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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 17:06

La création de l’homme par Chagall

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Partir de la dynamique de la vie et du désir pour retrouver la dimension créatrice de l’homme

 

L’homme est d’abord un être de désir, avant de se présenter comme un être de raison. C’est d’abord sur le désir et non sur la raison que se construit le sujet. Cela ne signifie pas pour autant que la raison soit sans importance, mais elle ne peut trouver sa place et jouer son rôle que si elle est investie par le désir qui porte l’élan de la vie. Le désir est aussi le chemin qui conduit à l’amour. Et l’amour lui-même jaillit du souffle fondamental de la vie : certains l’appellent l’Esprit, qui signifie précisément Souffle. Aussi est-ce en s’appuyant sur ce souffle fondamental que l’homme peut finalement trouver sa dimension humaine et créatrice.


La vie est créatrice

La vie invente la vie. Elle n’est pas simplement dans la reproduction et la conservation, comme si elle était vouée à permanentiser le passé. C’est ce que nous montre le conte des trois fileuses. Une fille est à la recherche du prince charmant et elle est devenue amoureuse du fils du roi. Avant de s’engager, le prince veut éprouver la belle prétendante et lui demande de filer des écheveaux de lin. En réalité, elle en est bien incapable. Aussi finit-elle par s’appuyer sur le savoir-faire de trois vieilles femmes, faisant ainsi confiance à l’expérience passée sans laisser place à l’élan créateur de la vie. Comme chacun peut facilement l’imaginer, la catastrophe est à la porte. Notre intrigante en vient à perdre la mémoire, qui la rattache à l’expérience des temps anciens et plus concrètement aux trois fileuses. Réduite à l’impuissance, elle sombre dans la mélancolie, manifestant ainsi que la maladie mentale pourrait être la conséquence d’une rupture avec la dimension créatrice de la vie. Finalement le prince provoquera sa guérison en lui racontant des histoires rocambolesques qui la feront basculer dans le jeu de l’existence où le passé joue avec l’avenir. Aussi n’est-elle plus dépendante de tout le savoir accumulé par l’expérience des autres : une place est désormais ouverte à l’élan créateur de la vie.


La vie est créatrice parce qu’elle est un jeu

La vie est une grande joueuse, jouant tout simplement le jeu de la création. Elle provoque le jeu des espèces entre elles et même celui de l’ordre et du désordre, déjà présent dans tout l’univers. En créant des interactions, elle fait bouger les lignes qui séparent et donne ainsi naissance à la nouveauté. Jouant entre stabilité et innovation elle suscite une évolution créatrice à travers des mutations inédites, jusqu’à celles qui ont conduit à la naissance de l’homme. Sa plus grande originalité consiste à inscrire le jeu du partage dans son propre développement, divisant chaque cellule pour construire des organismes complexes. Et c’est grâce au partage que la nouveauté de la création, à tous les stades de l’existence humaine, peut finalement enrichir individus et sociétés.


Chez l’homme le jeu créateur de la vie est porté par le désir

Les Indiens d’Amérique du Nord nous présentent un conte très instructif. Il s’intitule « Comment se rencontrèrent les hommes et les femmes ». Il nous montre comment la maison humaine s’édifie sur les fondations du désir. Au départ, l’élan qui pousse hommes et femmes, les uns vers les autres, est encore confus. Il n’est pas le désir, il en est simplement l’ébauche. Le désir est un chemin qu’il faut patiemment construire.

Entre les hommes et les femmes, il existe un espace de séparation, constitué par une grande forêt, espace de séparation qui peut évoquer la différenciation sexuelle. Et cette forêt est l’ébauche de l’entre-deux nécessaire au fonctionnement du désir lui-même. C’est ainsi que des allers et retours se succèdent pour établir le contact entre les êtres masculins et les êtres féminins. Les femmes pourtant attirées par les hommes les trouvent trop sales et trop sauvages. Chacun voudrait des êtres semblables, mais, en réalité, si la similitude est nécessaire, il est aussi indispensable d’accepter la différence. Et puis chacun a sa propre culture : les hommes construisent des arcs pour survivre par la chasse et les femmes mettent plutôt l’accent (dans le conte) sur la beauté et la gratuité, en confectionnant des tentes et des vêtements très richement décorés. Les apprentissages indispensables consistent à jouer entre la nature et la culture, entre la similitude et de la différence, la nécessité et la gratuité. Plus profondément encore, les hommes et les femmes sont amenés à être eux-mêmes tout en faisant une place à l’autre, construisant ainsi des sujets aptes à désirer. Le conte énumère quelques traversées de la forêt, mais il en a fallu beaucoup plus, pour multiplier les entre-deux qui ont construit le chemin du désir.  


Non seulement au terme du désir, mais en son fondement, il y a la dynamique de l’amour

Dans le cheminement du désir, se cache le jeu entre l’origine et la fin, entre la source et le puits, entre la graine et la plante. Pour rencontrer l’amour chez l’être aimé, je dois aller le puiser à sa source au fond de moi-même. Et, à son tour, l’autre est conduit à suivre le même cheminement. Fondamentalement, l’homme est un être qui manque mais le manque ne fait que révéler ce qu’il a déjà, comme un trésor enfoui au fond de son être et qu’il convient de faire fructifier. L’aller et retour, dans l’amour, n’est pas entre deux lieux, mais entre l’autre et le cœur de mon désir, aller et retour permanent car la plante qui pousse a sans cesse besoin d’être arrosée. Aller et retour toujours indispensable pour que les sujets se construisent comme sujets en même temps qu’ils communient avec l’autre.


Au cœur de moi-même, il y a plus que moi-même, il y a le souffle fondamental de la vie

S’il n’y avait que moi-même au creux de mon désir, il est certain que la source serait vite tarie. Mais, en réalité, il y a quelque chose de mystérieux, un souffle fondamental qui me dépasse. Que je sois croyant ou non, je peux lui donner le même nom, celui d’Esprit, car en latin le mot Spiritus (Esprit) veut dire « Souffle ». Mais le croyant ajoute  que ce souffle n’est pas enfermé dans une parfaite immanence : il est aussi transcendant, jouissant d’une complète altérité, qui en fait une personne selon les chrétiens.

Ici le souffle de la vie, le souffle même de la création, est un souffle d’amour. En fait, chacun peut donner sa propre interprétation, car nous sommes en face d’un mystère qui ne peut être exprimé complètement par des mots. Et il est assez étonnant de constater que, lors de notre dernier jour, l’amour va épouser la mort : en rendant notre dernier souffle, nous ouvrons un chemin commun pour l’un et l’autre. Ainsi se révèle, pour une part au moins, le Mystère de l’Amour, qui unit la mort et la vie.

Dans le chemin que nous avons choisi, nous ne pouvons avancer et nous élever qu’en nous enfonçant jusqu’au cœur du désir, c’est-à-dire en nous appuyant sur le souffle fondamental de la vie. C’est sans doute à cette condition, que nous apprendrons à jouer dans l’entre-deux un jeu créateur comme le fait la vie elle-même. Entre :

  • La réalité et l’imaginaire,
  • L’idée et la rationalité
  • La ressemblance et la différence
  • Le connu et l’inconnu
  • Moi et l’autre
  • La nature et la culture
  • L’expérience et l’innovation
  • La reproduction et la création
  • La mort et la vie
  • Le passé et l’avenir
  • Soi et l’Autre

Etienne Duval

 

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Référence à l'article de Denis Vasse 06/02/2014 15:24

Pour avoir l'article de Denis Vasse, il suffit de cliquer sur le titre.

Etienne Duval 24/02/2014 09:11

La vérité est dans le jeu

En lisant les interventions précédentes, je me dis que le jeu est partout, même là où nous voudrions l’écarter pour affirmer les différences : entre la raison et la vision, l’instinct et le désir, la nécessité ou le besoin et la gratuité, la nature et la culture. Avec la nature, il y a bien quelque chose de donné, mais la culture est aussi le résultat d’un élan créatif, qui apporte de l’inédit. Chacun voudrait souvent s’arrimer à l’un des pôles alors que la vérité est dans le jeu, même en ce qui concerne le genre, le masculin et le féminin…

Deuxième partie Apostrophes 20/02/2014 13:55

Le 30 mai 1980 Bernard PIVOT dans son émission Apostrophes reçoit Elisabeth BADINTER l'auteur de "L'amour en plus", qui a étudié le comportement maternel au XVIIème et au XVIIIème siècles en France. Françoise RENAUDOT et Françoise COURCEL également invitées sur le plateau contestent l'étude d'Elisabeth BADINTER.

Première partie Apostrophes 20/02/2014 13:52

L'Amour en plus : Elisabeth Badinter étudie le comportement maternel au XVIIème et au XVIIIème siècles en France

« On a beau reconnaître que les attitudes maternelles ne relèvent pas de l'instinct, on pense toujours que l'amour de la mère pour son enfant est si fort et presque général qu'il doit bien emprunter un petit quelque chose à la nature. On a changé de vocabulaire, mais pas d'illusions.
Nous avons été confortés en ce sens, notamment par les études des éthologistes sur le comportement de nos cousines germaines, les singes femelles supérieurs, à l'égard de leurs petits. Certains crurent pouvoir en tirer des conclusions quant aux attitudes des femmes. Puisque ces singes nous ressemblaient tant, il fallait bien conclure que nous étions comme eux...
D'aucuns acceptèrent de bon coeur ce cousinage, d'autant qu'en substituant au concept d'instinct (qu'on abandonnait aux guenons) celui d'amour maternel, on faisait semblant de s'éloigner de l'animalité. Le sentiment maternel paraît moins mécanique ou automatique que l'instinct. Sans en voir la contrepartie, la contingence de l'amour, notre orgueil d'humanoïde fut satisfait.
En réalité, la contradiction n'a jamais été plus grande. Car si on abandonne l'instinct au profit de l'amour, on conserve à celui-ci les caractéristiques de celui-là. Dans notre esprit, ou plutôt dans notre coeur, on continue de penser l'amour maternel en termes de nécessité. Et malgré les intentions libérales, on ressent toujours comme une aberration ou un scandale la femme qui n'aime pas son enfant. Nous sommes prêts à tout expliquer et à tout justifier plutôt que d'admettre le fait dans sa brutalité. Au fond de nous-mêmes, nous répugnons à penser que l'amour maternel n'est pas indéfectible. Peut-être parce que nous refusons de remettre en cause l'amour absolu de notre propre mère...
L'histoire du comportement maternel des Françaises depuis quatre siècles n'est guère réconfortante. Elle montre non seulement une grande diversité d'attitudes et de qualité d'amour mais aussi de longues périodes de silence. Certains diront peut-être que propos et comportements ne dévoilent pas tout le fond du coeur et qu'il reste un indicible qui nous échappe. A ceux-là nous sommes tentés de répondre par le mot de Roger Vailland : "Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour." Alors, quand les preuves se dérobent, pourquoi ne pas en tirer les conséquences ?
L'amour maternel n'est qu'un sentiment humain. Et comme tout sentiment, il est incertain, fragile et imparfait. Contrairement aux idées reçues, il n'est peut-être pas inscrit profondément dans la nature féminine. A observer l'évolution des attitudes maternelles, on constate que l'intérêt et le dévouement pour l'enfant se manifestent ou ne se manifestent pas. La tendresse existe ou n'existe pas. Les différentes façons d'exprimer l'amour maternel vont du plus au moins en passant par le rien, ou le presque rien. »

Elisabeth Badinter, L'amour en plus, 1980

Le 30 mai 1980 Bernard PIVOT dans son émission Apostrophes reçoit Elisabeth BADINTER l'auteur de "L'amour en plus", qui a étudié le comportement maternel au XVIIème et au XVIIIème siècles en France. Françoise RENAUDOT et Françoise COURCEL également invitées sur le plateau contestent l'étude d'Elisabeth BADINTER.

Pascal 20/02/2014 09:46

« Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison.
Extrait : Pensées - 1670.

« Le cœur a ses raisons que la raison ignore.
Extrait : Pensées - 1670.

« La passion amoureuse ne peut pas être belle sans excès.
Extrait : Les passions de l'amour - 1652.

« L'homme seul est quelque chose d'imparfait ; il faut qu'il trouve un second pour être heureux.
Extrait : Les passions de l'amour - 1652.

« La passion ne peut pas être sans excès.
Extrait : Les passions de l'amour - 1652.

« L'amour donne de l'esprit, il se soutient par l'esprit.
Extrait : Les passions de l'amour - 1652.

« L'amour n'a point d'âge ; il est toujours naissant.
Extrait : Les passions de l'amour - 1652.

Spinoza 20/02/2014 09:22

« Le Désir est l'essence même de l'homme, c'est-à-dire l'effort par lequel l'homme s'efforce de persévérer dans son être. »
Éthique, Spinoza, 1677

« Les hommes sont conduits plutôt par le désir aveugle que par la raison. »
Traité politique, Spinoza, 1677

« Nous ne désirons aucune chose parce que nous la jugeons bonne ; mais, au contraire, nous jugeons qu'une chose est bonne parce que […] nous la désirons. »
Éthique, Spinoza, 1675

Denis Vasse suite 06/02/2014 15:18

S’il n’y avait pas un Autre - une parole - pour tous les autres et pour moi en tant qu’un parmi d’autres - une parole pour tous - la vérité, le concept de l’origine qui fonde l’univers en moi et moi en lui, ne saurait être pensée. Parler ne ferait pas référence à ce qui nous différencie des êtres et des choses et les uns des autres. Le monde ne serait que l’image que j’en ai, projetée à partir d’un moi qui en serait l’origine. Il serait, comme dans l’oscillation de la folie, ou mon monde à moi, ou un monde radicalement autre que moi, étranger. Dans les deux cas, aucune rencontre symbolique n’est envisageable. Au lieu d’y reconnaître un visage, l’homme de chair se trouve scindé en autant d’images de lui-même qu’il en construit à partir de ses sensations. L’Autre, le trésor des signifiants, ne serait plus ou n’est plus, alors, le lieu de la parole dans le corps, il serait ou il est moi. S’il en est ainsi l’ouverture au réel est une prétention sans fondement et la parole, une illusion : ce n’est pas la vérité qui, prenant corps dans la chair, parle. Cette illusion, ou cette dénégation s’opère toujours en faveur d’un moi scindé dont une partie, alternativement, se prend pour la vérité qui parle. Déconnectée du désir, I’image qu’il a de lui encombre l’homme. Elle envahit l’espace intersubjectif. Au lieu que, dans son apparition-disparition, son élaboration et sa chute, elle soit médiatrice de la rencontre et autorise le surgissement du sujet, elle reste collée, elle n’est pas détachable, elle prend tout le moi (elle prend la tête, comme on dit aujourd’hui) et le réduit à l’organe sensoriel ou à sa fonction : les sensations sont prises pour la vérité et la sensualité, pour le sens. On dit alors de celui qui est ainsi collé aux sensations - et c’est souvent pour lui, une gloire, avant que d’être une horreur - qu’il n’est qu’un oeil ou qu’une bouche, qu’il n’est qu’un ventre ou qu’un sexe. A la place de la réduction symbolique au’exige la dimension d’altérité de la parole vraie, la rencontre devient le lieu d’une réduction de l’Autre à un objet de satisfaction de moi.

La jalousie (car c’est d’elle qu’il s’agit là) détruit le secret de l’autre - I’Altérité même. Elle réduit à rien la vie de l’autre en tant qu’elle est autre chose que moi à moins qu’elle ne se prête à être idolâtrée pour devenir ma Chose.

Je suis une refusante, s’était écriée une femme aux prises avec cette exclusion de l’Autre en soi qui interdit tout intimité véritable avec l’autre, le prochain.

Cette tension refusante occupe la place du désir. Elle est le refus ou la négation de tous les affects. Au lieu d’ouvrir à sa question dans l’absence - celle du désir -, elle négative la présence, elle dit qu’elle n’est rien qu’un vide succèdant à un plein.

Jean-Luc Leclercq 05/02/2014 12:09

Notre conversation d’hier me laisse très méditatif presque un peu perplexe.

Dans “Corps de mort et de gloire”, Olivier Clément, page 72, écrit : “Mystère de l’amour : le christianisme a mis fin à l’autonomie de la sexualité.... “etc.

Page 24 à propos de Grégoire de Naziance et d’une phrase du père Serge Boulgakov il dit que “l’homme s’ancre , par la liturgie, dans cette chair vivante et vivifiante. Et je dirais : charnelle liturgie..”
Page 88 “Respect, parce que je sais que l’autre ne m’appartient pas, et, que je surmonte par là ce qui peut subsister de captation dans la démarche érotique. Que chacun donc porte en lui et respecte en l’autre cette intérieure cellule monastique où se fait la rencontre du “seul avec le Seul”. L’amour fidèle a besoin de cette distance bonne.”
Page 85 : “tout grand amour est nécessairement crucifié, (...) Par cette mort à soi-même pour que l’autre soit, par cette acceptation sacrificielle. “

Il y a aussi le désir et la tendresse de Fusch, car l’amour est à la tendresse. Christos Yannaras a écrit de belles pages osées sur l’éros. Marcel Légaut dans Vivre pour être a osé écrire des choses fortes.

A propos de la mort, tabou et peur, mort que l’on n’ose abordée. Je crois que l’on ne peut pas dissocier, ne pas parler de la mort quand on parle du désir, de l’éros.
Je ne trouve plus un passage que j’ai lu il y a plus de 20 ans de Paul Evdokimov me semble t il.
Je crois que ton texte gagnerait à être plus virulent.

Je ne sais si mes réactions te serviront. Bien amicalement

Denis Vasse 06/02/2014 15:10

Lorsque le désir ne s’inscrit plus dans le temps et dans l’espace, I’homme perd son centre. La vie perd son poids en même temps qu’il n’est porté par rien. L’homme s’éprouve comme étant à côté de lui-même. Il « marche à côté de ses pompes ». Son corps est désaffecté comme on le dit d’un temple ou d’une maison que l’esprit a quitté. Il n’est plus le lieu d’une présence espérée dont l’absence est le signe, la trace, la marque dans le souvenir. Il est vide. Ce vide met en doute la réalité de la vie et précipite dans le désespoir.
Sans l’espérance du désir qui fonde le sujet dans le Réel qu’il vise (ou sans le désir de l’espérance), la vie est une illusion : nous ne pouvons que la mesurer à l’empan d’un imaginaire, d’une image de nous qui serait l’origine du sujet parlant que nous sommes. Sans espérance, le temps est vide et il n’y a pas, sauf à vouloir s’en persuader, c’est-à-dire à vouloir se tromper - de vérité du désir. Il n’y a qu’un temps indéfini, sans Autre et sans sujet, sans rencontre.
Hors du rapport au désir inconscient, le temps n’a pas de durée. L’infini du désir - qui répond de la dimension d’altérité du sujet - ne s’inscrit pas dans la chair et le sujet ne prend pas corps. Tout en n’étant pas réductible à la sensation, hors du ressenti dans la chair, le désir est illusoire. Sans cette inscription, il n’y a pas d’Autre, il n’y a que du même ou de l’image idéale projetée. Hors de l’incarnation dans et par la parole, il n’y a que projection d’un moi tout seul, dédoublé, perdu dans la séduction de sa propre image prise pour Dieu: Idole.
… C’est comme si il n’y avait rencontre… que s’il y avait séduction…
Comme s’il fallait, au fond, que je me vois moi-meme (dans l’autre) en quelque sorte…
(pour parer) au cas où, justement, je ne rencontrerais personne…
Je me demande comment c’est possible d’arriver à refuser ou à nier quelque chose qui a eu lieu…
Et pourtant, c’est possible. Mais maintenant, j’ai l’impression de ressentir une sensation de paix, de joie et de sécurité…
et quelque soit ce qui arrive, ça, c’est stable !
Ca ne me fait plus du tout réagir de la même manière qu’avant.
Ca change l’idée que i’avais sur l’amour.
L’émergence de l’Autre au cœur - ou à l’origine - même du désir conditionne la rencontre en vérité. Dans ce qui vient à lui, l’homme fait l’expérience d’une division intime et inconsciente, à partir de laquelle il se reçoit comme sujet désirant et parlant. Le désir détermine objectivement et subjectivement le temps de l’homme.
Objectivement (ou imaginairement), car, sauf à délirer, il n’y a pas de désir en vérité sans médiation d’un objet qui représente, dans son apparition/disparition, l’Autre visé par lui.
Subjectivement (ou réellement), car il n’y a pas d’au-delà du plaisir, de principe de réalité, sans espérance que le lieu où le désir se réalise, dans la rencontre, est un corps réel.

Google 06/02/2014 10:57

Cet article est référencé par google.

Oxymoron fractal 05/02/2014 23:00

L'article est référencé par Olivier.

Cliquez sur le titre

Hugues Puel 05/02/2014 20:50

Merci de ce beau texte. Il est plus réconfortant qu'un discours récemment entendu définissant la vie comme le déni de la mort.
Amitiés
Hugues

Yvon Montigné 05/02/2014 17:42

Je pense que le terme de désir contient une ambiguïté qu’il convient de lever. Dans un sens le désir vise à l’assouvissement d’un manque. Son terme et sa fin sont la possession. Dans l’autre sens, il est aspiration ou révélation, et il est sans fin, il ne peut être comblé car il ne comble rien.

Manque réel ou supposé, il n’est peut-guère qu’une forme du besoin, une faim. Il s’enracine au coeur de l’être, de l’être en manque de. Il peut être comblé ou rassasié, ne fut-ce que par des leurres ou des dérivatifs. Et même quand il atteint son objet, il peut laisser comme un goût de désillusion. Le désir peut être satisfait. En ce sens, normalement, quand il touche au but, il s’éteint.
Quoique certains désirs ne soient jamais satisfaits quand le désir tombe dans la démesure et disons-le la folie, démesure de l’image de soi. Folie des grandeurs, besoin d’amasser de plus en plus de richesse et d’en faire de plus en plus état, amour du pouvoir, besoin narcissique d’être toujours plus reconnu, par un plus grand nombre, et sans la moindre nuance. Adoration de soi. Et parfois simple jalousie comparative.
Je ne suis pas sûr que cette forme de désir soit tellement propre à l’homme. On voit certains animaux domestiques s’enfermer dans des rages de désirs qui ne concernent pas que des besoins vitaux. : boisson, nourriture, liberté ou sexualité.

Mais il me semble qu’il est un désir d’un autre ordre qui vient comme d’un appel ou d’une aspiration. Il peut surgir chez celui qui est ou se pense comblé. Quelque chose de nouveau, une rencontre inattendue vint bouleverser le paisible ordre établi, le train train quotidien. Nous voilà entraînée dans une toute nouvelle aventure, en marche vers… Pas d’autre solution que de sortir de chez soi, d’aller au risque de tout perdre.
Aventure scientifique, artistique, aventure amoureuse ou aventure spirituelle, voire mystique. Désir qui n’est jamais assouvi et entraîne de sommet en sommet, de découverte en découverte. Il ne comble pas un manque. Il en ouvre.

Il est vrai que dans la passion quelque chose des deux désirs se mélange. Trouble de la passion, troubles de la passion.

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