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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 16:27

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La femme adultère par Alessandro Varotari

 

 

Le jour où le Christ sortit de la religion pour sauver l’homme

 

C’était à un moment où Jésus suscitait l’admiration des foules et l’hostilité des religieux, grands prêtres et pharisiens. On raconte alors que les gardes envoyés pour l’arrêter ne purent se résoudre à exécuter la tâche demandée car ils étaient séduits par son humanité : « Jamais homme n’a parlé comme parle cet homme. »

8,1
Quant à Jésus, il alla au mont des Oliviers.
8,2
Mais, dès l'aurore, de nouveau il fut là dans le Temple, et tout le peuple venait à lui, et s'étant assis il les enseignait.
8,3
Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu,
8,4
ils disent à Jésus :"Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère.
8,5
Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ?"
8,6
Ils disaient cela pour le mettre à l'épreuve, afin d'avoir matière à l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol.
8,7
Comme ils persistaient à l'interroger, il se redressa et leur dit :"Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre !"
8,8
Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol.
8,9
Mais eux, entendant cela, s'en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu.
8,10
Alors, se redressant, Jésus lui dit :"Femme, où sont-ils ? Personne
ne t'a condamnée ?"

8,11
Elle dit :"Personne, Seigneur. Alors Jésus dit :"Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus." (Evangile de Jean, Bible de Jérusalem)


L’Evangile est révélation de ce qu’est l’homme

Il est possible de considérer l’Evangile de différents points de vue. Pour moi la façon la plus opérante consiste à y voir non pas d’abord la révélation de Dieu mais la révélation de l’homme car s’il y a révélation de Dieu, elle passe par la révélation de l’homme. En effet, selon la foi des chrétiens, c’est en l’homme que Dieu vient établir sa demeure et c’est en lui d’abord qu’il cherche à se manifester. Ainsi, dans l’épisode qui nous est présenté, ce ne sont pas les scribes et les pharisiens, officiellement représentants de Dieu, qui sont importants, c’est la femme elle-même qui est au centre du tableau. En elle se révèle toute l’humanité de l’homme. Or qu’apprend-on ici de l’homme lui-même ?

L’homme est pécheur : c’est en se trompant qu’il découvre sa voie

La femme adultère est pécheresse et c’est bien pour cette raison que les responsables religieux veulent la lapider. Elle n’a plus besoin de se cacher car son péché saute aux yeux de tous ses proches. Par contre les scribes et les pharisiens sont soucieux de donner l’exemple et de faire respecter la loi. Pourtant, ils n’échappent pas à la règle commune : ils sont atteints au cœur par le péché qu’ils dénoncent chez les autres. Leur conscience habilement sollicitée par Jésus ne les autorise pas à jeter des pierres sur la pauvre femme pourtant condamnée à une mort certaine. « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre. » Or ils s’en vont tous les uns après les autres.

Francesco Azzimonti, spécialisé dans l’alphabétisation, rapporte les mots de Michel Serres, avec qui il a eu un entretien. « L’erreur est inscrite dans la nature, elle est inscrite au cœur même de la vie… C’est par l’erreur que s’accomplissent les progrès… Fondamentalement, l’erreur est le propre de l’homme… L’homme se trompe et c’est parce qu’il se trompe qu’il invente… Qu’est-ce que l’homme ? C’est celui qui commet des erreurs… » Celui qui est pécheur.

La religion l’enferme dans la culpabilité et finit par le condamner à mort au nom de l’Ecriture

Officiellement, la religion cherche à aider l’homme à retrouver sa voie. Elle s’appuie, pour cela, sur l’irruption du sacré dans l’histoire d’un groupe. C’est ainsi que la conscience s’affine. Mais elle ne fait qu’une partie du chemin et, de ce fait, elle place le sacré où il n’est pas. Pour maintenir la conscience éveillée, elle crée, à juste titre, des récits visant à maintenir la mémoire de ce qui s’est passé. Ainsi, dans les religions du Livre, le sacré de l’origine en vient-il malencontreusement à être transféré sur l’écriture elle-même si bien que cette écriture s’impose à la conscience de l’homme en l’enfermant dans la culpabilité, au lieu de le remettre en marche.

L’être humain court alors le risque de donner une place démesurée au passé et à la mémoire et de jouer ainsi sa vie sur la répétition. Or la vie est en constante évolution : elle invente constamment la vie. Parce qu’elle ne met pas le sacré à sa place, c’est-à-dire dans la vie elle-même, à l’articulation du passé et de l’avenir, de l’origine et de la fin, la religion déviante peut entraîner la mort de l’homme.

Pour sauver l’homme en le remettant dans la vie, Jésus sort de la religion

Il ne faudrait pas considérer la religion comme un mal en soi. Elle est le premier temps d’une démarche qu’il faut mener jusqu’à son terme, c’est-à-dire jusqu’à l’articulation que constitue la vie. Il est donc nécessaire de la dépasser. Jésus l’a très bien compris. C’est pourquoi il se met à écrire sur le sol. Pour lui, loin d’être sacrée, l’Ecriture est soumise à l’épreuve du temps. Les pas des passants vont finir par la faire disparaître. Comment pourrait-elle s’imposer à l’homme et le condamner à mort ? A la fin, seule la femme reste au milieu du tribunal, spontanément organisé par les accusateurs. Le sacré est passé de l’Ecriture à la vie de l’accusée. Plus personne ne peut la mettre à mort. La religion privée de l’appui de l’Ecriture a perdu sa consistance : elle est finalement dépassée

La miséricorde, inscrite au cœur de la vie, dicte la compassion et non la condamnation

Il est possible de pousser un peu plus loin la réflexion. Si la vie est sacrée, c’est qu’elle porte en son cœur la miséricorde, comme le moteur qui la fait évoluer. Elle tâtonne et c’est, comme nous l’avons déjà dit, en se trompant, en se perdant dans des erreurs insidieusement appelés péchés, qu’elle finit par retrouver sa voie, tous les jours à réinventer. Aussi la condamnation devient-elle un instrument de mort. Seule la compassion accordée à la miséricorde peut permettre à la femme adultère et à tout homme de reprendre sa marche en avant. « Personne ne t’a condamnée ? … Moi non plus je ne te condamne pas. Va » sur la route de la vie sans te laisser enfermer par ta culpabilité et ceux qui la cultivent…

Etienne Duval

 

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Published by Duval Etienne
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commentaires

voyance gratuite en ligne 16/05/2016 13:25

Merci pour ces conseils forts intéressants, cela fait vraiment plaisir de tomber sur des articles aussi intéressants que les votre ! Je vous souhaite santé, longévité, succès, bonheur et la paix du cœur.

M-Cl Christophe 17/02/2016 20:35

"C’est pourquoi il se met à écrire sur le sol.

Pour lui, loin d’être sacrée, l’Ecriture est soumise à l’épreuve du temps. Les pas des passants vont finir par la faire disparaître." Etienne Duval

Et alors une Ecriture (celle qui en fait le récit ) naîtra de cette écriture qui n'en est pas , éphémère née du doigt de l'Homme sur le sol, dans ce petit espace terre , dans ce petit espace du temps in(dé)fini où s'est postée l'urgence d'une réponse attendue dans tous ses attendus..

C'est ce geste de "gribouillage", ce temps de non écrit ressemblant à l'écrit mais n'en étant pas, qui me fascine, car il me semble vraiment précéder, impulser et porter en lui toute la force simple et tranquille d' une parole imminente et nouvelle dans son expression ... C'est une gestique sur laquelle faute de considération, nous ne prêtons pas assez d'attention.

De ce grapho-pseudo-écrit éphémère, quasi in-signifiant, que pas ou temps effaceront, consubstantiel à la naissance d'une pré-pensée et d'une mémoire, jaillira la parole ...claire , ô combien juste.

Dans ce récit de l' Evangile, la main-traçant-sur-l'éphémère -sol m'apparaît

-comme l'interface entre la matière et une pensée-consciente faite parole,

- comme le "prototype-creuset " de la parole antidote-ici- à de mortelles sentences prescrites d'avance,
-comme le premier jaillissement de la victoire de la vie sur le néant,
- comme le lien entre matière et esprit , Terre et Ciel.

Etienne Duval 17/02/2016 21:34

Je trouve très beau ce que tu as écrit. C'est une autre manière de voir la signification du geste de Jésus, en train d'écrire sur de l'éphémère. Il saisit ainsi la vie dans son élan, vie insaisissable car elle est déjà passée lorsqu'on veut la saisir. Il nous montre comment la véritable écriture structure l'élan même de la vie, et ce faisant il sème les graines de la parole. Merci Marie-Claude.

Olivier Dorin 18/01/2016 09:29

Tu n'es pas menacé par la vanité... ta vie et ta pensée en sont des preuves!
J'en sais quelque chose, moi qui ai pêché par orgueil et qui, sans connaitre que Dieu seul est tout puissant, me suis égaré dans une forme de toute puissance.
Mais j'ai aussi connu l'enfer de mon blasphème, et la puissance de ton texte résonne ainsi particulièrement fortement pour moi en m'offrant une lumière d'apaisement et un espace de rédemption et de pardon...
Quoique nous fassions, nous sommes tous appelés à la sainteté... Moi aussi, surtout depuis le fond de l'enfer de mes égarements!!
Bien à toi.
Olivier

Duval Etienne 18/01/2016 09:37

Il est important de savoir se pardonner à soi-même. L'Esprit Saint nous y incite. Dans le monde chrétien et ailleurs de très grands saint ont été de grands pécheurs. A la limite, même Saint Augustin n'a pas été sans reproche.....

Olivier Dorin 17/01/2016 18:15

Etienne,

Mais quel souffle libérateur dans cette interprétation !
Surtout après des années, et même des siècles, d'instrumentalisation des textes, étonnement évangiles y compris, pour l'asservissement des hommes et des femmes par ces néo pharisiens qui constituent le gras des "troupes" de l'église catholique... et des autres aussi d'ailleurs!!!
Bien sûr que l'intérêt des textes religieux, ou plutôt fondateurs, pour reprendre le titre de ton blog, réside dans leur valeur symbolique d'une part, mais aussi dans la puissance émancipatrice qui en résulte... S'ils ne sont pas distordus et interprétés au service du pouvoir, au sens très politique du terme, que se sont mis à représenter les "églises" au fil du temps.
Ainsi la crédibilité et l'efficacité du message initial ont été submergés par la culpabilité érigée comme arme d'asservissement massive, dont on connait les effets ravageurs, sur la sexualité en particulier, générant ainsi le rejet, malheureusement "en bloc" de l'église et de l'esprit des textes, par elle galvaudé.
Oui, ce n'est pas de culpabilité, mais de prise de conscience dont il est question, oui la manifestation de l'Esprit (qui comme tu me le disais hier, permet d'atteindre l’indicible qui est en nous) n'exige pas une nature immaculée et pure, mais bien le cheminement d'hommes et de femmes soumis à de multiples tourments et angoisses (CF "les aveux" de Saint Augustin), ayant connus des erreurs douloureuses qu'ils parviennent à transcender pour atteindre leur résilience, c'est à dire la capacité à les transformer en énergie positive et constructive, pour eux et pour les autres.
Ta très belle lecture de cet épisode est libératrice car, en renvoyant à la miséricorde ( du latin: misericors la sensibilité du cœur (cor) a la détresse, au malheur (miseria) ) et à la compassion (du latin : cum patior, « je souffre avec » et du grec, sym patheia, sympathie) elle ouvre la porte du pardon, mais pas celui de l'autorité tutélaire punitive et anxiogène, non, celui de l'individu lui-même pour lui-même (la "prise" de conscience) et celui des autres, de son environnement social et institutionnel qui, dès lors, ne peut ni ne veux juger, condamner, ou punir car conscient lui aussi de la souffrance endurée par cet identique qu'est l'autre, de sa vulnérabilité et de la faillibilité de la condition humaine partagée par tous!
Alors, oui cette lecture de l'évangile est rédemptrice, salvatrice et anxiolytique, le christ, sans fatras ni flon flon ou dorures, ne portant aucune attention aux injonctions de la pression sociale, religieuse et politique, se contente d'écrire sur le sol et renvoi chacun a sa "prise de conscience", à l'Esprit de son humanité.

Cet homme a renvoyé la femme (d'ailleurs, pourquoi la femme et pas l'homme?!!) adultère, les pharisiens, scribes et religieux à leur condition d'hommes et de femmes en mouvement dans l'aventure de la vie, mais surtout... exempt des tourments de la faute, du jugement et de la sanction.
Le récit initial me permet alors de connecter mon humanité faillible, mes erreurs douloureuses, mes angoisses existentielles afférentes, a une transcendance (du latin transcendens ; de transcendere, franchir, surpasser) par l'Esprit et m'offre d'ancrer mon expérience encore plus fortement dans mon humanité et simultanément de l’inscrire dans une espérance rédemptrice et stimulante de la construction de mon devenir dans celui du monde.

Là se trouve une formidable puissance d’apaisement qui me permet, moi, individu, de vivre sans la torture de l'angoisse de la faute, de l'erreur insurmontable et irréparable.
Là se trouve une extraordinaire puissance libératrice qui, en transcendant la faillibilité humaine, me rend encore plus homme et m'ouvre la voie du mouvement dans cette aventure individuelle et collective qu'est la vie, ou je peux transformer mes erreurs en socle de progrès.
Et il parait que le message va jusqu'à la capacité à transcender l'angoisse absolue... La mort elle-même!!!
Un grand merci à toi pour nos conversations et tes courriels.

Ces échanges et lectures me réconcilient avec mes origines philosophico-culturo-religieuses malgré les ravages de l'église catholique (confinant dans les messes auxquelles j'ai participé dans l’Ain, au blasphème et à des pratiques plus proches de la superstition que de la foi en l'Esprit) mais surtout... m'aident, a défaut de mieux vivre mon humanité, si pesante ces derniers temps, a trouver des lumières pour avancer.
L’Esprit est avec toi et rayonne par toi... Dieu merci!!!
Olivier

Etienne 17/01/2016 18:24

Olivier, je suis heureux que tu aies compris le message. Tant qu’on ne tient pas les deux bouts de la chaîne, la transcendance du message et sa profonde humanité, on n’est pas dans le vrai. Mais je ne mérite pas autant d’éloges, sinon je vais finir par y croire et m’enfoncer dans la vanité. Dieu m’en garde et les hommes aussi !

Pierre Ducotterd 14/01/2016 09:43

Je suis particulièrement sensible à ce que tu dis à propos du péché et ça confirme ce que m’avait dit une amie belge au retour d’une retraite : le mot péché signifie « à côté de la cible », donc erreur et non pas à priori « faute » comme l’église l’emploie habituellement, en modifiant le sens initial et, du coup, en développant la culpabilité comme tu le dis.
J’étais étonné de ne jamais voir ce sens du péché et je finissais par me demandé si mon amie n’avait pas mal interprété. Je suis donc content que tu confirmes ce sens, qui « allège » la relation à Dieu et donne beaucoup plus d’espérance car il s’agit de recommencer en essayant d’atteindre la cible ou d’éviter l’erreur, au lieu de traîner le poids de multiples fautes (ce qui ne veut pas dire que l’on n’en fasse pas aussi…).
J’apprécie aussi la façon dont tu montres que Jésus sort de la règle, de la religion, quand elle devient carcan et bloque le sens qui l’a justifiée. Là aussi, c’est une perspective qui donne de la liberté vis à vis des positions de l’église.

J’espère que tu vas bien et je souhaite que nous puissions nous voir sans trop tarder.

Etienne Duval 14/01/2016 09:55

Merci Pierre de ton commentaire. C’est vrai que la religion ne joue pas son rôle lorsqu’elle renforce la culpabilité. Normalement elle est un moment pédagogique, comme si nous étions encore dans l’enfance, pour nous emmener vers la vie, la responsabilité et la liberté. Il y a deux temps dans la religion : l’ouverture à l’origine (le Dieu créateur), notamment avec le judaïsme et, en partie, avec l’Islam, et l’ouverture au terme et à l’avenir avec la résurrection du Christ (notre avenir est ouvert au-delà de la mort). Si nous en restons là, nous nous enfermons dans une religion contraignante car il manque l’Esprit, qui permet l’articulation et je jeu entre l’ouverture à l’origine et l’ouverture au terme. C’est lui qui nous fait sortir de la religion car il l’accomplit : c’est ainsi que le Christ sort de la religion avec la femme adultère dans la mesure où il est rempli de l’Esprit.

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