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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 17:06

La création de l’homme par Chagall

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Partir de la dynamique de la vie et du désir pour retrouver la dimension créatrice de l’homme

 

L’homme est d’abord un être de désir, avant de se présenter comme un être de raison. C’est d’abord sur le désir et non sur la raison que se construit le sujet. Cela ne signifie pas pour autant que la raison soit sans importance, mais elle ne peut trouver sa place et jouer son rôle que si elle est investie par le désir qui porte l’élan de la vie. Le désir est aussi le chemin qui conduit à l’amour. Et l’amour lui-même jaillit du souffle fondamental de la vie : certains l’appellent l’Esprit, qui signifie précisément Souffle. Aussi est-ce en s’appuyant sur ce souffle fondamental que l’homme peut finalement trouver sa dimension humaine et créatrice.


La vie est créatrice

La vie invente la vie. Elle n’est pas simplement dans la reproduction et la conservation, comme si elle était vouée à permanentiser le passé. C’est ce que nous montre le conte des trois fileuses. Une fille est à la recherche du prince charmant et elle est devenue amoureuse du fils du roi. Avant de s’engager, le prince veut éprouver la belle prétendante et lui demande de filer des écheveaux de lin. En réalité, elle en est bien incapable. Aussi finit-elle par s’appuyer sur le savoir-faire de trois vieilles femmes, faisant ainsi confiance à l’expérience passée sans laisser place à l’élan créateur de la vie. Comme chacun peut facilement l’imaginer, la catastrophe est à la porte. Notre intrigante en vient à perdre la mémoire, qui la rattache à l’expérience des temps anciens et plus concrètement aux trois fileuses. Réduite à l’impuissance, elle sombre dans la mélancolie, manifestant ainsi que la maladie mentale pourrait être la conséquence d’une rupture avec la dimension créatrice de la vie. Finalement le prince provoquera sa guérison en lui racontant des histoires rocambolesques qui la feront basculer dans le jeu de l’existence où le passé joue avec l’avenir. Aussi n’est-elle plus dépendante de tout le savoir accumulé par l’expérience des autres : une place est désormais ouverte à l’élan créateur de la vie.


La vie est créatrice parce qu’elle est un jeu

La vie est une grande joueuse, jouant tout simplement le jeu de la création. Elle provoque le jeu des espèces entre elles et même celui de l’ordre et du désordre, déjà présent dans tout l’univers. En créant des interactions, elle fait bouger les lignes qui séparent et donne ainsi naissance à la nouveauté. Jouant entre stabilité et innovation elle suscite une évolution créatrice à travers des mutations inédites, jusqu’à celles qui ont conduit à la naissance de l’homme. Sa plus grande originalité consiste à inscrire le jeu du partage dans son propre développement, divisant chaque cellule pour construire des organismes complexes. Et c’est grâce au partage que la nouveauté de la création, à tous les stades de l’existence humaine, peut finalement enrichir individus et sociétés.


Chez l’homme le jeu créateur de la vie est porté par le désir

Les Indiens d’Amérique du Nord nous présentent un conte très instructif. Il s’intitule « Comment se rencontrèrent les hommes et les femmes ». Il nous montre comment la maison humaine s’édifie sur les fondations du désir. Au départ, l’élan qui pousse hommes et femmes, les uns vers les autres, est encore confus. Il n’est pas le désir, il en est simplement l’ébauche. Le désir est un chemin qu’il faut patiemment construire.

Entre les hommes et les femmes, il existe un espace de séparation, constitué par une grande forêt, espace de séparation qui peut évoquer la différenciation sexuelle. Et cette forêt est l’ébauche de l’entre-deux nécessaire au fonctionnement du désir lui-même. C’est ainsi que des allers et retours se succèdent pour établir le contact entre les êtres masculins et les êtres féminins. Les femmes pourtant attirées par les hommes les trouvent trop sales et trop sauvages. Chacun voudrait des êtres semblables, mais, en réalité, si la similitude est nécessaire, il est aussi indispensable d’accepter la différence. Et puis chacun a sa propre culture : les hommes construisent des arcs pour survivre par la chasse et les femmes mettent plutôt l’accent (dans le conte) sur la beauté et la gratuité, en confectionnant des tentes et des vêtements très richement décorés. Les apprentissages indispensables consistent à jouer entre la nature et la culture, entre la similitude et de la différence, la nécessité et la gratuité. Plus profondément encore, les hommes et les femmes sont amenés à être eux-mêmes tout en faisant une place à l’autre, construisant ainsi des sujets aptes à désirer. Le conte énumère quelques traversées de la forêt, mais il en a fallu beaucoup plus, pour multiplier les entre-deux qui ont construit le chemin du désir.  


Non seulement au terme du désir, mais en son fondement, il y a la dynamique de l’amour

Dans le cheminement du désir, se cache le jeu entre l’origine et la fin, entre la source et le puits, entre la graine et la plante. Pour rencontrer l’amour chez l’être aimé, je dois aller le puiser à sa source au fond de moi-même. Et, à son tour, l’autre est conduit à suivre le même cheminement. Fondamentalement, l’homme est un être qui manque mais le manque ne fait que révéler ce qu’il a déjà, comme un trésor enfoui au fond de son être et qu’il convient de faire fructifier. L’aller et retour, dans l’amour, n’est pas entre deux lieux, mais entre l’autre et le cœur de mon désir, aller et retour permanent car la plante qui pousse a sans cesse besoin d’être arrosée. Aller et retour toujours indispensable pour que les sujets se construisent comme sujets en même temps qu’ils communient avec l’autre.


Au cœur de moi-même, il y a plus que moi-même, il y a le souffle fondamental de la vie

S’il n’y avait que moi-même au creux de mon désir, il est certain que la source serait vite tarie. Mais, en réalité, il y a quelque chose de mystérieux, un souffle fondamental qui me dépasse. Que je sois croyant ou non, je peux lui donner le même nom, celui d’Esprit, car en latin le mot Spiritus (Esprit) veut dire « Souffle ». Mais le croyant ajoute  que ce souffle n’est pas enfermé dans une parfaite immanence : il est aussi transcendant, jouissant d’une complète altérité, qui en fait une personne selon les chrétiens.

Ici le souffle de la vie, le souffle même de la création, est un souffle d’amour. En fait, chacun peut donner sa propre interprétation, car nous sommes en face d’un mystère qui ne peut être exprimé complètement par des mots. Et il est assez étonnant de constater que, lors de notre dernier jour, l’amour va épouser la mort : en rendant notre dernier souffle, nous ouvrons un chemin commun pour l’un et l’autre. Ainsi se révèle, pour une part au moins, le Mystère de l’Amour, qui unit la mort et la vie.

Dans le chemin que nous avons choisi, nous ne pouvons avancer et nous élever qu’en nous enfonçant jusqu’au cœur du désir, c’est-à-dire en nous appuyant sur le souffle fondamental de la vie. C’est sans doute à cette condition, que nous apprendrons à jouer dans l’entre-deux un jeu créateur comme le fait la vie elle-même. Entre :

  • La réalité et l’imaginaire,
  • L’idée et la rationalité
  • La ressemblance et la différence
  • Le connu et l’inconnu
  • Moi et l’autre
  • La nature et la culture
  • L’expérience et l’innovation
  • La reproduction et la création
  • La mort et la vie
  • Le passé et l’avenir
  • Soi et l’Autre

Etienne Duval

 

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commentaires

R
Pour avoir l'article de Denis Vasse, il suffit de cliquer sur le titre.
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E
La vérité est dans le jeu<br /> <br /> En lisant les interventions précédentes, je me dis que le jeu est partout, même là où nous voudrions l’écarter pour affirmer les différences : entre la raison et la vision, l’instinct et le désir, la nécessité ou le besoin et la gratuité, la nature et la culture. Avec la nature, il y a bien quelque chose de donné, mais la culture est aussi le résultat d’un élan créatif, qui apporte de l’inédit. Chacun voudrait souvent s’arrimer à l’un des pôles alors que la vérité est dans le jeu, même en ce qui concerne le genre, le masculin et le féminin…
D
Le 30 mai 1980 Bernard PIVOT dans son émission Apostrophes reçoit Elisabeth BADINTER l'auteur de &quot;L'amour en plus&quot;, qui a étudié le comportement maternel au XVIIème et au XVIIIème siècles en France. Françoise RENAUDOT et Françoise COURCEL également invitées sur le plateau contestent l'étude d'Elisabeth BADINTER.
P
L'Amour en plus : Elisabeth Badinter étudie le comportement maternel au XVIIème et au XVIIIème siècles en France<br /> <br /> « On a beau reconnaître que les attitudes maternelles ne relèvent pas de l'instinct, on pense toujours que l'amour de la mère pour son enfant est si fort et presque général qu'il doit bien emprunter un petit quelque chose à la nature. On a changé de vocabulaire, mais pas d'illusions.<br /> Nous avons été confortés en ce sens, notamment par les études des éthologistes sur le comportement de nos cousines germaines, les singes femelles supérieurs, à l'égard de leurs petits. Certains crurent pouvoir en tirer des conclusions quant aux attitudes des femmes. Puisque ces singes nous ressemblaient tant, il fallait bien conclure que nous étions comme eux...<br /> D'aucuns acceptèrent de bon coeur ce cousinage, d'autant qu'en substituant au concept d'instinct (qu'on abandonnait aux guenons) celui d'amour maternel, on faisait semblant de s'éloigner de l'animalité. Le sentiment maternel paraît moins mécanique ou automatique que l'instinct. Sans en voir la contrepartie, la contingence de l'amour, notre orgueil d'humanoïde fut satisfait.<br /> En réalité, la contradiction n'a jamais été plus grande. Car si on abandonne l'instinct au profit de l'amour, on conserve à celui-ci les caractéristiques de celui-là. Dans notre esprit, ou plutôt dans notre coeur, on continue de penser l'amour maternel en termes de nécessité. Et malgré les intentions libérales, on ressent toujours comme une aberration ou un scandale la femme qui n'aime pas son enfant. Nous sommes prêts à tout expliquer et à tout justifier plutôt que d'admettre le fait dans sa brutalité. Au fond de nous-mêmes, nous répugnons à penser que l'amour maternel n'est pas indéfectible. Peut-être parce que nous refusons de remettre en cause l'amour absolu de notre propre mère...<br /> L'histoire du comportement maternel des Françaises depuis quatre siècles n'est guère réconfortante. Elle montre non seulement une grande diversité d'attitudes et de qualité d'amour mais aussi de longues périodes de silence. Certains diront peut-être que propos et comportements ne dévoilent pas tout le fond du coeur et qu'il reste un indicible qui nous échappe. A ceux-là nous sommes tentés de répondre par le mot de Roger Vailland : &quot;Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour.&quot; Alors, quand les preuves se dérobent, pourquoi ne pas en tirer les conséquences ?<br /> L'amour maternel n'est qu'un sentiment humain. Et comme tout sentiment, il est incertain, fragile et imparfait. Contrairement aux idées reçues, il n'est peut-être pas inscrit profondément dans la nature féminine. A observer l'évolution des attitudes maternelles, on constate que l'intérêt et le dévouement pour l'enfant se manifestent ou ne se manifestent pas. La tendresse existe ou n'existe pas. Les différentes façons d'exprimer l'amour maternel vont du plus au moins en passant par le rien, ou le presque rien. »<br /> <br /> Elisabeth Badinter, L'amour en plus, 1980<br /> <br /> Le 30 mai 1980 Bernard PIVOT dans son émission Apostrophes reçoit Elisabeth BADINTER l'auteur de &quot;L'amour en plus&quot;, qui a étudié le comportement maternel au XVIIème et au XVIIIème siècles en France. Françoise RENAUDOT et Françoise COURCEL également invitées sur le plateau contestent l'étude d'Elisabeth BADINTER.
P
« Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison.<br /> Extrait : Pensées - 1670.<br /> <br /> « Le cœur a ses raisons que la raison ignore.<br /> Extrait : Pensées - 1670.<br /> <br /> « La passion amoureuse ne peut pas être belle sans excès.<br /> Extrait : Les passions de l'amour - 1652.<br /> <br /> « L'homme seul est quelque chose d'imparfait ; il faut qu'il trouve un second pour être heureux.<br /> Extrait : Les passions de l'amour - 1652.<br /> <br /> « La passion ne peut pas être sans excès.<br /> Extrait : Les passions de l'amour - 1652.<br /> <br /> « L'amour donne de l'esprit, il se soutient par l'esprit.<br /> Extrait : Les passions de l'amour - 1652.<br /> <br /> « L'amour n'a point d'âge ; il est toujours naissant.<br /> Extrait : Les passions de l'amour - 1652.
S
« Le Désir est l'essence même de l'homme, c'est-à-dire l'effort par lequel l'homme s'efforce de persévérer dans son être. »<br /> Éthique, Spinoza, 1677<br /> <br /> « Les hommes sont conduits plutôt par le désir aveugle que par la raison. »<br /> Traité politique, Spinoza, 1677<br /> <br /> « Nous ne désirons aucune chose parce que nous la jugeons bonne ; mais, au contraire, nous jugeons qu'une chose est bonne parce que […] nous la désirons. »<br /> Éthique, Spinoza, 1675
G
Juste un petit mot car je suis dans un tavail un peu compliqué.Mais ceci est une pause agréable.<br /> <br /> Je trouve bien intéressantes tes remarques sur les espaces et les intervalles qui permettent la vie.<br /> Après avoir convoqué Claude Pont, et envoyé ma prose, j'ai un peu continué la réflexion sur le sujet. Ce discours &quot;qui nous tient&quot; nous échappe également. Mais c'est ce qui nous relie à autrui, à l'histoire, voire à nous mêmes, en nous &quot;tenant debout&quot;. C'est donc la vie même.<br /> Mais c'est aussi la vie elle-même que d'en rechercher le sens, de vouloir élucider ce soubassement étrange qui nous tient et nous fait tenir. Je me disais que l'activité &quot;artistique&quot;par exemple où l'écriture, permet -empiriquement- que ce sens émerge, à notre insu. La main marche, armée d'un burin ou d'une pointe sèche ; on part d'une idée dont on ne sait pourquoi elle s'est emparée de nous ; et le travail conduit à de l'inattendu, faisant apparaître de l'insoupçonné. Sans doute parce que la conscience, le rationnel s'est relâché, a laissé passer un peu de ce soubassement inconnu. Il m'arrive de d'exposer le résultat. Je sais que je m'expose....à toutes sortes d'observations : et c'est aussi la vie.<br /> <br /> Je me faisais ces réflexions lorsque j'ai entendu, toujours chez Marc-Alain Ouaknine, Gérard Garouste qui disait, mon Dieu, à très peu près les même choses, en mieux, bien sûr. Avec un commentaire (de lui et de Ouaknine) sur l'efficacité de l'hébreu qui laisse des intervalles entre les mots, ceux-ci permettant, par conséquent, la circulationt de sens autour d'eux, donc la vie -celle au moins de l'esprit. La vie au sens premier (si l'on peut dire aisnsi) étant de faire marcher tout cela. Cela me faisait penser par ailleurs à la réflexion de François Cheng sur &quot;le vide&quot; dans la peinture et l'écriture chinoises.<br /> <br /> A la prochaine.<br /> Gérard
E
Je viens d'écouter Marcel Gaucher sur france-inter. Il s'agissait de savoir si l'école doit instruire ou éduquer. Il a répondu qu'il est impossible de choisir entre les deux : il faut, en même temps, transmettre des connaissances et éduquer. L'un ne va pas sans l'autre et cela apparaît d'autant plus évident si l'on accepte l'hypothèse, presque invraisemblable, situant la raison comme une dimension du désir. A chacun de débattre...
E
Séparation, lieu de la raison, vie, discours qui nous tient<br /> Je posais la question de la séparation dans sa relation au désir. Or je m’aperçois que cette séparation est présente dans les dernières interventions. Dans le conte d’abord, où la princesse pose la question aux multiples prétendants : où se situe la raison ? Le berger prend son temps pour voyager et interroger les sages et il finit par découvrir la réponse à la question posée : le lieu de la raison est dans la patience. La raison se présente comme celle qui met en place un temps pour la construction du désir, temps de séparation entre la prise conscience de son élan vers l’autre et sa réalisation.<br /> Pour Claude Pont ensuite, la vie est dans le discours qui me tient, comme si la vie avait besoin d’un récit intérieur, qui me mette en tant que sujet désirant à distance de moi-même pour que le désir puisse aboutir à sa réalisation.<br /> Dans les deux cas, la raison s’intègre dans la dynamique du désir (désir de l’autre, désir de connaître…), pour créer l’espace de séparation nécessaire au jeu du désir lui-même. Il apparaît ainsi que la raison ne l’emporte pas sur le désir : elle est une dimension du désir. Sans doute beaucoup ne seront-ils pas d’accord avec ma dernière proposition. Il leur appartient d’entrer dans le récit qui, en même temps, nous lie les uns aux autres et nous sépare, et d’entrer ainsi dans la raison.
G
Bien entendu !<br /> « Je ne réponds plus directement sur le blog pour éviter d’être au centre des débats. Mais je peux le faire à titre privé. Mon propos était de dire qu’il faut ancrer la construction du sujet sur le désir parce qu’il porte la vie et que la vie et le désir se construisent dans l’entre-deux, qui est espace de séparation. C’est un peu ce dernier point que tu as souligné. <br /> Pour moi, la vie et, en particulier le désir, n’est pas dans les nuages, mais surgit des racines. Il en va de même de la vie spirituelle. Mais tout cela reste à débattre. » (Propos d’Etienne)<br /> J'ai été totalement convaincu de ce que tu dis par une lecture récente de Frédéric Lordon , La société des affects, pour un structuralisme des passions, Seuil, septembre 2013, Coll. L'ordre philosophique. Lordon, en se référant à Spinoza indique que nos choix, s'ils sont rationnels, sont aussi déterminés par nos affects, positifs ou non, que nous en soyons conscients ou non. Ce que tes nombreuses remarques, depuis longtemps, m'ont fait comprendre, et ce à quoi elles m'ont rendu sensible.<br /> <br /> Le problème que je me pose n'est pas là -du moins apparemment.<br /> <br /> Je voulais, par mes rappels à Bachelard, suggérer la difficulté d'être, somme toute, &quot;dans la vie&quot; (et qu'entend-on par-là ?). Cette évocation que fait Bachelard des songes, des nuages, de leur contemplation signifie pour moi l'illusion dans laquelle nous sommes volontiers (&quot;nous autres intellectuels&quot; qui faisons profession de parler, d'enseigner, de prêcher ?) qu'il suffirait presque d'agir sur le langage pour agir sur le réel.<br /> J'en prends pour exemple le discours politique, qui n'agit que sur lui-même, essaie de s'imposer par &quot;plus de pédagogie&quot;, de &quot;communication&quot;; tente de faire croire que les choix verbaux agissent sur la réalité concrète. De même l'illusion dans laquelle nous sommes (nous autres enseignants) que notre cours d'histoire, de philo, que sais-je ? changera le cours des choses, et, dans un premier temps changera le contenu des têtes qui nous sont imprudemment confiées.<br /> <br /> Le problème que je me pose est (depuis la rue Rabelais et mon passage chez Le Corbusier – et probablement avant) : qu'est-ce que &quot;vivre (sa) vie &quot; ? Qu'est-ce que la vie ? Il m'apparaît de plus en plus qu'elle n'est pas dans les discours qu'on tient, qui ne sont qu'une apparence, un simulacre approximatif, qu'il faut parfois tenir, en sachant ses limites, parfois un écran, qu'il faut percer. Plus que dans le discours qu'on tient, toujours douteux, &quot;la vie&quot; est, pour reprendre une remarque de Claude Pont, plutôt dans le &quot;discours qui nous tient&quot;, qui nous pousse à agir ou nous en retient, et dont il faut prendre conscience, pour s'en libérer. Travail jamais fini, mais c'est la vie...<br /> <br /> Dans ce travail, interfèrent les &quot;affects&quot;, le rationnel, dirait Lordon, les circonstances, l'historique et le contingent dirait Jolif, et la persévérance dans l'être dirait, paraît-il, Spinoza?
L
Sans vraiment répondre à ta suggestion Etienne sur cet espace nécessaire de séparation…Je propose une réflexion sur ce temps nécessaire de séparation.<br /> Pour ce faire écoutons : &quot;Les Trois Paroles de Jihad Darwiche &quot; 16 minutes 33 de pur bonheur. Danièle
E
Désir et séparation<br /> <br /> Je viens d’écouter avec un très grand plaisir l’émission sur Bergson et le hassidisme, avec la joie, l’élan vital, le passage de l’intelligence à l’Esprit, l’être humain qui s’insère dans le mouvement de la création… Mais je voudrais revenir sur les séparations qu’évoque Gérard Jaffrédou, à partir du même type d’émission. Le désir ne peut fonctionner sans la séparation, car c’est dans les espaces de séparation que son jeu est possible. Aussi la construction du désir, à partir de l’élan premier, est-elle inséparable de la mise en place de l’espace de séparation. Je suggère donc, sans vraiment l’imposer, que la réflexion s’oriente sur cet espace nécessaire de séparation.
B
Dans cette même émission , TALMUDIQUES, Vous pouvez aussi écouter en un clique <br /> &quot;Bergson et la joie du hassidisme &quot;
G
A la lecture de ton texte, il m'est revenu quelques souvenirs de réflexions ou de lectures<br /> Comme toujours, je doute de leur pertinence et de leur intérêt. Mais puisque tu sembles insister...<br /> En réalité, j'ai été aussi relancé par l'écoute de l'émission de Marc-Alain Ouaknine, &quot;Talmudiques&quot; (que je recommande : France Culture, le dimanche, à 9h 10). Une auteure parlait de son livre &quot;Amour sur le rivage&quot; (Editions Sabine Wespieser, octobre 2013). Ses commentaires et ceux, fort subtils, de Ouaknine mettaient en évidence l'idée que pour libérer la vie, il fallait en passer par des ruptures, des séparations parfois brutales et douloureuses, toujours nécessaires pour que la vie continue ou renaisse. La Bible, comme on le sait, en est pleine.<br /> <br /> Je me suis rappelé avoir un peu lu Bachelard. J'y ai retrouvé une citation de Goethe &quot;Les pierres sont des maîtres muets. Elles frappent de mutisme l'observateur&quot; (La terre et les rêveries de la volonté, p. 199, Ed. Corti). On peut penser que ce mutisme est une métaphore de la mort si on se rapporte à ce passage (p. 252) : &quot;La mort est à l'intérieur [des pierres]. Plus l'être est condensé, plus il est loin de la vie. Tout ce qui se condense, tout ce qui se dessèche et tout ce qui se ride, volà le signe de la mort matérielle. Le plus lourd est le plus mort, le plus tassé, le plus enfoui.&quot; A l'inverse, la vision de nuages nous installe dans le fluide et le changement permanent (la transcendance ?). Elle est une aspiration à des hauteurs. On pourrait prendre cette fluidité mobile pour la vie elle-même. Mais, observe Bachelard, cette vision nous laisse contemplatifet passif. Les changements que nous apercevons, que nous nous plaisons à croire voulus par nous, ne sont qu'imaginaires notre action sur eux est une illusion.. (L'Air et les songes, Essai sur l'imagination du mouvement .pp 246-248 ).<br /> <br /> On voit vers où je suis tenté de pousser la métaphore. Si on veut ne pas se contenter de rêves et d'illusion, &quot;que faire&quot; ? La conservation forcenée et frénétique, c'est la mort assurée. Les &quot;structures&quot; multiples et fondamentales &quot;dont nous sommes accablés sans en être comblés&quot; (comme dirait presque un autre), bien que mortiféres, ne mourront pas toutes seules. Faut-il les casser pour en faire jaillir la vie ? Peut-être, si on ne les remplace pas par d'autres structures qui ne nous combleront nullement et nous accableront davantage. Comment vouloir et installer du fluide, la vie, sans rester dans les nuages ?<br /> C'est l'état actuel de mes interrogations. On voudra bien m'excuser de n'avoir pas de réponse. Si quelqu'un en a, j'y réfléchirai avec intérêt et plaisir. Le temps presse.<br /> Gérard Jaffrédou<br /> 13 février 2014
M
La seconde partie de mon message, ne semble pas avoir été enregistrée.<br /> <br /> Il s'agissait de l'intervention d'Yvon sur la perception du bonheur en Afrique :<br /> <br /> « Comment appeler ce ressort qui les pousse à vouloir vivre, le vouloir le plus élémentaire, vécu dans l’incertitude du lendemain ? Où le désespoir ne casse même pas ce vouloir-vivre.<br /> Certes, ceux-là aussi ne se réduisent pas à ça, et connaissent sûrement espoirs, satisfactions, éclairs de joie et amour. Il doit leur arriver de rire et de chanter, au moins les enfants. Je suppose. »<br /> <br /> Le 6 janvier dernier, j’ai assisté à un Gospel dans une petite église. La sonorisation fonctionnait mal et le public manifestait son désagrément. Les musiciens ont fini par la faire couper et la suite fut beaucoup mieux ainsi.<br /> <br /> Leurs voix étaient profondes et chaudes. J’ai perçu leur joie d’être ensemble, leurs efforts pour compenser les problèmes techniques et la lumière dans leurs yeux.<br /> <br /> Or la majorité du public est restée mécontente à cause de la technique, estimant avoir été volée sur le prix du billet.<br /> <br /> À la fin du concert, le chef de la troupe de Gospel a eu ces mots : <br /> « En Afrique les malheurs sont si nombreux que le bonheur est permanent, alimenté par des petits riens... Ici, c’est juste le contraire... Vous vous inventez des raisons d’être malheureux. »<br /> <br /> Monique Douillet
M
Ce n'est pas ce que je disais, ou voulais dire.<br /> Je disais que les jeunes, à l'âge où, semble-t-il, ils ont besoin d'affirmer leur identité sexuelle, ne veulent pas de la mixité qu'on leur impose à l'école. Alors que notre génération l'avait revendiquée.
U
La mixité n' a rien à voir avec un certain refus de la différenciation sexuelle. La différenciation sexuelle est une donnée constatable, ce qui ne veut pas dire que le psychisme et le physique soient en parfaite correspondance.
M
Bonjour Etienne,<br /> <br /> J'ai bien lu ton article ainsi que le débat sur le site. Je n'ai rien trouvé à ajouter.<br /> <br /> La lecture de cette phrase de ton article (ci-dessous) m'a renvoyée à une observation qui m'a étonnée, je te la livre :<br /> « Entre les hommes et les femmes, il existe un espace de séparation, constitué par une grande forêt, espace de séparation qui peut évoquer la différenciation sexuelle.»<br /> Après 1968, la mixité a été établie à l’école. C’était une grande victoire pour ma génération !<br /> Or, aujourd’hui, dans les collèges, j’ai appris à ma stupéfaction que les garçons et les filles ne se mélangent pas. Ils sont bien physiquement dans la même classe ensemble, mais une barrière invisible empêche tout rapprochement. Ils s’ignorent, et ce jusqu’en fin d’années de lycée.<br /> <br /> La forêt serait dans la tête ?
L
Le désir essentiel <br /> <br /> Le Jeu du Tao doit beaucoup à la notion de désir essentiel. L'être humain est avant tout un être de désir. Pour le philosophe et psychologue Paul Diel, l'origine de ce désir se situe dans la faculté que possèdent nos lointains ancêtres, les premiers organismes vivants, à réagir au milieu en fonction de la satisfaction de leurs besoins. Le premier de ces besoins primitifs est de se conserver soi-même. Diel l'appelle la pulsion matérielle ou nutritive. Le second est celui de conserver l'espèce : c'est la pulsion sexuelle. Le troisième, nommé par Diel pulsion évolutive, conduit les espèces à se transformer sous la pression du milieu, pour donner naissance à de nouvelles formes d'organisation, aussi bien psychiques que physiques, mieux adaptées parce que plus satisfaisantes.<br /> Au fil de l'évolution, ces trois pulsions primitives s'élargissent. Chez l'homme, la pulsion matérielle devient sociale, la pulsion sexuelle se fait affective et la pulsion évolutive se transforme en pulsion spirituelle. Cette dernière devient même prédominante et prend la forme de ce que Diel appelle le désir essentiel, en opposition aux désirs multiples, plus matériels, dictés par les pulsions sociales et affectives.<br /> La satisfaction du désir essentiel passe par la mise en application de valeurs morales telles que le Juste, le Bon, le Beau. Pour offrir des perspectives d'accomplissement, les désirs multiples doivent être harmonisés par le désir essentiel. Sinon, une part de toi-même ne sera jamais satisfaite : la réussite professionnelle est trop chèrement payée si l'on gâche sa vie affective à la gagner, les prouesses sexuelles finissent par générer le dégoût de soi, l'amour exclusif de l'esprit porte en lui le germe de l'échec. Moralité : l'accomplissement d'un désir repose sur l'équilibre de ce qu'il cherche à satisfaire.<br /> <br /> Cliquez sur le titre
D
Les désirs d’après Paul Diel.<br /> <br /> Du point de vue mythique, les désirs multiples naissent de la dispersion du désir essentiel : La force vitale.<br /> Du point de vue de l’évolution psychique, les désirs multiples sont les excitations retenues de la psyché consciente. Les désirs ne sont pas d’emblée des manifestations psychiques entièrement conscientes, ils gardent encore en grande partie l’émotion obscure des excitations primitivement retenues. <br /> <br /> Le désir est la fonction psychique qui marque la limite entre la vie inconsciente et la vie consciente. Avec la formation du désir, la vie consciente commence.<br /> <br /> Le désir est une force et tout comme la force en physique, il possède une direction et une intensité. Il n’est plus, comme l’excitation primitivement retenue, une force aveugle, il est une force contrôlable. Sa satisfaction n’a plus le caractère instinctif de l’espèce; elle est le résultat d’une décision individuellement motivée. La recherche de satisfaction devient intentionnelle et volontaire. Avec la première manifestation de la mémoire consciente, le désir, la volonté apparaît. Elle inclut la possibilité du choix. La tension consciente et volontaire de l’énergie psychique, l’intention, peut choisir entre les désirs multiples pour en réaliser plutôt l’un que l’autre et elle peut réfléchir sur les moyens de sa réalisation…
E
Je relance la question en tenant compte de ce que dit Yvon et en posant une autre question, qui me paraît décisive : est-ce que le jeu créateur de la vie est porté par le désir ? Personnellement je le pense, mais je ne suis pas sûr que ce soit l'avis de tout le monde...
Y
Le désir qui fonde le sujet ? On voudrait bien, mais en réalité…<br /> <br /> Touchant des revenus (une retraite) qui me place nettement en dessous du seuil de pauvreté, compensé par un petit capital issu indirectement d’un héritage, je jouis pour le moment encore, sur la fin de mon parcours, de tous les éléments d’un confortable matelas de sécurité ; et de loisirs pour participer à un débat sur ce qui fonde le sujet. Je suis, dans un pays privilégié, nettement un privilégié.<br /> <br /> En dehors de la question du maniement de tels concepts, que peut signifier existentiellement, pour beaucoup d’hommes, mes frères, désir ou sujet ?<br /> Certains appréhendent les bombes qui tombent quotidiennement autour d’eux, les cris de meurtre des porteurs de machette.<br /> Pour d’autres, simplement survivre, trouver de l’eau ou à manger, obtenir le médicament qui leur est peut-être tout simplement inconnu pour s’en sortir, avoir un abri contre le froid ou la canicule, pouvoir atteindre la région ou le pays où ils aient une chance de survie, échapper à l’internement arbitraire, sont des objectifs d’une urgence immédiate, quotidienne, continuelle et urgente.<br /> Comment appeler ce ressort qui les pousse à vouloir vivre, le vouloir le plus élémentaire, vécu dans l’incertitude du lendemain ? Où le désespoir ne casse même pas ce vouloir vivre.<br /> Certes, ceux là aussi ne se réduisent pas à ça, et connaissent sûrement espoirs, satisfactions, éclairs de joie et amour. Il doit leur arriver de rire et de chanter, au moins les enfants. Je suppose.<br /> Horizon du pour soi ou pour sa famille.<br /> <br /> D’autres, et là, il est difficile d’échapper à un vocabulaire guerrier, sont dans la lutte armée ou tout au moins violente, sociale ou autre, ou même la lutte « non violente ». Révolutions, inspirées par les Lumières ou quelque illumination ; rassemblements unitaires ou agglomérats hétéroclites d’intérêts face à un autre, ennemi, un pouvoir, lui, clairement identifié. Soulèvements confus ou joyeux, la fleur au fusil, dans l’espoir de lendemains meilleurs ; meilleurs souvent pour un tiers qui saura tirer les marrons du feu.<br /> Horizon du collectif, et du même contre l’autre.<br /> <br /> Les philosophes ont essayé de rendre compte de ce qui fonde soit l’homme soit le comportement humain. Tragédie grecque, mythes dionysiaques, volonté de puissance, lutte des classes, mise à jour de l’inconscient. <br /> <br /> Et le désir dans tout ça. Comme les autres valeurs, comme les autres fondements interprétatifs, il n’a rien d’univoque et mérite sans doute une critique, une « généalogie » critique et non idéologique, pour éviter les jeux de ping-pong conceptuels et servir à dégager l’horizon et pas seulement à consoler ceux pour qui il est bouché. Pour que le sujet s’inscrive comme acteur.
E
Comme dit Yvon Montigné, il y a désir et désir. Ou encore comme le souligne Denis Jeanson, le désir peut entretenir l'imaginaire. En même temps, certains scientifiques osent parler de l'affectivité dans l'intellection. Quant à Marius Alliod, il traverse l'histoire de la pensée pour nous montrer les variations importantes qui marquent la place du désir. ¨Personnellement je me sens proche de Bergson,,Denis Vasse et Julia Kristeva.. <br /> <br /> Mais la question reste posée : quel est précisément ce désir qui fonde le sujet ? A condition de penser qu'il le fonde ! Je renvoie la question aux intervenants de ce blog.
M
Voici quelques réactions au blog de la semaine.<br /> <br /> A l'époque de la métaphysique glorieuse, lorsque Platon écrivait que &quot;la notion du Bien était absolument première&quot; et&quot;qu'il y avait une raison bonne que les choses soient ce qu'elles étaient&quot;, le sujet humain était inclus dans ce triomphe de la raison venant éclairer son désir et lui permettre de l'assumer sans être immédiatement submergé par ses conflits intra-psychiques. <br /> Mais c'était avant le structuralisme qu'on a baptisé &quot;faillite&quot; de cette métaphysique que j'ai qualifiée de &quot;glorieuse&quot; et avant les théories contemporaines du sujet, coextensives à celles du langage et de la pulsion qui ont remplacé définitivement le sujet cartésien, doué de jugement, maître de sa langue et supposé capable de modérer ses passions et ses désirs. Car le sujet issu de la théorie freudienne n'est qu'un prématuré, enfermé dans son infirmité voire agi par son inconscient et ne disposant plus de la volonté claire ni de l'intention possiblement droite dont le créditait les philosophes antérieurs à Kant et les Lumières. <br /> Autrement dit, la &quot;conscience malheureuse&quot; est devenue l'inspiration dominante des philosophes et des hommes de lettres du XX° siècle, on la voit même à l'oeuvre chez des théologiens distingués comme Karl Rhaner et Dietrich Bonhoeffer. Elle s'oppose quant à la lettre, à la vison créatrice qui traversait encore la philosophie de Bergson et certains accents du discours de l'Eglise ainsi que plusieurs auteurs chrétiens tels Maurice Blondel, Gabriel Marcel et plus récemment Paul Ricoeur. <br /> Et contrairement à cette veine, il faut admettre qu'au regard de ce sujet introuvable des thèses d'aujourd'hui, la formule &quot;l'homme est un être de désir&quot; fait penser à cette devise sublime, récitée et entendue dans ma jeunesse, &quot;l'être est inséparable de la perfection&quot; qui enveloppait l'ontologie thomiste telle qu'elle nous a été transmise au séminaire, mais qui n'a plus guère d'audience au XXI° siècle, à cause de la désuétude relative de la fonction transcendantale du langage de Husserl à laquelle les linguistes d'aujourd'hui attachent moins d'importance qu'à sa fonction coutumière de communication. Sans que ça change le sens de l'expression &quot;l'homme est un être de désir&quot; derrière laquelle il fallait entendre que son désir le portait à devenir lui-même, c'est-à-dire à s'accomplir selon sa nature. A l'inverse, veux-je dire, de l'agnosticisme dominant de maintenant visant à faire entendre que le voyage de l'homme entre sa naissance et sa mort est plus ou moins un voyage sans destination et que personne ne saurait en être le sujet raisonnable.<br /> Sur le versant de l'amour, je crois avoir lu sous la plume de Jean Guitton &quot;Il n'y a qu'un seul amour&quot; en référence au Dieu unique. Et de cet amour, les amours humaines ne seraient que de pâles imitations mais des imitations tout de même, malgré un coefficient de déformation qui les rend parfois méconnaissables, comme c'est le cas dans les mythes, si du moins c'est une des clés de lecture du récit des&quot;fileuses&quot; qui s'inscrira aussi dans nos mémoires. Merci pour ce blog et pour ses suites. Marius A.
F
Merci de ton dernier envoi. D'habitude je les lis ... et je les range. Cette fois-ci, il tombe trop bien, après un débat assez vif dans le groupe &quot;Neurosciences&quot; du CTM sur la part de l'affectivité dans l'intellection, très bien défendue par le représentant le plus branché techniquement sur les neurosciences en question. C'est mon vieil ami et ex-collègue Claude Marti, physicien de haut vol . Si tu n'y vois pas d'inconvénient, je lui ferai suivre ton texte, bien qu'il soit encore plus loin que moi du monde des contes et des mythes où tu navigues avec aisance... Il y fera peut-être des découvertes !
L
Alors, de deux choses l’une. Ou bien l’humanité désabusée se réduira en une masse de consommateurs déçus par les prestations sexuelles et autres services techniques de création et de procréation. Ou bien les expériences amoureuses où intérieur et extérieur s’aimantent et se déchirent, se construisent et se détruisent, continueront à compliquer leurs jeux, comme le fit la plus baroque des saintes, Thérèse d’Avila, s’autorisant à jouer aux échecs avec son Dieu, tous affects infusés dans son infinie pureté. Extrait de l’affect ou « L’intense profondeur des mots » Julia Kristeva<br /> <br /> Pour lire « L’intense profondeur des mots » il suffit de cliquer sur le titre
D
Cher Étienne,<br /> <br /> Le désir, l'imaginaire contre le savoir.<br /> Pour cette raison, j'éteins la télévision lorsqu'apparaît un documentaire réalisé par des gens qui savent, des clercs.<br /> Ma préférence va à la fiction, plus réelle que le réelle.<br /> Je te renvoie au miroir de Stendhal sur la route de la vie, qui m'est toujours apparu comme une escroquerie.<br /> Le personnage littéraire est de fait plus riche que le personnage réel.<br /> Quand je dis que tu es un vrai tartufe, un harpagon notoire, un Julien Sorel odieux, un père Goriot complaisant jusqu'au crétinisme, chacun comprend.<br /> <br /> Bravo pour ton article.<br /> denis<br /> www.denisjeanson.fr
D
S’il n’y avait pas un Autre - une parole - pour tous les autres et pour moi en tant qu’un parmi d’autres - une parole pour tous - la vérité, le concept de l’origine qui fonde l’univers en moi et moi en lui, ne saurait être pensée. Parler ne ferait pas référence à ce qui nous différencie des êtres et des choses et les uns des autres. Le monde ne serait que l’image que j’en ai, projetée à partir d’un moi qui en serait l’origine. Il serait, comme dans l’oscillation de la folie, ou mon monde à moi, ou un monde radicalement autre que moi, étranger. Dans les deux cas, aucune rencontre symbolique n’est envisageable. Au lieu d’y reconnaître un visage, l’homme de chair se trouve scindé en autant d’images de lui-même qu’il en construit à partir de ses sensations. L’Autre, le trésor des signifiants, ne serait plus ou n’est plus, alors, le lieu de la parole dans le corps, il serait ou il est moi. S’il en est ainsi l’ouverture au réel est une prétention sans fondement et la parole, une illusion : ce n’est pas la vérité qui, prenant corps dans la chair, parle. Cette illusion, ou cette dénégation s’opère toujours en faveur d’un moi scindé dont une partie, alternativement, se prend pour la vérité qui parle. Déconnectée du désir, I’image qu’il a de lui encombre l’homme. Elle envahit l’espace intersubjectif. Au lieu que, dans son apparition-disparition, son élaboration et sa chute, elle soit médiatrice de la rencontre et autorise le surgissement du sujet, elle reste collée, elle n’est pas détachable, elle prend tout le moi (elle prend la tête, comme on dit aujourd’hui) et le réduit à l’organe sensoriel ou à sa fonction : les sensations sont prises pour la vérité et la sensualité, pour le sens. On dit alors de celui qui est ainsi collé aux sensations - et c’est souvent pour lui, une gloire, avant que d’être une horreur - qu’il n’est qu’un oeil ou qu’une bouche, qu’il n’est qu’un ventre ou qu’un sexe. A la place de la réduction symbolique au’exige la dimension d’altérité de la parole vraie, la rencontre devient le lieu d’une réduction de l’Autre à un objet de satisfaction de moi.<br /> <br /> La jalousie (car c’est d’elle qu’il s’agit là) détruit le secret de l’autre - I’Altérité même. Elle réduit à rien la vie de l’autre en tant qu’elle est autre chose que moi à moins qu’elle ne se prête à être idolâtrée pour devenir ma Chose.<br /> <br /> Je suis une refusante, s’était écriée une femme aux prises avec cette exclusion de l’Autre en soi qui interdit tout intimité véritable avec l’autre, le prochain.<br /> <br /> Cette tension refusante occupe la place du désir. Elle est le refus ou la négation de tous les affects. Au lieu d’ouvrir à sa question dans l’absence - celle du désir -, elle négative la présence, elle dit qu’elle n’est rien qu’un vide succèdant à un plein.
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J
Notre conversation d’hier me laisse très méditatif presque un peu perplexe.<br /> <br /> Dans “Corps de mort et de gloire”, Olivier Clément, page 72, écrit : “Mystère de l’amour : le christianisme a mis fin à l’autonomie de la sexualité.... “etc.<br /> <br /> Page 24 à propos de Grégoire de Naziance et d’une phrase du père Serge Boulgakov il dit que “l’homme s’ancre , par la liturgie, dans cette chair vivante et vivifiante. Et je dirais : charnelle liturgie..”<br /> Page 88 “Respect, parce que je sais que l’autre ne m’appartient pas, et, que je surmonte par là ce qui peut subsister de captation dans la démarche érotique. Que chacun donc porte en lui et respecte en l’autre cette intérieure cellule monastique où se fait la rencontre du “seul avec le Seul”. L’amour fidèle a besoin de cette distance bonne.”<br /> Page 85 : “tout grand amour est nécessairement crucifié, (...) Par cette mort à soi-même pour que l’autre soit, par cette acceptation sacrificielle. “<br /> <br /> Il y a aussi le désir et la tendresse de Fusch, car l’amour est à la tendresse. Christos Yannaras a écrit de belles pages osées sur l’éros. Marcel Légaut dans Vivre pour être a osé écrire des choses fortes.<br /> <br /> A propos de la mort, tabou et peur, mort que l’on n’ose abordée. Je crois que l’on ne peut pas dissocier, ne pas parler de la mort quand on parle du désir, de l’éros.<br /> Je ne trouve plus un passage que j’ai lu il y a plus de 20 ans de Paul Evdokimov me semble t il.<br /> Je crois que ton texte gagnerait à être plus virulent.<br /> <br /> Je ne sais si mes réactions te serviront. Bien amicalement
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D
Lorsque le désir ne s’inscrit plus dans le temps et dans l’espace, I’homme perd son centre. La vie perd son poids en même temps qu’il n’est porté par rien. L’homme s’éprouve comme étant à côté de lui-même. Il « marche à côté de ses pompes ». Son corps est désaffecté comme on le dit d’un temple ou d’une maison que l’esprit a quitté. Il n’est plus le lieu d’une présence espérée dont l’absence est le signe, la trace, la marque dans le souvenir. Il est vide. Ce vide met en doute la réalité de la vie et précipite dans le désespoir.<br /> Sans l’espérance du désir qui fonde le sujet dans le Réel qu’il vise (ou sans le désir de l’espérance), la vie est une illusion : nous ne pouvons que la mesurer à l’empan d’un imaginaire, d’une image de nous qui serait l’origine du sujet parlant que nous sommes. Sans espérance, le temps est vide et il n’y a pas, sauf à vouloir s’en persuader, c’est-à-dire à vouloir se tromper - de vérité du désir. Il n’y a qu’un temps indéfini, sans Autre et sans sujet, sans rencontre.<br /> Hors du rapport au désir inconscient, le temps n’a pas de durée. L’infini du désir - qui répond de la dimension d’altérité du sujet - ne s’inscrit pas dans la chair et le sujet ne prend pas corps. Tout en n’étant pas réductible à la sensation, hors du ressenti dans la chair, le désir est illusoire. Sans cette inscription, il n’y a pas d’Autre, il n’y a que du même ou de l’image idéale projetée. Hors de l’incarnation dans et par la parole, il n’y a que projection d’un moi tout seul, dédoublé, perdu dans la séduction de sa propre image prise pour Dieu: Idole.<br /> … C’est comme si il n’y avait rencontre… que s’il y avait séduction…<br /> Comme s’il fallait, au fond, que je me vois moi-meme (dans l’autre) en quelque sorte…<br /> (pour parer) au cas où, justement, je ne rencontrerais personne…<br /> Je me demande comment c’est possible d’arriver à refuser ou à nier quelque chose qui a eu lieu…<br /> Et pourtant, c’est possible. Mais maintenant, j’ai l’impression de ressentir une sensation de paix, de joie et de sécurité…<br /> et quelque soit ce qui arrive, ça, c’est stable !<br /> Ca ne me fait plus du tout réagir de la même manière qu’avant.<br /> Ca change l’idée que i’avais sur l’amour.<br /> L’émergence de l’Autre au cœur - ou à l’origine - même du désir conditionne la rencontre en vérité. Dans ce qui vient à lui, l’homme fait l’expérience d’une division intime et inconsciente, à partir de laquelle il se reçoit comme sujet désirant et parlant. Le désir détermine objectivement et subjectivement le temps de l’homme.<br /> Objectivement (ou imaginairement), car, sauf à délirer, il n’y a pas de désir en vérité sans médiation d’un objet qui représente, dans son apparition/disparition, l’Autre visé par lui.<br /> Subjectivement (ou réellement), car il n’y a pas d’au-delà du plaisir, de principe de réalité, sans espérance que le lieu où le désir se réalise, dans la rencontre, est un corps réel.
G
Cet article est référencé par google.
O
L'article est référencé par Olivier.<br /> <br /> Cliquez sur le titre
H
Merci de ce beau texte. Il est plus réconfortant qu'un discours récemment entendu définissant la vie comme le déni de la mort.<br /> Amitiés<br /> Hugues
Y
Je pense que le terme de désir contient une ambiguïté qu’il convient de lever. Dans un sens le désir vise à l’assouvissement d’un manque. Son terme et sa fin sont la possession. Dans l’autre sens, il est aspiration ou révélation, et il est sans fin, il ne peut être comblé car il ne comble rien.<br /> <br /> Manque réel ou supposé, il n’est peut-guère qu’une forme du besoin, une faim. Il s’enracine au coeur de l’être, de l’être en manque de. Il peut être comblé ou rassasié, ne fut-ce que par des leurres ou des dérivatifs. Et même quand il atteint son objet, il peut laisser comme un goût de désillusion. Le désir peut être satisfait. En ce sens, normalement, quand il touche au but, il s’éteint. <br /> Quoique certains désirs ne soient jamais satisfaits quand le désir tombe dans la démesure et disons-le la folie, démesure de l’image de soi. Folie des grandeurs, besoin d’amasser de plus en plus de richesse et d’en faire de plus en plus état, amour du pouvoir, besoin narcissique d’être toujours plus reconnu, par un plus grand nombre, et sans la moindre nuance. Adoration de soi. Et parfois simple jalousie comparative.<br /> Je ne suis pas sûr que cette forme de désir soit tellement propre à l’homme. On voit certains animaux domestiques s’enfermer dans des rages de désirs qui ne concernent pas que des besoins vitaux. : boisson, nourriture, liberté ou sexualité.<br /> <br /> Mais il me semble qu’il est un désir d’un autre ordre qui vient comme d’un appel ou d’une aspiration. Il peut surgir chez celui qui est ou se pense comblé. Quelque chose de nouveau, une rencontre inattendue vint bouleverser le paisible ordre établi, le train train quotidien. Nous voilà entraînée dans une toute nouvelle aventure, en marche vers… Pas d’autre solution que de sortir de chez soi, d’aller au risque de tout perdre.<br /> Aventure scientifique, artistique, aventure amoureuse ou aventure spirituelle, voire mystique. Désir qui n’est jamais assouvi et entraîne de sommet en sommet, de découverte en découverte. Il ne comble pas un manque. Il en ouvre.<br /> <br /> Il est vrai que dans la passion quelque chose des deux désirs se mélange. Trouble de la passion, troubles de la passion.

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