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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 18:44

http://www.encyclopedie-universelle.com/images/egypte-Baouit-monastere-peinture.jpg

 

La figure révolutionnaire du Christ pour Saint Paul

 

En ces moments où notre attention est attirée par les remous de plusieurs peuples en révolution, la relecture de Saint Paul nous montre que le christianisme est fondé sur un acte révolutionnaire opéré par le Christ lui-même. Il ne s’agit pas d’une révolution, qui s’inscrirait dans un environnement particulier, mais d’une révolution radicale, qui ouvre la voie pour la libération de la liberté elle-même. Elle se présente comme l’accomplissement et la matrice de toute révolution.
 

Le souffle de la révolution au cœur du christianisme pour Saint Paul

Dans l’épitre aux Galates, chapitre 5, Saint Paul sent une menace peser sur les premiers chrétiens : certains voudraient imposer aux nouveaux convertis la circoncision exigée par le judaïsme. Le risque d’un retour en arrière est manifeste et la révolution opérée par le Christ est en danger. L’apôtre est hors de lui. Dès le début du chapitre, il fait  jouer ensemble les deux mots, liberté et libération, qui se renforcent l’un et l’autre, pour souligner la dimension originale du christianisme. « C’est pour la liberté que le Christ nous a libérés ; tenez donc ferme et ne vous mettez pas à nouveau sous le joug de l’esclavage » (Ga, 5,1, traduction Osty). Et un peu plus loin, il insiste à nouveau : « Pour vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés » (Ga, 5, 13).
 

Le désir fondamental d’être soi et l’avènement du sujet

Ici, le Christ répond à un désir fondamental de l’homme, au désir d’être soi, qui est aspiration à la liberté. D’emblée, il ouvre l’espace le plus large possible à la construction et à l’avènement du sujet. L’homme n’est pas fait pour l’esclavage, sous toutes ses formes. Il doit pouvoir respirer, à pleins poumons, dans le souffle même de la liberté. Et, dans son épitre, l’apôtre cherche moins à imposer une doctrine nouvelle qu’à engager les fidèles dans l’acte de penser, qui est libération de l’esprit au cœur de lui-même. Il s’agit de faire sortir les fidèles de l’idéologie ancienne, qui conditionne encore leur manière de réagir, en leur apprenant à penser par eux-mêmes. Un combat est mené entre l’idéologie qui pense pour vous et la pensée elle-même, qui implique l’affirmation du sujet. Penser c’est toujours penser par soi-même. Saint Paul a tellement réussi en ce sens qu’il continue, aujourd’hui encore, à alimenter notre propre pensée en lui fournissant les éclairages les plus essentiels. Peut-être nous rappelle-t-il ainsi que le fait de penser est un des fondements essentiels de notre liberté.

 

L’ancrage dans l’élan de la vie et le souffle de l’Esprit

L’apôtre Paul cherche à nous faire entrer dans l’élan de la vie ou l’élan même de la création. Il parle du pneuma, qui est littéralement le souffle de la vie et il l’oppose à la chair, qui échappe à ce souffle. Malheureusement le mot grec a été mal traduit : le traducteur parle d’esprit, faisant penser à une dialectique qui n’existe pas dans le texte entre ce qui est spirituel et ce qui est charnel. Nous avons, en effet, oublié qu’esprit veut dire souffle de vie et nous orientons le sens d’un tel mot en direction d’une réalité particulièrement éthérée, qui est contraire à la vérité « Je le dis : conduisez-vous par le souffle de vie, et vous n’accomplirez pas la convoitise de la chair » (Ga, 5,  16). Et il insiste ainsi jusqu’au verset 26, multipliant les mots et les évocations  pour nous ancrer dans le souffle créateur de la vie et nous écartant délibérément de tout comportement qui se situerait en dehors d’un tel élan. Or c’est aussi le désir lui-même qui est en cause, pour les hommes, car il est porteur du dynamisme de la vie.

En passant par le souffle de la vie, Paul veut faire comprendre que le Christ nous entraîne du côté de l’Esprit, utilisant le même mot « Pneuma », mais avec une majuscule. Autrement dit il ne suffit pas d’adhérer au Christ, il est également nécessaire de se convertir au Souffle créateur de l’Esprit comme il l’a fait lui-même. Il faut aller jusqu’au bout de l’ancrage dans l’élan de vie en s’arrimant à ce qui apparaît comme le Souffle fondamental. C’est L’Esprit qui justifie en nous installant dans une juste position. « Vous vous êtes exclus de Christ, vous qui cherchez la justification dans la Loi ; vous êtes déchus de la grâce. Pour nous, en effet, c’est par l’Esprit que nous attendons de la foi la justice espérée » (Ga 5, 4 et 5).

 

L’inscription de l’autre dans le sujet

Pour Paul et encore plus pour le Christ, le désir d’être soi qui conduit à l’avènement du sujet ne nous enferme pas dans une individualité refermée sur elle-même. La Loi, comme réalité structurante, débarrassée de ses particularités, a précisément pour but d’inscrire l’autre à l’intérieur du sujet. Aussi, en désirant être soi, l’homme est amené à désirer que le prochain soit aussi lui-même. Il devient impossible de s’aimer soi-même sans aimer l’autre car l’autre est intérieur à soi comme sujet. « … la Loi tout entière tient pleinement en une seule parole, en celle-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ga, 5, 14).

 

Le scandale de la croix ou la mort comme passage vers la vie

A travers la révolution réalisée par le Christ pour que l’homme puisse accéder à la liberté du sujet, il reste encore à donner une place à la mort au sein même de l’être soi. Autrement dit, c’est non seulement l’autre qui est inscrit dans le sujet, c’est également la mort. Pour ceux qui ont peur de la mort, la croix apparaît scandaleuse : elle est proprement incompréhensible et même insensée au point d’arrêter les disciples de bonne volonté. Mais pour ceux qui acceptent de lui faire une place en eux-mêmes, elle devient passage vers la vie. Comment pourrais-je évoluer si je ne voulais rien perdre de cette vie qui est la mienne ? Comment la chenille pourrait-elle devenir papillon si elle n’acceptait pas de mourir en tant que chenille ? Et sous l’action de l’Esprit, la mort du Christ sur la croix  et à sa suite notre propre mort sont une sorte de rupture nécessaire pour passer à un autre niveau et accéder à la vie éternelle. Ainsi les paroles de Paul deviennent-elles plus compréhensibles. « Pour moi, frères, si je prêche  encore la circoncision, pourquoi suis-je encore persécuté ? Il est donc aboli, le scandale de la croix !... Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises » (Ga, 11 et 24). La croix du Christ révèle la nécessité de croiser la mort et la vie pour faire triompher la vie.

 

Le temps de la révolution est ouverture à l’engendrement du sujet chez l’homme

Par l’acceptation de sa mort sur la croix pour faire triompher la liberté, le Christ  a posé un acte historique engageant l’humanité dans la voie d’un  nouvel engendrement. Il a, en effet, éclairé le passage qui conduit à la pleine libération de l’homme, à condition qu’il se convertisse au souffle créateur de la vie et finalement à l’Esprit, qui est  le souffle fondamental, capable de libérer chacun des humains, au plus intime d’eux-mêmes.

Etienne Duval

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commentaires

V
Je suis de retour sur ton site, toujours aussi envoûtant. Une nouvelle découverte pour moi cette fois, ton blog ! Un moment de bonheur et d'émerveillement. Merci
Répondre
Y
Ma méconnaissance des Évangiles m'interdit de prétendre avoir compris l'intégralité du propos ainsi que les commentaires qui l'accompagnent, toutefois il entre en résonance avec deux extraits des "Lettres à Lucilius" de Sénèque qui me tiens lieu de livre de chevet.
Un premier passage où il fait référence à Hécaton (Philosophe grec stoïcien du Ier siècle avant JC) :
"Tu me demandes, écrit-il, quel progrès j'ai fait ? Je suis devenu mon ami." Grand progrès ! il ne sera plus jamais seul. Sache-le, si tu as cet ami-là, tu as le genre humain pour ami. Adieu.(Lettre VI)
De toute évidence, si "l'ici et maintenant" nous permet d'entrevoir ce souffle qui anime toute chose, comment ne pourrais je pas respecter et aimer ce même élan de vie chez celui qui à mes côtés.
Dans la Lettre XXXVI, Sénèque écrit :
"La mort ne cause aucun mal : pour ressentir un mal, il faut exister! Et si tu éprouves un désir aussi vif de prolonger ta vie, songe qu'aucun des objet soustraits à ton regard n'est perdu : ils retournent tous au sein de la nature d'où ils émanent et que bientôt ils retrouveront. Ils cessent d’exister mais ne meurent pas ; et la mort que nous redoutons et fuyons, interrompt notre vie sans pour autant nous l’arracher : un jour viendra où à nouveau nous verrons la lumière. Mais beaucoup refuseraient ce retour si l'oubli ne leur était pas donné en même temps. Plus tard, je te montrerai plus rigoureusement que ce qui semble mourir change seulement de forme. Il faut partir avec sérénité car on doit revenir* .Observe le retour cyclique de certains phénomènes : tu ne verras rien s'éteindre dans l'univers, mais toute chose décliner et remonter alternativement."
*Cela dit, il semble bien que Sénèque n'est jamais fait la démonstration de l'évidence d'une telle Renaissance.
Répondre
E
J'apprécie beaucoup la remarque de Sénèque : "Je suis devenu mon ami" et ainsi j'ai le genre humain comme ami. L'Evangile dit : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Il est évident alors que si je veux aimer le prochain, il faut commencer par m'aimer moi-même. Et le Coran ajoute : "Tuer une âme..., c'est comme d'avoir tué l'humanité entière; et faire vivre une âme c'est comme de faire vivre l'humanité entière" (Sourate sur Caïn et Abel, verset 32). Ainsi tuer l'autre c'est se tuer soi-même, en même temps que tous les humains.
C
Bien compliqué pour moi ces idées : ces vérités sont elles réservées aux spécialistes?
Je ne crois pas.
J'aime dire nos croyances en langage commun, plus partageable, quitte à perdre en finesse sur le sens.
Plutôt que Dieu dire "la Vie",
Plutôt qu'Esprit dire "souffle de Vie" ou "Energie" ou "Instinct de Vie".
Le printemps revient, la guérison arrive, la parole reçue remet en route. Plutôt que Ressusciter dire "Revivre".
Merci.
Répondre
E
Ce que tu exprimes veut tout simplement dire que je n'ai pas été clair. Lorsque ¨Paul dit que le projet du Christ est de libérer la liberté elle-même, cela m'apparaît comme l'accomplissement de toute révolution, dans la mesure où la révolution est une recherche de libération. Pour plus de clarté, il aurait fallu que je mette en clair le texte de Paul lui-même.
M
J'ai lu le texte sur le Christ, figure révolutionnaire et je peux dire que je n'ai rien capté de ton processus de pensée, ni sur le souffle et l'esprit ni sur les paroles de Paul au sujet de la circoncision et pas davantage le lien avec l'Ukraine et les pays arabes. Je suis allée lire les autres interventions sur le blog qui m'ont encore plus dépassée, à part la belle lettre de Mozart.
E
Je vais répondre point par point au questionnaire que tu me présentes non pas pour me situer par rapport à un professeur mais pour réfléchir avec toi, car c’est cela la problématique d’un blog.
1. Personnellement, je suis toujours optimiste par rapport aux révolutions dans la mesure où je sens la dynamique de la création, portée par l’Esprit, pour amener l’homme à devenir lui-même.
2. Le royaume de Dieu est, pour moi, effectivement, l’accomplissement de la création, car, comme tu l’as compris, je pense que l’Esprit Saint est au cœur de l’évolution humaine. Il y a deux logiques : une logique de la Vie qui symbolise et une logique, en dehors de la vie, qui désymbolise et opère une décréation. Pour le Royaume de Dieu, je pense à la logique de symbolisation.
3. Le sujet n’est sujet que pour autant qu’il fait sa place à l’autre. Je n’évacue pas la Loi au sens noble du terme, car c’est elle qui va me permettre d’inscrire l’autre dans le sujet : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
4. La mort fait partie de la vie, avec son coté tragique, et il ne peut y avoir de résurrection que si je commence par lui faire sa place.
5. Je me situe entre la foi de la communauté chrétienne et l’interpellation des non croyants. Je prends au sérieux la foi des Juifs, mais aussi leur non foi, je prends au sérieux la foi des Musulmans mais aussi leur non foi, je prends aussi la foi de la communauté humaine, mais je porte aussi sa part de non foi.
M
Etienne, voici quelques remarques de premier jet sur ton texte :
1. Je te trouve un peu optimiste dans ton regard sur les révolutions en cours, surtout pour les faire servir de pesée à la révolution du Christ.
2. Je fais partie des craintifs qui pensent qu’il ne faut pas tout mélanger. Le royaume de Dieu est-il purement et simplement l’aboutissement de l’histoire. C’est vrai tu parles d’accomplissement, c’est différent.
3. Qu’est-ce qui requiert que le sujet – l’être soi – soit ouvert à l’autre ? La loi congédiée comme « idéologie » et reconvoquée pour ce rôle ? (Il me semble te l’avoir déjà demandé.)
4. Qu’est-ce-qui requiert qu’une place soit donnée à la mort ? N’y perd-t-elle pas son côté tragique ?
5. D’où écris-tu ?
M
Secret sur la mort de Mozart

Mais alors qui a tué Mozart ? S'il semble bien que le compositeur ait été empoisonné, la vérité est autre : « L'erreur a été de chercher un criminel, avance Michèle Lhopiteau-Dorfeuille... Cet acharné du travail, qui écrivait sa musique "jusqu'à en avoir mal aux doigts", prenait un médicament, la liqueur de Van Swieten, très employée alors pour se redonner des forces, qui n'était en fait qu'une solution de mercure... D'où le goût de métal qu'il disait ressentir parfois ».

Sa mort prématurée pourrait être la conséquence d'une insuffisance rénale engendrée par ce remède. Ce qui expliquerait le changement d'écriture sur les partitions du Requiem : les articulations gonflées, il aurait dicté la suite de son œuvre à un élève (trop médiocre pour en être l'auteur, malgré ses dires). Quant à son enterrement, Mozart eut droit à un cercueil et à quelques amis pour suivre le corbillard. Si son épouse était restée à la maison, c'est que tel était l'usage...

http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/article/documentaire/76775/secrets-d-histoire-leve-le-voile-sur-la-mort-de-mozart.html
E
Je suis séduit par la profonde humanité de Mozart et par ses intuitions sur la mort, qu’il en vient à considérer comme la meilleure amie de l’homme, non par une forme trouble de masochisme, mais comme le résultat d’une profonde expérience spirituelle.
D
Lettre d’un des plus grands génies de l’humanité Mozart à son père gravement malade

J’apprends maintenant que vous êtes vraiment malade. Je n’ai pas besoin de vous dire avec quelle impatience j’attends une nouvelle rassurante de votre propre plume ; et je l’espère aussi fermement, bien que je me sois habitué à imaginer toujours le pire en toutes circonstances. Comme la mort (si l’on considère bien les choses) est l’ultime étape de notre vie, je me suis familiarisé depuis quelques années avec ce véritable et meilleur ami de l’homme, de sorte que son image non seulement n’a pour moi plus rien d’effrayant, mais est plutôt quelque chose de rassurant et de consolateur ! Et je remercie mon Dieu de m’avoir accordé le bonheur (vous me comprenez) de le découvrir comme clé de notre véritable félicité. Je ne vais jamais me coucher sans penser (quel que soit mon jeune âge) que je ne serai peut-être plus le lendemain et personne parmi tous ceux qui me connaissent ne peut dire que je sois d’un naturel chagrin ou triste. Pour cette félicité, je remercie tous les jours mon Créateur et la souhaite de tout coeur à tous mes semblables. Dans ma lettre, je vous exposais ma manière de penser sur ce point (à l’occasion de la triste disparition de mon excellent ami le comte von Hatzfeld), il avait tout juste trente et un ans comme moi ; ce n’est pas lui que je plains, mais plutôt, et cordialement, moi et tous ceux qui le connaissaient aussi bien que moi. J’espère et souhaite que vous alliez mieux au moment où j’écris ces lignes ; si contre toute attente vous n’alliez pas mieux, je vous prie par... de ne pas me le cacher et de m’écrire, ou de me faire écrire, la vérité pure, afin que je puisse aller me blottir dans vos bras, aussi rapidement qu’il serait humainement possible ; je vous en prie par tout ce qui nous est sacré.
Le 4 avril 1787
E
Danièle, tu abordes un problème difficile, celui de la chair et de l’esprit. Il faut commencer, me semble-t-il, par préciser les mots que nous utilisons. Esprit (pneuma en grec) devrait être traduit par souffle de vie. Chair, non pas au sens où nous l’entendons, mais au sens que paraît lui donner Saint Paul, est ce qui contrarie le souffle, ce qui l’alourdit et le freine. En fait les choses sont simples et nous les avons beaucoup compliquées. Le souffle de vie pousse à symboliser, c’est-à-dire à faire jouer les contraires pour tout regrouper. Ce qui va contre ce souffle désymbolise, diabolise, provoquant de multiples déséquilibres et écartèlements. Le Christ pousse la logique de la symbolisation jusqu’à son terme en réintégrant la mort et en montrant sa signification comme passage vers la Vie éternelle. Il ne s’agit donc pas d’œuvrer contre la chair, le sang (et la mort) mais de lutter contre les dominations qui contrarient la liberté de la vie. Et c’est dans cette ligne là que le Christ est révolutionnaire
D
La force du Christ

Car, puisque la mort est venue par un homme, c'est aussi par un homme qu'est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ." (1 Corinthiens 15:21,22).
Faut il se rappeler que notre cerveau (l’intellect) souffre depuis la chute Adam d’un conflit existentiel :
Conflit entre esprit et chair le principe du mal, alors que le principe du bien est l’accord entre esprit et chair : l’harmonie des désirs. L’esprit doit dominer mais non point supprimer la chair selon Paul DIEL.
Thème que nous trouvons déjà chez Saint Paul. « Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations…Ephésiens 6 : 12 »

Daniéle Pétèl le 4 avril 2014
E
En réponse au message de Claude

« Bien compliqué pour moi ces idées : ces vérités sont elles réservées aux spécialistes?
Je ne crois pas.
J'aime dire nos croyances en langage commun, plus partageable, quitte à perdre en finesse sur le sens.
Plutôt que Dieu dire "la Vie",
Plutôt qu'Esprit dire "souffle de Vie" ou "Energie" ou "Instinct de Vie".
Le printemps revient, la guérison arrive, la parole reçue remet en route. Plutôt que Ressusciter dire "Revivre". »


Je t’avais répondu sur le blog et je vois que ma réponse a disparu. Je te donnais raison en ce qui concerne la réappropriation par le croyant des termes de sa foi et la nécessité de revenir au langage commun. Mais, en même temps, je soulignais la nécessité de tenir compte de tous les lecteurs : il faut que les mots aient le même sens pour tous, ce qui oblige à revenir aux textes d’origine et à un travail sur les concepts, comparable à celui des scientifiques.

Je ne sais pas ce qui s’est passé, sans doute une mauvaise manip quelque part, soit de mon côté, soit du côté d’over-blog.
E
C'est peut-être parce qu'il accomplit la Loi et la dépasse que le Christ est révolutionnaire. Par ailleurs ce texte me gêne un peu dans ce blog parce qu'il est fait pour des croyants. Je me suis efforcé jusqu'ici de toujours laisser une place aux incroyants, dans le respect de la liberté de tous.
A
En réponse à ton blog "Jésus révolutionnaire", je te transfère la méditation de Jean-Marie Gueulette, frère dominicain.
C'était simplement pour montrer que Jésus n'était pas si révolutionnaire puisque qu'il accomplit la Loi.

Boyarin qui a écrit le "Christ juif" ne le trouve sans doute pas très révolutionnaire par rapport au judaïsme de l'époque.


La méditation est juste en-dessous

Et eux, levant les yeux, ne virent plus personne que lui, Jésus, seul

La Transfiguration de Jésus est présentée par Matthieu en étroite connexion avec les révélations reçues au Sinaï par Moïse et Élie, le premier étant la figure de la Loi, le second celle des Prophètes. Jésus vient accomplir la loi et les prophètes. Il ne les abolit pas, et c’est pourquoi il s’entretient avec Moïse et Élie, mais il est « le plus grand », car il est le Fils, celui qu’il faut écouter, et non pas celui qui se contente de transmettre une parole reçue. Il est l’auteur de la Loi, de la loi nouvelle et définitive.
Après avoir contemplé en Jésus l’accomplissement de la Loi et des prophètes, les disciples ne voient plus que lui, Jésus, seul. Il nous faut scruter les Écritures, lire la Bible pour y percevoir la voix de Dieu, puis laisser le Livre et nous tenir en présence de lui, Jésus, seul. Car pour des chrétiens, la référence ultime de leur vie et de leurs actes n’est pas un texte mais une personne, lui, Jésus, seul. C’est dans la relation de chacun et chacune d’entre nous avec lui que nous pouvons discerner ce qui est bon. (*)
Reconnaître cette absolue primauté du Christ, ce n’est pas mépriser Moïse et Élie, l’enseignement des Prophètes et des Apôtres. Ce n’est pas non plus considérer les autres religions de haut. C’est lui « le plus grand », ni la Bible, ni l’Église. D’une manière mystérieuse, il est médiateur du salut pour tous les hommes, même pour ceux qui ne le connaissent pas.
* Épître aux Romains, chapitre 12, verset 2
Méditation enregistrée dans les studios de RCF Lyon

Pour aller plus loin avec la Parole


Moïse demeura sur le Sinaï avec le Seigneur quarante jours et quarante nuits ; il ne mangea pas de pain et ne but pas d’eau. Sur les tables de pierre, il écrivit les paroles de l’Alliance, les Dix Paroles. Lorsque Moïse descendit de la montagne du Sinaï, ayant en mains les deux tables du Témoignage, il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière depuis qu’il avait parlé avec le Seigneur. Aaron et tous les fils d’Israël virent arriver Moïse : son visage rayonnait. Comme ils n’osaient pas s’approcher, Moïse les appela. Aaron et tous les chefs de la communauté vinrent alors vers lui, et il leur adressa la parole. Quand il eut fini de leur parler, il mit un voile sur son visage. Et, lorsqu’il se présentait devant le Seigneur pour parler avec lui, il enlevait son voile.


Livre de l’Exode, chapitre 34, versets 28-34
H
Ca c'est une super bonne idée... !
Ca fait un moment que "tout ce qui tourne autour la parole du Christ et du reste..." ne me "dit" plus rien... tant je l'ai entendu, repris, médité, que je lis encore tout de même (la phrase journalière de Taizé) mais c'est de plus en plus comme si je me sentais complètement à côté de la plaque de ce à quoi se réfère l'Eglise.
Voilà où j'en suis. Merci Etienne d'amener du nouveau. Je voudrais écrire bien sûr. Mais j'y arrive pas. D'autant que, fils unique, ma maman est partie ce 24 février... J'attends encore un peu pour pouvoir peut-être exprimer quelque chose.
Mais nous avons chaque fois chorale au moment où tu fais tes réunions.
A plus
Répondre
E
J'ai l'impression de vivre maintenant la vie éternelle, comme si j'étais déjà dans le processus de résurrection. Dans toute notre existence, la mort, sous toutes ses formes, se présente tellement comme la condition de la vie et même comme son accélérateur que j'ai peine à croire que tout s'arrête le jour de notre disparition. Et je n'ai donc aucune difficulté à accepter le témoignage ultime du Christ, nous disant qu'il a dépassé les limites de la mort et qu'il est pleinement vivant. Pour moi, la vie éternelle c'est une totale présence à soi, aux autres, à Dieu et une grande attention à ceux qui sont dans les joies et les peines de la vie terrestre.
J
De ton article je retiens la grandeur de penser par soi-même mais aussi la difficulté pour y parvenir tant il me semble que j'ai du mal à échapper aux croyances , à l' idéologie . Exemple l'écologie . Les affirmations non fondées l'emportent souvent sur les
études ... J'aimerais bien aussi te demander ce que tu mets derrière " la vie éternelle " ...
Merci pour toutes tes réflexions qui me décollent du quotidien !
A
C'est volontairement que je n'ai pas parlé du souffle qui incite, qui éclaire, qui fait écouter (le texte de la tentation de Luc est "encadré" par l'intervention de l'Esprit). J'ai pensé à des personnes peu habituées à décoder l'Ecriture.Je suis toujours aussi rétive pour entrer dans le dialogue via les blogs.Ce n'est pas raisonné;

Amicalement
E
Je pense personnellement que Jésus est révolutionnaire dans son lien avec l'Esprit, qui représente le souffle fondamental, susceptible de libérer la vie dans chaque être humain.
A
Révolution ? Jésus interpelle chacun en tant que personne. Quelq'un qui peut changer, être transformé.

Jésus engage ses interlocuteurs à risquer, à se risquer. A aller à l'encontre du "codifié", rigidifié

Jésus propose de se mettre en accord avec soi-même, de "s'aimer" pour découvrir l'autre, le proche comme un égal, un partenaire dans la quête de l'Amour (donné, reçu du Père)

Jésus libère de tous les conditionnements (race, sexe, métier, etc.), parce qu'il est la Vie, le chemin, la Vérité.

Jésus libère des peurs, de la peur de la finitude (je suis né). Peu à peu il aide à être moins « éclaté », plus ouvert et au quotidien, et à l'inconnu de demain, et à la mort en perspective.

Dans nos déserts, il est l'eau vive, la source intarissable
S
Saint Paul un caractère !

Pensez-vous toujours que nous prenons notre véritable visage et notre véritable force dans l'enfance, qu'ensuite rien ne change?
« Oui, c'est ce qu'on appelle les caractères. C'est une drôle de chose : il est possible que le caractère d'une personne ne change jamais. On voit cela, dans la religion, par exemple. Prenez saint Paul. C'est amusant car il est d'abord persécuteur des chrétiens avant d'être renversé sur le chemin de Damas et de se convertir, de devenir le premier défenseur des chrétiens. Mais il est aussi fou, aussi violent, dans sa défense que dans son attaque ! Son caractère, passé le feu de la révélation, est resté intact. Je crois donc, en effet, que l'on peut retrouver chez chacun et à tout âge les traits de l'enfance. Ils sont parfois encrassés, mais ils sont toujours là.».
Propos de Christian Bobin recueillis par François Busnel, dans l’émission le grand entretien du lundi 12 novembre 2012
D
Je savais bien qu'il y avait une pensée plus claire derrière tes propos et c'est cela que je voulais te faire dire. Pari réussi. Je suis d'accord avec toi. Les communautés en tant que telles doivent afficher une certaine discrétion en ce qui concerne la sphère publique, ce qui ne les empêche pas d'exprimer des avis. Mais les "sujets", en tant que tels, transcendent leurs communautés et ont toute liberté pour s'engager personnellement vis à vis de la chose publique.
D
J'avais (Etienne Duval) demandé à Denis Jeanson de préciser sa pensée, qui me paraissait insuffisammenr claire. Il répond ici.

"Pour me résumer :Toute communauté religieuse, chrétienne, juive, musulmane, doit cesser d'intervenir dans l'évolution de la société.Et son droit privé, codex, charia, j'en passe et des meilleurs, doit rester à la porte du droit public.
Suis-je clair ?"
--
denis jeanson
E
Je suis content de voir que nous sommes sur la même longueur d'onde. Il m'est arrivé de me méfier de Saint Paul, probablement, en partie au moins, à cause des traducteurs, qui tendaient à évacuer la chair, alors que nous sommes dans une histoire d'incarnation. Je découvre aujourd'hui que chaque grande sagesse a eu son penseur. Pour le christianisme, ce fut essentiellement Saint Paul, qui nous a appris à penser librement avec le Christ. Je suis très heureux que nous réhabilitions aujourd'hui Jean-Yves Jolif, grâce à toi et à Gérard Jaffrédou ; il nous a formé à penser par nous-mêmes. En ce moment la pensée fait défaut. Il faut la réhabiliter.
F
J'ai beaucoup apprécié ton article "christologique" sur l'épître aux Galates, un de mes "favoris"... C'est une magnifique façon de comprendre ce que "Christ" ajoute à "Jésus" : Régis Debray a écrit que tout le christianisme tient dans le trait d'union de "Jésus-Christ".

Cela m'a fait penser à tout ce que Badiou a tiré de Saint Paul, non directement pour la "révolution" mais pour "l'universalisme". C'est bien la liberté de penser et de vivre qui est en jeu, et pour tous. Reste que tu passes vite sur la question de la "loi", l'ennemi pour Paul. C'est vrai qu'il postule une "loi nouvelle", celle de l'amour comme tu le dis. mais le mot est équivoque, c'est le contraire de loi au sens de la loi ancienne, ici celle du judaïsme. Au temps, déjà ancien, où je travaillais pour la revue "Lumière et Vie", le numéro sur la liberté chrétienne avait lancé une formidable engueulade, à propos de loi, avec Michel Gillet, en tant que psychanalyste. La loi nouvelle lui paraissait très insuffisamment "légale"... 'Il s'agissait justement du numéro sur l'Epître aux Galates, "charte de la liberté chrétienne".

Tu as aussi raison de dire que c'est l'Esprit qui est l'actualité de tout cela, y compris de celle du Christ. Et qu'il y a de la mort là dedans, jusque dans cet envoi de l'Esprit qui semble conditionné par celle de Jésus, au moins dans l'évangile de Jean. Toutefois, il est prudent d'oublier les majuscules car elles sont d'introduction très récente et le texte grec du Nouveau Testament n'en comporte aucune dans le corps du texte. D'ailleurs, la scission entre l'esprit et l'Esprit ne me plaît guère : au minimum, l'un ne va pas ailleurs que dans l'autre !
D
En réponse à Etienne Duval :

"Je ne sais si c’est moi qui suis tendancieux ou si c’est Saint Paul lui-même ! Mais peu importe. Il me semble que tu voudrais décrocher la vie du chrétien de son ancrage dans la société ; il ne vit pas sa foi dans la transcendance, il la vit dans l’immanence et la transcendance. Il me semble que la dichotomie que l’on retrouve chez la plupart des chrétiens est très préjudiciable : elle tient au fait que l’on confond le Christ et le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit transforme l’homme dans son intériorité, le réunifie et le sort du hiatus dans lequel beaucoup vivent encore aujourd’hui.
En tout cas, merci d’entrer dans le débat."

Bien évidemment, transcendance et immanence sont liés.
Pour moi, le mariage chrétien est inconnu. Seul existe le mariage. Ce qui ne veut pas dire sans la grâce.
Chez les bons esprits, Il y a confusion entre le géniteur et l'éducateur. Et ces 2 rôles ont toujours eu des liens équivoques depuis la nuit des temps.
D'autres exemples, plus vicieux, pourraient être décrits.
La philosophie, servante de la théologie.
Qui pourrait imaginer que la théologie est séparable des instruments qui servent à réfléchir.
Mais, et je pense à l'église de Rome, nous nous servons traditionnellement d'une philosophie de la personne.
Hors Marx a développé une philosophie de la personne et de son environnement : sociologie, économie, en particulier.
D'où la surprise des théologiens qui firent condamner le marxisme comme pervers. Et plus proche, la théologie de la libération.
Le problème qui me gratouille : la foi est bien hors des liens de la société, laïcité, mais ne peut pas vivre hors de la société.
En conclusion.
Je pense le plus grand mal de la doctrine sociale de l'église, de son intervention dans la société, comme dans la diversité de la notion de mariage ; du pseudo modèle européen qui serait bon pour la ville et le monde,
Bon courage.
denis
H
Jésus
Jésus de Nazareth était-il un révolutionnaire? Hans Kung
En 1972, en Allemagne, les discussions à la mode portaient sur la question soulevée par le mouvement révolutionnaire étudiant et par les mouvements de libération d'Amérique du Sud: Jésus de Nazareth n'était-il pas déjà un révolutionnaire? À Tübingen, certains théologiens éminents sont entrés en lice, et cela m'aide à dégager et à développer mon point de vue…
Mais il faut en même temps le rappeler: il ne considérait la révolution politico-sociale comme la seule alternative. Ceux qui peuvent vraiment se réclamer en toute logique de lui ne sont pas Che Guevara et à sa suite Camillo Torres prètre catholique, pas plus qu'un Ernst Bloch, qui célébraient rornantiquement la violence accoucheuse de la nouvelle société rnais ce sont des non-violents comme le Mahatma Gandhi ou Martin Luther King.
C'est en ce sens que je peux le proclamer: Jésus était plus révolutionnaire que les révolutionnaires. Dans mon livre, j'explique en détail ce que cela veut dire: au lieu de rendre, coup pour coup: pardonner sans condition; au lieu du recours a la violence: la disposition à souffrir; au lieu d'un esprit de haine et de vengeance la louange des pacifiques; au lieu d'anéantir les ennemis, les aimer. Tout en étant tournée vers la société, la révolution mise en branle par Jésus était décidément une révolution pacifique, une révolution de l'intérieur, du plus secret de l'homme, une révolution du cœur. Il ne s'agissait plus de continuer comme avant, mais de changer du tout au tout; d'une réorientation radicale par renonciation à toute forme d'égoïsme pour se retourner vers Dieu et vers le prochain. Mon chapitre sur «Jésus révolutionnaire?» a finalement pris une importance fondamentale, et il comporte beaucoup de références. Et cela a eu des conséquences importantes pour toute la suite du livre.

http://religions.free.fr/0300_Jesus-christ/0305-jesus-kung.html

Appuyez sur Hans Kung pour avoir la totalité de ses propos.
G
L'article est référencé à deux reprises par Google.
E
Je ne connaissais pas ce texte de Rosa Luxembourg. Merci, Danièle, de nous l'avoir fait connaître.
D
Le scandale de la croix est un sens symboliquement voilé.

« Parce qu'il est celui qui exhorte les révolutionnaires à agir, parce qu'il est la conscience sociale de la révolution, il est haï, calomnié, persécuté par tous les ennemis secrets et avérés de la révolution et du prolétariat. Clouez-le sur la croix, vous les capitalistes, les petits-bourgeois… »
Rosa Luxemburg, Que veut la ligue spartakiste

« La lettre tue, mais l'esprit (le souffle) vivifie. » II Corinthiens, III, 6.
E
Je ne sais si c’est moi qui suis tendancieux ou si c’est Saint Paul lui-même ! Mais peu importe. Il me semble que tu voudrais décrocher la vie du chrétien de son ancrage dans la société ; il ne vit pas sa foi dans la transcendance, il la vit dans l’immanence et la transcendance. Il me semble que la dichotomie que l’on retrouve chez la plupart des chrétiens est très préjudiciable : elle tient au fait que l’on confond le Christ et le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit transforme l’homme dans son intériorité, le réunifie et le sort du hiatus dans lequel beaucoup vivent encore aujourd’hui.
En tout cas, merci d’entrer dans le débat.
D
Un petit blocage Google m'interdit, momentanément, de répondre à Jésus Christ.
Une 1re analyse.
Jésus est venu clore une compréhension de Dieu et non pas faire le marlouse.
Dans l'église primitive, Paul accepte la vie sociale et économique de son temps pour annoncer la bonne nouvelle.
Bien qu'impliqué dans la vie, ici et maintenant, en relation avec toute personne, le chrétien ne vit pas sa foi en rapport avec son environnement, comme un conjoint grincheux, mais en relation avec la transcendance.
Ton article me parait un peu tendancieux.
denis jeanson
P
Une réflexion d'Alain Badiou sur l’universalisme de Saint Paul, reprise par Philippe Cibois

Le Saint Paul de Badiou [1] est largement antérieur à La République de Platon mais Badiou accorde beaucoup d’importance à Paul et il en a fait également une pièce de théâtre [2]. Ce qui intéresse Badiou, ce n’est pas le contenu du message de Paul, pure fable à ses yeux ce qui n’est pas trop surprenant venant d’un auteur qui s’annonce dans son prologue « héréditairement irréligieux, voire, par mes quatre grands-parents instituteurs, dressé plutôt dans le désir d’écraser l’infamie cléricale ». Ce qui est l’objet de ce livre, c’est en quoi Paul a fondé l’universalisme, ce que reflète cette phrase célèbre : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme ».
Entendues aujourd’hui, les paroles de l’apôtre Paul aux Galates (Ga 3, 28) semblent si en phase avec les valeurs contemporaines que nombreux sont ceux qui voient dans le christianisme une des origines de la posture contemporaine qui veut l’égalité des droits pour les étrangers, le refus de l’exclusion sociale, la parité entre les sexes. C’était d’ailleurs le reproche que Nietzsche faisait au christianisme d’avoir répandu le plus systématiquement « le poison de la doctrine de l’égalité de droits pour tous » [3]. Cependant, du fait que l’Église catholique a dans la suite de son histoire, été perçue comme une instance qui a souvent justifié la prépondérance des puissants de ce monde et la domination de la femme, bien peu sont ceux qui osent aujourd’hui mettre en relation directe le texte de Paul avec l’universalisme contemporain. Bien peu, sauf Badiou, cet athée déclaré.
Paul fondateur de l’universalisme selon Alain Badiou
Se confronter à Paul après Pascal, Hegel, Nietzsche qui sont ici critiqués, et Lacan qui semble suivi, est un exercice où le lecteur non habituel de Badiou doit se cramponner mais où apparait cependant la thèse que l’universalisme est fondé par la proclamation d’une vérité.
La thèse semble bien abstraite. Prenons l’exemple de la conversion au militantisme pour la faire comprendre : l’homme ancien, celui dont la vie n’est marquée par aucune vérité transcendante comme une passion artistique, un désir de lutte contre l’injustice, une passion de la découverte scientifique, le non-militant donc, est une personne marquée par les déterminismes de sa situation sociale, de son métier, de ses relations. Il est conduit par la Loi, au sens de Paul revu par Badiou, ou par la Sagesse qui utilise une philosophie, une connaissance. C’est l’opposition du Juif (pour la Loi) et du Grec (pour la Sagesse) dont Paul nous dit qu’elle n’est plus rien. Par contre quand l’individu découvre la vérité d’une cause politique, artistique ou scientifique, il devient un homme nouveau, et il se passe alors un phénomène de l’ordre du subjectif mais qui casse, qui abolit les anciennes structures. Découvrir une vérité vous fait devenir autre, non pas seulement du fait de l’illumination qui vous ravit, mais du fait de l’évènement de la découverte. Le converti a introduit une faille dans ses croyances, il regarde les normes de son milieu avec scepticisme car elles sont le résultat d’un particularisme sectaire, elles sont fermées. Maintenant que l’individu a cassé les normes qui le bloquaient, il est réputé accédant à l’universel c’est à dire en position d’ouverture à des nouveautés.
Badiou (très paradoxalement, puisqu’il dit que c’est une fable), met ce qui s’est passé au chemin de Damas, la rencontre foudroyante avec le Ressuscité, au cœur de la destinée de Paul. Pour lui, comme pour Paul, c’est ce pur évènement qui explique toute la suite car seul un évènement, une rupture, a des conséquences universalistes : Paul peut ainsi remettre en cause la loi juive et la sagesse grecque. Paul en étant fidèle à cet évènement devient le fondateur de l’universalisme et son militant actif.
Sans contester la vision anthropologique et conceptuelle des effets de toute vérité qui déstabilise l’ordre existant et ouvre, comme tout évènement, à un ordre nouveau, on peut cependant se poser la question de savoir pourquoi, du point de vue historique, Paul a eu ce désir d’ouvrir le christianisme, de le sortir de l’aspect judéo-chrétien. Était-ce simplement un développement qui s’imposait en étant fidèle à la vision du Christ sur le chemin de Damas ou faut-il chercher d’autres explications ? Il faut pour cela ouvrir le dossier historique et ne pas plaquer sur lui une philosophie.

http://enseignement-latin.hypotheses.org/6792

Appuyez sur Philippe Cibois pour avoir la totalité de l'article.
E
Jean, tu as raison, depuis les temps les plus reculés, la mort a suscité l'angoisse des hommes. Et, personnellement, lorsqu'arrivera l'heure ultime, je ne sais pas comment je me comporterai. Mais, pour le moment, je sais que la mort fait partie de ma vie : en l'acceptant, je peux plus facilement faire place à la nouveauté et à insolite. Bien plus, je fais, depuis plus d'une année, une expérience qui me surprend. Me situant consciemment dans l'entre-deux, entre ce monde-ci et le monde à venir, je suis renvoyé à un plus grand investissement dans la vie de tous les jours. Or, cet entre-deux, c'est d'une certaine façon le temps de la mort à venir et pourtant déjà là : en m'y confrontant quotidiennement, je suis finalement renvoyé à la vie. Je ne cherche pas à raisonner pour te convaincre. Mon seul propos est de te dire ce que je vis.
J
Je viens de lire ton dernier article relatif à la figure révolutionaire du Christ. Se convertir au souffle créateur de l'Esprit est déjà difficile mais accepter de faire en soi une place à la mort l'est encore + même si l'on est convaincu de sa nécessité sociale (faire de la place aux nouvelles générations ) et même si l'on a la conviction qu'elle est une rupture nécessaire pour accéder à une vie nouvelle d'un niveau supérieur à notre vie terrestre. Le Christ n'a-t-il pas éprouvé lui aussi cette difficulté? Les évangiles relatent son anxieté et ses souffrances devant cette échéance; il est donc logique que ce ce soit aussi mon cas qui me semble largement partagé par la plupart de nos contemporains.
E
Merci Marius de nous maintenir dans la réflexion et la pensée. Personnellement je n’ai pas fait la gymnastique que tu nous présentes. Je pars de ce qui est commun à tout le monde et à chacun : le désir d’être soi, qui est au fondement de la liberté. Et la liberté c’est être soi-même. J’ai évité la notion de péché parce que je crois que la liberté proposée par le Christ va bien au-delà de la libération du péché : elle libère l’être (soi). Et, en même temps, nous sommes pleinement acteurs dans cette promotion, dans la mesure où nous nous situons dans l’élan créateur de la vie et jusque dans le souffle fondateur de l’Esprit, qui nous responsabilise dans l’acte même de notre libération. Une telle libération n’est pas étrangère à la libération suscitée par la révolution : elle l’accompagne en l’assainissant et l’accomplit.

Il me semble que la dichotomie que nous opérons entre deux types de liberté vient de ce que nous confondons le Christ et l’Esprit. Personnellement je pense que le Christ est le chemin qui nous conduit à l’Esprit. Autrement dit, il y a une conversion nécessaire à l’Esprit, qui ne s’identifie pas à la conversion au Christ.
M
Cher Etienne
Toujours un bonheur de te lire et d'entretenir le dialogue.
Quant à ton envoi de cette semaine, je n'arrive pas à faire le lien entre les concepts pauliniens que tu développes et les notions usuelles de philosophie politique dont nous nous servons dans nos conversations du XX1° siècle.
Je prends par exemple l'idée de libération du péché obtenue en Jésus Christ dont je pense qu'elle est une libération de la condition d'esclave qui est la condition native de l'homme, mais dont je ne vois absolument pas quelle traduction politique on peut donner sur le plan de la sécularité. Car l'esclave ou le serf du régime féodal est libéré du péché comme nous le sommes nous-mêmes par la Croix du Sauveur, mais ce salut n'a rien à voir avec le régime politique de démocratie avancée dont nous avons l'honneur de bénéficier sous la 5° république, contrairement au serf du Moyen âge.
D'ailleurs, il se peut que ce serf du régime féodal n'ait eu aucun ressenti d'oppression par rapport à nos compatriotes syndiqués qui vont manifester aujourd'hui et se sentent opprimés par le pacte de responsabilité. Car la conscience d'un régime politique oppressif n'a pu se faire jour qu'au prix de mutations et de conscientisations dont on n'imagine pas qu'elles puissent encore exister lorsque les citoyens sont supposés, comme c'est notre cas, se donner à eux-mêmes les lois qui les gouvernent et les hommes qui les représentent. Sauf à se référer à l'idéologie marxiste pour laquelle l'appareil d'Etat et les lois ne font que légaliser l'oppression que la classe dominante fait peser sur le prolétariat. Si bien que dans cette hypothèse, la révolution ne s'arrêtera qu'avec l'avènement de la société sans classes. Mais dans ce cas, il vaudrait mieux parler d'une évolution inéluctable que de révolutions, puisqu'il n'y a pas de liberté dans l'histoire et que le grand soir de l'abolition de l'Etat est la seule issue possible.
Je rencontre la même impasse avec les termes de la psychologie des profondeurs où la liberté n'est pas une cause à promouvoir, mais le score du conflit oedipien dont j'ai été le théâtre et qui m'a fait accéder à un statut de névrosé banal : une personne que ses tensions internes n'ont pas rendue complètement inapte à la vie en société.
S'agissant de la liberté au sens civique, je conçois que c'est le partage d'une même loi entre concitoyens qui les rend libres et égaux. Ce partage de la loi devrait s'accompagner de la loi du partage qu'on appelle la fraternité ou la solidarité, mais la mondialisation de l'indifférence n'y est pas favorable et il n'y faut rien moins qu'un changement du "contrat social" qui fonde nos régimes républicains, lesquels semblent avoir définitivement fait le deuil de l'eschatologie.
Mais la mort effacement de notre société post-chrétienne a supplanté la mort apothéose de la chrétienté et il n'y a plus que le moine de Thibirine pour dire "la mort c'est Dieu" et penser qu'elle ouvre cette eschatologie qu'on ne peut même pas concevoir comme une révolution.
On peut encore l'attendre dans l'espérance.
H
Merci , Etienne, de ce beau texte.

Hugues

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