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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 21:56

Arbre de vie, Gustave Klimt


Comment je vis ma propre mort

 

La mort nous fait peur parce que nous ne savons pas ce qu’elle est. En réalité, elle est là, depuis notre naissance.


Nous sommes habités par la mort

Il existe un conte, qui essaie de lever le voile sur le mystère de la mort. C’est un conte indien, déjà, maintes fois, évoqué. Il est tout simplement intitulé « Le conte de l’arbre ». Il existe en Inde, dans un coin reculé, un arbre, plus vieux que le monde. Les anciens en ont parlé, depuis les temps les plus reculés. Chaque année, et quel que soit le temps, il produit des fruits magnifiques. Comme l’homme, il a deux bras, je veux dire deux branches principales. Mais on sait que les fruits de l’une des deux branches sont empoisonnés. Aussi, personne, jusqu’à ce jour, n’a osé goûter du fruit défendu. Or, une année, la sécheresse fait rage et les hommes risquent de mourir de faim. Un après-midi, quelques-uns sont là, installés à l’ombre du grand arbre. Ils se disent qu’ils pourraient sortir de la famine s’ils savaient quelle est la branche des fruits empoisonnés. C’est alors que, n’y tenant plus, certain de mourir dans les prochaines heures, un homme se lève péniblement et cueille un fruit de la branche de droite. Soudain il se remet à vivre, son visage s’épanouit. Aussitôt, tous ses compagnons se précipitent sur la branche de droite et sont heureux de retrouver l’espérance. Il faut pourtant affronter l’avenir car les enfants courent le risque de se tromper de branche. Le soir, le conseil du village se réunit et la décision est prise de couper la branche de gauche. Le lendemain matin, chacun va chercher sa nourriture, mais tous les fruits sont disséminés sur le sol : l’arbre est mort. La mort fait aussi partie de la vie. Si quelqu’un s’avise de l’écarter, l’existence n’est plus possible.


La peur de la mort nous enferme dans une caverne

L’homme a peur de la mort, comme il a peur des bêtes sauvages. La mort prend la figure du loup, de l’ours ou du lion. Pour leur échapper, les humains transforment la caverne en habitation. Tournés vers la paroi centrale, le dos à la lumière, ils ne connaissent de la réalité que l’ombre dessinée sur les murs. C’est ce que veut exprimer Platon dans le mythe de la caverne. L’homme mène ainsi une existence sans relief, et, oubliant que la peur de la mort est à l’origine de son mauvais sort, il pense que la caverne est le lieu d’habitation naturel que lui a réservé le créateur. Si, par hasard, un homme s’avisait d’en franchir le seuil pour entrer dans un paradis de lumière, il ne pourrait revenir pour annoncer la bonne nouvelle aux habitants. Platon dit avec raison qu’il serait condamné à mort.


La mort ou la grande passeuse de la vie

Comme le souligne avec force le conte de l’arbre, nous ne pouvons vivre sans faire une place à la mort. Mais nous ne pouvons faire une place à la mort que si nous sortons de la peur qui la condamne et nous condamne avec elle à l’enfermement. Pour la plupart d’entre nous, la mort est l’ennemie de l’homme. En réalité, elle doit nous permettre d’évoluer et d’aller vers un surplus d’existence. Il ne faut pas s’accrocher à la vie car nous finissons par la bloquer : elle est un flux qu’il faut accompagner. La mort est là pour assurer son flot continuel. Elle est la grande passeuse et gare à celui qui ne veut pas payer le prix du passage en se déliant de la vie pour laisser son flux incessant nous emporter vers l’avenir.


Mon expérience depuis trois ans

Lorsque j’approchais des cinquante ans, j’ai été pris d’une profonde panique : j’allais entrer dans la vieillesse et c’était, pour moi, insupportable. Plusieurs mois se passèrent ainsi et j’ai fini par avoir la conviction que si je vieillissais de l’extérieur, j’étais en train de rajeunir de l’intérieur. C’est ainsi que j’ai été guéri définitivement de la peur de vieillir.

Récemment, il y a trois ans, beaucoup d’eau avait déjà passé sous les ponts, je me suis à nouveau interrogé sur mon existence. La mort approchait, il fallait donc envisager l’avenir. Cette mort, elle ne me faisait plus peur parce que j’avais compris sa nécessité, son intérêt et sa signification. Mais qu’allait-il advenir de moi dans un avenir relativement proche ? C’est alors que je me suis situé entre la vie présente et l’avenir encore enveloppé de mystère. Dans la nouvelle dynamique que suscitait l’entre-deux au sein duquel je me trouvais installé, j’ai été entraîné à un investissement renforcé pour la vie présente. En même temps j’étais plus ancré dans le réel sous l’effet de la lumière vers laquelle j’étais désormais orienté. Le présent et l’avenir jouaient ensemble, se renforçant l’un l’autre, sans m’entraîner vers une spiritualité évanescente. J’ai fini par comprendre plus tard que cela était possible parce que j’avais été mis, malgré moi, dans la barque de la grande passeuse, dans la barque de la mort.


Une nouvelle gestation

La barque était en train de devenir une matrice pour une nouvelle gestation. Mon être se transformait comme s’il était tout entier revivifié par un grand Souffle intérieur. J’ose dire, sans trop de prétention, que je me nourris désormais de lumière. Elle est aussi indispensable que le pain, le vin, la viande et les fruits. Ce n’est pas seulement mon expérience, c’est aussi celle de beaucoup d’autres, qui ont abandonné la peur de la mort pour donner plus de place à la Vie. Grâce à la mort elle-même, je participe à ma propre gestation pour être à même de m’ancrer dans l’éternité. Pour moi, cela n’est pas exceptionnel : c’est le destin auquel chaque homme est appelé.


Produire des graines d’éternité

J’ai besoin maintenant de me délier de certaines contraintes de la vie. Je veux avoir le temps d’écrire. L’écriture est comme la mort, elle est matrice de vie, pour envelopper des graines d’éternité. Il me faut ainsi poursuivre mon cheminement, dans la barque du passage.


J’attends désormais le grand jour de ma naissance

Un jour, je ne sais dans combien de temps, comme chaque homme, je quitterai mon enveloppe charnelle, pour donner naissance à un être nouveau, à la manière du papillon qui s’extirpe de la chenille. L’avenir reste encore mystérieux mais, pour moi, il baigne déjà dans la lumière.

 

Etienne Duval

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Published by Duval Etienne
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commentaires

voyance gratuite par mail 12/11/2015 13:24

Très bon site ! Je le trouve très vivant, bien pensé en plus il a plutôt belle gueule et les illustrations sont chouettes ! Je vous souhaite bonne continuation et un bon courage pour la suite et la continuité de ce magnifique site.

Françoise Mozzo 28/06/2015 01:14

Bonsoir Etienne,

"Mon cheminement dans la barque du passage", c'est une réalité qui me touche.

Merci d'avoir mis en mots ce temps de la vie qui nous porte dans la confiance et l'espérance, comme un berceau de tendresse.

Je viens de vivre un stage de peinture où notre "maître", philosophe et artiste-peintre , nous a guidés pour nous permettre de peindre chacun notre lumière intérieure.
Le thème était "ombres et lumière".

Bel été à toi, dans la lumière de ce qui vient. Françoise

Etienne Duval 28/06/2015 01:23

Toi aussi tu sais trouver les mots pour exprimer ce temps privilégié de la vie lorsque tu parles de berceau de tendresse et de l'art de peindre sa lumière intérieure. Les mots qui ne peuvent mentir disent bien que nous vivons la même expérience.

Xavier Charpe 27/06/2015 18:57

Je lis ton blog avec beaucoup de retard...

La mort je ne sais pas et m’interdis tout imaginaire. Je ne sais pas, sinon son caractère inéluctable.

Par contre la maladie lourde et la déchéance qui va souvent avec ces maladies, je crains et cela me fait peur.... Mais c’est ainsi et on ne choisit pas. En attendant, il y a la vie.

Etienne Duval 27/06/2015 19:01

Oui, c'est la vie qui doit l'emporter. Justement pour moi, la mort vient féconder la vie pour l'emmener jusqu'à son terme. C'est pourquoi, au moins pour le moment, elle ne me fait plus peur. Elle cache une nouvelle gestation.

Marie-Claude CHRISTOPHE 26/06/2015 15:18

La mort est aussi un manque ou un risque de manque, manque de et pour tant de choses ou d'êtres.
-Ah! s'il était là, il saurait faire... ou il saurait dire ce qu'il faut...

-Ah! S'il ou si j' en venait à manquer Dieu?
ou
-Ah si je m'étais manqué à moi -même?
-Ah, si je manquais à autrui?

et pire à mes yeux:
(ex dans l'Etranger de Camus) il m'a manqué alors je l'ai tué.

Etienne a trouvé LA Lumière nourricière ? Celle qui le nourrit ? Qu'est-ce donc?

"Rien ne saurait me manquer"... tiens c'est le 22ème Psaume, style notre siècle?
Ou bien rien de nouveau sous le soleil?
La mort , la vie , la mort, la vie etc.. et comme dit un proverbe lyonnais
" Y a que deux moment qu'comptent dans la vie, Tout l'reste c'est qu'de remplissage"

Etienne Duval 26/06/2015 18:05

Bonjour Marie-Claude,

Ce que tu dis sur le manque est très intéressant. Celui meurt me manque, mais c'est aussi une incitation à sortir de la dépendance et à renouer avec moi-même. Par ailleurs manquer de Dieu est la source du désir de Dieu. S'il n'y a pas cette expérience, il n'y a pas le désir de rencontrer Dieu.
Sur la lumière comme source nourricière, c'est bien une expérience par intermittence, qui me fait toucher du doigt ce qu'on appelle la vie éternelle. Je vis cette lumière comme une nourriture mais je suis obligé de m'interroger sur la possibilité d'illusions.

Geneviève Pégaz 25/06/2015 19:19

J'admire toujours ta façon de rebondir et voici mon sentiment

J'aime bien ton idée que l'inverse de la mort ce n'est pas la vie mais c'est la naissance . Pourquoi ce qui nous parait si compréhensible pour les plantes ou les papillons !!!! nous semble si obscure pour les humains

Mais la grande question pour moi ce n'est pas ce que je vais devenir après ma mort !!! mais ce que j'étais avant ma naissance.


Bien amicalement Geneviève

Etienne Duval 25/06/2015 19:20

Tu poses une question plus redoutable que la mienne. J'aurais tendance à répondre : "rien" ou plutôt "le manque de toi"....

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