à Lesches sur nos hauteurs, en ce moment nuageuses et pluvieuses : le temps convenable pour revenir à ton blog, qui revient sur des discussions récentes à propos d'une question bien ancienne.
Je suis bien d'accord sur cette idée que la religion en général, ou les religions en particulier, rappellent, entretiennent, cultivent un rapport avec la « transcendance » qu'on peut considérer comme propre à la condition humaine. Et que « cela est bon ». Mais chacune a sa définition et sa pratique de ce rapport -là. En d'autres termes -les tiens- chacune a sa manière d'introduire « le vertical » dans « l'horizontal » ... ou l'inverse.
C'est là, il me semble, que le problème se complique. Je risque une fois de plus une interprétation sommaire. Le christianisme, par exemple, a été saisi par Constantin et -avec de nombreux accidents et aléas- par les pouvoirs politiques successifs et divers. Une sorte d'osmose, ou de confusion s'est produite ; l'institutionnalisation fait naître les besoins de pouvoir. La transcendance se fige en dogmes, la foi se réduit à des croyances, que le pouvoir a ou se donne pour mission d'imposer, y compris par le terrorisme et pas seulement sur les « terres de mission ». Le pouvoir absolu définit et possède absolument LA vérité, alléguée comme universelle, ce qui légitime l'universalité du pouvoir… délégitime absolument, toute autre prétention à une vérité autre, et justifie le « terrorisme ». Surtout à l'égard d'autres religions dont le rapport avec la « transcendance » est autre, ou tout autre.
Notamment celle, par exemple, qui répugne à nommer « Dieu », ce nom imprononçable et quasi impensable, et qui considère par conséquent que la Vérité (si on peut dire ainsi) est non dans le résultat mais dans la recherche, le questionnement permanent.
Dans d'autres cas (mais je n'insiste pas) c'est « l'horizontal » qui prend force de « vertical » : des formes de « tradition » sont sacralisées, et la transcendance quelque peu oubliée.
Mais on peut le dire aussi du christianisme, du moins dans sa version romaine et à cette époque où il légitimait peu ou prou le pouvoir ; des constructions symboliques, des dogmes étaient eux aussi sacralisés, jusqu'à, -pourrait-on le dire ? - une forme d'idolâtrie.
Je sais que tout ceci est bien schématique. Je voulais seulement signifier mon point de vue pas si hétérodoxe que ça ! Le « jeu » qui se produit -ou non- entre les religions tient beaucoup, me semble-t-il, à des « jeux » de pouvoir, de domination organisée - parfois sous prétexte de protection (par la Nation sacrée, divinisée, transcendante, à vocation universelle), bref : au jeu politique, au jeu de l'histoire auquel on n'échappe pas.
Ce qui n'empêche pas, bien entendu, les jeux théologiques. Mais ceux-ci ont bien du mal, pour ces raisons liées au jeu de l'histoire, à revenir et à s'en tenir à l'essentiel : la transcendance commune à tous les humains, à sa recherche et son partage qui fondent l’humanité.
Répondre
E
Je suis assez d’accord avec ce que tu dis, surtout dans la mesure où tu fais ressortir le jeu du politique qui peut instrumentaliser les religions. C’est vrai qu’il ne faut pas s’en tenir aux jeux théologiques. Ceux-ci sont néanmoins présents en ce qui concerne les rapports entre le judaïsme et le christianisme et ils ont eu des conséquences dramatiques.
Par ailleurs il y a eu des problèmes d’ordre épistémologique dans la manière même d’appréhender l’évolution qui se présente normalement comme un jeu où chacun évolue en même temps et non comme une sorte de compétition où finalement c’est le plus fort qui l’emporte. Malheureusement ce second aspect est souvent présent.
J’avais aussi une autre idée que je voulais mettre en valeur : le fait que la religion est au service de la vie et que, du point de vue théologique, ce n’est pas le Christ qui est au centre de la démarche spirituelle mais l’Esprit lui-même. Et, de ce côté nous avons encore beaucoup de chemin à faire.
Cela étant posé, je compte reprendre demain la discussion sur ce que tu exposes.
J
Bonsoir Etienne,

merci pour ce beau texte que j'ai lu plus facilement que certains ! Le comprendre ?
J'aime bien les images que tu utilises : verticalité/horizontalité, jardinier, souffle, illustration de l'arbre de vie chargé de fruits, d’animaux.
Dans le dernier paragraphe ouvert et optimiste, on retrouve le " lien" contenu dans l’étymologie de " religion ».

Porte-toi bien et profite des belles fleurs du printemps : jonquilles, jacinthes etc. ...
Amitiés.

Josiane
Répondre
E
Merci Josiane de m’envoyer des fleurs, mais je sais qu’elles sont sincères. Les fleurs de printemps, je les apprécie aussi. Elles sortent partout en ce moment, même en dépit du froid de certains jours.
Bien amicalement.
F
Merci Etienne pour cette belle contribution, pour ce texte magnifique qui nous relie à la vie, "à l'élan originel"…!
Je me retrouve bien dans ton texte, et il résonne bien en moi !
Bien à toi
François
Répondre
E
Je suis heureux de voir que nous nous rejoignons sur des problèmes de fond, sur ce qui fait le tissu de notre société. Bien amicalement.
J
Bonjour Etienne,
Que de coups d’encensoir ! attention aux chevilles qui gonflent !
Amicalement
Répondre
J
déliance/reliance
ce qui sépare/ ce qui relie, ce qui retisse des liens
merci à Etienne pour cette belle réflexion
on a besoin de messages d’amour et d’optimisme, optimisme qui ne soit pas juste un sourire béat dans un monde de bisounours, mais une véritable énergie en vue d’un monde plus fraternel
meilleurs souvenirs.
Répondre
E
Quelle bonne surprise, Josiane ! Je vois que nos options profondes se rejoignent. Oui nous avons besoin d’une énergie qui nous fasse avancer dans l’amour et l’optimisme sans oublier nos espaces de séparation qui sont des espaces intermédiaires, indispensables pour la relation.
G
Cet article est référencé par google grâce à "oxymoron fractal".
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O
Merci à Olivier qui fidèlement publie les articles de ce blog.

Appuyez sur Olivier pour faire apparaître son blog de blogs.
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C
Merci, bravo et génial ton texte, cher Etienne.
Vraiment « génial », car tu cherches à montrer comment une religion n’exclut pas l’autre. Et en particulier comment le christianisme est bien le prolongement et comme une explicitation du message biblique, mais prononcé par un homme, le Christ (et pour nous les hommes,) « le fils de Dieu ». Je partage aussi ton élargissement à toutes les religions ou « cultures » qui ont toutes leur place et sont sans doute aussi inspirées.
Ok pour travailler sur ce texte, la prochaine fois.
Très cordialement à toi.
CLAIRE
Répondre
E
Je vois que tu as bien saisi ce que je voulais montrer. Merci de ta bienveillance et de ta compréhension, qui m’aident à avancer.
P
Tu es toujours très pertinent
et surtout en ce moment de trouble.
Ramener la vie au centre de nos préoccupations et rappeler le religieux qui contient le mot "relier" est vraiment important a notre époque;
Nous sentons que nos jeunes s'y emploient en nous ramenant à l'essentiel, la fraternité, qui seule est "religieuse".

Merci encore pour tes prises de position.
Répondre
E
Merci Pierre pour ton écoute et ton attention. Tu es plus audacieux que moi, dans la mesure où tu joues ta vie pour faire advenir une société plus solidaire et une vision du monde plus universelle. Bon succès dans tes entreprises !

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