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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 16:27

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La femme adultère par Alessandro Varotari

 

 

Le jour où le Christ sortit de la religion pour sauver l’homme

 

C’était à un moment où Jésus suscitait l’admiration des foules et l’hostilité des religieux, grands prêtres et pharisiens. On raconte alors que les gardes envoyés pour l’arrêter ne purent se résoudre à exécuter la tâche demandée car ils étaient séduits par son humanité : « Jamais homme n’a parlé comme parle cet homme. »

8,1
Quant à Jésus, il alla au mont des Oliviers.
8,2
Mais, dès l'aurore, de nouveau il fut là dans le Temple, et tout le peuple venait à lui, et s'étant assis il les enseignait.
8,3
Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu,
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ils disent à Jésus :"Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère.
8,5
Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ?"
8,6
Ils disaient cela pour le mettre à l'épreuve, afin d'avoir matière à l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol.
8,7
Comme ils persistaient à l'interroger, il se redressa et leur dit :"Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre !"
8,8
Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol.
8,9
Mais eux, entendant cela, s'en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu.
8,10
Alors, se redressant, Jésus lui dit :"Femme, où sont-ils ? Personne
ne t'a condamnée ?"

8,11
Elle dit :"Personne, Seigneur. Alors Jésus dit :"Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus." (Evangile de Jean, Bible de Jérusalem)


L’Evangile est révélation de ce qu’est l’homme

Il est possible de considérer l’Evangile de différents points de vue. Pour moi la façon la plus opérante consiste à y voir non pas d’abord la révélation de Dieu mais la révélation de l’homme car s’il y a révélation de Dieu, elle passe par la révélation de l’homme. En effet, selon la foi des chrétiens, c’est en l’homme que Dieu vient établir sa demeure et c’est en lui d’abord qu’il cherche à se manifester. Ainsi, dans l’épisode qui nous est présenté, ce ne sont pas les scribes et les pharisiens, officiellement représentants de Dieu, qui sont importants, c’est la femme elle-même qui est au centre du tableau. En elle se révèle toute l’humanité de l’homme. Or qu’apprend-on ici de l’homme lui-même ?

L’homme est pécheur : c’est en se trompant qu’il découvre sa voie

La femme adultère est pécheresse et c’est bien pour cette raison que les responsables religieux veulent la lapider. Elle n’a plus besoin de se cacher car son péché saute aux yeux de tous ses proches. Par contre les scribes et les pharisiens sont soucieux de donner l’exemple et de faire respecter la loi. Pourtant, ils n’échappent pas à la règle commune : ils sont atteints au cœur par le péché qu’ils dénoncent chez les autres. Leur conscience habilement sollicitée par Jésus ne les autorise pas à jeter des pierres sur la pauvre femme pourtant condamnée à une mort certaine. « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre. » Or ils s’en vont tous les uns après les autres.

Francesco Azzimonti, spécialisé dans l’alphabétisation, rapporte les mots de Michel Serres, avec qui il a eu un entretien. « L’erreur est inscrite dans la nature, elle est inscrite au cœur même de la vie… C’est par l’erreur que s’accomplissent les progrès… Fondamentalement, l’erreur est le propre de l’homme… L’homme se trompe et c’est parce qu’il se trompe qu’il invente… Qu’est-ce que l’homme ? C’est celui qui commet des erreurs… » Celui qui est pécheur.

La religion l’enferme dans la culpabilité et finit par le condamner à mort au nom de l’Ecriture

Officiellement, la religion cherche à aider l’homme à retrouver sa voie. Elle s’appuie, pour cela, sur l’irruption du sacré dans l’histoire d’un groupe. C’est ainsi que la conscience s’affine. Mais elle ne fait qu’une partie du chemin et, de ce fait, elle place le sacré où il n’est pas. Pour maintenir la conscience éveillée, elle crée, à juste titre, des récits visant à maintenir la mémoire de ce qui s’est passé. Ainsi, dans les religions du Livre, le sacré de l’origine en vient-il malencontreusement à être transféré sur l’écriture elle-même si bien que cette écriture s’impose à la conscience de l’homme en l’enfermant dans la culpabilité, au lieu de le remettre en marche.

L’être humain court alors le risque de donner une place démesurée au passé et à la mémoire et de jouer ainsi sa vie sur la répétition. Or la vie est en constante évolution : elle invente constamment la vie. Parce qu’elle ne met pas le sacré à sa place, c’est-à-dire dans la vie elle-même, à l’articulation du passé et de l’avenir, de l’origine et de la fin, la religion déviante peut entraîner la mort de l’homme.

Pour sauver l’homme en le remettant dans la vie, Jésus sort de la religion

Il ne faudrait pas considérer la religion comme un mal en soi. Elle est le premier temps d’une démarche qu’il faut mener jusqu’à son terme, c’est-à-dire jusqu’à l’articulation que constitue la vie. Il est donc nécessaire de la dépasser. Jésus l’a très bien compris. C’est pourquoi il se met à écrire sur le sol. Pour lui, loin d’être sacrée, l’Ecriture est soumise à l’épreuve du temps. Les pas des passants vont finir par la faire disparaître. Comment pourrait-elle s’imposer à l’homme et le condamner à mort ? A la fin, seule la femme reste au milieu du tribunal, spontanément organisé par les accusateurs. Le sacré est passé de l’Ecriture à la vie de l’accusée. Plus personne ne peut la mettre à mort. La religion privée de l’appui de l’Ecriture a perdu sa consistance : elle est finalement dépassée

La miséricorde, inscrite au cœur de la vie, dicte la compassion et non la condamnation

Il est possible de pousser un peu plus loin la réflexion. Si la vie est sacrée, c’est qu’elle porte en son cœur la miséricorde, comme le moteur qui la fait évoluer. Elle tâtonne et c’est, comme nous l’avons déjà dit, en se trompant, en se perdant dans des erreurs insidieusement appelés péchés, qu’elle finit par retrouver sa voie, tous les jours à réinventer. Aussi la condamnation devient-elle un instrument de mort. Seule la compassion accordée à la miséricorde peut permettre à la femme adultère et à tout homme de reprendre sa marche en avant. « Personne ne t’a condamnée ? … Moi non plus je ne te condamne pas. Va » sur la route de la vie sans te laisser enfermer par ta culpabilité et ceux qui la cultivent…

Etienne Duval

 

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commentaires

V
Merci pour ces conseils forts intéressants, cela fait vraiment plaisir de tomber sur des articles aussi intéressants que les votre ! Je vous souhaite santé, longévité, succès, bonheur et la paix du cœur.
Répondre
M
"C’est pourquoi il se met à écrire sur le sol.

Pour lui, loin d’être sacrée, l’Ecriture est soumise à l’épreuve du temps. Les pas des passants vont finir par la faire disparaître." Etienne Duval

Et alors une Ecriture (celle qui en fait le récit ) naîtra de cette écriture qui n'en est pas , éphémère née du doigt de l'Homme sur le sol, dans ce petit espace terre , dans ce petit espace du temps in(dé)fini où s'est postée l'urgence d'une réponse attendue dans tous ses attendus..

C'est ce geste de "gribouillage", ce temps de non écrit ressemblant à l'écrit mais n'en étant pas, qui me fascine, car il me semble vraiment précéder, impulser et porter en lui toute la force simple et tranquille d' une parole imminente et nouvelle dans son expression ... C'est une gestique sur laquelle faute de considération, nous ne prêtons pas assez d'attention.

De ce grapho-pseudo-écrit éphémère, quasi in-signifiant, que pas ou temps effaceront, consubstantiel à la naissance d'une pré-pensée et d'une mémoire, jaillira la parole ...claire , ô combien juste.

Dans ce récit de l' Evangile, la main-traçant-sur-l'éphémère -sol m'apparaît

-comme l'interface entre la matière et une pensée-consciente faite parole,

- comme le "prototype-creuset " de la parole antidote-ici- à de mortelles sentences prescrites d'avance,
-comme le premier jaillissement de la victoire de la vie sur le néant,
- comme le lien entre matière et esprit , Terre et Ciel.
Répondre
E
Je trouve très beau ce que tu as écrit. C'est une autre manière de voir la signification du geste de Jésus, en train d'écrire sur de l'éphémère. Il saisit ainsi la vie dans son élan, vie insaisissable car elle est déjà passée lorsqu'on veut la saisir. Il nous montre comment la véritable écriture structure l'élan même de la vie, et ce faisant il sème les graines de la parole. Merci Marie-Claude.
O
Tu n'es pas menacé par la vanité... ta vie et ta pensée en sont des preuves!
J'en sais quelque chose, moi qui ai pêché par orgueil et qui, sans connaitre que Dieu seul est tout puissant, me suis égaré dans une forme de toute puissance.
Mais j'ai aussi connu l'enfer de mon blasphème, et la puissance de ton texte résonne ainsi particulièrement fortement pour moi en m'offrant une lumière d'apaisement et un espace de rédemption et de pardon...
Quoique nous fassions, nous sommes tous appelés à la sainteté... Moi aussi, surtout depuis le fond de l'enfer de mes égarements!!
Bien à toi.
Olivier
Répondre
D
Il est important de savoir se pardonner à soi-même. L'Esprit Saint nous y incite. Dans le monde chrétien et ailleurs de très grands saint ont été de grands pécheurs. A la limite, même Saint Augustin n'a pas été sans reproche.....
O
Etienne,

Mais quel souffle libérateur dans cette interprétation !
Surtout après des années, et même des siècles, d'instrumentalisation des textes, étonnement évangiles y compris, pour l'asservissement des hommes et des femmes par ces néo pharisiens qui constituent le gras des "troupes" de l'église catholique... et des autres aussi d'ailleurs!!!
Bien sûr que l'intérêt des textes religieux, ou plutôt fondateurs, pour reprendre le titre de ton blog, réside dans leur valeur symbolique d'une part, mais aussi dans la puissance émancipatrice qui en résulte... S'ils ne sont pas distordus et interprétés au service du pouvoir, au sens très politique du terme, que se sont mis à représenter les "églises" au fil du temps.
Ainsi la crédibilité et l'efficacité du message initial ont été submergés par la culpabilité érigée comme arme d'asservissement massive, dont on connait les effets ravageurs, sur la sexualité en particulier, générant ainsi le rejet, malheureusement "en bloc" de l'église et de l'esprit des textes, par elle galvaudé.
Oui, ce n'est pas de culpabilité, mais de prise de conscience dont il est question, oui la manifestation de l'Esprit (qui comme tu me le disais hier, permet d'atteindre l’indicible qui est en nous) n'exige pas une nature immaculée et pure, mais bien le cheminement d'hommes et de femmes soumis à de multiples tourments et angoisses (CF "les aveux" de Saint Augustin), ayant connus des erreurs douloureuses qu'ils parviennent à transcender pour atteindre leur résilience, c'est à dire la capacité à les transformer en énergie positive et constructive, pour eux et pour les autres.
Ta très belle lecture de cet épisode est libératrice car, en renvoyant à la miséricorde ( du latin: misericors la sensibilité du cœur (cor) a la détresse, au malheur (miseria) ) et à la compassion (du latin : cum patior, « je souffre avec » et du grec, sym patheia, sympathie) elle ouvre la porte du pardon, mais pas celui de l'autorité tutélaire punitive et anxiogène, non, celui de l'individu lui-même pour lui-même (la "prise" de conscience) et celui des autres, de son environnement social et institutionnel qui, dès lors, ne peut ni ne veux juger, condamner, ou punir car conscient lui aussi de la souffrance endurée par cet identique qu'est l'autre, de sa vulnérabilité et de la faillibilité de la condition humaine partagée par tous!
Alors, oui cette lecture de l'évangile est rédemptrice, salvatrice et anxiolytique, le christ, sans fatras ni flon flon ou dorures, ne portant aucune attention aux injonctions de la pression sociale, religieuse et politique, se contente d'écrire sur le sol et renvoi chacun a sa "prise de conscience", à l'Esprit de son humanité.

Cet homme a renvoyé la femme (d'ailleurs, pourquoi la femme et pas l'homme?!!) adultère, les pharisiens, scribes et religieux à leur condition d'hommes et de femmes en mouvement dans l'aventure de la vie, mais surtout... exempt des tourments de la faute, du jugement et de la sanction.
Le récit initial me permet alors de connecter mon humanité faillible, mes erreurs douloureuses, mes angoisses existentielles afférentes, a une transcendance (du latin transcendens ; de transcendere, franchir, surpasser) par l'Esprit et m'offre d'ancrer mon expérience encore plus fortement dans mon humanité et simultanément de l’inscrire dans une espérance rédemptrice et stimulante de la construction de mon devenir dans celui du monde.

Là se trouve une formidable puissance d’apaisement qui me permet, moi, individu, de vivre sans la torture de l'angoisse de la faute, de l'erreur insurmontable et irréparable.
Là se trouve une extraordinaire puissance libératrice qui, en transcendant la faillibilité humaine, me rend encore plus homme et m'ouvre la voie du mouvement dans cette aventure individuelle et collective qu'est la vie, ou je peux transformer mes erreurs en socle de progrès.
Et il parait que le message va jusqu'à la capacité à transcender l'angoisse absolue... La mort elle-même!!!
Un grand merci à toi pour nos conversations et tes courriels.

Ces échanges et lectures me réconcilient avec mes origines philosophico-culturo-religieuses malgré les ravages de l'église catholique (confinant dans les messes auxquelles j'ai participé dans l’Ain, au blasphème et à des pratiques plus proches de la superstition que de la foi en l'Esprit) mais surtout... m'aident, a défaut de mieux vivre mon humanité, si pesante ces derniers temps, a trouver des lumières pour avancer.
L’Esprit est avec toi et rayonne par toi... Dieu merci!!!
Olivier
Répondre
E
Olivier, je suis heureux que tu aies compris le message. Tant qu’on ne tient pas les deux bouts de la chaîne, la transcendance du message et sa profonde humanité, on n’est pas dans le vrai. Mais je ne mérite pas autant d’éloges, sinon je vais finir par y croire et m’enfoncer dans la vanité. Dieu m’en garde et les hommes aussi !
P
Je suis particulièrement sensible à ce que tu dis à propos du péché et ça confirme ce que m’avait dit une amie belge au retour d’une retraite : le mot péché signifie « à côté de la cible », donc erreur et non pas à priori « faute » comme l’église l’emploie habituellement, en modifiant le sens initial et, du coup, en développant la culpabilité comme tu le dis.
J’étais étonné de ne jamais voir ce sens du péché et je finissais par me demandé si mon amie n’avait pas mal interprété. Je suis donc content que tu confirmes ce sens, qui « allège » la relation à Dieu et donne beaucoup plus d’espérance car il s’agit de recommencer en essayant d’atteindre la cible ou d’éviter l’erreur, au lieu de traîner le poids de multiples fautes (ce qui ne veut pas dire que l’on n’en fasse pas aussi…).
J’apprécie aussi la façon dont tu montres que Jésus sort de la règle, de la religion, quand elle devient carcan et bloque le sens qui l’a justifiée. Là aussi, c’est une perspective qui donne de la liberté vis à vis des positions de l’église.

J’espère que tu vas bien et je souhaite que nous puissions nous voir sans trop tarder.
Répondre
E
Merci Pierre de ton commentaire. C’est vrai que la religion ne joue pas son rôle lorsqu’elle renforce la culpabilité. Normalement elle est un moment pédagogique, comme si nous étions encore dans l’enfance, pour nous emmener vers la vie, la responsabilité et la liberté. Il y a deux temps dans la religion : l’ouverture à l’origine (le Dieu créateur), notamment avec le judaïsme et, en partie, avec l’Islam, et l’ouverture au terme et à l’avenir avec la résurrection du Christ (notre avenir est ouvert au-delà de la mort). Si nous en restons là, nous nous enfermons dans une religion contraignante car il manque l’Esprit, qui permet l’articulation et je jeu entre l’ouverture à l’origine et l’ouverture au terme. C’est lui qui nous fait sortir de la religion car il l’accomplit : c’est ainsi que le Christ sort de la religion avec la femme adultère dans la mesure où il est rempli de l’Esprit.
M
A ce propos, j'ai bien aimé ton dernier texte du blog envoyé en tiré à part (oui, C'est plus facile à lire) Mais je crains que, si tu continues, tu deviennes encore plus a-religieux que moi ! ! !
La religion n'est pas un mal (en soi); c'est me semble-t-il, contre une religion exercée par des hommes imparfaits, qui condamne et tue, que Jésus écrit (une autre Loi ? une Loi d'Amour ? ou juste pour dire que l'Ecriture n'a rien de figé, d'Eternel ?)
"Est-il donc nécessaire de la dépasser" ou de la renouveler ?
Bonne semaine. Au 13 !
Répondre
E
C’est vrai que le mot « religion » fait difficulté. Pour moi, la religion tente de nous relier à l’origine. Elle tente de répondre à la question d’où vient l’homme, d’où est-ce que je viens ? C’est par une Ecriture (que les hommes ont tendance à sacraliser) qu’elle va se transmettre.
Le Christ, de son côté, avec sa résurrection qui sera aussi la nôtre, nous oriente vers un à venir.
La Vie est à l’articulation des deux, entre une origine et un à venir. Autrement dit le Christ vient compléter la dialectique spirituelle, mais cette dialectique n’est possible que s’il y a une articulation, celle de la vie, et plus fondamentalement celle de l’Esprit.
Ce que nous appelons « religion » est, pour moi, un premier temps d’une démarche qu’il faut compléter. Ce premier temps est nécessaire, mais il lui manque quelque chose (ce qui va renvoyer à ce qu’on appelle péché), tant que le second temps n’est pas actualisé et tant que l’articulation entre les deux n’est pas effectuée.
Lorsque la structure totale est bien mise en place, nous ne sommes plus dans la religion mais dans la Vie.
J’ai tout mis sur le blog mais si tu n’y tiens pas, je peux enlever ta partie, ce qui serait dommage.
G
Bon !
Je suis bien d'accord avec ta façon de formuler la conclusion (provisoire, sans doute) : pour qu'il y ait pensée, il faut qu'il y ait à la fois vision (projection, audace, historicité) et raison (méthode, investigation, langage, connaissance ) ; dans les deux cas : liberté. C'est bien ce qui fonde l'humain.
Merci bien cordialement pour cette stimulation raisonnable.
Gérard
Répondre
E
Merci Gérard car la stimulation est venue des deux côtés.
G
Je n'ignore pas que dans toute démarche qui se prétend "rationnelle", il entre beaucoup d'intuition, d'incertitudes, de préjugés, d'erreurs, soit : d'irrationnel. Le travail et l'existence même de la raison consiste dans un combat qui est ce "rapport dialectique" dont tu parles. Si la corde casse, on tombe dans le vide.
J'entends "la vision" comme une perspective au-delà des certitudes et des connaissances rationnelles, et qui pousse à élaborer celles-ci. La religion peut fournir ces perspectives, si elle s'en tient à son essentiel. Elle peut aussi bien les rendre impossibles en imposant un cadre limitatif à la raison, en oubliant son "message" essentiel, ou en mettant La Vérité dans une sphère où la raison n'a pas accès.
Un prétendu rationalisme peut avoir le même effet. Jean Rohou me parlait de ses collègues, dont certains, très brillants disait-il, se gardaient bien de sortir des vérités admises par l'institution universitaire, c'est-à-dire par la communauté des savants. Et, disait-il, n'osaient pas penser ou dire ce qu'ils pensent. Carrière oblige. Le rationalisme n'est pas une garantie de courage. Ni par conséquent de vérité.
J'ai cette même perception des discours politiques et médiatiques, qui manquent de "perspective", servent le discours attendu qui fera consensus. Ils se gardent bien d'analyser la réalité au fond, enfermés dans le postulat qu'il n'y a rien d'essentiel à changer, qu'il serait dangereux de le faire, que le passé se répète, nous conserve, et que tout va "dans le bon sens", pourvu que nous consentions aux réformes qui conserveront l'essentiel. Cela ne me paraît pas raisonnable.

Voilà l'état actuel de mes petites réflexions.
Bien cordialement.
Répondre
E
Je crois bien que tu fais avancer le schmilblick ; la raison est du côté des fondements, de l’acquis, du vérifiable alors que la vision est du côté de l’avenir, de ce qui n’est pas advenu, d’un plus à venir, d’une perspective comme tu dis. La vision, dans ce cas, n’a pas un contenu bien défini, mais elle essaie de voir au-delà du présent, de libérer la vue pour qu’elle ne s’enferme pas dans ce qui est déjà défini par la raison. Avoir une vision c’est être dans l’élan créatif de la vie, reconnaître que la vie ne s’arrête pas à ce que je connais. C’est aussi se situer au cœur de la connaissance, comme dirait Pascal ou Saint Augustin, là où la connaissance s’invente.
Mais je reviens sur le plaidoyer pour la pensée parce qu’elle permet de sortir d’un rationalisme étroit en liant dialectiquement raison et vision.
Bien amicalement dans notre dialogue socratique qui nous amène à penser, c’est-à-dire à avancer…
G
Je pense en effet, et depuis assez longtemps, qu'il y a lieu d'appeler « incarnation » ce qui fait l'humanité de chaque homme : cette capacité de reconnaître autrui comme un semblable et de se comporter en conséquence (l'autre est un autre moi-même, et plus précieux que moi-même). Je tiens l'idée et la formulation de Ricoeur. Je pense que la force du christianisme est d'avoir en quelque sorte divinisé cette intuition, ou plutôt cette capacité, en se fondant sur la prédication du prophète Jésus.
Je considère qu'il y a là une « vision » qui a fondé les rapports humains dans notre société, y compris la raison libre, la loi et la laïcité. Il faut donc avoir pour le christianisme beaucoup d'indulgence. Et d'exigence.
Cela dit, je pense aussi qu'aucune vision (historique) n'a de consistance si elle n'est entièrement construite par la raison, une raison qui explore, questionne impitoyablement et inlassablement tout le réel, s'appuie sur la connaissance, et utilise adéquatement le langage en vue d'une recherche de vérité.
Bien entendu, une telle vision requiert l'intuition, la croyance – contre toute « raison » ! - que le présent et le futur restent ouverts et que l'homme peut y agir. Que le passé n'est pas répétable. Et, pour que cette « vision » ait quelque chance, quelque force, il faut qu'elle suscite des « affects » positifs (ici, je me réfère à Frédéric Lordon qui se réfère à Spinoza) . C'est-à-dire, finalement qu'elle touche et qu'elle mette en oeuvre une capacité -en principe dans chaque homme- à vouloir pour tous une sorte de fraternité et d'égalité.
La barbarie, dans laquelle nous sommes (presque ?), est de nier cette capacité, ou de la rendre impossible - en faisant croire qu'elle l'est -, et de nous faire préférer l'émerveillement devant la diversité infinie des pots de yaourt.
Gérard 5. I. 2016
Répondre
E
Je pense personnellement que la vision et la raison sont deux instances différentes, mais qu’elles sont des réalités dialectiques et ne peuvent fonctionner l’une sans l’autre. L’erreur des rationalistes c’est de croire que la vision est uniquement une construction de la raison. C’est cela qui nous empêche de penser et de créer. Si la raison n’est pas fécondée par une vision elle est stérile. Lorsque je parle de vision je ne fais pas référence à la religion. C’est pour moi une catégorie anthropologique à part entière. Tout autour de moi, je vois ceux qui ont une vision et ceux qui n’en ont pas. Les seconds, même s’ils sont passés par de grandes instances intellectuelles peuvent être brillants mais ils ne sont pas créatifs et sont finalement inopérants. C’est vrai aussi que la vision sans la raison n’est pas plus opérante. Seul le jeu entre les deux est efficace.
Très bonne journée !
E
Et si nous quittions la raison pour entrer dans la pensée !

Gérard, sans même penser à ce que je disais, dans un de mes derniers commentaires, je proposais : « Et si la corde de rappel, c’était la raison elle-même ! ». Je ne croyais si bien dire car, en fin de compte, s’il y a problème avec une religion qui peut nous enfermer dans le passé, le problème est le même avec la raison. Lorsqu’elle se referme sur elle-même, la raison produit de la répétition et ne nous fait pas réellement avancer. Nous ne pouvons progresser que si la raison est liée à une vision. Je me prends à réfléchir aux politiques qui, par leur cheminement intellectuel, ont appris la rhétorique mais n’ont jamais vraiment appris à penser. C’est pourquoi il y a, chez eux, si peu de visionnaires susceptibles de nous éviter de tourner en rond. Le problème est encore plus crucial pour les professeurs. Et que dire d’un chercheur sans vision, c’est-à-dire sans une vraie capacité à poser des hypothèses ? Sa recherche est vouée à la stérilité. Et, pour le journaliste, il ne suffit pas de vérifier ses sources, encore faut-il aussi engager dans la pensée pour éviter que le lecteur ne finisse par résonner en croyant raisonner.
Il est urgent de revenir à Socrate, pour qui apprendre c’est apprendre à penser par soi-même.
Répondre
J
Bonjour Etienne ,

merci pour cette analyse de la femme adultère : un des rares passages de l' Evangile que je crois avoir compris et qui me rassure car Jésus se montre humain et non donneur de leçon du haut d' une chaire d' ivoire coupé des réalités comme le sont nombre de religieux (ou pas ) qui savent tout ( croient tout savoir !)...
D'accord , c'est en forgeant qu'on devient forgeron autrement dit l'erreur est pédagogique - si on veut bien en tirer les leçons ! Ici je parle d' erreur comme toi , comme Michel Serres .
Mais s'il y a faute : que devient la victime ?
Que faire si un crime a été commis ?
La miséricorde envers le fautif ?

Gràce à ton blog ce début d' année n'est pas que festivités ...

Bien amicalement .
Répondre
E
Merci pour ta participation à la réflexion qu’il faut faire avancer. Tu poses une vraie question. Ce qu’il y a de sûr, c’est que la miséricorde ne s’exerce pas seulement par rapport à la victime mais aussi par rapport au fautif : il faut pardonner soixante-dix-sept fois sept fois. Mais pour accepter le pardon, il faut reconnaître la mauvaise action et la regretter. Bien plus, le pardon ne s’accomplit non seulement s’il vient de Dieu pour ceux qui croient mais aussi si enfin il vient de la victime elle-même. Autrement dit, il est nécessaire que la demande de pardon soit finalement adressée à la victime elle-même, ce qui n’est pas si facile (de part et d’autre). Ainsi en provoquant la demande de pardon, la faute elle-même introduit dans une dynamique de vie.
G
Je suis admratif devant tes exégèses qui dégagent toujours le sens profond des choses.
Je voyais dans ma petite histoire une signification un peu différente et très triviale : l'dée de Dieu, pourquoi pas ? Mais dans les situations vitales, historiques, on ne peut compter que sur soi et les solidarités, s'il y en a. Les religions pourraient en être, si elles redescendaient sur terre.
A la prochaine. Amicalement.
Gérard
Répondre
E
Gérard, tu retrouves exactement l’intuition qui nous a guidés au cours de la discussion : c’est l’incarnation qui entoure la nouveauté du christianisme. Se tourner du côté de l’Esprit, c’est entrer dans la dynamique de l’incarnation (revenir sur terre), qui s’opère non seulement dans le Christ mais aussi dans tout homme. L’incarnation c’est aussi ce que tu appelles « fonder l’humanité en chaque homme ».
B
J’aime beaucoup ce passage de l’Evangile de Jean et les commentaires que tu en tires…
Remplacer la condamnation par la miséricorde, c’est un des grands secrets de l’Evangile auquel sont sensibles croyants et incroyants, comme le montre tous les jours la popularité du Pape François.
Bonne et heureuse année 2016.
Avec toute mon amitié.
Bernard Beaudonnet
Répondre
E
Oui, je suis d'accord avec toi : remplacer la condamnation par la miséricorde, c'est un des grands secrets du christianisme.

Merci de participer à la discussion et mes meilleurs voeux pour toi et toute la famille.
G
Merci. Je comprends mieux. D'ailleurs, à en juger par ta conclusion, nous sommes sur la même position de base.
Si je comprends bien, toutefois, je me demande si la religion peut être autre chose qu'une religion.
Historiquement, on voit des prophètes, issus de religions, qui ont des disciples, une prédication forte, des appuis. En sort une religion, qui peut avoir ses prophètes, ses saints, ses théologiens, voire ses réformateurs, fondateurs ou non d'autres religions...
Ce problème se pose dans d'autres institutions (qui ont parfois parfois des allures de religion), lorsque celles-ci perdent leur pertinence quant à leur vision du monde ou leur organisation. Ce fut le problème des « réformateurs » , des « reconstructeurs » au Parti communiste (et dans d'autres partis, et même au sein de l'Etat français). L'institution est-elle « réformable » ? Quel peut y être notre rôle ? Cela a-t-il un sens de s 'y maintenir ? Etc. Ces questions concrètes sont vitales, on le sait bien. Sans doute, ton dernier texte y répond. Chercher (y compris dans l'institution), le « dépassement de la loi », dépasser « le régime aliénant de la loi », retrouver « la priorité de l’Esprit » .
Oui, bien sûr !
Mais me vient à l'esprit cette histoire (racontée, je crois, par Marc-Alain Ouaknine) : un alpiniste (juif) a dévissé, se trouve pendu dans le vide au bout de son assurance qui est en train de lâcher. Il invoque l'Eternel. Silence. Nouvelles invocations. Silence. L'Eternel finit par répondre en assurant qu'Il envoie ses anges, qu'Il est là !. L'alpiniste : « Heu … Oui, merci …. mais y a-t-il quelqu'un d'autre ? »
A nouveau, bonne année, sans dévissage.
Gérard. 3. I. 16
Répondre
E
Non, tu as raison, la religion ne peut pas être autre chose que la religion. Elle accomplit son œuvre lorsqu’elle provoque son dépassement. Et son dépassement c’est lorsque je comprends qu’il faut couper le lien qui me rattache à Dieu, comme une corde de rappel, pour intégrer l’Esprit qui fait de moi un être responsable. Me voici renvoyé à moi-même, non pas comme un être tout-puissant mais comme quelqu’un qui se reçoit d’un Autre, échappant Lui-même à la toute-puissance de l’Autre. Et si la corde de rappel, c’était aussi la raison elle-même !
Bien amicalement et très bonne année !
G
Cher Etienne, continuons, si tu veux bien.
Comme souvent, j 'ai pris le taureau par les cornes, et je n'ai pas dit ce qui va sans dire.
Si je veux m'abstenir de juger les hommes, je ne m'abstiens pas, bien au contraire, de juger les propos, les actes, les complicités, les solidarités qui me provoquent et me convoquent, puisqu'ils construisent l'historicité commune.
Il y a, dans ce tas, des actes, des propos, des complicités impardonnables, qui ne peuvent être « pardonnés » que par les victimes quand il en reste. Et il faudrait d'abord que les coupables demandent un pardon. Il y a des cas « imprescriptibles », disait Jankélevitch, où la « miséricorde » est impossible ou seulement rhétorique, voire inhumaine si elle entérine la barbarie. Et donc bien peu « chrétienne ».
J'ai du mal à te suivre quand tu dis qu’on « (a) fait du christianisme une religion ». C'est une religion, qui a pris la forme qu'on sait, terriblement institutionnalisée dans les contextes qu'on sait (plus ou moins). C'est cette forme qui fait problème -mais c'est ce qui l'a fait survivre...–, ou la religion en tant que telle et sous cette forme. (Je pense que nous serions d'accord là-dessus).
J'ai un peu de mal aussi avec cette proposition : « Et ce sont précisément ce manque (d'à venir ?) et les égarements eux-mêmes qui peuvent devenir le moteur pour une plus grande perfection » : égarements et perfections par rapport à quoi , défini par qui ? par quelle institution ? surplombante ? Romaine ?

Par contre, je pense que les « religions » qui nous sont familières ou proches, dès lors qu'elles s'en tiennent à leur essentiel - fonder l'Humanité en chaque homme - participent précieusement à la construction de notre historicité, d'une historicité vivable. Je pense qu'elles sont, de ce point de vue et à ces conditions, actuellement irremplaçables... hélas.
(Mais ceci est une autre question)
Cher Etienne, je suis bien content de commencer l'année avec toi qui me pousses toujours dans des retranchements où je me hasarde peu.
Bien fraternellement.
Gérard
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E
Bonjour Gérard,
Je n’ai pas pu répondre à ton message, hier, car j’étais en Haute-Savoie pour le premier janvier. Et maintenant que je suis rentré je peux continuer à poursuivre le dialogue.
Pour moi, la religion se situe le plus souvent du côté des principes, des fondements, et, pour une bonne part, du côté de la loi. C’est un moment important car pédagogiquement il vise à introduire de la raison dans le comportement. Mais il tend aussi à lui donner un caractère absolu surtout lorsqu’il y a passage dans l’écriture. C’est là que l’écriture devient sacrée et finit par aliéner l’homme et bloquer sa libération.
Le christianisme veut opérer un dépassement de la religion en situant l’homme, non plus du côté de la loi, mais du côté du don de la vie et du côté du don de l’Esprit, qui est la Vie par excellence. La vie, je ne la fabrique pas, mais je commence par la recevoir et c’est à cette condition que je peux devenir moi-même, en me libérant des contraintes aliénantes de la loi.
Le gros problème c’est que malencontreusement, on a refait du christianisme une religion, en oubliant le dépassement qu’il devait opérer et, en particulier le passage à la vie et à la priorité de l’Esprit. D’une certaine façon, nous sommes repassés sous la loi.
En fait, il se trouve que la loi, dans sa structure constructive, ne peut pas être pratiquée sainement, tant qu’on ne se situe pas du côté du don de la vie et du don de l’Esprit. C’est pourquoi la faute devient un appel au dépassement de la loi que je n’arrive pas à pratiquer. Cette faute révèle un manque, qui m’amène à désirer le surplus nécessaire de la vie et à dépasser le régime aliénant de la loi. Il est nécessaire alors, comme Jésus l’a fait, d’enlever à l’écriture qui la porte son caractère sacré pour l’inscrire dans la relativité du temps. Le sacré n’est pas du côté de l’Ecriture mais du côté de la vie.
Ainsi, ce que nous dit le Christ, c’est qu’il faut dépasser la religion pour fonder l’Humanité en chaque homme.
Bien amicalement et bonne année !
G
Cher Etienne,

Je crois avoir pris suffisamment de saines distances pour ne plus me soucier de ce que dirait « la religion » -en fait ceux qui en sont, par profession, les gardiens- sur ceux qu'elle considère volontiers comme des égarés, des hérétiques, voire des pécheurs, quelque « miséricorde » qu'elle professe à leur endroit. Bien entendu, je préfère une miséricorde même de façade ou par obligation professionnelle, à la condamnation, à l'exclusion.
J'en suis venu à penser depuis longtemps que la « religion » est trop encombrée d'un fatras moralisateur, dogmatique, porté par une hiérarchie voire une bureaucratie hors du réel bien que, souvent, inféodée à du politique, et historiquement pas le plus recommandable d'un point de vue évangélique. Tout cela a un effet évident pour le peuple de base : diviser au lieu de réunir, exclure au lieu de réconcilier ; et l'institution se disqualifie du même coup, suivant les critères posés par son propre discours. C'est-à-dire, par le message qu'elle porte, et que ce passage de l'évangile résume excellemment.
Je pense depuis longtemps que le « sacré » est dans l'homme lui-même, dans sa capacité à croire que tout homme est son semblable, et que nul ne peut s'arroger une position de supériorité pour quelque raison que ce soit. Donc le pouvoir ou la légitimité pour condamner son prochain. Je pense que cette capacité – ou cette volonté- de croire que tout homme est mon semblable est ce que le message évangélique apporte de fondamental, fondant radicalement « l'Humanité », et la constituant comme sacrée. S'il y a une « incarnation », elle est là, si j'ose dire.
Et si la « religion » a encore un sens, ce serait de rappeler cela, et avec beaucoup de modestie. Et pourtant de force. La meilleure force étant celle de l'exemple.
On peut toujours espérer. Bonne année 2016.
Gérard, 31 décembre 2015
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E
Mon texte a eu le mérite de t’amener à une sorte de profession de foi que je respecte et avec laquelle je suis en résonance sur plus d’un point. Il me semble qu’il y a une sorte d’incompatibilité entre religion et christianisme, le gros problème étant donc que l’on ait fait du christianisme une religion, ce qui introduit une confusion chez les croyants. Personnellement je ne suis pas gêné par le terme de « miséricorde » : l’humanité et plus encore le sujet ne se construisent pas en un jour si bien qu’ils sont en manque d’un à venir qui pousse vers un plus grand achèvement. Et ce sont précisément ce manque et les égarements eux-mêmes qui peuvent devenir le moteur pour une plus grande perfection. Par ailleurs même si je suis très critique par rapport à la religion aujourd’hui, je pense qu’elle est un moment nécessaire mais à dépasser dans la construction de l’homme et de l’humanité.
Très bonne année 2016 à toi et à tous les tiens !
G
J'aime bien quand tu nous signales que les écrits de Jésus sont sur du sable que le vent emporte c'est magnifique.Le sacré n'existe pas, l'amour seulement est important c'est le père de Foucauld je crois qui dit "là où il n'y pas d'amour mettez de l'amour alors vous pourrez extraire de l'amour"

A bientot j'espère passe de bonnes fêtes Genevieve
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E
Ce que tu dis est d'autant plus vrai que le Christ n'a rien écrit et c'est une aubaine. La parole du père de Foucauld est très belle. Je ne sais pas si le sacré n'existe pas. Mais s'il existe, c'est bien dans l'amour qu'il se manifeste avec le plus de force.
Bonne année 2016 à toi et à tous tes proches.
J
Etienne
Au seuil de cette nouvelle année je voulais te dire merci pour le texte de ton blog.
En effet il représente pour moi une conviction profonde que je ressentais confusément mais que je n’avais jamais pu aussi bien clarifier autant pour moi-même que vis-à-vis de l’extérieur (amis, relations, groupes de paroles etc…). Il mériterait un débat.. peut-être dans notre groupe…
Fais attention quand même à l’excommunication qui te guette…. Ce serait quand même dommage après une vie passée dans la recherche de la vérité… Du temps de Giordano Bruno (même si tu ne t’aventures pas aussi loin que lui ) tu aurais fini dans les flammes depuis déjà longtemps !!
A bientôt donc et bonnes année pour toi et tous les tiens frères humains.

Jean Nicolas
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E
Merci Jean-Nicolas. L’idée de ce blog m’est venue lorsque nous étions ensemble à écouter Jean-Paul Vesco sur les divorcés-remariés. J’ai été spontanément renvoyé au texte sur la femme adultère. Quelle différence de ton entre cet épisode et les discussions laborieuses du synode ! J’ai pris conscience que l’institution catholique fonctionnait beaucoup trop dans le religieux, la culpabilité et la condamnation même si un petit pas en avant a été effectué et même si le pape actuel porte un réel témoignage évangélique. Décidément la structure ecclésiastique n’est pas encore vraiment convertie à l’Evangile et à l’Esprit. J’espère que le pape actuel contribuera réellement à la faire avancer.
E
Je rajoute pour montrer que l'erreur n'est finalement pas si loin du péché : l'erreur se dit par rapport à une norme (très proche de loi), considérée comme vraie...
Répondre
E
A Francesco

Je reviens sur la notion d’erreur et de péché. Je me suis laissé égarer par toi Francesco. S’il y a péché ce n’est pas en fonction de la responsabilité, mais en fonction de la loi. Il y a péché lorsque je m’écarte de la loi. Et Saint Paul va même plus loin : il nous dit que la loi est faite pour que nous prenions conscience que nous avons besoin de la grâce pour la pratiquer. Autrement dit, d’après lui, sans la grâce nous sommes naturellement pécheurs et donc pas réellement responsables. Ainsi nous avons besoin de la miséricorde pour devenir responsables, pour devenir sujets.
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F
Etienne, je te fais signe rapide, ces derniers jours d'une année, en souhaitant des jours toujours nouveaux pour l'année qui vient.
Et en reprenant ta méditation sur "le jour où le Christ sortit de la religion pour sauver l'homme», je me retrouve bien, mais avec quelques nuances, en particulier par rapport à ce que tu as repris en venant de moi, suite à l'entretien cité avec Michel Serres.
Oui, l'erreur fait partie de notre condition humaine, et c'est par l'erreur qu'on avance, qu'on apprend, les chercheurs, les inventeurs, les artistes, les créateurs, les apprentis...et nous-mêmes, nous le savons bien, c'est en expérimentant, en tâtonnant, en se trompant, en corrigeant, en redressant le tir, qu'on avance et on améliore et on découvre et on crée...
mais je trouve que dans ta méditation tu fais un lien trop rapide entre erreur et péché... pour moi il y a une différence entre l'erreur et la faute, et c'est la faute qui induit ou provoque le péché, car pour la faute il y a une notion essentielle de 'responsabilité' (personnelle et/ou collective), de 'choix' qui est de la volonté d'un individu, de choisir ou de prendre telle ou telle voie, de faire tel choix de vie ou de mort, d'aller dans un sens plutôt que d'un autre,... la faute induit la responsabilité du choix et donc du péché, du mauvais choix selon règles, critères, foi ou croyances etc.... erreur n'induit pas forcément faute ni péché, au contraire erreur induit reprise, avancée, amélioration, apprentissage etc...
Et donc ce que je retiens du Christ qui sort de la religion pour sauver l'homme c'est qu'il n'enferme pas une personne même dans le péché, dans la faute, dans le comportement choisi et voulu, il ne condamne pas, il n'étouffe pas même dans des situations de faute/péché....
Et c'est effectivement une qualité de l'attitude de miséricorde, qui ouvre les portes intérieures pour sortir de la condamnation... je ne peux m'empêcher de te donner un texte ancien, car il fait partie des Ecrits de St-François d'Assise (années 1210-1220) dans un réponse à un frère qui lui demandait conseil sur comment gérer la relation avec quelqu'un qui est 'dans le péché' : ".... et je veux connaître en ceci si tu aimes le Seigneur et moi, son serviteur et le tien: si tu fais en sorte qu'il n'y ait au monde aucun frère qui ait péché autant qu'il aura pu pécher et qui, après avoir vu tes yeux, ne s'en aille jamais sans ta miséricorde, s'il demande miséricorde". Mais encore :"... et s'il ne demandait pas miséricorde, toi, demande-lui s'il veut la miséricorde". Et ce n'est pas fini : "...et si après cela il péchait mille fois devant tes yeux, aime-le plus que moi pour l'attirer au Seigneur; et aie toujours compassion-bienveillance-pitié de tels frères".
Ne pas seulement pardonner, libérer de ce qui est pardonnable, mais aller jusqu'à pardonner, libérer de ce qui devient impardonnable. Sauf erreur de ma part.... Francesco
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E
Oui Francesco, je suis en partie d’accord avec toi sur la différence que tu fais entre l’erreur et la faute, dans le sens où la responsabilité serait impliquée dans la faute, ce qui n’est pas forcément le cas dans l’erreur. Et pourtant la loi est là pour montrer que l’homme ne peut pas sortir du péché sans la miséricorde. Autrement dit, il y a, pour la faute, une dynamique assez semblable à celle de l’erreur. Le péché me fait prendre conscience de mon impuissance et me pousse à changer d’optique, à sortir de ma toute-puissance pour m’ouvrir au don de la miséricorde. Ce que je postule c’est que la miséricorde est déjà intérieure à la dynamique de la vie, si bien que le péché lui-même peut m’aider à changer de voie, en me tournant du côté du don de la vie, qui est aussi don de la miséricorde. Dans ce cas le péché n’est plus dans le mal faire mais dans le mal recevoir le don de la vie (et de la miséricorde). Je sors ainsi d’une morale basée sur la culpabilité, sur la peur de mourir, pour entrer dans une morale centrée sur le désir de vivre.
Pour le reste je suis naturellement d’accord avec toi.
M
Merci, Etienne de nous parler du Christ, surtout en cette époque ou tout se mêle, s'exacerbe et se délite.
A plus tard.
Bon passage d'une année à l'autre... D'un écrit à l'autre...
Répondre
E
Il m'a semblé important de sortir le Christ des représentations religieuses et pieuses que nous en avons trop souvent. Il est avant tout un homme, habité par l'Esprit de miséricorde.

Très bonne année à toi, pour toi, tes enfants et toute la famille.
C
Merci , cher Etienne , pour ce texte , on en faira un bon usage à notre Groupe en Janvier chez nous .
Pour toi , bien cher Ami, tous mes vœux de bonne santé et d’accomplissement de tes souhaits personnels .
Bises de toute façon et à bientôt
Claire et Jean Nicolas
Répondre
E
Merci Claire pour ton attention bienveillante et très bonne année 2016 à toi, Jean-Nicolas et toute la famille
H
Merci, Etienne,
Je partage tout à fait ton point de vue et j''admire ta ténacité à écrire dans le domaine de la vie spirituelle.
Amitiés
Hugues
Répondre
E
Merci Hugues de cette résonance amicale.
Très bonne année 2016 !
G
Cet article est maintenant référencé par google.
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P
Merci pour cette passionnante analyse.
Avec mon amitié et mes vœux les meilleurs pour 2016.
Répondre
E
Merci Paul pour ce témoignage d'amitié. Que l'année nouvelle te conduise là où ton désir te porte !
O
Merci à Olivier de faire écho à ce nouvel article dans son blog de blogs. Appuyez sur le titre pour le constater vous-mêmes.
Répondre
D
Bonjour Étienne,
Ton explication de la femme adultère me séduit, à ceci près, cependant.
De l'Écriture, la religion tire des paroles qui deviennent des absolus, pour les ecclésiastiques, mais pas pour le petit chrétien de base, moi, en l’occurrence. Par exemple, la justification par des textes sacrés détournés à plaisir, des 4 sacrements inessentiels que sont l'ordre et la mariage pour l'état, la pénitence et l'extrême onction pour le confort, ces 2 derniers disparaissant doucement de la vie réelle du chrétien.
Je suis horrifié.
Si l'Écriture amène une certaine connaissance de Dieu, ici et maintenant, elle est donc révélation permanente pour moi.
Car je lis l'Écriture d'une façon différente à 15 ans, à 30 ans, à 90 ans.

En un mot, la religion comme main mise sur la conscience de l'homme.
Mais attention, l'homme n'est ni ange ni bête, il a besoin de l'homme pour vivre sa vie d'homme.
Oh ! l'heureuse médiation de notre philosophe bien aimé.

denis
www.denisjeanson.fr
Répondre
E
Je pense que, quelque part, tu as raison. Mais mon problème n'est pas que le croyant cesse de se nourrir de l'Ecriture. Car l'Ecriture, bien interprétée doit nous emmener au-delà de la religion, au-delà d'elle-même. Mais le danger, dans la religion consiste à sacraliser l'Ecriture elle-même. Dans ce cas, l'homme en subit négativement les conséquences. De toute façon, à un moment donné, je pense qu'il faut dépasser la religion, car elle est faite pour être dépassée.

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