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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 20:56

Arbre de vie, Gustave Klimt


Comment je vis ma propre mort

 

La mort nous fait peur parce que nous ne savons pas ce qu’elle est. En réalité, elle est là, depuis notre naissance.


Nous sommes habités par la mort

Il existe un conte, qui essaie de lever le voile sur le mystère de la mort. C’est un conte indien, déjà, maintes fois, évoqué. Il est tout simplement intitulé « Le conte de l’arbre ». Il existe en Inde, dans un coin reculé, un arbre, plus vieux que le monde. Les anciens en ont parlé, depuis les temps les plus reculés. Chaque année, et quel que soit le temps, il produit des fruits magnifiques. Comme l’homme, il a deux bras, je veux dire deux branches principales. Mais on sait que les fruits de l’une des deux branches sont empoisonnés. Aussi, personne, jusqu’à ce jour, n’a osé goûter du fruit défendu. Or, une année, la sécheresse fait rage et les hommes risquent de mourir de faim. Un après-midi, quelques-uns sont là, installés à l’ombre du grand arbre. Ils se disent qu’ils pourraient sortir de la famine s’ils savaient quelle est la branche des fruits empoisonnés. C’est alors que, n’y tenant plus, certain de mourir dans les prochaines heures, un homme se lève péniblement et cueille un fruit de la branche de droite. Soudain il se remet à vivre, son visage s’épanouit. Aussitôt, tous ses compagnons se précipitent sur la branche de droite et sont heureux de retrouver l’espérance. Il faut pourtant affronter l’avenir car les enfants courent le risque de se tromper de branche. Le soir, le conseil du village se réunit et la décision est prise de couper la branche de gauche. Le lendemain matin, chacun va chercher sa nourriture, mais tous les fruits sont disséminés sur le sol : l’arbre est mort. La mort fait aussi partie de la vie. Si quelqu’un s’avise de l’écarter, l’existence n’est plus possible.


La peur de la mort nous enferme dans une caverne

L’homme a peur de la mort, comme il a peur des bêtes sauvages. La mort prend la figure du loup, de l’ours ou du lion. Pour leur échapper, les humains transforment la caverne en habitation. Tournés vers la paroi centrale, le dos à la lumière, ils ne connaissent de la réalité que l’ombre dessinée sur les murs. C’est ce que veut exprimer Platon dans le mythe de la caverne. L’homme mène ainsi une existence sans relief, et, oubliant que la peur de la mort est à l’origine de son mauvais sort, il pense que la caverne est le lieu d’habitation naturel que lui a réservé le créateur. Si, par hasard, un homme s’avisait d’en franchir le seuil pour entrer dans un paradis de lumière, il ne pourrait revenir pour annoncer la bonne nouvelle aux habitants. Platon dit avec raison qu’il serait condamné à mort.


La mort ou la grande passeuse de la vie

Comme le souligne avec force le conte de l’arbre, nous ne pouvons vivre sans faire une place à la mort. Mais nous ne pouvons faire une place à la mort que si nous sortons de la peur qui la condamne et nous condamne avec elle à l’enfermement. Pour la plupart d’entre nous, la mort est l’ennemie de l’homme. En réalité, elle doit nous permettre d’évoluer et d’aller vers un surplus d’existence. Il ne faut pas s’accrocher à la vie car nous finissons par la bloquer : elle est un flux qu’il faut accompagner. La mort est là pour assurer son flot continuel. Elle est la grande passeuse et gare à celui qui ne veut pas payer le prix du passage en se déliant de la vie pour laisser son flux incessant nous emporter vers l’avenir.


Mon expérience depuis trois ans

Lorsque j’approchais des cinquante ans, j’ai été pris d’une profonde panique : j’allais entrer dans la vieillesse et c’était, pour moi, insupportable. Plusieurs mois se passèrent ainsi et j’ai fini par avoir la conviction que si je vieillissais de l’extérieur, j’étais en train de rajeunir de l’intérieur. C’est ainsi que j’ai été guéri définitivement de la peur de vieillir.

Récemment, il y a trois ans, beaucoup d’eau avait déjà passé sous les ponts, je me suis à nouveau interrogé sur mon existence. La mort approchait, il fallait donc envisager l’avenir. Cette mort, elle ne me faisait plus peur parce que j’avais compris sa nécessité, son intérêt et sa signification. Mais qu’allait-il advenir de moi dans un avenir relativement proche ? C’est alors que je me suis situé entre la vie présente et l’avenir encore enveloppé de mystère. Dans la nouvelle dynamique que suscitait l’entre-deux au sein duquel je me trouvais installé, j’ai été entraîné à un investissement renforcé pour la vie présente. En même temps j’étais plus ancré dans le réel sous l’effet de la lumière vers laquelle j’étais désormais orienté. Le présent et l’avenir jouaient ensemble, se renforçant l’un l’autre, sans m’entraîner vers une spiritualité évanescente. J’ai fini par comprendre plus tard que cela était possible parce que j’avais été mis, malgré moi, dans la barque de la grande passeuse, dans la barque de la mort.


Une nouvelle gestation

La barque était en train de devenir une matrice pour une nouvelle gestation. Mon être se transformait comme s’il était tout entier revivifié par un grand Souffle intérieur. J’ose dire, sans trop de prétention, que je me nourris désormais de lumière. Elle est aussi indispensable que le pain, le vin, la viande et les fruits. Ce n’est pas seulement mon expérience, c’est aussi celle de beaucoup d’autres, qui ont abandonné la peur de la mort pour donner plus de place à la Vie. Grâce à la mort elle-même, je participe à ma propre gestation pour être à même de m’ancrer dans l’éternité. Pour moi, cela n’est pas exceptionnel : c’est le destin auquel chaque homme est appelé.


Produire des graines d’éternité

J’ai besoin maintenant de me délier de certaines contraintes de la vie. Je veux avoir le temps d’écrire. L’écriture est comme la mort, elle est matrice de vie, pour envelopper des graines d’éternité. Il me faut ainsi poursuivre mon cheminement, dans la barque du passage.


J’attends désormais le grand jour de ma naissance

Un jour, je ne sais dans combien de temps, comme chaque homme, je quitterai mon enveloppe charnelle, pour donner naissance à un être nouveau, à la manière du papillon qui s’extirpe de la chenille. L’avenir reste encore mystérieux mais, pour moi, il baigne déjà dans la lumière.

 

Etienne Duval

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commentaires

V
Très bon site ! Je le trouve très vivant, bien pensé en plus il a plutôt belle gueule et les illustrations sont chouettes ! Je vous souhaite bonne continuation et un bon courage pour la suite et la continuité de ce magnifique site.
Répondre
F
Bonsoir Etienne,

"Mon cheminement dans la barque du passage", c'est une réalité qui me touche.

Merci d'avoir mis en mots ce temps de la vie qui nous porte dans la confiance et l'espérance, comme un berceau de tendresse.

Je viens de vivre un stage de peinture où notre "maître", philosophe et artiste-peintre , nous a guidés pour nous permettre de peindre chacun notre lumière intérieure.
Le thème était "ombres et lumière".

Bel été à toi, dans la lumière de ce qui vient. Françoise
Répondre
E
Toi aussi tu sais trouver les mots pour exprimer ce temps privilégié de la vie lorsque tu parles de berceau de tendresse et de l'art de peindre sa lumière intérieure. Les mots qui ne peuvent mentir disent bien que nous vivons la même expérience.
X
Je lis ton blog avec beaucoup de retard...

La mort je ne sais pas et m’interdis tout imaginaire. Je ne sais pas, sinon son caractère inéluctable.

Par contre la maladie lourde et la déchéance qui va souvent avec ces maladies, je crains et cela me fait peur.... Mais c’est ainsi et on ne choisit pas. En attendant, il y a la vie.
Répondre
E
Oui, c'est la vie qui doit l'emporter. Justement pour moi, la mort vient féconder la vie pour l'emmener jusqu'à son terme. C'est pourquoi, au moins pour le moment, elle ne me fait plus peur. Elle cache une nouvelle gestation.
M
La mort est aussi un manque ou un risque de manque, manque de et pour tant de choses ou d'êtres.
-Ah! s'il était là, il saurait faire... ou il saurait dire ce qu'il faut...

-Ah! S'il ou si j' en venait à manquer Dieu?
ou
-Ah si je m'étais manqué à moi -même?
-Ah, si je manquais à autrui?

et pire à mes yeux:
(ex dans l'Etranger de Camus) il m'a manqué alors je l'ai tué.

Etienne a trouvé LA Lumière nourricière ? Celle qui le nourrit ? Qu'est-ce donc?

"Rien ne saurait me manquer"... tiens c'est le 22ème Psaume, style notre siècle?
Ou bien rien de nouveau sous le soleil?
La mort , la vie , la mort, la vie etc.. et comme dit un proverbe lyonnais
" Y a que deux moment qu'comptent dans la vie, Tout l'reste c'est qu'de remplissage"
Répondre
E
Bonjour Marie-Claude,

Ce que tu dis sur le manque est très intéressant. Celui meurt me manque, mais c'est aussi une incitation à sortir de la dépendance et à renouer avec moi-même. Par ailleurs manquer de Dieu est la source du désir de Dieu. S'il n'y a pas cette expérience, il n'y a pas le désir de rencontrer Dieu.
Sur la lumière comme source nourricière, c'est bien une expérience par intermittence, qui me fait toucher du doigt ce qu'on appelle la vie éternelle. Je vis cette lumière comme une nourriture mais je suis obligé de m'interroger sur la possibilité d'illusions.
G
J'admire toujours ta façon de rebondir et voici mon sentiment

J'aime bien ton idée que l'inverse de la mort ce n'est pas la vie mais c'est la naissance . Pourquoi ce qui nous parait si compréhensible pour les plantes ou les papillons !!!! nous semble si obscure pour les humains

Mais la grande question pour moi ce n'est pas ce que je vais devenir après ma mort !!! mais ce que j'étais avant ma naissance.


Bien amicalement Geneviève
Répondre
E
Tu poses une question plus redoutable que la mienne. J'aurais tendance à répondre : "rien" ou plutôt "le manque de toi"....
F
Cher Etienne,

Merci de cette méditation non sur la mort (alors, que de baratin...) mais sur ta mort, ce qui est plus compromettant, enraciné dans l'existence réelle.

Nous sommes "de la classe" (1933) et donc dans la même proximité incertaine du dernier passage.

Le conte de l'arbre est très beau. Il nous renseigne sur le présent. Pas beaucoup sur la suite. Le passage de la caverne à la lumière, je pense le vivre aussi. Bien que Platon ne soit pas mon copain ! Je suis sorti du trou depuis longtemps et ne suis pas sûr d'y être jamais entré. Dehors, non, on ne meurt pas. On trouve des tas de choses intéressantes, à goûter une par une. ...

C'est dire que je suis un vieil et incorrigible aristotélicien ! Bien d'accord avec toi sur le fait essentiel que ces réflexions nous renvoient "au bel aujourd'hui". A vivre, jusqu'au bout, dans l'accueil quotidien, sans se tordre le cou pour imaginer un "après" qui est, en vérité, de l'impensable. Ça n'empêche pas de vivre dans l'espérance, au contraire. Mais pour moi, elle est reçue. Promesse d'une vie nouvelle, une création nouvelle qui, hors du temps et de l'espace, ne peut que nous échapper. De cet avenir, qui est aussi origine, nous ne savons que ce qu'il n'est pas, et nous l'appelons "dieu". C'est l'expérience quotidienne de nos limites qui en impose la présence, incontournable.

J'aime une image trouvée par Françoise Dolto, bien que ce texte étonnant ("L'image inconsciente du corps") n'ait été édité que par sa fille, après son passage à elle. Dans l'antipathique charabia de la psychanalyse, elle montre que la vie est faite d'une suite de "castrations" successives, qui permettent de franchir un seuil et de vivre d'une manière qui était imprévisible au cours de l'étape précédente. L'enfant ne peut imaginer l'adolescent et l'adulte qu'il va devenir. La mort n'est alors que la dernière "castration", ouvrant une vie nouvelle imprévue, imprévisible.

J'aime aussi cette métaphore parce qu'elle ne cache pas le côté négatif de l'opération. Non merci, je n'ai pas envie de ça ! Et l'espérance, c'est une forme "pratique" de la foi, qui veut dire "confiance". Je ne crois pas un mot d'une prétendue immortalité que la bible ignore (sauf dans le mythe initial du paradis terrestre) et qui serait comme une caractéristique naturelle de l'homme. Naturellement, nous sommes mortels, et c'est tout. Sauf que le prolongement de nos amours chez les autres, si éphémère qu'il soit, permet tout de même une sorte d'analogie pour penser que le don de la vie à venir ne nous est pas totalement étranger. De l'ancien et du nouveau, comme toujours... Une autre "pierre d'attente" est la forme de survie que nous vivons pour ceux que nous avons aimés, et qui ne sont plus là. Et même, sur un temps bien plus ouvert, la "vie", présente en nous, de nos maîtres disparus, voir celle de gens très anciens dont nous sommes les héritiers authentiques, et bien vivants.

Tu parles aussi de "la peur de vieillir". Il me semble que c'est autre chose que celle de la mort. Un processus lent et continu, implacable. Une série de diminutions, parfois brutales, il est vrai. Le problème est de s'accepter dans l'état nouveau, apparemment moins avantageux. Et de le vivre avec toutes les possibilités qu'il garde, je l'espère, jusqu'au bout. Les autres nous y aident infiniment... Il y a, dans "L'écume des jours", cette image terrible de la maison de la petite souris (la copine tuberculeuse de Boris Vian, condamnée...) dont la jolie maison diminue chaque jour un peu plus, et devient minuscule. En mourant, Michel Nielly parlait de "simplification", au dire de Jean Delarra qui l'accompagnait Voilà donc un bout de chemin encore à partager. Merci de le rappeler.

Bien à toi.


François Douchin
Répondre
E
Je vois que nous sommes sur la même longueur d’onde et cela ne m’étonne pas. Je n’ai donc rien à rajouter, sauf peut-être l’expérience de la lumière. Ce qui m’amène à parler de vie éternelle, c’est une certaine expérience de la lumière, qui m’apparaît comme une véritable nourriture, comme une vie qui ne se tarit pas.
Je me suis permis de tout mettre sur le blog comme pour les autres intervenants. Une manière s’exposer…Mais si tu es contre, je peux rectifier, ce qui serait dommage car ton texte très dense apporte à tous les autres : http://mythesfondateurs.over-blog.com/2015/06/comment-je-vis-ma-propre-mort.html#anchorComment
M
Bonjour Etienne,
J'ai lu ta belle communication, sincère et personnelle, sur la mort. J'aime beaucoup le conte de l'arbre. Il réunit toutes les sagesses et manières de penser : peut-être particulièrement orientales et extrême-orientales, car nous avons du mal, nous, à réunir les contraires. D'où notre difficulté aussi à accepter que vie et mort cheminent en nous dès avant le premier jour. Mais ce mode de pensée gagne du terrain, nous progressons en ce sens.
Quand tu décris tes sensations personnelles en évoquant cette progression vers la lumière, je reste coite. Je n'ai rien à ajouter, ni approuver ou partager, ni contester. Aucun pressentiment, pas davantage de réflexion.
J'ai attendu 2 jours, relu deux fois et parcouru ce matin les 40 commentaires très personnels et émouvants que ton écrit à sucités. Et je sonde mon ignorance, mon inexpérience. (Je n'ai pas été confrontée au passage vers la mort).
Pour ma part, jusqu'ici, je n'ai pas pensé pas à la mort. Dès que je veux y réfléchir mon esprit s'envole ailleurs, vers la vie je crois. Est-ce la peur déguisée ? Je n'ai pas de sentiment de peur puisque je n'imagine pas le passage vers la mort.
Est-ce que j'accepte l'idée de la venue de la mort ou est-ce que je serai prise de panique et non préparée à la dernière minute ?
Dès que je me pose la question ma pensée se volatilise.
Je vis et je pense à la vie qui m'occupe.
Je ne suis pas une optimiste de la vie, je suis sur terre parce qu'on m'y a mise sans mon consentement. J'espère en partir sans regrets ni souffrances extrêmes. C'est mon vœu le plus cher, car je suis née douillette. Je vais avoir 70 ans et aucune appréhension de la mort. D'autres êtres s'y préparent depuis l'enfance, y pensent tous les jours...
En tout cas, j'aime bien l'idée de la renaissance que tu attends et qui n'est pas sans évoquer la pensée des bouddhistes. C'était parait-il aussi celle des premiers chrétiens. C'est également la métaphore de l'Histoire qu'illustre la succession des générations.
Monique Douillet
http://www.recits-et-reflexions.com

Tous les mois, S!lence,

la revue exploratrice d'alternatives

www.revuesilence.net
Répondre
E
Merci Monique de ta participation à la réflexion. J’aime bien la manière de chacun de se positionner. Lorsque j’ai voulu me situer entre la vie présente et l’avenir en partie mystérieux, j’ai été renvoyé à un plus grand investissement dans la vie présente. Un peu comme toi maintenant. Ce qui m’a le plus introduit à la vie future c’est l’expérience de la lumière et j’ai eu alors la sensation d’une forme d’éternité. C’est un peu ce qui m’a incité à témoigner et à faire partager une forme d’optimisme. Il me semble que nous en avons besoin.
A
Reprise du dialogue :

Oui, mais pas pleinement et c'est pourquopi l'effet tunnel est possible.
Répondre
E
Tu as raison...
G
Et à l'heure de notre mort ?...
… Quelle tête ferons-nous, qu'aurons-nous à l'esprit s'il est toujours en état de marche? Pour le moment c'est encore le cas (je suppose) alors que l'échéance fatale cesse d'être une hypothèse d'école ou une abstraction philosophique. Je ne peux qu'essayer de dire ce qui m'y vient assez fréquemment.

La mort de mon père, en 1964, puis celle de ma mère en 1998, m'ont fait prendre conscience que me voilà en première ligne avec mes frères et sœurs. La mort de ceux-ci en 1975, en 2006, en 20013, me laisse quasiment seul devant l'affaire en question (il me reste une autre sœur qui s'éteint d'un alzheimer à 89 ans). Mais, très jeune, à 12 ans, j'avais enregistré l'avertissement d'un assez vieil homme (de près de 60 ans), amical patron de ma sœur la plus proche, qui m'avertissait : « Tu sais, Gérard, l'homme vit et meurt seul ». Je crois m'être habitué à cette idée.

Mais on le sait : la réalité est sournoise, … inattendue ! dans sa survenue et ses effets. La mort d'un neveu très cher et très proche, alors commandant d'un SNA, (dans un accident mécanique déclaré imprévisible où se sont appliquées des procédures indiscutables qui ont produit la mort de dix hommes) m'ont fait comprendre ce que la mort d'autrui produisait sur moi. L'interruption brutale, douloureuse, d'un morceau heureux de la vie : des navigations communes, des discussions et des recherches intellectuelles de concert, des rigolades complices, des histoires familiales révélées, partagées. Interruption ; mais aussi la mort me fait sentir l'importance de ces moments passés, qui sont maintenant des composantes essentielles de ma vie, de moi-même, de mes rapports avec les autres. Cela, d'autant plus fortement que la mort sacralise en quelque sorte ces moments. Ceux-ci n'auront plus lieu. Ils en ont quelque chose d'absolu. Et je pourrais le dire également à propose de ceux, maintenant nombreux, qui ont tiré leur révérence, que j'aimais, et à qui je dois beaucoup.

Mais la mort d'autrui n'est pas la mienne, dont je ne peux rien savoir. Certes, «Je ne meurs pas » (on connaît le paradoxe : quand j'y pense, je suis encore vivant ; quand je ne le suis plus je ne pourrai le penser). Mais dans la réalité on meurt quand même. Peu avant la mort de mon dernier frère, il y a deux ans, je l'ai entendu dire dans un souffle, après un fort et long frisson, à sa femme qui lui avait demandé ce qui lui arrivait – et n'a pas entendu la réponse ! - : « J'ai peur de la mort ». J'ai été désarmé. Que dire de vrai, dans ce moment ?
J'aurais pu répondre que tout le monde en est là. Mais plus ou moins loin. Ce qui change tout. J'ai plus peur de la fin, que de la mort : la fin progressive des facultés qui font le plaisir et même le bonheur de la vie ; la disparition, ou l'éloignement par la force -hélas- des « choses », des amis (des amies!), des proches, qui en font la chaleur et le prix. Je ne crois guère – c'est-à-dire pas du tout (ou plus du tout, si j'y ai jamais cru véritablement) - aux consolations hypothétiques, rêvées, alléguées, consécutives au passage obligé.
Il en faut quand même... pour que la vie, ce qui en reste, soit supportable. J'y mets l'espoir de n'avoir pas fait (trop) de mal autour des moi, causé (trop) de torts à autrui, proches ou non ; l'idée d'avoir un peu contribué à faire « avancer », comme on dit quelques idées, débrouillé quelques situations, d'avoir accompagné utilement pendant un moment des gens que j'aimais ; j'y ajoute la croyance que si cela peut les aider encore un peu … « après », tant mieux. J'y mets aussi la conviction raisonnable, acquise plus ou moins fortement, qu'après tout, il faut bien que l'histoire s'arrête, puisque nous sommes dedans. Juste pour un petit moment.

Puis la vie continue.

Gérard Jaffrédou.
17.VI. 2015
Répondre
E
Je suis étonné par la qualité de vérité qu’engendre une réflexion personnelle sur la mort, chez toi, bien entendu, comme chez d’autres. Comme toi, je pense que nous serons jugés sur notre humanité, ou plutôt que nous nous jugerons nous-mêmes sur ce critère. Personnellement, je suis très confiant car j’ai un peu l’expérience de la lumière : elle me dit la vie éternelle. Mais je laisse ouvert tout l’espace de mystère.
Bien amicalement.
J
Bonjour,

La MORT, le conte de l’arbre, TA MORT . Bravo, tu as eu le courage de publier tes craintes, tes réflexions, ton expérience et ta sagesse devant la perspective de ton au de-là depuis que tu as tué ta peur de la « GRANDE PASSEUSE ».

Pour ma part, j’ai adopté depuis longtemps le point de vue qui était sur ce sujet, celui de mon père : « la mort est le lot commun à tous les humains ; l’inégalité réside dans les conditions dans lesquelles elle survient ; elle est le dernier acte de la vie terrestre. Si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer ; en effet, que se passerait-il si toutes les créatures et si César, Louis XIV, Napoléon, Staline, De Gaulle, etc. … (pour ne citer que qq. Grands Politiques ) étaient encore en vie?

J’ai fort mal accompagné ma mère, pendant la dizaine de jours qui ont précédé son décès : elle souffrait beaucoup, elle était hospitalisée, elle avait été placée sous morphine, elle était donc dans le coma. Le médecin hospitalier que j’avais questionné, m’avait assuré qu’elle était devenue un « légume » incapable de communiquer. J’étais donc près d’elle mais je ne m’adressais plus à elle. Or, un matin, mon épouse est venue me rejoindre ; elle lui a pris la main, lui a parlé, lui a proposé de réciter avec nous un « Notre Père.. » et un « Je vous salue Marie… » ; ma mère est décédée immédiatement après.
J’ai aussitôt pensé qu’elle avait compris, qu’elle attendait cette visite et ces paroles pour partir. J’ai eu le sentiment d’avoir raté mon dernier devoir d’affection filiale. Par la suite, ce regret ne m’a plus quitté. J’ai fait un accident ischémique transitoire et j’ai été déprimé. Mon fils, Alain, qui est hyper sensible et avec qui j’ai souvent été en désaccord, essayait de me soulager. Devant les échecs de la médecine, il me proposait de me conduire chez une dame spécialisée en Palmistrie (établissement d’un portrait psychologique à partir des lignes des mains) et en radiesthésie. N’y croyant pas, j’ai refusé pendant 5 ans. Finalement, devant son insistance, j’ai accepté pour lui faire plaisir.
J’ai eu aussitôt l’impression que cette personne a tout de suite saisi mon incrédulité (mon fils l’en avait sans doute informée). Elle a d’abord essayé de me convaincre. J’ai suivi en partie ses conseils et, surprise, j’ai eu le sentiment de communiquer avec ma mère (à qui j’ai exprimé mon amour et mes regrets) et d’être pardonné. Je suis alors guéri (mes regrets se sont évanouis !).
Je termine en évoquant le doute de mon père devant la promesse de Résurrection des corps de l’Eglise ; il avait la foi du charbonnier mais il aurait souhaité avoir le témoignage de la véracité de cette croyance, par une personne de sa connaissance déjà disparue.

En conclusion, je partage ta confiance dans l’existence d’un seconde vie. Par contre, je pense que la résurrection des corps, si elle existe, aura lieu sous une forme qui nous est inconcevable. Ce dernier point n’est cependant pas pour moi, essentiel. Avec l’expression de toute mon Amitié.
Répondre
E
Merci Jean de tes réactions pleines de vérité, surtout en ce qui concerne ta mère. C’est bien qu’il y ait eu une sorte de réconciliation, qui t’a redonné la paix. Tu es armé maintenant pour franchir le pas lorsque le moment viendra. Je crois que nous sommes en période de gestation de cet être nouveau qui pourra s’ancrer dans la vie éternelle. C’est peut-être, sûrement, cela qu’on appelle « résurrection ».
A
Ta sérénité devant la mort m'impressionne. Que la lumière qui t'illumine déjà te permette de traverser la barrière qui nous sépare de la vie éternelle comme par effet tunnel! Barrière souvent éprouvante pour ceux qui doivent l'escalader...
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E
Il n'y a pas de barrière qui nous sépare de la vie éternelle. La vie éternelle est déjà là. Et la mort elle-même n'est pas une barrière. Elle est là, coopérant à la Vie, depuis notre naissance.
B
REACTIONS

J’aime bien ton face à face final avec la lumière

Je me demande dans quel lycée tu as formé ta pensée dans les 15 – 18 ans

La mienne formée dans un lycée de la République, n’a pas été formée comme la tienne semble-t-il. Ni l’arbre ni la caverne ne me parlent. C’est trop une recherche d’idées, ou de réaction à la religion primitive ou aux religions de la cité et ce n’est pas encore la phénoménologie de la chose pensée. C’est la mort avec un grand L Majuscule, ce sur quoi tu veux nous faire nous interroger.
Quant à la peur, je n’ai pas lu Freud, mais des analyses se Lacan. Je ne vois pas bien cette peur. Dans ton texte c’est une entrée pas très bonne.

J’ai 3 face à face avec cette chose actuellement

D’abord on m’a appris à 3 ans à parler aux morts. Ma mère, ma première théologienne, a fait de moi et de ma sœur des animistes et je le suis encore. Les morts sont ceux de l’autre côté auxquels on parle tous les jours
C’était la façon de survivre à la gestapo, au camp de concentration de Neuengamme et à la tuberculose. Donc les morts sont les voisins de l’autre côté que l’on croise dans l’escalier tous les jours.
Après est venue la révélation chrétienne, la mort c’est le quart d’heure avant la résurrection, qui est finalement plus réelle et actuelle que le quart d’heure d’avant

Second face à face, je voisine avec mes camarades athées profonds. Ils ne connaissent pas la mort. La mort c’est le rien d’après.

Enfin il y a le face à face quotidien du conjoint qui lutte avec l’Alzheimer, à tout instant, plusieurs fois par matinée ou par repas, pour répondre aux demandes d’un cerveau qui se désagrège depuis plusieurs années. Ses questions incessantes pour savoir quel jour on est ou ce que l’on fait aujourd’hui, ce que l’on fait demain et quand on va faire notre prochain voyage, façon pour elle de résister à la mort de la pensée. Les chinois disent que cette maladie c’est la demi-mort. On est dans la lutte constante contre cette demi-mort, en activant ce qui reste de vie. Cela doit durer. Selon les statistiques d’espérance de vie de 8 à 12 ans et nous en avons déjà mangé 4 ou 5. et comme c’est pour l’être aimé, toujours plus aimé parce que cette maladie rapproche les affections, c’est une lutte plutôt sereine et paisible. On essaye de répondre à la seconde fois et à la troisième fois comme si l’on ne se rappelait pas que c’est la seconde ou la troisième ou même la quatrième.

Amitié

Bruno
Répondre
E
Bruno, je vois que tu as des expériences fortes en ce qui concerne la mort et cela me conduit au respect.
Quant à moi j’essaie de témoigner de ce que je vis. En ce qui concerne les références sur l’arbre et la caverne j’avais la naïveté de penser qu’elles étaient plus ou moins universelles. En tout cas, une fréquentation assidue des mythes m’a familiarisé avec ces notions. A vrai dire, cela a peu d’importance. Ce qui est important c’est que je t’ai donné l’occasion d’exprimer des choses fortes et je t’en remercie.vivement.
H
Magnifique, merci Etienne.
Répondre
E
Merci de tes appréciations toujours bienveillantes. Cela m'encourage pour avancer.
O
Merci à Olivier pour sa référence à cet article dans son blog de blogs.

Appuyer sur Olivier... pour découvrir le blog.
Répondre
B
Merci beaucoup pour ton mail qui traite un sujet qui me taraude ….

Je vais essayer d’expliquer tout simplement sans grand discours et rapidement ce que je ressens: si la mort des autres me touche et me fragilise énormément, ma propre mort oserai-je le dire ne m’effraie pas ; alors je me pose la question, m’étonne : c’est peut être que je pense que le moment n’est pas pour demain, c’est aussi sans doute que je ne réalise sans doute pas ce saut dans l’inconnu ?????;
C’est peut-être aussi parce que je réalise de plus en plus que tout au long de ce fleuve de la vie je découvre l’impermanence des choses… tout passe rien ne reste ;nous nous dépouillons peu à peu de tout, nous vivons un véritable chemin de deuils qui se font sans douleur car intégrés dans le chemin de la vie : avec le temps , la vitalité s’en va peu à peu, nous perdons la vue , l’ouïe, la souplesse, la mémoire, la santé, les illusions s’estompent, les rêves deviennent moins tenaces, etc. …etc…tous ces deuils que j’expérimente chaque jour me paraissent nécessaires, naturels pour se recentrer et arriver au moment de la mort sans attaches, dépouillés, dans la paix car libérés de tous ces liens pour ??????? là c’est vrai je ne sais pas …..Mais actuellement cet inconnu ne me m’angoisse pas……..

Tout ça est bien mal et rapidement dit j’en suis consciente mais j’avais envie de l’exprimer…

amitié
Brigitte Butruille
Répondre
E
Chacun a son expérience. J’ai la mienne, tu as la tienne. Le chemin de dépouillement dont tu parles évoque pour moi la mort au sens positif. Mais la mort n’est qu’un chemin, elle n’est pas le but du chemin. Le but du chemin, c’est la lumière et lorsque l’on expérimente la lumière comme une nourriture, on sait que la Vie a gagné pour toujours.
J
Cher Etienne

Merci pour cette réflexion sur ton appréhension de la mort. Jusqu'à notre ultime épuisement le sujet sera inépuisable car la mort est un puits qui n'est jamais à sec.
En juillet 1997 tu avais fait un blog sur le deuil et tu m'avais demandé comme contribution un témoignage sur le "départ" de Damien. Je viens de le relire. Je n'y changerai pas un mot. J'ai vécu ma propre mort avec celle de mon fils et j'attends ce passage ultime dans la plus grande espérance car je sais que j'aborderai sur le rivage d'un océan de lumière, de tendresse et de miséricorde après avoir prononcé, distinctement ou silencieusement, ces dernières paroles : "Et maintenant Père, prends moi dans tes bras de Mère et berce-moi."
Je te remets en pièce jointe le texte sur Damien ainsi que la "Prière de la fin" de Charles Mauras que l'abbé BELAY m'avait demandé de lire lors de sa messe de funérailles.

A bientôt.

Avec toute mon amitié.


Jean-Claude

DAMIEN

Vendredi 29 janvier 1993, à 20h20, Damien est parti . Il avait 15 ans . Il était resté 80 jours à l’hôpital dont 50 intubé . Bronchite interminable devenant une myocardite à riketsies, affaiblissement, fausse manœuvre médicale provoquant un arrêt cardiaque alors que l’infection était enrayée, puis cœur artificiel, greffe du cœur, surinfection, ablation d’un lobe de poumon . 80 jours pour faire le tour de la souffrance . Quand son cœur de terre s’est arrêté de battre une larme a roulé sur sa joue . Jusqu’au dernier moment nous avions prié ardemment pour lui, tous : ses copains de l’aumônerie, sa famille, une immense chaîne d’amis .
Les derniers pousse-seringues enlevés, d’un seul coup, il était beau, il souriait .
Mais il m’était enlevé, mon premier-né, à mon image et à ma ressemblance .
Je suis rentré chez moi . La terre tremblait, tout s’écroulait . POURQUOI ???
Les crucifix iraient au feu, les statues de la Vierge iraient au feu, les icônes et les images des saints invoqués à tour de rôle iraient au feu ! Ce Dieu, quel Dieu ? qui n’avait pas supporté que son fils souffre plus d’une journée et reste dans le tombeau plus de trois jours, après m’avoir donné Damien comme le vase sacré de la vie, après avoir laissé se tisser les liens d’un amour qui appelait à l’infini, avait laissé mutiler et crucifier mon fils pendant 80 jours sur un lit de réanimation et dans les salles d’opérations puis me l’avait enlevé !
Et ma main se précipite sur le premier crucifix qui serait brisé et brûlé .
« NON, Papa, Il a tellement souffert Lui aussi ! »
Damien ? Oui, c’est sa voix que j’entends à coté de moi . La terre s’arrête de trembler, la fureur laisse place à la stupeur . Non, ce n‘est pas mon imagination qui n’est que délire, désespoir et destruction, c’est Lui, il est là, il est vivant, il me parle, il me console .
Dimanche matin 31 janvier : son corps de terre attend au funérarium . Je vais à la messe dans la chapelle où il a été baptisé . Peu de monde, personne pour me questionner . C’est bien, car je ne saurais pas répondre . Je suis assommé, insensibilisé, je me vide lentement de mes larmes . J’écoute, je regarde, je ne comprends plus . Je vais communier, comme un automate, je ne ressens rien, d’ailleurs, depuis 40 ans, je n’ai jamais rien ressenti en allant communier et mes tentatives de réflexion après la communion ont toujours été très laborieuses . Le catéchisme à l’école militaire ce n’était pas le plus gros coefficient !
Je reviens à ma place la tête penchée. En passant près d’une statue de la Vierge j’entends : « Si tu savais comme Elle est belle ! »
Damien ? Oui, c’est sa voix que j’entends à nouveau à côté de moi . C’est inimaginable .
Je m’assieds . Je ferme mes yeux qui pleurent . J’écoute, mais sa voix n’est plus à l’extérieur de moi, il est EN moi . C’est un feu qui s’allume, une immense lumière, un brasier, une étreinte amoureuse comme je n’en ai jamais connue . Il est dans cette lumière, dans ce brasier, dans cette étreinte, il exulte de joie .

Et depuis 14 ans il veille…sur moi, sur sa mère, sur son frère, sur ses amis…Il est là, invisiblement présent . Au fil du temps, il a changé mon regard sur les autres . Il m’a emmené dans sa mort corporelle pour ouvrir mes yeux à une autre réalité .
Je le retrouve chaque jour mais surtout après chaque communion . Je ferme alors les yeux et j’entre avec lui dans la lumière, dans ce feu qui ne me brûle pas et ne se consume pas, dans ce brasier d’amour inexprimable où nous nous étreignons pendant qu’il essuie les larmes de mes yeux .
Il est VIVANT, il est HEUREUX . Je le dis parce que je le vis .

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres et souffrants, maintenant et à l’heure de la Rencontre, avec Damien, dans la Lumière et dans la Joie .

Jean-Claude Boulliat *****27/07/2007




LA PRIERE DE LA FIN

Seigneur, endormez-moi dans votre paix certaine
Entre les bras de l’Espérance et de l’Amour.
Ce vieux cœur de soldat n’a point connu la haine
Et pour vos seuls vrais biens a battu sans retour.
……………………………………………

Car, Seigneur, je ne sais qui vous êtes. J’ignore
Quel est cet artisan du vivre et du mourir,
Au cœur appelé mien quelles ondes sonores
Ont dit ou contredit son éternel désir.

Et je ne comprends rien à l’être de mon être,
Tant de Dieux ennemis se le sont disputé !
Mes os vont soulever la dalle des ancêtres,
Je cherche en y tombant la même vérité.

Ecoutez ce besoin de comprendre pour croire !
Est-il un sens au mot que je profère ? Est-il,
Outre leur labyrinthe, une porte de gloire ?
Ariane me manque et je n’ai pas son fil.

Comment croire, Seigneur, pour une âme que traîne
Son obscur appétit des lumières du jour ?
Seigneur, endormez-la dans votre paix certaine
Entre les bras de l’Espérance et de l’Amour.


Charles MAURRAS, Clairvaux, juin 1950.
Répondre
E
Jean-Claude, je n'ai rien à ajouter.
P
Ha!ha! candidat au bac ce n'est plus toi, le vieil aigle ce n'est pas toi non plus, ni moi non plus.



Mais humains que nous sommes, ici, la vie est la montagne qui nous a été donnée de vivre, jusqu'à la débâcle (en tous genre)... mais pas forcément. Devant la conscience de celle-ci l'espoir renaït, "le bonheur renaït à son tour" malgré l'abîme il rattrape le vivant. L'aigle comme l'homme détient une force qui lui sert d'assurance en dépit de toutes choses, vertigineuse ou triste comme les larmes qui montent aux cimes, et là l'Homme se confronte à la mort et contredit le néant .



Ah! non ne me demande pas de développer encore! Mon bac philo c'était il y a cinquante ans!
Répondre
E
Ta réponse est éclairante. Je constate que tu es particulièrement futé. Merci !
M
Bonjour Etienne

Excuse- moi, je n'ai pas "dégainé" assez vite pour te répondre à temps ! mais je viens de lire ton article du blog et je ne vois pas ce tu voulais comme avis sur quelque chose d'aussi personnel qui est plus de l'ordre du vécu que de la pensée; une "expérience", de plus aussi intime, est à prendre telle quelle. Elle est belle, émouvante. Que dire de plus ? Je n'ai pas non plus vu quelle "ambiguité" était à lever. Si c'est encore d'actualité, tu peux toujours me le préciser . . . Toutefois par le mot mort, je pense qu'on désigne souvent deux choses, le "passage" comme pour la naissance, et "l'au-delà"; je crois que notre peur est surtout celle de ce passage, une peur animale qui vient de l'instinct de vie et qu'elle est différente selon qu'il est l'aboutissement d'une vie ou une rupture de vie; ma grand-mère peu avant de mourir disait "Quand on a fait son temps. . .", c'est beau cette expression,non, "avoir fait son temps" ? Quant à l'acceptation du fait que nous sommes mortels, c'est une autre histoire . . .
Répondre
E
Merci Michèle de ta réponse sympathique. Oui je vois bien la mort du côté du passage : elle est, en même temps, la barque du passage et la matrice qu'on laisse tomber à l'arrivée. C'est vrai qu'on emploie le mot pour désigner la fin de la vie, et c'est là qu'est l'ambiguïté. Pour moi, elle est aussi la fin d'une étape de la vie et l'ouverture à autre chose, qui reste encore mystérieux. "On a fait son temps", on a accompli la première étape et il ne sert à rien de vouloir s'attarder. Pour certains, la première étape est le tout de la vie. Pour d'autres, elle appelle une suite.
A
Merci Etienne pour ce beau témoignage !
Alain
Répondre
E
Merci de ta réaction sympathique.
P
Merci pour ces belles réflexions qui me touchent. Mais pour le moment, je ne suis pas capable de dire comment je vis avec la mort. Je suis né le même jour où mourait ma sœur et j’ai été marqué par la présence de la mort. Je ne crois pas qu’elle me fasse peur. Mais j’ai peur de la souffrance et de la vieillesse.
Bien amicalement ;

Paul
Répondre
E
Ton expérience t'a donné beaucoup de sagesse très tôt. Elle t'aidera sans doute pour supporter souffrance et vieillesse. Mais c'est ce qu'on imagine qui nous fait peur. La réalité peut être beaucoup plus agréable.
D
L’avenir reste encore mystérieux mais, pour moi, il baigne déjà dans la lumière.

O.K.
Mais je viens de finir de régler mes affaires vis-à-vis de mes hértiers.
Pas facile. Quand 3 grâces peuvent devenir 3 harpies.
Répondre
E
La mort est là, pour nous montrer, pour leur montrer le chemin de la vie, où les grâces ne deviennent pas des harpies.
G
Cher Etienne,

Je trouve à l'instant ton texte, dont l'annonce m'a fait peur : je me suis demandé si tu vivais et prévoyais ta mort comme proche.
Il se trouve que, comme beaucoup sans doute dans nos âges et au bout de nos histoires, la mort m'est un sujet récurrent de ruminations diverses. Je vais essayer de mettre un peu de cela en forme.

Bien cordialement. A très bientôt.
Gérard
Répondre
E
Non je ne suis pas encore mort. Mais, comme je le dis, la mort nous habite depuis notre naissance. Depuis pas mal de temps, elle n'est pas pour moi une ennemie, mais plutôt une amie, avec laquelle je chemine et qui me montre le chemin de la vie.

A bientôt !
D
MONTAGNE DECHIREE

Oh! la toujours plus rase solitude
Des larmes qui montent aux cimes.

Quand se déclare la débâcle
Et qu'un vieil aigle sans pouvoir
Voit revenir son assurance,
Le bonheur s'élance à son tour,
A flanc d'abîme les rattrape.

Chasseur rival, tu n'as rien appris,
Toi qui sans hâte me dépasse
dans la mort que je contredis.

Les Matinaux. La sieste Blanche écrit le 29 Août 1949 à Le Rebalanqué, Lagnes.
Répondre
E
Je suis comme un candidat au bac : je ne peux que bredouiller devant un texte aussi complexe. Je ne suis pas sûr de l'avoir compris. J'en retiens que la mort est une déchirure et qu'elle reste quand même mystérieuse. Mais celui qui a posé le texte pourrait peut-être en dire plus.
P
Magnifique

Je te remercie pour ce beau partage
et je te rejoins.
Il faut dire qu'aujourd'hui je mène une vie pleine d'entrais, de beaux projets et de très belles rencontres, et que seul chaque moment présent est important.
Alors la mort sera encore une belle surprise.
Je dis toujours, mourir, c'est pousser la petite porte au fond du jardin. Je ne sais ce qui se trouve derrière mais je suis prêt à accueillir cette belle surprise.
Répondre
E
Bonjour Pierre,

Je ne suis pas étonné que tu sois en accord avec le texte. Mais, pour le moment, bonne réussite dans tous tes projets !

Très bonne journée !
C
Etienne bonsoir,
je n'ai pas encore lu ton texte, seulement son titre avec ce "comment je vis" que j'ai d'abord entendu au passé simple du verbe "voir" et là j'avoue que tous ces revenants de leur propre mort qui viennent nous la raconter, ça n'est vraiment pas ma tasse de thé, (ou de Nespresso si tu préfère : How far would you go for a..., jusqu'où es-tu prêt à aller pour un Nespresso ?)
Par contre, s'il s'agit du verbe vivre et de plus au présent, peut-être même quelque peu au futur, mais pas le futur antérieur, là je vais aller au texte !
Amicalement, Charles
Répondre
E
J'attends avec impatience que tu reviennes du texte !
B
Hello Etienne,
Je me suis ,quant à moi, plutôt questionné sur "Comment je vis le vieillissement ?".
ça donne le texte ci-joint. Qui se rapproche de ton texte. Sur le même sujet un livre que je découvre : "Vieillir dans la sérénité" de Ansel Grün, moine allemand.
Bises

VOICI QUELQUES PASSAGES DU TEXTE JOINT

Une invitation à développer la qualité d’être avec soi et avec les autres dans ce moment de la vie

¤ Aujourd’hui, un débat de société important envahit les médias et les conversations : dans quelles conditions voulons nous mourir ?. Choisir sa mort : soins palliatifs, euthanasie, suicide assisté, etc. Il me semble paradoxal de remettre sans cesse la question de la mort sur le tapis sans ne jamais aborder une réflexion sur le vieillissement. Est-ce que ça ne cache pas un désir de mourir sans vieillir alors que la vieillesse peu durer plus de 30 ans !
C'est cette réflexion que je cherche à approfondir ici : remettre au centre le vieillissement.
La question « comment mieux vivre le vieillissement ? » me semble autrement plus importante que de statuer sur les derniers jours de la vie, quand l’être humain est un « mourant » 3. Il m’est impossible de prédire comment je vivrai ma « fin de vie », mais l’idée que ces moments ultimes seront à l’image de ma vie et donc de mon vieillissement me convient !
La question essentielle qui motive ma réflexion c’est : « comment dans cette première période du vieillissement puis-je préparer les suivantes ? »...
3 - Par ailleurs il devient difficile d’être « mourant » car la médecine nous enferme encore et toujours dans le statut de « malade » donc susceptible de guérir. Plutôt que d’oser dire que nous sommes vieillissant ou même un jour mourant, nous préférons souvent la douce illusion du statut de malade a qui la salvatrice médecine (officielle ou parallèle) promet la guérison !.

…..
Comment favoriser cette vie intérieure, cette relation intime à son âme ?


¤ Otto Buchinger (1878-1966), créateur de la Clinique allemande de jeûne d’Uberlingen, propose diverse nourritures de l’âme. Il parle de « La gastronomie de l’âme »
9 plaisirs intenses de l’âme (autres que la nourriture matérielle)
¤ Le travail ( fait avec plaisir )
¤ L’humour ( le piment de la vie )
¤ La nature principalement à travers la marche, la randonnée
¤ La lecture
¤ L’écoute de la musique
¤ Des activités non-professionnelles qui consistent à se mettre au service des autres ( les taches sociales, le bénévolat, la charité active, l’amour du prochain actif )
¤ Être entouré de bons compagnons, de bons accompagnateurs ( dont les anges ? )
¤ La « nourriture céleste » : la poésie, les symphonies, la Bible, les psaumes, etc.
¤ La créativité, l’art : la pratique musicale, le chant, la mélodie profonde, le rythme, la peinture, etc.
¤ La méditation, la prière, l’adoration, la contemplation, la visualisation
Auxquels il faudrait ajouter tous les plaisirs liés aux organes des sens : l’odorat, la vue, l’ouïe, le toucher et le goût.

¤ Placer mes ancrages à l’intérieur et accepter que je ne contrôle ni les autres, ni la vie !
Laisser la Vie m’habiter, explorer le quotidien au lieu de vouloir le commander. Accueillir les transformations liées au vieillissement.
Se dire : « Ah, ah, il m’est proposé d’explorer cette nouvelle facette de la vie. OK, allons-y ! "
Se remettre dans l’axe de la Vie ; là où les choses coulent comme l’eau qui coule et s’adapte au relief, contourne les obstacles, etc.6
6 - Sur ce thème : «Le point de rupture : Comment les chocs de la vie nous guident vers l’essentiel» de Marie-Lise Labonté
……

Pour moi, l’accompagnement agit comme un rappel permanent : « je suis mortel » et cela me fait encore plus aimer la vie. La familiarité avec la mort, la maladie et le vieillissement me permet de mieux goûter à ce que nous appelons la vie ou l’existence.
Après un accompagnement, j’ai souvent une position de recul :
¤ recul sur soi : ce qui m’a touché et qu’il sera éventuellement nécessaire de déposer auprès d’un autre bénévole ou en groupe de paroles.
¤ recul sur le patient : à la fois, sa fin de vie est le point ultime d’une histoire de vie unique et pour moi elle me questionne : qu’est-ce que sa manière de vivre la maladie ou le vieillissement m’apprend pour mon propre positionnement par rapport à ma maladie et à mon vieillissement ?

A lire sur le même sujet : « La dernière leçon » de Mitch Albom
Laurent Besset
laurent.besset@wanadoo.fr
Répondre
E
Je suis d’accord : le vieillissement pose un problème essentiel mais c’est un autre problème que j’ai voulu poser, celui de la mort elle-même, ce qu’elle signifie, et ce à quoi elle prépare, en le faisant non pas de manière intellectuelle mais sous forme de témoignage. Cela n’enlève rien à ce que tu dis de très intéressant. Comme tu le verras, j’ai mis sur le blog quelques passages de ta réflexion.
Bonne journée !
G
L'article est maintenant référencé par Google.
Répondre
M
Ecrire un livre, c'est comme mettre au monde un enfant, c'est parvenir à concevoir autrement encore la mort par rapport à la vie, c'est s'inclure dans la grande chaîne a trois brins: la vie , la mort et l'éternité, ce sentiment que selon un constitutif de la bible, roi, déclarait que Dieu a mis en l'homme.
Merci Etienne de nous faire partager tes moments de "face à l'autre vie" dans le toujours interrogé, angoissé parfois, dessiné aussi comme la "grande faucheuse" , moi n'yant jamis connu ni grand-pères, ni grand-mère, ayant perdu mes parents au moment où la sève de la vie bouillonne à plein, je ne crains que la souffrance physique qui risque de précéder ma mort, à moins de m'éteindre doucement dans son étreinte. Pour le reste, je m'en remets au Dieu démiurge, aux leçons christiques. Reprendre la naïveté originelle et tel l'arbre de vie,savoir que des ramures -mes enfants-continueront à en donner d'autres , jusqu'à la fin des temps. D'autres se lancent en outre, dans l'arbre de la connaissance,
tant de ramures aussi!
Plus pénible que la mort me semble être la non reconnaissance, le sentiment de non utilité, ce qui en emmène à "tout plutôt que la vie" et de ce fait choisissent la branche inconnue (selon le conte que tu évoque) de leur mort choisie (?) par eux-mêmes.

Il y est une lutte qui rarement évoquée c'est la lutte de l'homme entre son sentiment d'être le plus fort de tous les êtes et de ne l'être pas, entre sa propre confiance, son auto-suffisance chancelante
en face de sa décrépitude (de crépis=surface apparente), et son face à face avec une foi affichée:
la sienne ou celle que l'Ecriture lui a soufflé et qu'il aura compris selon tant de critères et aléats différents.

LA mort un gouffre de néant vital et/ou intellectuel ou moteur de vie, voire de tue néant? C'est çà que les anciens traitaient comme dragon dont la fin entrainait la vie ou la mort de celui qui l'affrontait...de front! Et ainsi le serpent se retrouvait à se mordre la queue!

Enfin quoi, la mort c'est bien la seule limite mise au vivant-homme et à l'humanité!
"Vois, je mets devant toi la vie et la mort, choisis"! (à Josué je crois?)
La loi en cours sur la fin de vie me parait d'un ridicule d'orgueil démesuré. Mais bon ce qu'on aime
traverser les frontières, mais quand aura-t-on vaincu ce que Paul de Tarse appelait: "le dernier ennemi".
Voilà ce que m'inspire au réveil ton texte et ton point d'orgue ponctuel à la méditation dont tu nous fait part.
Bonne continuation,
En toute amitié.
Répondre
E
Marie-Claude merci de tes réactions. Je suis heureux de voir que mon texte t'amène à réfléchir en profondeur sur ta position par rapport à la mort. J'apprécie ce que tu dis sur les ramures de tes enfants, qui vont peut-être porter des fruits jusqu'à la fin des temps. Tu es liée concrètement à l'avenir du monde.

Très bonne journée !.

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