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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 14:47

 Les jeux d'enfants

 

 

Le besoin d’un espace de jeu pour faire naître le sujet

 

Le sujet est ce qu’il y a de plus précieux chez l’homme, ce qui lui assure sa transcendance et le rapproche du divin. Comme tout « enfant », pour naître et accompagner sa naissance,  il a besoin d’un espace de jeu, d’un jardin pour grandir en jouant, ainsi que l’évoque la notion de paradis terrestre.  Comme l’évoque aussi, lors de l’apparition de Jésus, cette vieille étable où naissaient les veaux, les agneaux et les ânons. Beau rappel pour nous faire comprendre que, chez l’homme, l’animalité côtoie la divinité et que le sujet émerge dans un entre-deux, qui est aussi un espace de jeu entre les hommes et les animaux, entre l’animalité et l’humanité.

De la démocratie à la civilisation du sujet

Nous n’avons qu’un mot pour évoquer la supériorité de l’Occident : il s’agit du mot « démocratie ». La démocratie oppose le gouvernement du peuple au gouvernement du tyran et la prise compte de l’individu face à l’emprise des corporations. Mais le peuple, dans ses mouvements, est souvent dans une pulsion, porteuse de violence. Et l’individu, sans endosser la dimension sociale de l’homme,  conduit à un libéralisme destructeur. Il était nécessaire, après la révolution française, de progresser dans le sens qu’évoquaient déjà,  dès le départ, les mots de liberté, fraternité et égalité. Il a fallu, en Europe, passer par deux guerres, pour apprendre à intégrer la violence et en faire le ferment de la parole et de la solidarité. C’est alors que, sans trop nous en apercevoir, nous sommes passés de la démocratie à la civilisation du sujet.

S’il n’a pas d’espace pour naître, le sujet est condamné à la souffrance et à la mort

La civilisation du sujet ne signifie pas que nous sommes tous des sujets : elle souligne seulement que le projet de la société est de donner naissance à des sujets. Or pour évoluer de l’individu au sujet, l’homme ne peut le faire qu’en apprenant à jouer, pour passer progressivement, par une suite d’interactions et d’allers et retours, d’un niveau à un autre. Il lui faut le temps de la progression et de l’ajustement. Et, dans une telle perspective, il n’existe pas de plages fixes : même si certaines règles doivent être acceptées par tous, rien ne doit échapper à la remise en cause et au mouvement. Lorsque l’espace de jeu et le temps du passage sont absents ou trop imparfaits, le sujet naissant est condamné à la souffrance et à la mort. Dans les années 1970, je faisais partie d’une communauté de quartier et nous avions des séances de lecture publique, très appréciées, qui devaient nous permettre de réfléchir et d’évoluer. Or nous venions de lire « De la pratique » de Mao Tsé Toung. Il fallait donc que, dans nos situations bloquées, nous repérions les contradictions pour pouvoir les dépasser. Timidement un homme et une femme exposèrent le cas de leur jeune enfant, qui pleurait, toutes les nuits. Où était donc la contradiction ? Chez les femmes, de petits sourires s’esquissèrent sur les visages. Elles avaient remarqué que l’enfant était dans un grand lit, parce que le père, ancien de la Gauche prolétarienne, voulait qu’il soit libre dès sa naissance. Manifestement la contradiction était entre le grand lit et le petit enfant. Un petit lit fut acheté et les pleurs cessèrent presque aussitôt.

Face aux médecins, le malade est aussi un sujet

La médecine, aujourd’hui encore, est un lieu de toute-puissance. Récemment, je me trouvais chez une cardiologue. Je lui évoquais les saignements intempestifs qu’avait provoqués un anticoagulant de nouvelle génération. Il avait fallu que j’intervienne avec vigueur auprès du chirurgien qui m’avait opéré pour faire disparaître l’arythmie cardiaque : si, dans un certain nombre de cas, l’anticoagulant pouvait s’imposer, il ne semblait pas qu’il fût nécessaire dans ma situation personnelle. Le chirurgien finit par le reconnaître et changea mon ordonnance. Et, de mon côté, il était évident que si ma situation se transformait, je pourrais revenir à l’ancien traitement. Or la cardiologue avec qui j’échangeais me fit remarquer que les médecins étaient soumis à des protocoles, qui uniformisent les pratiques et rassurent les praticiens médicaux. Par contrecoup, ces protocoles laissent peu de place à la situation particulière des malades et les empêchent de s’affirmer comme sujets responsables face à certains médecins trop confiants dans les prescriptions de la science médicale. L’espace du sujet entre le médecin et le malade tend alors à disparaître.

En médecine, il existe une autre anomalie, qui tient à la croyance exagérée dans l’efficacité du médicament. Or, il me semble qu’il existe un jeu indispensable entre le médicament et les forces de guérison de l’individu. C’est dans ce jeu que peuvent s’affronter efficacement le sujet médecin et le sujet malade.

L’écolier qui perd pied sur le chemin du désir

Entre trois et six ans, l’enfant est tout entier dans la vision. C’est au cours de cette période qu’il déploie le plus d’intelligence, sans cesse sollicité par les intuitions de toute nature et par les questions les plus fondamentales. Les civilisations passent aussi par ce temps privilégié  qui est celui des mythes, dans lesquels nous pouvons sans cesse puiser pour alimenter notre réflexion.

Des problèmes, notamment pour l’enfant, vont se poser dans la période suivante, qui est celle de la raison et de l’apprentissage des normes au cours de l’école primaire. Malheureusement, le passage est trop souvent brutal et le sujet apprenant a quelque difficulté à se constituer parce qu’il ne peut faire jouer ensemble la raison et l’intuition. L’intuition n’a pas assez de place ; l’intelligence, selon les exigences des maîtres, tend à se réduire à l’espace de la raison.

Par ailleurs, l’écolier ne peut grandir et passer de l’enfance à l’adolescence qu’en investissant son propre désir et en ouvrant un espace de jeu entre ce désir et le développement intellectuel. Le désir conduit à des stratégies personnelles, mais les stratégies personnelles se heurtent à l’uniformité des programmes. Peu à peu cependant les enseignants découvrent, à travers les difficultés des populations étrangères, la nécessité de faire droit à des parcours plus  individualisés.

Plus tard encore, sous la pression des parents, le lycéen poussé vers les concours de grandes écoles et des études supérieures de qualité, est amené une fois encore à sacrifier son désir et sa vocation particulière. Le sujet qui doit ouvrir à une plus grande maturité peine alors à se constituer parce que le développement intellectuel constitue un frein pour le développement du désir.

Assez paradoxalement, il en va de même chez l’élève qui est en échec scolaire. Face à la survalorisation de la réussite intellectuelle, il perd tout espoir de trouver une issue. Or si l’énergie du désir était présente, l’échec lui-même pourrait provoquer un sursaut pour accéder à une réussite plus humaine.

La crise du couple peut être un signe d’espérance

Au cours des trente dernières années, le fonctionnement du couple a été fortement remis en cause : les divorces se sont multipliés et le nombre de mariages a fortement régressé. Une telle situation n’est pas due à un dépérissement de la morale : elle est liée, pour une bonne part, à l’irruption du sujet au sein de la famille. L’homme ou la femme ne sont plus simplement maris et femmes. Ils sont aussi des sujets à part entière, reconnus dans leur altérité radicale et susceptibles de suivre leur vocation personnelle. Chez la femme le travail professionnel s’est beaucoup développé notamment dans l’enseignement, la médecine et le travail social. S’il en est ainsi c’est parce qu’un espace de jeu s’est introduit entre la vie de couple et la reconnaissance de chacun en tant qu’autre. Sans doute une telle transformation peut-elle faire éclater le couple, à court terme, mais à long terme elle peut lui donner une assise beaucoup plus solide.

Assez paradoxalement, la théorie du genre semble fonctionner dans le sens d’une plus grande présence du sujet à propos de la différenciation sexuelle. Il ne suffit pas d’être biologiquement homme ou femme. Encore faut-il structurer une telle différence en y introduisant son propre choix.

En Grèce, face à l’intransigeance de l’Europe, le sujet est écrasé et il souffre

L’actualité récente a orienté nos regards vers les difficultés de la Grèce à maintenir sa présence au sein de la zone euro. Fortement marqués par le protestantisme, l’Allemagne et les pays nordiques ont insisté sur les règles économiques à respecter pour fonctionner en communauté. Ils n’ont pas complètement tort, mais ils ont oublié que l’Europe devait favoriser le développement du sujet. Et pour cela il fallait un espace de jeu entre les règles imposées et la population, ce qui impliquait une plus grande souplesse non seulement du côté du peuple grec, mais aussi du côté des instances européennes. Devant l’intransigeance de la communauté, les hommes et les femmes concernées ont beaucoup souffert, mais ils ont résisté pour défendre un sujet qui peine à émerger. Sans vraiment s’en rendre compte, ils l’ont fait alors non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour tous les Européens.

Le Palestinien frappe à la porte du sujet mais il se heurte à un mur

Entre les Israéliens et les Palestiniens, c’est le même combat qui se livre pour que chacun puisse avoir sa place, non seulement au plan des nations mais surtout en vue du respect de chaque homme, quelles que soient ses origines. L’Israélien, traumatisé par la shoah, veut à tout prix défendre ce qu’il considère comme la vocation du peuple, mais il le fait au détriment de ses voisins de Gaza et de Cisjordanie. Il oublie que le sacrifice d’Abraham sur lequel il s’appuie, comme tous les peuples du Livre, lui intime de libérer l’homme de la toute-puissance, pour permettre à chacun d’exister face à l’autre. Manifestement il n’a pas compris le message : c’est seulement  en libérant les Palestiniens qu’il peut se libérer lui-même. En frappant à sa porte, le Palestinien frappe à la porte du sujet, mais à la place de l’espace de jeu qu’il faut mettre en place, l’Israélien construit le mur de la surdité et de l’incompréhension, qui engendre de nouvelles violences.   

Et si, entre la mort et l’au-delà, s’opérait la gestation définitive du sujet

En jetant un regard en arrière nous constatons que le grand élan de la vie, qui anime tout notre univers, trouve son accomplissement dans la mise au monde de sujets, qui articulent le ciel et la terre. Il semble impossible que la mort mette un terme à ce projet, en même temps insensé et débordant de sens. Au contraire elle semble être la barque du passage qui nous permet d’arriver au Port. Elle serait le dernier espace de jeu de la Vie pour faire naître le Sujet.

 

Etienne Duval, le 28 juillet 2015

 

 

 

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commentaires

V
Merci pour ce très bon site, vraiment un panaché de bonnes et intéressantes idées. Surtout continuez ainsi. Bon courage!
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H
Merci, Etienne, de ce beau texte, riche d’expérience et de réflexion.<br /> Amitiés<br /> Hugues
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E
Merci Hugues de tes encouragements.
J
« La scandaleuse politique grecque de l’Europe », par Jürgen Habermas<br /> Le Monde | 24.06.2015 à 07h51 • Mis à jour le 24.06.2015 à 14h58 | Par Jürgen Habermas (Philosophe) <br /> <br /> Le résultat des élections en Grèce exprime le choix d’une nation dont une large majorité se met en position défensive face à la misère sociale aussi humiliante qu’accablante provoquée par une politique d’austérité imposée au pays de l’extérieur. Le vote proprement dit ne permet aucune ergoterie : la population rejette la poursuite d’une politique dont elle a subi l’échec brutalement et dans sa propre chair. Fort de cette légitimation démocratique, le gouvernement grec tente de provoquer un changement de politique dans l’eurozone. En agissant ainsi, il se heurte aux représentants de dix-huit autres gouvernements, qui justifient leur refus en se référant froidement à leur propre mandat démocratique.<br /> On se rappelle ces premières rencontres où des novices arrogants portés par l’exaltation de leur triomphe se livraient à une joute ridicule avec les gens bien installés, qui réagissaient tantôt avec les mimiques paternalistes du bon tonton, tantôt avec une sorte de dédain routinier : chacune des deux parties se targuait de jouir de l’habilitation accordée par leur « peuple » respectif, et répétait cette antienne comme des perroquets.<br /> C’est en découvrant à quel point la réflexion qu’ils menaient à l’époque, et qui reposait sur le cadre de l’Etat-nation, était d’un comique involontaire, que l’opinion publique européenne tout entière a compris ce qui manque vraiment : une perspective permettant la constitution d’une volonté politique commune des citoyens, capable de poser au cœur de l’Europe des jalons politiques qui auront de réelles conséquences. Mais le voile...<br /> <br /> Appuyer sur le titre.
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L
La force de la prostituée<br /> <br /> <br /> On raconte l’immense étonnement qui frappa le grand roi Asoka,<br /> Quand il vit une femme, par un simple geste, faire remonter le Gange vers sa source. <br /> Etonnement qui ne connu aucune limite quand on lui apprit<br /> Que cette femme, déjà âgée, était une putain bien connue de la ville de Pataliputra.<br /> <br /> Il la convoqua, il lui parla longuement,<br /> Au milieu du bruissement des voix de tous les sages de la Cour,<br /> Qui commentaient cet événement considérable.<br /> Les uns citaient des textes sacrés, d’autres cherchaient d’autres exemples,<br /> Certains mettaient en doute la réalité du prodige et parlaient d’hallucination. <br /> <br /> La vieille putain de Paliputra reconnut la réalité des faits.<br /> Oui, dit-elle, je suis capable de faire un acte de vérité quand je le désire.<br /> J’ai un pouvoir sur les choses.<br /> Je peux arracher des arbres et les faire tourner dans l’air,<br /> Je peux renverser les montagnes et jeter les habitants sens dessus dessous. <br /> <br /> S’adressant au roi, une main tendue, elle dit encore :<br /> <br /> - Je peux même t’enlever de ton trône,<br /> Te lancer dans les airs, te précipiter dans les abîmes. <br /> <br /> Le roi, agité de frissons, dit à la prostituée :<br /> <br /> - Mais d’où vient ce pouvoir ?<br /> Qu’est-ce qui te permet de faire de tels actes de vérité ?<br /> - J’ai connu beaucoup d’hommes, répondit la putain de Paliputra,<br /> Des soldats, des paysans, des mendiants, des voleurs et même des princes. <br /> Mais je n’ai fait aucune différence entre eux. <br /> Je n’ai privilégié ni méprisé personne. <br /> A tous, malgré leurs conditions très différentes,<br /> J’ai accordé les mêmes faveurs.<br /> Je n’ai jamais manifesté ni servilité, ni dédain.<br /> Voici le secret de mon pouvoir. <br /> <br /> Elle abaissa la main qu’elle tendait vers Asoka, et elle se retira. <br /> Les sages se taisaient sur son passage, accroupis sur le sol,<br /> Et le roi Asoka, qui passait pour le meilleur des rois,<br /> Pensait au long chemin qu’il restait à parcourir. <br /> (Conte de l’Inde, Le cercle des menteurs, Jean-Claude Carrière, éd.Plon)
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E
L'espace de jeu de de la compassion est un espace idéal pour faire naître le sujet. Dans le jeu, personne n'est exclu.
D
Bonjour Etienne<br /> <br /> Ceci n’est pas vraiment un commentaire sur l'article : Le besoin d'un espace de jeu pour faire naître le sujet , mais plutôt du style hashtag dans le sens où hashtag est un mot clé ou une phrase clé précédée par le symbole # utilisé dans un message, permettant d'agir…Danièle<br /> <br /> Ce lundi 3 août une rediffusion radiophonique La France au milieu du gué m’a mis la puce à l’oreille sur le mot clé perversion.<br /> <br /> Voici un lien qui me parle de ça, donc hashtag sur le mot PERVERSION.<br /> <br /> http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1133715<br /> <br /> Appuyez sur Danièle Pétel pour prendre connaissance de l'émission.
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D
Merci Danièle. J'ai pu écouter cette émission sur France-Inter.<br /> <br /> Bien amicalement.
G
L'histoire est conduite par des "dominants" qui tissent des "jeux " à leur profit ; et faite par le "jeu" de ceux qui les subissent, s'y résignent souvent, s'en libèrent parfois, ou cherchent à s'en libérer, ou du moins en rêvent .<br /> Excuse le schématisme. <br /> En fait, je me dis que je traduis dans mon langage d'historien sommaire, ta vision plus haute (qui stimule toujours mes efforts de réflexion). <br /> Retour d'un beau temps. Je m'en vais cornemuser dans notre jardin secret, puis retour à quelques essais de gravure.<br /> Amitiés.<br /> Gérard
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E
Merci Gérard. Continue à penser en historien. C’est le meilleur service que tu puisses rendre à notre réflexion commune.<br /> J’ai cru entendre ce matin quelques élans sonores de ta cornemuse !
G
Oui. <br /> Je pense qu'il n'y a pas de contradiction fondamentale, seulement une différence d'approche et d'accent.<br /> <br /> Ma principale réticence venait de cette idée de "perversion" : perversion de quoi ? <br /> <br /> Bon dimanche.
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E
J'ai pris "jeux dominants" au sens de jeux des dominants. C'est l'évocation des dominants, qui m'a amené à parler de perversion (à cause de la domination sous-jacente). Ceci étant dit, je pense que nous pouvons être d'accord.<br /> <br /> Bon dimanche à vous aussi !
M
Pendant nos années d'adolescentes , lycéennes et "internes" cad pensionnaires, aux récréations du soir surtout, un de nos jeu consistait à imaginer à tour de rôle des avenirs pour chacune , mais aussi à nous interroger sur la vie en général .<br /> <br /> Il nous arrivait d'aboutir à des conclusions comme celle-ci: <br /> - la vie de chaque instant , n'est qu'un rêve dont on va se réveiller,<br /> - nous vivons un long jeu, peut-être celui d'un Dieu farfelu ou artiste, sinon tireur de ficelles. <br /> - le réel était peut-être ailleurs<br /> quand l'une de nous déclara<br /> ..."et si la vie de chacune n'était alors qu'un jeu nous préparant à la mort, la mort comme autre vie,<br /> quelle farce!".<br /> <br /> Nous en éclations de rire.( Le rire autre espace, soupape ou pose vers la maturation? ) et nous évoquions en conséquence l'image de ces poupées russes, ou bien celle de ces publicités où un enfant tenait une boîte sur laquelle le même enfant tenait une boîte et ainsi jusqu'à l'infini.<br /> La sonnerie retentissait comme un "coupe- sans-fin-éternité" sifflant le retour aux devoirs du soir, aux devoirs d'études dont programmes et règles définies du haut des ministères.( Règles et contenus changeants au gré de l'échiquier des nouveaux joueurs, nos ministres, y développant leur propres JE/moi mandaté -temporairement, pendant que nous sentions poindre des angoisses chez certains de nos profs )<br /> Ce ne sera que quelques années après que je découvrirai tous ces personnages (sommités) ayant écrit des livres, leurs œuvres; sur le jeu et la construction du MOI, puis du JE.. dont . Piaget, Winnicot. etc..... et puis ce jeu si actuel de jeux avec les mots ou plutôt de mots , donnant du " jeu au je"<br /> et du " Je au Jeu"...<br /> <br /> De fait, les psycho-pédagoques utilisent souvent les jeux pour aider l'élève, cet individu en devenir.<br /> Quand le JE s'arrête -t-il en fait? Pour ceux qui n'imaginent pas d'au-delà individuel, ne rêvent-ils pas de NE PAS tomber dans l'oubli? <br /> Même les civilisations dites primitives , ou non d'ailleurs ne se sont-elles fait connaître via quelques "moi" devenus "Je" ayant laissé leur empreinte ? (J'avais écrit "emprunte' au lieu d'empreinte... sans doute pensai-je au moi collectif d'où émergent des "je" qui ont su d'ABORD maîtriser les règles du jeu sociétal ambiant.<br /> <br /> Et voila que les lampes de la ville se sont éteintes, c'est matin, encore un nouveau ...de "bof",de réflexions,de méditations, de prières, de rire ou de jeux, de naissances et de re-naissances, y compris via "chop-in-g"? (hein? les jeux de toilette, quel "je" apparent çà donne, ou non, Incroyable!)<br /> Exemple ces dames tout de noir sous leur voile, ces endeuillées de nos enfances -que les moins de cinquante ans ne ne peuvent pas connaître- quoique le retour pointe en France , avec ces niqabs dont seul deux yeux émergeaient et dessous lequel une voix féminine déclarait :" 'JE' suis française! vous n'avez pas à me regarder!" <br /> -Ah? si je vous apparaissais ici, devant vous, en bikini en public, ou encore en tenue d'Eve au paradis ,c'est à dire nue dans cet espace ci , je serai moi aussi , toujours Française.<br /> Mais bon, Ce pourrait faire l'objet d' un thème à lui seul que ces "je" ou/et "moi " sous l'"empaquetage" vestimentaire?<br /> <br /> Bien à vous tous, dont "E-Tienne "!
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E
Quelle belle réflexion Marie-Claude ! Je retiens : " sans doute pensai-je au moi collectif d'où émergent des "je" qui ont su d'ABORD maîtriser les règles du jeu sociétal ambiant." Il me semble qu'il doit toujours y avoir un jeu entre le collectif (les règles du jeu sociétal) et le je. Maintenant faut-il parler de "moi" collectif, je ne sais pas.<br /> Bonne journée Marie-Claude !
G
Merci pour ta réponse fortement et profondément argumentée, comme toujours. Et, oui, tout cela est à discuter. Mais, à 22h10, je ne vais pas le faire. Et la nuit portera conseil.<br /> Curieux. J'ai eu une discussion difficile, une petite incompréhension mutuelle, ces derniers temps, ici, avec une amie qui disait comme toi que le fondement de la liberté, ce qui pousse à agir, à vouloir (plus et mieux pour soi) est cet élan vital, cette "force qui nous dépasse". Soit ... (encore que je ne sais pas bien ce qu'elle est). Mais nous ne pouvons "vouloir" que dans un contexte historique - un temps, un espace- qui n'est nullement secondaire. Et qui font que les "jeux dominants" ne sont pas une perversion, mais la matière même de l'histoire.<br /> Mais à 22h20, il vaut mieux que j'arrête.<br /> Bonne nuit. J'y réfléchis.<br /> Gérard
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E
L’élan vital, c’est la vie même, et elle nous est donnée. C’est pourquoi elle nous dépasse. Et son sens dernier, en tout cas, pour moi, c’est de donner naissance à des sujets. Or le sujet lui-même ne peut échapper à l’historicité : d’une certaine façon il est donné mais il est aussi construit par l’homme dans l’histoire. Et les jeux dominants sont une perversion comme la domination elle-même, ce qui ne les empêche pas d’être aussi matière de l’histoire.<br /> Il faut aussi que je me repose pour penser plus sainement. Nous finirons bien par faire avancer ensemble la réflexion.<br /> <br /> Bien amicalement.
N
Cher Etienne<br /> A la même allusion que tu as faite à propos du lit pour l'enfant, il est important de savoir où se situent ces espaces de jeu et quels sont leurs tailles et s'ils sont appropriés aux nouvelles situations. Je me souviens de deux connaissances à revérifier : il faut 3 ans pour commencer à se sentir chez soi et 5 pour avoir l'impression d'être chez soi lorsque l'on décide de déménager quelque part ; et, il nous est très difficile de connaitre véritablement plus de 1000 personnes. Si l'on déplace ces connaissances dans le contexte de la globalisation, on peut commencer à se douter du terrain de jeu que pourra s'approprier le sujet.<br /> <br /> Autre observation, je pense que malgré une certaine résistance, le concept de Nation va tendre à disparaitre d'ici à quelques décennies. L'Europe en est la preuve puisqu'il s'agit avant tout d'un territoire. Si le concept de Nation disparait, alors un autre concept apparaitra. <br /> <br /> Nous sommes donc dans une réécriture des cartes du jeu et nous sommes non pas que dans un espace intermédiaire mais également dans un temps intermédiaire. Le nouveau jeu n'est plus de savoir qui suis-je? Mais de savoir où suis-je? Sur la carte spatio-temporelle du monde.<br /> <br /> Mon intuition est celle du réseau local (même si j'aimerai trouver un autre nom), espace de jeu qui est plus simple à appréhender de par son échelle et qui devient de la même manière un concept qui rassure à plus grande échelle, puisque où que l'on aille, il sera là et permettra donc au sujet d'exister.<br /> <br /> Le sujet, je pense, nait dans sa prise de position dans l'espace et le temps. Il nait, tel un papillon, en sachant sur quelle branche le cocon a pu lui permettre de se développer pour savoir quelle direction prendre pour son envol mais surtout en s’extirpant de celui-ci, il fait disparaitre les couches protectrices que trop pense et prenne comme part entière du sujet alors qu'elles ne font que l’empêcher de se révéler dans sa splendeur. J'espère que tu peux voir où je veux en venir.<br /> <br /> Il faut donc penser en termes d'espace-temps de jeu où le sujet apprend à savoir sur quelle branche de l'arbre de la globalisation il est tout en apprenant à enlever couche par couche ces protections qui lui ont permis de grandir afin de devenir ce sujet dont tu parles tant.<br /> <br /> Bien à toi, <br /> <br /> Neven
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E
Merci Neven pour ta contribution très intéressante. <br /> D’accord avec toi pour l’espace-temps. Il s’agit non seulement d’un espace intermédiaire mais aussi d’un temps intermédiaire et les deux interagissent entre eux, en fabriquant du jeu.<br /> Sans doute, il y a le réseau local, mais l’Europe et le temps de l’Europe constituent un espace de jeu entre les nations et la mondialisation. C’est pourquoi je ne suis pas encore prêt à abandonner l’idée de nation. Et, à l’intérieur de l’Europe, il existe un jeu nécessaire entre les règles imposées par l’Europe et la situation de chaque nation. C’est même apparemment la condition pour que le sujet puisse naître et se développer. On voit bien ce qui se passe en Grèce. <br /> Tu soulèves une autre idée intéressante, celle des couches de protection, sans lesquelles la naissance et les premiers apprentissages ne peuvent pas se faire. C’est dire qu’il reste de la violence dans l’espace de jeu : ses frontières doivent être provisoirement défendues, tant que le sujet n’est pas arrivé à maturité. Dans son nid, l’oiseau doit vivre sous la protection active de ses parents. A ce niveau le libéralisme doit être teinté de protectionnisme. Qu’est-ce que cela veut dire ? Il faut que le sujet intègre la séparation pour devenir sujet et, tant qu’il ne l’a pas intégrée, elle doit être défendue par le groupe. <br /> Avec tous ces éléments nous devrions arriver à penser la mondialisation comme un jeu, à différents niveaux, pour produire du sujet.
E
Réponse à Gérard Jaffrédou<br /> Nous sommes un peu sur la même longueur d’onde, surtout lorsque tu dis que le jeu auquel chacun est invité n’est autre chose que l’usage de notre liberté, l’acte de décider, de vouloir vouloir. Le sujet est en effet très proche de la notion de liberté. Mais il me semble qu’il y a une nuance dans notre manière de l’appréhender. Tu te situes du côté de l’exercice de la liberté. Personnellement je pense que le sujet ou la liberté sont à constituer de manière historique et qu’ils ne sont pas seulement le fruit de notre volonté. Il y a un élan de vie qui nous précède et nous dépasse. Et c’est lui qui, au fil des millénaires, des siècles et des années nous pousse vers un plus être, en sortant de la dépendance et de la domination. L’élève cherche à sortir du cadre du programme, le patient veut aussi donner son point de vue, le couple veut dépasser la vie de couple, l’homme ou la femme veulent choisir leur genre car la biologie ne suffit pas à le définir, le Grec cherche à devenir soi-même et ne veut pas aliéner sa liberté face aux investisseurs, le Palestinien estime aussi avoir droit à son propre destin, tout autant que l’Israélien. Et, pour arriver à une telle liberté, il y a, en chacun, une force de séparation, que certains appellent violence : son but est précisément d’ouvrir l’espace nécessaire de séparation, appelé à devenir l’espace de jeu dont je parle.<br /> Sans doute, sommes-nous amenés à nous confronter à la réalité et aux jeux dominants de l’autre. Mais les jeux dominants sont une perversion du jeu et l’élan de vie est porteur d’une lutte qui doit nous conduire à la parole. Je trouve que la guerre de 14, bon an mal an, a permis d’intégrer la violence pour entrer dans la négociation. Mais le traité de Versailles n’a pas laissé l’espace de jeu nécessaire aux Allemands, qui se sont sentis humiliés. Si bien qu’il a fallu une seconde guerre pour entrer dans ce que j’appelle la civilisation du sujet.<br /> Enfin, tout cela reste à discuter.
Répondre
E
Merci Gérard pour cette contribution très réfléchie et très personnelle. Parce que je dois sortir maintenant, j'essaie de te répondre, cet après-midi.
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G
Tu ne nous laisses aucun répit, cher Etienne. et tu as bien raison.Ce que tu dis du « jeu » et du « sujet » rejoint quelques réflexions et quelques lectures de l'été, et plus anciennes.<br /> <br /> Depuis très longtemps, depuis mes 17 ou 18 ans, j'ai adopté la notion de « jeu fonctionnel », captée auprès de copains en Lycées techniques. Proviseur, je l'ai mise en œuvre autant que possible. Une fois faits, obligatoirement, les emplois du temps, carcan pour l'année, j'ai fait (tout?) mon possible pour donner du jeu aux collègues qui se lançaient dans des projets hors-cadre, hors-normes, créatifs, souvent enthousiasmants pour les élèves. L'Educ-nat' , pourtant rigide et normalisée, permettait encore cela, disposait même de quelques moyens. La principale difficulté était de vouloir – ou plus exactement : de « vouloir vouloir » , comme dit Jankélévitch (lu, relu tout récemment). C'est-à-dire de « vouloir refuser » que les textes soient un cadre impératif, et que l'abondance (réelle) du travail statutaire, les coûts (souvent dérisoires) et les risques (minimes) légitiment un non-vouloir, et l'immobilité , la résignation et finalement le désespoir. <br /> <br /> Je viens de lire de Howard Zinn, L'impossible neutralité, autobiographie d'un historien militant, 1994 et Agone, 2006. 355 p..(J'avais lu l'été dernier, du même, Désobéissance civile et démocratie. Sur la justice et la guerre. Agone, 2010, 576 p.). Luttant, depuis les années 40 et 50, d'abord seul ou presque localement, contre des manifestations concrètes du racisme aux Etats-Unis, contre les mensonges d’État, etc., Zinn constate que le « jeu », dont il prenait souvent l'initiative, met en mouvement des masses plus ou moins nombreuses, qu'on pouvait croire résignées parce que silencieuses, mais qui n'attendaient qu'un signe ou un signal - ce qui, à la fin, fait un peu bouger les points de vue, les cadres institutionnels et légaux. Au moins pour un temps, et jusqu'à un certain point. <br /> <br /> Je considère que le « jeu » auquel tu invites n'est autre chose que l'usage de notre liberté, l'acte de décider, le fait de « vouloir vouloir » … et de faire ! , ce qui est fondateur de notre humanité. Notre liberté ne s'use que si on ne s'en sert pas. Elle n'existe que dans un rapport d'examen rationnel et lucide de tout ce qui la limite, nous contraint, nous culpabilise, dilue la réflexion, noie le poisson, nous pousse à renoncer ; et elle n'existe que par l'action (autant qu'on peut réellement, et sans se raconter d'histoires) . Bref, la reconnaissance de notre « historicité », dirait Jolif . <br /> L'exercice de cette liberté, du « jeu », se heurte à la réalité. La Grèce et le sort qui lui est faitsont un exemple significatif. J'interprète (trop sommairement). Je sais que le fonctionnement de l’État n'y est pas exemplaire. Or c'est le prétexte saisi par les institutions mondiales et internationales (FMI, UE, BCE...)pour imposer leur volonté, c'est-à-dire leur politique au peuple grec. Leur légitimité démocratique est quasi nulle, celle des puissances de l'argent (les « investisseurs ») l'est, elle, absolument. Que le peuple grec refuse massivement (à 70 % ! ) ces décisions et ces logiques ne compte pour rien. Un « jeu » libre, ou autre, est interdit. Qu'on se le dise ! et qu'on en tienne compte ! Nous sommes dans ce monde-là. <br /> <br /> Dans la réalité, le « jeu », s'il n'est pas interdit, ne peut avoir lieu que dans des limites étroites fixées par une imbrication de « jeux » dominants. Dès lors, « que faire » ? Accepter ces limites comme nous y invitent constamment les « experts » relayés par les médias – et « jouer le jeu » ? Ou pousser le « jeu » jusqu'à repousser les limites de ces jeux dominants, voire se débarrasser de ceux-ci, ou tout au moins leur échapper ? Mais comment ? En cultivant son jardin ? En tirant ses marrons du jeu ? Ou par un retour à la réalité, aux possibilités du moment, etc. ?<br /> La question est de savoir ce que nous voulons : ce que nous voulons voir, ce que nous « voulons vouloir »… et ce que nous pouvons faire. Sans doute plus qu'on ne croit.<br /> <br /> <br /> Gérard Jaffrédou, 1. VIII. 2015
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L
Appuyez sur le titre pour avoir l'analyse : vous pourrez ensuite la télécharger.
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L
Lorsque les êtres ont un espace où ils jouent ensemble, chantent ensemble, même les animaux se transforment en hommes véritables.<br /> <br /> Les chants et les fêtes<br /> <br /> <br /> Un homme, une femme et leurs trois enfants vivaient ensemble dans une cabane, entre les collines battues par le vent du grand Nord et la mer grise. L’homme était un chasseur redoutable. Parfois, il poursuivait le gibier, dans l’herbe rare, jusqu’à ne plus voir les rochers de la mer. Parfois, dans son kayak, il traquait les phoques et les grands poissons jusqu'à ne plus voir la terre. Il apprit à ses enfants son savoir, son art, ses ruses de chasseur infaillible. Quand l’aîné fut en âge de courir les collines et les landes désertes, il s’en alla fièrement, l’oeil brillant, l’arc au poing. Mais, dans les broussailles, sa trace se perdit. Il ne revint jamais dans la cabane familiale où sa mère pleura longtemps devant le feu, espérant son retour. Quelques années passèrent. Vint le temps où le deuxième fils fut en âge de partir seul, lui aussi, à la chasse au renne et au caribou. Un matin donc, il s’en alla comme son frère, vêtu de cuir et chaussé de mocassins brodés. Mais, comme son frère, il disparut à l’horizon, et jamais on ne le revit. Le visage de ses parents, tant leur douleur fut grande, se couvrit de rides et leur tête de cheveux blancs. Quand leur troisième fils s’en fut par le chemin de la colline, ils le bénirent trois fois, les mains tremblantes et les yeux pleins de larmes. Le garçon leur dit : « Ne vous lamentez pas ainsi. Moi, je reviendrai, je vous promets que je reviendrai ». Et il disparut, au loin, sous le ciel gris. <br /> <br /> Or, sur la lande, il vit un grand aigle noir tournoyant au-dessus de lui. Le garçon arma son arc et le tendit vers le ciel. Mais avant qu’il n’ait pu tirer, l’aigle descendit, fonça vers la terre et se posa à côté de lui. Alors son plumage s’ouvrit dans un grand froissement ténébreux, et apparut un homme de haute taille, vigoureux, à la chevelure longue et lisse, au regard vif. Cet homme dit : « C’est moi qui ai tué tes deux frères. Je te tuerai toi aussi à moins que tu n’acceptes de faire ce que je vais te demander. Je veux que dès ton retour chez toi, tu chantes des chansons avec tes semblables et tu fasses de grandes fêtes. « Qu’est-ce qu’une chanson ? répondit le garçon. Et qu’est-ce qu’une fête ? – Acceptes-tu oui ou non ? – J’accepte, mais je ne comprends pas. – Viens avec moi, dit l’homme-aigle. Ma mère t’apprendra ce que tu dois savoir. Tes deux frères n’ont pas voulu apprendre, ils détestaient les fêtes et les chansons. C’est pourquoi je les ai tués. Toi, dès que tu auras appris à composer une chanson, à assembler les mots comme il faut, à chanter et à danser, tu pourras revenir tranquillement chez toi. <br /> <br /> L’homme jeta sur son épaule son manteau en plumage d’aigle et s’en alla, avec le garçon, vers la montagne. Ils marchèrent longtemps, traversant des vallées, des cols, des neiges éternelles. Ils arrivèrent enfin devant une maison de pierre, à la cime d’une montagne rocheuse. Cette maison tremblait, vibrait, secouée par un bruit sourd comme un battement grave, lent et profond. « Ecoute, dit l’homme-aigle. C’est le coeur de ma mère qui bat. Entre, n’aie pas peur. » Il poussa la porte. Dans la grande cuisine enfumée, une vieille femme était assise. Son visage était infiniment ridé, elle se tenait voûtée, tristement. L’homme-aigle l’embrassa. « Mère, lui dit-il, tu vas revivre, toi qui te meurs. Ce jeune homme est venu apprendre à composer des chansons, à battre du tambour, à danser. Il enseignera tout cela aux humains qui ne savent rien des fêtes et des chants. Le visage de la vieille s’épanouit. Elle se leva, serra le garçon dans ses bras et lui dit : « Grâce à toi, je vais rajeunir. Tu vas me délivrer de mon savoir, enfin ! Au travail vivement ! Tu vas d’abord construire une grande maison, plus grande et plus belle que les maisons ordinaires. Le garçon, sur la montagne, construisit une grande maison, puis la mère de l’aigle lui apprit à faire un tambour, à battre la mesure, à chanter, à ordonner les mots et la musique, à danser. Et, jour après jour, le dos voûté de la vieille femme se redressa, ses rides s’effacèrent sur son visage, sur sa tête poussa une superbe chevelure noire. Quand elle eut fini de dire tout son savoir, elle était devenue une belle femme majestueuse aux joues lisses, aux yeux paisibles et brillants. Le garçon serait volontiers resté avec elle. <br /> <br /> Mais un matin il lui fallut partir. Il redescendit en courant vers la vallée, vers la mer, vers la cabane de ses parents qui croyaient l’avoir perdu à jamais, lui aussi, depuis le temps qu’il s’en était allé. Avec son père, il construisit une grande maison, ils firent ensemble des tambours, puis composèrent des chansons. <br /> <br /> Quand tout fut prêt, ils s’en allèrent chercher des convives pour le festin. Ils rencontrèrent des gens étranges par les collines. Les uns étaient vêtus de peaux de loups, les autres de peaux de renard, les autres de fourrures d’ours. Ils les invitèrent tous. Devant les feux crépitants, celui qui savait chanta dans la grande maison, il joua du tambour, dansa, toute la nuit. A l’aube, les invités s’en allèrent, saluant le jeune homme et son père. Alors le jeune homme et son père, les voyant se disperser dans l’herbe grise au petit jour, s’aperçurent que tous ces gens qui avaient fait la fête avec eux étaient des animaux qui s’étaient métamorphosés en hommes et en femmes, le temps d’une nuit. La mère-aigle les avait envoyés pour qu’ils donnent au garçon la dernière leçon, le dernier mot de son savoir. Voici : quand le tambour bat juste, quand la danse est bien rythmée, quand la fête est belle, son pouvoir est si grand qu’il change les bêtes en hommes véritables. (Conte des Indiens du Canada, Henri Gougaud, L’arbre à soleils, Ed. du Seuil)
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D
Bonjour Étienne,<br /> Après la démocratie, le vif du sujet.<br /> Dans ses dialogues socratiques, Platon fait appel à l'espace et au temps intermédiaires pour faire apprendre au disciple.<br /> Reste que j'apprends à partir de ce que je sais.<br /> Si ton espace intermédiaire peut facilement se comprendre ! le temps intermédiaire me parait plus coquin et mériterait ton attention.<br /> Pour cette dame (Michèle), pas vu, pas pris.<br /> Très amicalement.
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E
Denis, tu t'en tires un peu trop facilement par rapport aux remarques de Michèle.<br /> En ce qui me concerne, je tâcherai d'aller voir le "temps intermédiaire".
M
Merci à Michèle, qui, dans "Par chemins", revient, à plusieurs reprises, sur cet article.<br /> Appuyez sur le titre pour lire.
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E
Michèle, je communique ta remarque à Denis. Il répondra sûrement.<br /> Ta remarque n'avait pas été retenue. J'ai dû la récupérer dans la partie administration.<br /> Bonne soirée !
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M
Denis, je ne ferai pas un procès d'intention !<br /> <br /> Pour ma part, je suis revenue, pour relire avec plus d'attention et en profondeur, au demeurant cela peut paraître difficile à lire "au commun des mortels" mais je pense que l'analyse est très bien construite et tout à fait adaptée à ce que nous pouvons constater sur la vie d'aujourd'hui .<br /> <br /> Ne soyons pas aussi "terre à terre" avec des idées inculquées, reçues; ouvrons nos yeux sur le nouveau monde; qui n'est peut-être pas le meilleur des mondes ! ? Alors songeons à le faire meilleur ! !
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D
Comme toi, dans ta 1re partie, je pense que la démocratie à l'occidental reste un moyen qui peut perdre le sujet..Je lui préfère donc la devise de la République.<br /> Pour le reste ? A 2 encablures de la mort, ma mise sous perfusion thérapeutique me parait d'un besoin tout à fait aléatoire.<br /> <br /> Très amicalement.
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E
Denis, je pense que tu as, en partie, raison. La thérapie de l'humour est tout à fait adaptée.<br /> Bien amicalement.
E
Rebonjour Neven,<br /> Tu as soulevé le problème de la globalisation et j’aimerais pouvoir y réfléchir avec la notion d’espace de jeu ou d’espace intermédiaire. Il est évident que le libéralisme à l’échelle internationale détruit le sujet. Comment alors y remédier ? Pourrais-tu lancer quelques idées pour amorcer une réflexion commune, en partant de l’espace de jeu ?
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M
Bravo et félicitations; j'ai découvert grâce à Olivier cette note pertinente, et que beaucoup de jeune parents devraient lire !<br /> Notre petit-fils Mathias 15 mois a la chance d'évoluer avec ces concepts !<br /> Merci
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E
Merci Michèle de vos encouragements. Je pense que l'espace de jeu est très important pour nous faire avancer.. C'est Mathias qui va devenir votre maître !
N
Cher Etienne,<br /> <br /> Merci pour ce texte, je le trouve très juste et il me parle beaucoup. <br /> J'aime cet équilibre que tu as pu trouver entre l'espace intermédiaire et l'espace de jeu qui est plus lié à un rapport émotionnel, donc plus compréhensible et donc une bonne étape afin de mieux comprendre le premier. J'aimerai bien associer cette analyse avec celle des trois verbes : travailler (pour manger, dormir, etc. ; lié à l'argent), œuvrer (pour s'épanouir en tant que sujet, d'où cette proposition que tout le monde doit apprendre à être artiste; lié au temps disponible) et agir (pour être parmi les autres ; lié au temps disponible) (théorie émise en interprétant Hannah Arendt) ainsi qu'avec l'importance du réseau local qui amène à penser des notions d'entraide (interprofessionnelle, si on parle de travail), d'autonomie relative et d’interdépendance choisie que je peux traduire avec tes mots comme étant l'espace où le sujet peut s'épanouir dans une échelle corporelle idéale (équilibre face à la globalisation) afin de trouver un équilibre entre les trois verbes.<br /> <br /> Bien à toi,<br /> Toutes mes amitiés,<br /> Neven
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E
Bonjour Neven,<br /> Je trouve que tu saisis bien ce qu’est l’espace intermédiaire en tant qu’espace de jeu. C’est, en fait, l’espace qui te sollicite sans cesse en tant qu’artiste. Et je deviens artiste lorsque je suis créateur et que j’en viens à recréer le monde. C’est pourquoi je suis très attentif aujourd’hui à ce qui se passe dans le monde artistique : il saisit mieux que les autres mondes l’évolution d’aujourd’hui et peut ainsi avoir un comportement et une parole prophétiques.<br /> <br /> <br /> Bien amicalement.
D
Bonjour Étienne,<br /> Ton écriture est difficile à lire. Des négations à pleurer, des nous d'intolérance. J'en passe et des meilleurs.<br /> J'ai retenu la démocratie : liberté, égalité, fraternité.<br /> <br /> Liberté <br /> L'agir est l'expression de l'être. Exemple Mandela. Qui était prisonnier : Mandela ou ses geôliers ?<br /> <br /> Egalité<br /> Chaque homme, j'embrasse toutes femmes, a une histoire personnelle, mais tous vivent dans la société. L'égalité entre les hommes suppose donc la diversité des fonctions. Bonjour la pseudo ordination catholique et ses grades : diaconat, prêtre, évêque.<br /> <br /> Fraternité<br /> C'est le fond de ta réflexion. La votation suisse du 7 mars 2015 sur l'exclusion de l'étranger, se révèle, de fait, inapplicable, car l'économie suisse a besoin de bras, des frontaliers, des immigrants, etc, pour continuer à produire. Non seulement ce texte est odieux, mais encore il est absurde. <br /> <br /> Credo quia absurdum est ! Heureux latin.<br /> Très amicalement
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E
Merci de me faire remarquer les difficultés de lecture. Pour le reste il me semble que tu es aussi difficile à comprendre que je ne le suis moi-même parce que tu suis ta propre idée sans tenir compte de ce que j’ai écrit. C’est toute une partie de ton inconscient que tu nous livres. Et pour te comprendre il faudrait faire un long travail d’interprétation. Malheureusement ou heureusement, je ne suis pas ton thérapeute !<br /> Bien amicalement.
O
Merci à Olivier qui fait référence à cet article dans son blog de blogs.<br /> Appuyer sur le titre.
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P
Histoire de chats<br /> J'adore les chats....<br /> Rien à voir avec ton blog apparemment, et pourtant....<br /> J'ai apprivoisé deux chats après les avoir capturé dans une trappe, puisque c'étaient des chats sauvages qu'il fallait stériliser. A ce propos le quartier était en perpétuel effervescence puisque s'affrontaient deux politiques : soit les nourrir et encourir leur multiplication soit les laisser crever de faim. Avec deux voisines on a fait stériliser une dizaine de bêtes (il reste encore deux matous), avec une aide partielle de la S.P.A.<br /> Bref : ce qui me sidère chez les deux chats apprivoisés c'est leur soif de jouer, délaissant la pâtée la plus appétissante qui soit. Leur priorité est l'amusement et pourtant jusqu'a 6 mois ils ont souffert de la faim mangeant même des papiers journaux, habitude qu’ils perdirent peu à peu.<br /> Leur " boulimie" des jeux m'ont obligé à consentir à une perte de temps et d'efficacité, compensée par de grands éclats de rire que je ne me connaissais plus.<br /> Finalement je me retrouve enfant alors que je me plaignais de m'ennuyer dès que mon entourage cessait de jouer,<br /> ce qui m'a obligée à inventer mille rêves pour enfant "unique"<br /> unique parce que sans fratrie, mais surtout parce que je devenais sujet.<br /> Merci pour tes réflexions qui animent les miennes et sont un jeu aussi.
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E
Les animaux, et en particulier les chats, peuvent être nos maîtres parce que leurs apprentissages passent par le jeu. C’est ce qui s’est passé pour toi avec bonheur. Ils t’ont réappris la vie !
G
J'aime bien quand tu penses que la politique c'est aussi notre affaire à tous.<br /> A Sète en ce moment c'est la fête de la poésie. Ce festival reçoit de nombreux poètes des rives de la méditerranée. Je suis surprise de constater que les poètes des pays en guerre rayonnent d'espérance. Une belle leçon pour répondre à notre morosité
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E
J'aime bien, moi de mon côté, lorsque tu dis que les poètes des pays en guerre rayonnent d'espérance. La guerre n'est pas faite pour durer. Elle peut conduire à la parole retrouvée.
G
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