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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 10:29

 

 

L’argent est un grand facilitateur des échanges, mais il n’a pas bonne presse dans le Nouveau Testament et dans un certain nombre de textes symboliques comme les contes eux-mêmes. Il est suspecté d’être une sorte de modèle idéal de l’idole qui vient égarer l’homme comme être de désir. Il faut choisir entre deux maîtres, Dieu ou Mammon. Chacun a en mémoire l’histoire du mauvais riche et du pauvre Lazare (Matthieu 6, 24…). Et Judas trahit son maître, qui était pourtant un ami, soi-disant par amour de l’argent. Enfin dans « Peau d’ours »,  le diable en habit vert a plein de sous dans ses poches et peut en faire cadeau à l’homme qui respectera ses consignes. Par bonheur, le soldat bénéficiaire de ses largesses sait détourner le mauvais sort  qui le menace pendant sept ans d’épreuves en partageant ses richesses avec les plus malheureux. Le militaire triomphe ainsi des tentations de Mammon. Et c’est bien cela qu’il faut retenir : la vraie richesse ne vient pas de l’argent, elle vient du partage.

 

L’homme est un être qui manque

Contrairement aux animaux, l’homme vient au monde dans une véritable nudité, privé provisoirement de ce qui en fera un véritable être humain. Il faudra qu’il dépasse son manque originel en prenant en main sa propre destinée qu’il construira avec le temps. Une telle situation a beaucoup intrigué  les anciens. Ils ont essayé de l’expliquer grâce à des textes mythiques que les hommes n’ont pas su interpréter correctement. Ils ont imaginé une punition liée à une faute originelle. En fait il ne s’agissait pas d’une punition mais d’une promotion, c’est-à-dire d’une sortie de l’animalité. Et, par faute originelle, il fallait comprendre manque originel, comme l’exprime bien le mot « falta » espagnol qui veut dire manque. Contrairement à l’animal, l’homme est un être qui manque et c’est précisément en cela qu’il le dépasse. Je ne voudrais pas balayer d’un trait de plume toute une réflexion qui a pris beaucoup de temps à s’élaborer car il reste vrai que nous pâtissons aujourd’hui de nos errances passées, mais il est encore possible d’inventer d’autres pistes peut-être plus conformes à la réalité.


L’argent n’est pas le remède au manque

Spontanément, nous pensons qu’il faut combler le manque et, dans les contes, le diable est là pour nous offrir la solution de l’argent. Mais le diable a courte vue, car notre manque est structurel et il ne peut véritablement être comblé. Il ne réfléchit que par rapport au passé et notamment par rapport aux lois de l’animalité. En réalité le manque est la richesse de l’homme car il engendre l’avenir et celui que nous nommons le diable est celui qui manque du manque et qui nous enferme dans une stérilité régressive.

 

Le manque est d’abord le moteur du désir

Comme nous l’avons déjà souligné, l’homme est un être de désir, c’est-à-dire un être qui aspire à devenir ce qu’il n’est pas encore. C’est donc dans le manque qu’il puise son élan : autrement dit, le manque est là pour le féconder. Dans le mythe égyptien d’Isis et d’Osiris, la grande Isis est fécondée par le sexe manquant d’Osiris et, dans la théologie chrétienne, la virginité de Marie vient souligner que l’être divin n’est pas engendré par l’homme mais par l’Esprit Saint.

Mais pour faire surgir un désir humain, le manque ne suffit pas car le désir risque de s’enfermer sur lui-même. Il faut y ajouter l’interdit qui se présente comme un obstacle à franchir pour faire naître la relation à l’autre en donnant naissance à la parole. Le désir humain est fondamentalement désir de l’autre et c’est cette ouverture à l’autre que l’interdit est chargé de provoquer.

 En fait l’interdit n’est qu’un temps d’attente pour que le désir puisse ensuite poursuivre sa route. Après avoir donné son espace à l’interdit il appartient ensuite à l’homme de le transgresser pour provoquer un nouveau sursaut dans l’élan du désir.

 

L’ennemi d’une vraie réalisation du désir est la toute-puissance sous toutes ses formes

Le désir n’en a pourtant pas fini avec les obstacles qui se dressent sur sa route. L’un des plus importants est la toute-puissance ; il ne laisse pas de place à l’autre et finit par détruire l’élan créatif de l’homme porté par le désir, qui est fondamentalement désir de l’autre. En ce sens, l’un des textes les plus importants de la littérature mondiale, à savoir le récit du sacrifice d’Isaac ou d’Ismaël, transformé en sacrifice d’Abraham, vient éclairer notre route : ce n’est pas l’enfant qui est à sacrifier, mais la toute-puissance du père qui l’empêche de devenir père à son tour. En même temps la toute-puissance de la victime, davantage mise en relief dans le Coran que dans la bible, n’a plus aucun sens, car  le Dieu d’Abraham Lui-même s‘est défait de sa toute-puissance apparente pour refuser tout sacrifice sanglant et toute humiliation de l’homme, qu’il s’agisse du fils ou du père.

 

L’homme ne peut faire fonctionner l’économie grâce à son désir que s’il se débarrasse de la toute-puissance de l’argent

Nous sommes bien placés, en ce temps de crise, pour reconnaître les méfaits de la toute-puissance de l’argent, qui réduit l’homme en marchandise. L’économie, chargée d’assurer le meilleur environnement matériel et social de l’homme, ne peut remplir sa noble fonction que si elle accepte de remettre l’argent à sa place, le faisant passer du statut de maître au statut de serviteur. La toute-puissance de l’argent nous aliène et contrarie le devenir de l’économie en crise. En réalité la soi-disant toute-puissance de l’argent ne fait que voiler la toute-puissance de ceux qui le manipulent à leur profit et au détriment de tous les autres. La toute-puissance de l’argent érigé en système n’est qu’un alibi monstrueux pour leur permettre de tirer les marrons du feu. Il appartient au politique, aidé par l’expertise d’économistes compétents, de contrarier le jeu des manipulateurs tout-puissants et de permettre à l’argent de se mettre au service de l’homme.

 

Même s’il peut favoriser la toute-puissance de l’homme, l’argent peut aussi féconder l’économie grâce à l’investissement

Lorsqu’il n’est pas transformé en idole, l’argent peut nous rendre des services prestigieux : non seulement il favorise un développement des échanges dans l’espace mais il permet aussi dans le temps la création de nouvelles richesses grâce à l’investissement. Sans la fécondation de l’investissement, l’économie est vouée au ralentissement et à la stérilité. Dans le conte chinois « Echange et partage », l’un des personnages se demande pourquoi ses orangers au feuillage magnifique ne produisent aucun fruit. Le dieu de l’Ouest consulté en Inde lui fait dire d’enlever les sacs d’or et d’argent enfouis à la racine des arbres. L’argent accumulé ne produit rien. Il ne devient une semence productive que lorsqu’il est investi. Ayant compris la leçon, le propriétaire d’orangers, aidé par son messager, retire son précieux magot enfoui dans la terre pour le mettre au service de sa plantation. Aussitôt l’eau arrose le verger et les orangers produisent des fruits magnifiques.

 

Seul le partage avec l’autre, y compris dans la connaissance et la recherche, produit une vraie richesse

Pour produire une vraie richesse, il convient de rejoindre l’élan de la création qui nous précède. Or, dans son dynamisme interne, comme le dit Bergson dans « L’évolution créatrice », la nature « ne procède pas par association et addition d’éléments, mais par dissociation et dédoublement ». Elle fait surgir ce qui est nouveau et le multiplie en partageant (en divisant).

 Dans l’Evangile, la multiplication pains n’est pas seulement une démonstration de la puissance du Christ, elle est surtout une révélation du miracle de la création toujours présente. Pour nourrir la foule, la solution de l’argent n’est pas la bonne. Mieux vaut entrer dans la dynamique du partage qui est aussi dynamique de la création, même s’il n’y a au départ que cinq pains d’orge et deux menus poissons. Sans doute s’agit-il d’une métaphore, mais elle dévoile un chemin ouvert à tous les hommes pour construire leur avenir, qu’il soit matériel  ou spirituel, qu’il s’agisse de travail technique, de formation ou de recherche. Le miracle de la création est toujours offert pour que l’homme puisse devenir lui-même créateur et accomplir son destin.

 

La dynamique de l’économie suppose un juste partage entre celui qui investit et celui qui travaille

Pour simplifier nous dirons que celui qui investit est celui qui offre l’instrument de travail. Or, depuis tous les temps, les rapports entre propriétaire (investisseur) et travailleur ont toujours été problématiques. Dans le conte chinois « Echange et partage », apparemment très ancien, c’est une telle question qui a mis en éveil un jeune paysan : pourquoi ne gagne-t-il pas sa vie sur un lopin de terre concédé par un propriétaire exigeant, alors qu’il travaille durement. Il faudra la durée d’un pèlerinage en Inde et l’éclairage énigmatique d’un dieu pour trouver une solution à son problème. Le propriétaire ne veut pas entrer dans la loi du partage : il n’accepte pas de partager avec celui qui travaille sur une partie de ses terres, le tenant complètement à sa merci. D’après le conte, la toute-puissance du propriétaire ou de l’investisseur semble être à la racine des différentes toutes-puissances qui brident l’économie. C’est pourquoi elle est incompatible avec un système basé sur le partage créateur. Dans le conte, les grands propriétaires finissent par mourir parce qu’ils n’ont plus leur place.

 

La production de richesses n’aboutit réellement que si elle favorise la construction du sujet

Si les individus entrent dans l’élan de la création, grâce au partage, la production de biens et de  services contribue aussi à la construction de sujets. Nous n’en sommes pas encore là, même si quelques prémices laissent entrevoir une telle perspective. Et pourtant la constitution du sujet est devenue aujourd’hui une exigence politique, du fait de la mondialisation, qui pourrait contribuer à broyer les individualités si certaines précautions ne sont pas prises à temps. Dès maintenant nous sommes mis au pied du mur pour avancer en sortant de la crise. Nous entrons dans un système d’interactions  et il nous appartient de faire en sorte que ces interactions se fassent dans la dynamique du partage en mettant fin progressivement aux toutes-puissances ; elles contrarient l’ouverture à l’autre et la construction de véritables sujets.

Etienne Duval

 

 

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commentaires

fer 12/06/2014 04:10

http://VisitsToMoney.com/index.php?refId=467872

Gilles D. 13/01/2014 21:52

Bonsoir Etienne ; j'ai pris le relais des Revues d'Olivier ; son blog étant encore en panne. Et du coup, cet article est déclaré chez moi. A vous lire !

Etienne Duval 03/02/2014 17:36

Il me semble que Michel Serres nous dit une chose décisive ; " Si nous vivons une crise, aucun retour en arrière n'est possible. Il faut donc inventer du nouveau". La vie invente la vie. Et si nous l'avions oublié !

Qu'en pensez-vous ?

Temps des crises 03/02/2014 11:25

Temps des crises :
Entretien Michel Serres / Jacques Paugam Canal Académie

« Mais que révèle le séisme financier et boursier qui nous secoue aujourd'hui ? Si nous vivons une crise, aucun retour en arrière n'est possible. Il faut donc inventer du nouveau ». Dans ce livre, Michel Serres, entend relativiser l’importance de la crise économique et financière qui sévit depuis 2007. Notamment vis-à-vis d’autres bouleversements majeurs, intervenus depuis la fin de la seconde guerre mondiale et importants au point d’avoir été passés sous silence. Mais il est bien connu que les nouveautés arrivent « comme un voleur dans la nuit » (Saint Paul) ou sur des « pattes de colombe » (Nietzsche) rappelle Michel Serres.

Parmi ces changements décisifs, l’écrivain cite :
- L’effondrement quasi vertical du nombre d’agriculteurs :
Et des professions associées, qui ne concernent plus aujourd’hui que 1.7% de la population contre 60 à 75% aux alentours 1900. C’est en ce sens que la fin du XXe siècle a sonné « la fin du néolithique » selon Michel Serres, la domestication d’espèces de la faune et de la flore par les hommes ayant commencé au cours de cette période préhistorique.

- La mobilité des personnes et des choses :
Dans les années 2006-2007, la moyenne de distance d’origine des marchandises présentes dans un grand magasin américain était déjà de 8 à 10 000 km. De même, en 2008, les compagnies aériennes ont transporté un tiers de l’humanité.

- Les progrès de la santé et la révolution des pratiques médicales.
Depuis les années 50 à 70, avec l’arrivée des antibiotiques et des sulfamides, les maladies infectieuses sont sinon éradiquées, du moins efficacement soignées. Ce qui forme un contraste considérable avec la période pré-seconde guerre mondiale, au cours de laquelle, sur dix patients, un médecin recevait au moins trois syphilitiques et quatre tuberculeux, comme le rappelle M. Serres. Le progrès est d’autant plus évident en ce qui concerne la douleur dont on n’imagine pas à quel point elle pouvait être une expérience inévitable et quotidienne, par le passé …

Vous pouvez poursuivre l’entretien audio : Michel Serres / Jacques Paugam autour de Temps des crises à l’adresse suivante : http://plusconscient.net/societe/77-francais/278-michel-serres-temps-des-crises

Michèle Vallet 03/02/2014 09:34

TERRE du CIEL – Lyon, en collaboration avec Colibris 69 Reliance et La Monnaie locale, vous invite à la conférence de


Philippe LECONTE

(ancien président du conseil de surveillance de la NEF , coopérative de finances solidaires)



le jeudi 20 février -19 h 30 -

à la MJC Laennec-Mermoz

21 rue Genton 69008 LYON

métro Mermoz



« Combattre l'argent rare et redonner à l'argent ses fondements humains »

Quel sens fondamental donnons-nous à l’argent ? Retrouve-t-on aujourd’hui ce sens dans notre système économique et financier ? L’argent est il un moyen ? Un objectif ? Contribue-t-il à ouvrir un chemin concret de détente du tissu social et d’actions citoyennes ?



Place : 5€ - réservation très conseillée (places limitées) sur contact@lyon-terreduciel.org

(Votre réservation sera valable jusqu’à 19h 15)



Terre du Ciel- Lyon - 21 ter, Av. du Point du Jour 69005 Lyon - Tél 09 81 104 164

Un autre anonyme 02/02/2014 10:08

J'aimerais savoir quelle idée on peut tirer de cette histoire pour la solution de crise actuelle.

Anonyme 02/02/2014 09:08

Le Vieil Homme qui plante de l'Or

Il était une fois un Padicha cruel qui se livrait jour et nuit à des orgies.
L'Etat déclinait de jour en jour. Le peuple était si pauvre que dix familles n'avaient qu'une seule marmite. Le Padicha et ses ministres ne s'en souciaient nullement et continuaient à l'exploiter.
Les simples gens étaient à bout de patience. Un jour, ils se réunirent pour se consulter. L'un dit:
- Pourquoi ne présente-t-on pas une supplique au Padicha pour lui demander de réduire un peu les impôts et taxes excessifs?
Tout le monde fut d'accord avec lui. A ce moment-là, un vieil homme sortit de la foule en disant:
- Je crois que la supplique ne servirait à rien. Ce n'est pas que le Padicha ignore notre souffrance, c'est qu'il ne veut pas la soulager. J'ai une idée qui pourrait faire tomber le Padicha dans un piège...
Intrigué, on lui demanda:
- Dis voir qu'elle est ton idée ?
Le vieil homme répliqua:
- Ne m'en demandez pas plus. Si on avait de l'or, je pourrais tout arranger.
Tout le monde lui fit confiance et il réussit à trouver 20 kg d'or. Le vieil homme l'enterra sous un tas de sable près d'un chemin où le Padicha passait chaque fois qu'il partait pour la chasse au jour saint.
Ce jour-là, le Padicha et ses ministres sortirent de la ville pour aller chasser. Le vieil homme s'assit sur le sable, faisant semblant de le cribler avec soin. Par curiosité, le Padicha s'approcha de lui:
- Qu'est-ce que tu fais là?
- Oh, Votre Majesté! Un dicton dit: "Celui qui a un métier sera toujours joyeux, celui qui n'en a pas restera pauvre." Je suis en train de faire mon métier!
En entendant cela, le Padicha s'étonna:
- Quel est ton métier?
- Mon métier est merveilleux. Toutes les semaines, je plante de l'or sur ce sable et je le récolte au jour saint, répondit le vieil homme.
Ne comprenant toujours pas, le Padicha demanda:
- Comment peux-tu le récolter? Le vieil homme continuait à cribler et dans son crible apparut de l'or brillant. Le Padicha le regardait, les yeux grands ouverts.
Constatant la convoitise du Padicha, le vieil homme lui dit:
- Votre Majesté! Vous voyez, c'est un bon métier, malheureusement je n'ai pas beaucoup de capital pour planter!
Le Padicha crut qu'il tombait au bon moment et dit:
- Dans ce cas-là, je te fournis de l'or et on cultive ensemble.
Le vieil homme accepta avec plaisir. Le lendemain matin, il obtint 10 kg d'or fourni par le Padicha. Au jour saint, il y ajouta encore 10 kg et offrit le tout au Padicha.
Le Padicha était ravi d'avoir vu sa mise doubler. Pourtant il était encore un peu sceptique. Il lui donna alors 10 kg d'or pour faire un nouvel essai.
Au jour saint suivant, le vieil homme offrit à nouveau au Padicha 20 kg d'or.
Cette fois, le Padicha lui fit complètement confiance et voulut planter en abondance. La décision prise, il lui donna la clé du trésor d'état.
Le vieil homme distribua de l'or au peuple. Au jour saint, il se présenta tout en pleurant devant le Padicha qui lui demanda précipitamment ce qui s'était passé; cependant le vieil homme pleurait de plus belle.
- Hélas! Votre Majesté, l'or que j'ai planté est mort de sécheresse!
Hors de lui, le Padicha hurla:
- Ce n'est pas vrai, je ne crois pas que l'or puisse mourir de sécheresse!
Très calme, le vieil homme répondit:
- Votre Majesté, puisque vous pensez qu'on peut planter de l'or dans le sable, comment ne croyez-vous pas qu'il puisse mourir de sécheresse dans le sable! C'est le ciel qui décide. Nulle chose n'est assurée d'une bonne croissance. Espérons une récolte abondante la prochaine fois.
Sur ce, le Padicha ne sachant où donner la tête ne trouva rien à répliquer.

Fin de l’histoire.

On partage tout sur internet 01/02/2014 09:18

On partage tout (sur Internet)

Aujourd’hui, Internet est devenu le meilleur moyen pour tout partager et multiplier les opportunités. Dans cet univers fabuleux du web, tout est possible, à commencer par rencontrer la terre entière et vivre des expériences inédites. Ce monde, qu’on a longtemps taxé négativement de virtuel, apporterait-il au final un surcroît d’humanité dans notre quotidien ?

Pour un inconnu cherchant à entrer en contact avec vous, cela n’a jamais été aussi facile. Pourquoi ? Parce que tout le monde ou presque a au moins un compte sur Facebook, Twitter, Instagram, Tumblr ou Pinterest, et certains cumulent déjà les cinq – là, il pourrait être difficile de déterminer lequel de ces réseaux sociaux est le plus approprié ! Ceux qui font encore de la résistance semblent de moins en moins bien compris par les autres. Ces cinq sites éminemment populaires sont devenus la base du web social, où l’instantanéité est le maître mot. Entre informations de toutes sortes, photographies personnelles, humeurs, musique, le partage en réseau a vite envahi nos vies, pour le pire pour comme le meilleur, et c’est ainsi que le web est devenu un nouveau monde à conquérir.
Nous sommes même en train d’expérimenter une véritable révolution dans nos modes de vie sans que nous en ayons véritablement conscience. Les possibilités semblent aujourd’hui quasi infinies. Le web permet de vraies rencontres, loin de l’instrument de désociabilisation que certains ont voulu y voir (souvenez-vous lorsque Facebook est apparu !). Bien au contraire, nous entrons dans une véritable ère du partage, avec des valeurs communes, où vivre de nouvelles expériences semble être le moteur principal.
Voyager et dormir chez des inconnus, partager un repas avec des étrangers, louer sa voiture aux mêmes membres d’une communauté, troquer sa maison contre une autre pour les vacances ou pour toujours, échanger des fringues, pratiquer le coworking… Cette nouvelle économie qu’on qualifie aujourd’hui de “consommation collaborative” est apparue aux États-Unis vers 2007. En France, il a fallu attendre 2010 pour que le phénomène commence tout doucement à émerger. Avec l’installation de la crise et l’expansion des réseaux, les idées ont fait des petits.

La vie en communautés
Anne-Sophie Novel est journaliste, spécialisée dans le développement durable. Elle a écrit un ouvrage intitulé La Vie share qui se veut un guide pratique dédié à l’économie de partage, dans lequel elle répertorie tous les sites par thématiques afin d’apprendre à vivre dans cette nouvelle ère de la consommation collaborative. Elle explique cet engouement par la prise de conscience générale d’une urgence écologique : le gaspillage n’a plus vraiment sa place dans notre société. « On vit l’équivalent d’une révolution industrielle. Le numérique a tellement évolué depuis son émergence dans les années 90, et notre manière de l’appréhender aussi ! On se rend compte qu’on échange aujourd’hui bien plus que des mails. C’est véritablement devenu une façon différente de voir le monde, où l’important est de construire des communautés qui partagent des idées ou des croyances communes ».
Loin de faiblir, l’esprit communautaire continue de se renforcer sur le web. De véritables plateformes voient le jour, comme OuiShare ou Peers.org, dont le but est de parler de toutes les initiatives en termes d’économie de partage, pour défendre cette idée, la faire grandir et la rendre accessible au plus grand nombre. Les personnes qui partagent déjà leur voiture, leur maison, leurs talents ou leur temps veulent aller plus loin, découvrir de nouvelles formes de partage et contribuer à faire tomber les obstacles. L’esprit “peace and love” des années 70 serait-il en train de vivre une résurrection, où l’utopie d’une communauté vivant ensemble aurait fait place à un groupe déterminé dont les membres sont connectés les uns aux autres, la distance physique n’ayant plus aucune importance ?
Pour faire du fromage de chèvre bio dans le Larzac, par exemple, on n’a plus besoin de vivre en tribu dans la même bergerie. Se regrouper autour d’idées fortes, faire circuler l’information en temps réel et montrer ainsi qu’on peut aller jusqu’à faire basculer l’ordre établi, c’est ce qui s’est réellement passé avec le Printemps arabe en 2011. Les réseaux sociaux ont été déterminants par la force qu’ils ont pu donner à tous ces mouvements populaires, inspirant par exemple le groupe Occupy Wall Street….

Texte: Murielle Bachelier

Appuyer sur le titre pour retrouver la source.

Nicolas Bel 30/01/2014 14:18

Un nouveau potager sur toit

Et s'il suffisait de monter sur son toit pour cueillir ses légumes bio? L'idée s'est concrétisée. Un jardin potager de 250 m2 a été créé sur le toit d'un immeuble géré par la Régie immobilière de Paris (RIVP) au 3-11 rue Louise-Weiss (13e). Il est destiné aux 22 familles qui y vivent et va être expérimenté pendant un an.
La ville souhaite transformer le paysage urbain en offrant aux habitants de nouveaux espaces verts sur les toits des immeubles parisiens. La RIVP a décidé de poursuivre cette initiative en sélectionnant un de ses immeubles, au 3-11 rue Louise-Weiss (13e), pour engager un projet de création d'un jardin partagé sur le toit terrasse. Une surface de 250m² est ainsi mise à la disposition des locataires pour jardiner.
L'espace est géré par l'association Worgamic , qui a pour mission de mobiliser les locataires, concevoir le jardin et l'aménager avec les habitants volontaires. Elle a également pour mission d'accompagner les habitants à la gestion du jardin pendant un an, l'objectif étant que les locataires se constituent en association et gèrent seuls ce jardin. Sur les 200 locataires 21 personnes sont aujourd'hui inscrites. Cette initiative est expérimentale. Si les locataires n'entretiennent pas le jardin l'expérience ne sera pas reconduite.
L'étanchéité du toit terrasse a été refaite et 2 espaces ont été aménagés pour le jardinage. L'un en pleine terre pour la culture de plantes comestibles et l'autre pour la culture de plantes non comestibles. Bientôt, salades, courgettes, aubergines et fleurs diverses devraient envahir l'espace. Bonne chance à ce nouveau jardin partagé!
Paris le 12 septembre 2013

Pour suivre l’expérience de l’association "Potager sur les toits" cliquer sur Nicolas Bel.

Un auditeur 29/01/2014 09:48

J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt l'émission de Philippe Bertrand sur le travail de l'association "Un plus bio" . Sa mission est de promouvoir le manger bio dans la restauration collective. Yvon Montigné a été un précurseur dans le domaine de la restauration scolaire. Et, aujourd'hui le Gard est un département pilote dans le domaine de la culture bio puisqu'elle représente 10,8% du total, ce qui est beaucoup plus important que dans le reste de la France.
Pour ceux qui s'intéressent à la dynamique du partage, actuellement en France, l'émission "Carnets de campagne" de Philppe Bertand sur France-inter, de 12h30 à 12h45, fourmille de ce type d'expériences.

Pour avoir une idée précise de l'association "Un plus bio", il vous suffit de cliquer sur "Un auditeur".

Eienne Diuval 28/01/2014 20:08

Merci. Je n'ai pas pu écouter l'émission parce que je n'étais pas disponible. Je vais donc l'écouter, à partir de maintenant sans problème.

"Carnets de Campagne" 28/01/2014 16:25

Pour écouter ou (ré)écouter l’émission signalée par Yvon
Vous cliquez sur :
"Carnets de Campagne"
Cette émission est disponible du 27 janvier 2014 au 22 octobre 2016

Yvon Montigné 26/01/2014 09:35

Yvon Montigné nous invite à écouter une émission de Philippe Bertrand / Elle fait référence à une expérience nouvelle, qui pourrait aller dans le sens d'un meilleur partage...

"Bonjour,

Lundi 27 janvier, passera sur France Inter à 12 h 30 et dans l'émission de Philippe Bertrand "Carnets de campagne" l'intervention de Stéphane Veyrat , responsable "d'un plus bio" dans le Gard et qui nous expliquera comment cette association s'investit depuis de nombreuses années dans la restauration collective, principalement dans le milieu scolaire. Cette expérience à d'ailleurs essaimé dans d'autres départements. L'association Marguerittes Demain a rendu visite et rencontré un plus bio et aussi le maire de Barjac qui nous ont expliqué leur démarché pour développer la restauration bio, ce projet nous tient à coeur et si la liste, qui se présente aux municipales, était élue, nous aurions à coeur de mener l'expérience à Marguerittes.

Je rajoute au texte de Vida

C'est Vida et moi qui avons envoyé un courrier à Carnets de Campagne pour les inciter à interviewer "Un Plus bio", association à laquelle nous avons participé à ses débuts.
Bisous à tous, Yvon "

Etienne Duval 26/01/2014 09:25

J’essaie de transformer le fonctionnement de ce blog. En voulant répondre à chacun, je me mets au centre du dispositif, entrant ainsi dans une forme de toute-puissance. Mais je m’aperçois qu’il ne suffit pas de me mettre au même rang que tous les autres participants. Il faut un catalyseur, c’est-à-dire une sorte de questionneur pour faire avancer la discussion. Il ne s’agit pas pour autant d’inventer de nouvelles questions mais de relever celles qui apparaissent dans le débat. Il y a eu celle du vide originel, qui a été reprise par un participant. Mais il reste une question non traitée concernant le partage : où repère-t-on aujourd’hui la dynamique du partage ; quelles sont les expériences qui la mettent en valeur ?

Stromae 25/01/2014 20:37

HABANERA

L'amour est comme l'oiseau de twitter
On est bleu de lui seulement pour 48 heures
D'abord on s'affilie, ensuite on se follow
On en devient fêlé, et on finit solo

Prends garde à toi et à tous ceux qui vous like
Les sourires en plastique sont souvent des coups d'htag
Prends garde à toi! Ah les amis, les potes ou les followers?
Vous faîtes erreur vous avez juste la côte

[Refrain]
Prends garde à toi si tu t'aime
Garde à moi si je m'aime
Garde à nous garde à eux
Garde à vous et puis chacun pour soi

Et c'est comme ça qu'on s'aime s'aime...
Comme ça consomme somme...
(x4)

L'amour est enfant de la consommation
Il voudra toujours toujours toujours plus de choix
Voulez voulez-vous des sentiments tombés du camion
L'offre et la demande pour unique et seule loi

Prends garde à toi! Mais j'en connais déjà les dangers moi
J'ai gardé mon ticket et s'il le faut j'vais l'échanger moi
Prends garde à toi! Et s'il le faut j'irai me venger moi
Cet oiseau de malheur je l'mets en cage, j'le fais chanter moi

[Refrain]
Prends garde à toi si tu t'aime
Garde à moi si je m'aime
Garde à nous garde à eux
Garde à vous et puis chacun pour soi

Et c'est comme ça qu'on s'aime s'aime...
Comme ça consomme somme...
(x4)

Un jour t'achètes, un jour tu aimes
Un jour tu jettes, mais un jour tu payes
Un jour tu verras on s'aimera…

Carmen est une chanson extraite de l'album Racine Carrée de Stromae sorti en 2013
Pour l’écouter clique sur Stromae

Danièle Pétel 22/01/2014 18:22

Le Manque : le Vide Originel

Tous les peuples, à un moment de leur histoire, ont senti le besoin d’expliquer le monde. Les Grecs, en quête, comme tant d’autres, d’un principe moteur au sein de l’Etre, ont cru le découvrir dans l’Amour.

« Au commencement, il y avait Nyx (la Nuit) et à côté d’elle, Erèbe, qui est son frère.
Ce sont les deux visages des Ténèbres du Monde : Nuit d’en haut, et obscurité des Enfers. Ces deux entités coexistent au sein du Chaos, qui est le Vide -- non le vide inexistant et négatif des physiciens et des savants -- mais un Vide qui est tout entier puissance et « matrice » du monde, vide par inorganisation, et non par privation, vide parce qu’il indescriptible, et non parce qu’il est rien.
Peu à peu Nyx et Erèbe se séparent en lui, Erèbe descend, et libère la Nuit, qui elle-même se creuse, devient une sphère immense, dont les deux moitiés se séparent à la façon d’un œuf qui éclôt : c’est la naissance d’Eros (l’Amour), cependant que les deux moitiés de la coquille deviennent, l’une la voûte du Ciel, l’autre le disque, plus aplati de la Terre. »

Le Ciel et la Terre (Ouranos et Gaia) possèdent une réalité matérielle.
Amour est une force de nature spirituelle, et c’est lui qui assure la cohésion de l’univers naissant.

(Extrait de : la mythologie grecque Pierre Grimal collection : que sais-je ? aux Presses Universitaires de France page 20 et 21 )

Etienne Duval 20/01/2014 09:50

Pour favoriser les interactions, je laisse le soin à d'autres de réagir à ce mail.

Josiane Bochet 20/01/2014 09:48

merci pour ton article qui m' a beaucoup intéressée car c'est un sujet qui nous concerne tous !
Voici quelques petites remarques que j'ose exprimer . Toute mon éducation pourrait se résumer dans cette formule : " Il faut toujours regarder plus petit que soi ; ceux qui ont moins et non ceux qui ont plus ! " Tu sais aussi que je ne suis pas attirée par les mirages de l'argent : un moyen et non un but dans ma vie !

J'ai particulièrement retenu l'approche du " manque originel " qui remplace la " faute " .
Evidemment , je ne peux qu'être d' accord avec toi sur le rôle du politique et des experts mais quand passerons-nous de la théorie à la pratique ???
Dans le dernier § tu évoques des "prémices " de partage qui s'opposent à la toute puissance de l'argent ; fais-tu allusion aux SEL , aux échanges de savoirs ? Quelle place peuvent avoir ces formules dans une économie mondialisée ?

Etienne Duval 19/01/2014 09:25

Si j'ai bien compris, la fable qui nous est racontée, est une invitation à nous réveiller face à la situation de crise que nous traversons, à apprendre enfin à penser par nous-mêmes. Les problèmes d'argent, le partage, la production de richesses et tout ce qui constitue l'économie ne concernent pas seulement les spécialistes ou les gouvernants. Toutes ces choses nous concernent directement car elles engagent notre avenir. C'est donc indirectement un appel à devenir de véritables sujets...

Le Scribarium d'Olivier Clerc 18/01/2014 23:19

Le conte de la grenouille chauffée lentement
Ou la sortie de la lune de miel BANALISATION/TOUTE PUISSANTE

- Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille.
Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement elle est bientôt tiède. ! La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager.
- La température continue à grimper.
- L'eau est maintenant chaude C'est un peu plus que n'apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s'affole pas pour autant.
- L'eau est cette fois vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s'est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien.
- La température continue à monter jusqu'au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir.
- Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée aussitôt de la marmite. ! Vous êtes bien d’accord ? Cette expérience montre que, lorsqu'un changement s'effectue d'une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte.
Si nous regardons ce qui se passe dans notre société depuis quelques décennies, nous subissons une lente dérive à laquelle nous nous habituons.
Des tas de choses qui nous auraient horrifiés il y a 20, 30 ou 40 ans, ont été peu à peu banalisées et nous dérangent mollement à ce jour, ou laissent carrément indifférents la plupart des gens.
- Au non du progrès et de la science, les pires atteintes aux libertés individuelles, à la dignité, à l’intégrité de la nature et au bonheur de vivre effectuent lentement et inexorablement avec la complicité constante des victimes, ignorantes, ou démunies.

Les noirs tableaux annoncés pour l’avenir, au lieu de susciter des réactions et des mesures préventives, ne font que préparer psychologiquement le peuple à accepter des conditions de vie décadentes, voir dramatiques
Le gavage permanent d’informations "politiquement correcte " de la part des médias sature les cerveaux qui n’arrivent plus à faire la part des choses…

Choses que nous dénonçait déjà Saint Augustin : « A force de tout voir l’on finit par tout supporter… A force de tout supporter l’on finit par tout tolérer… A force de tout tolérer l’on finit par tout accepter… A force de tout accepter l’on finit par tout approuver ! »

Mais là c’est pour Aujourd’hui :
Alors si vous n’êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuit donnez le coup de patte salutaire avant qu’il ne soit trop tard…

Pour la version audio du conte cliquez sur Le Scribarium d'Olivier Clerc écrivain et philosophe

Etienne Duval 17/01/2014 10:18

Merci Pierre de ta lecture réfléchie et de tes remarques. Je ne suis pas du tout étonné que tu achoppes sur l’interdit et cela de ma faute. Tout d’abord beaucoup d’interdits sont faits pour être transgressés en vue de redonner le primat au désir, mais après que l’interdit ait joué son rôle. Ce qui est posé, c’est le problème du sujet, qui ne peut naître que dans le rapport à l’autre. Or, au départ, le désir est dans la toute-puissance ce qui exclut l’autre. L’interdit, c’est donc l’interdit de la toute-puissance, pour permettre l’ouverture à l’autre et la naissance de la parole. Le véritable interdit, ce n’est pas l’interdit du désir, c’est au contraire un détour pour donner au désir sa véritable dimension. Il va de soi qu’il y a fréquemment une toute-puissance chez celui qui pose les interdits et cette toute-puissance est destructrice parce qu’elle détruit le désir naissant.

Pierre Ducotterd 17/01/2014 00:39

Je viens de lire ton article "Argent, partage, production de richesses…" et je le trouve très intéressant.
Il apporte une argumentation d'une autre nature que la morale pour justifier le partage et donner son rôle à l'économie.
J'apprécie aussi ce que tu en tires, à propos du péché originel et c'est une explication qui me convient beaucoup mieux que l'explication traditionnelle qui a tellement provoqué de culpabilité.
En revanche, je trouve que ce que tu dis à propos de l'interdit est un peu rapide et peu explicite car tu ne précises pas de quel interdit tu parles et je suis resté un peu sur ma faim à ce sujet.


Merci de ta réflexion que je perçois souvent comme une interpellation bénéfique.

Etienne Duval 16/01/2014 18:00

Sans doute, l'argent est-il aussi une drogue, qui alimente toutes les mafias !

Docteur William Lovenstein 16/01/2014 14:16

Proposition de Voyage au pays de mafia sans frontière...

Paul Grignon 15/01/2014 17:48

Poursuivons notre formation sur l'argent en appuyant sur Paul Grignon.

Etienne Chouard 15/01/2014 17:28

Le pouvoir antisocial de l'argent.

Cliquez sur Etienne Chouard

Etienne Duval 15/01/2014 09:03

Je suis d'accord avec tout ce que tu énonces et c'est vrai qu'il y a des tas de choses à dire sur un sujet que j'ai simplement esquissé. Personnellement je m'en suis tenu à la démarche habituelle de ce blog, en partant de l'enseignement des textes symboliques, qui insistent sur l'illusion que procure l'argent, les vertus du partage, le problème du désir et du manque, la nécessité d'investir, la construction du sujet... Ces textes sont loin de tout dire mais ils peuvent définir une problématique utile, ce qui n'est déjà pas si mal...

Yvon Montigné 14/01/2014 20:53

Juste quelques réflexions à propos de ton texte

A propos de l’argent
Je me rappelles à ce sujet une expression d’un de mes professeurs d’économie: « L’argent ne fait pas de petits ». Seul le travail contribue véritablement à l’accroissement des richesses, le mien ou celui des autres, celui des autres qui travaillent , anonymes, dans les entreprises où, anonymement, j’ai placé mon argent.
Il y a certes aussi l’utilisation (et souvent l’exploitation) des richesses naturelles, mais celle-ci pour être sensé doit se faire dans le cadre d ‘une juste évaluation sachant que nous ne faisons qu’emprunter aux générations futures.
Il y a aussi que l’argent va à l’argent, mais ce n’est que par un mécanisme de violence dans lequel celui qui est exploité, le véritable fournisseur de richesse, le travailleur, est spolié d’une part plus ou moins importante de son labeur.
Cette accumulation est d’ailleurs contreproductive à l’économie, les richesses transmutées en argent, n’allant plus à la facilitation ou à la satisfaction des besoins généraux mais à celle des phantasmes de quelques-uns, au prix d’un insupportable déséquilibre entre les individus ou les populations.

L’argent n’est pas la richesse. Il n’y contribue qu’en circulant, d’une circulation qui n’a de sens que si elle n’est pas soumise à la loi du plus fort.
L’argent n’est pas toute l’économie ni la seule mesure de l’économie. Et l’économie n’est pas le tout de la mesure de la vie.

A propos du désir
L’expression « le désir de l’autre » me chagrine un peu. Pour ce qui est de la question de l’Autre, il me semble qu’il y a, en premier, le désir pour l’autre, qui est l’altruisme. Le désir pour l’autre ne se projette pas sur l’autre ; il est attente, ouverture, questionnement et réponse.

Enfin, une référence à un livre que j’ai lu récemment, un peu touffu et parfois simplificateur, mais qui démonte certaines fausses évidences : « Dette 5.000 ans d’histoire » de David Graeber.

Aujourd’hui, je fais bref, voir simpliste. Mais il y tant de points qui mériteraient des développements.

Yvon

Etienne Duval 14/01/2014 09:59

Je suis d'autant plus sensible à ton appréciation que tu es un économiste reconnu.
Merci.

Hugues Puel 14/01/2014 09:56

Bravo, Etienne, pour ce texte que j’approuve totalement.

Amitiés

Hugues

Google 14/01/2014 09:24

L'article est maintenant référencé par google.

Etienne Duval 14/01/2014 09:13

Merci pour ton essai de réflexion critique, qui peut nous faire sortir de la naïveté. Personnellement, j’essaie d’articuler intériorité et extériorité, politique et spiritualité, cherchant à faire une place à l’espace intermédiaire qui permet le jeu entre les deux dimensions de l’existence. C’est pourquoi, je pense que dans l’exemple de la multiplication des pains, il y a non seulement le miracle qui sollicite la foi, mais il y a aussi la révélation de l’élan créatif qui traverse notre existence la plus quotidienne et dont il faut tenir compte, dans notre conduite individuelle mais aussi dans notre action sociale et politique. Autrement dit ce qu’on a tendance à opposer, comme la sphère publique et la sphère privée, la dimension d’intériorité et la dimension d’extériorité, j’essaie de les articuler pour créer la dynamique nécessaire.

Marius Alliod 14/01/2014 01:57

Cher Etienne
Je ne sais si mes arguments seront convaincants, mais je voudrais essayer une certaine critique théorique de présupposés qui sont implicites dans cet article intitulé "Argent, partage, Production de richesses", non pas dans l'idée d'affaiblir ses conclusions, mais de les éprouver.
1) Il me semble qu'on pourrait désigner du nom "d'illusion du roi" l'invocation que tu fais dans ton article de volontés manipulatrices ou de puissances dirigeantes douées d'intentions malignes qui viendraient empêcher formellement une régulation macro-économique allant au moins en apparence, dans le sens de l'intérêt général. Il n'y a pas autrement dit, c'est impossible qu'il y ait, dans le modèle économique d'inspiration libérale de résultats volontaires des stratégies des acteurs, -même pas le matelas de chômage des anti-marxistes résultant de contingences démographiques diverses- il n'y a que des scores finals d'antagonismes plus ou moins totalitaires dont la suprématie est éphémère.
Selon le dicton populaire, on pourrait dire encore que l'argent change de poches dans le système capitaliste, mais que personne n'en gagne ; ou si quelqu'un en gagne c'est en attendant qu'il en perde à l'image des potentats russes du pétrole et du gaz dont Poutine arrange pour l'instant les coalitions en sa faveur jusqu'à ce qu'il soit détrôné. Car Poutine manipule les coalitions d'intérêts qui se font face en Russie, il ne manipule pas d'argent en dehors d'un patrimoine personnel qui doit être confortable, mais profondément dérisoire en termes d'économie mondiale. Si bien qu'en macro-économie, on ne peut accuser personne, sans pour autant donner quitus à Poutine et à ses sbires.
2) Quand on parcourt rétroactivement l'histoire économique, il n' y a eu que deux tentatives mémorables contre la loi de l'offre et de la demande en matière de marché du travail. C'est à savoir premièrement, le modèle du closed shop en Angleterre où les syndicats de mineurs ont presque réussi à asphyxier les patrons, mais ont fini par reconnaître que ça se retournait contre leurs enfants et se sont contentés d'obtenir une hausse des salaires très vite invalidée par l'inflation et des protections sociales dont l'aboutissement ultime est la flexi-sécurité des démocraties avancées qui régule tant bien que mal aujourd'hui, le marché du travail et préside à l'accord nécessairement insatisfaisant et toujours provisoire entre les partenaires sociaux. La deuxième tentative d'abolition du marché du travail sur le modèle de l'offre et de la demande ( les courbes d'indifférence des économètres) est le Dirigisme soviétique où l'évaluation des postes de travail s'est substituée à toute concurrence, mais le système a succombé après 70 ans, sous le coup du mécontentement des usagers eux-mêmes qui n'avaient plus de fierté au travail et se voyaient rémunérés au taux de subsistance.
3) Dans l'univers économique rationnel que je cherche à échafauder, il n'y a pas de méchants qui s'enrichissent ni de vertueux qui s'appauvrissent, il y a une lutte pour la vie impitoyable qui n'obéit à aucun "ordre juste" selon le concept qui a valu beaucoup de moqueries à Mme Royal. Il y a des écarts de richesse qui se creusent dont certaines catégories sociales sont victimes et d'autres bénéficiaires, et vice-versa selon une périodicité aléatoire. Le seul impératif de l'économie libérale dont il n'y a pas d'alternative crédible est d'accumuler pour investir, en respectant les règles du jeu fixées par le politique qui empêche que les rapports de force ne deviennent hégémoniques, mais c'est l'oeuvre de personne (ouki) hormis le calcul des probabilités électorales dont le bipartisme veut que les marges de manoeuvre du législateur élu soient quasi nulles et que l'état économique des choses se perpétue avec des réformes à la marge qui évitent la révolution dont personne ne veut. Sachant que si la richesse augmente la redistribution au titre du bien-être social aura tendance à augmenter, car autrement c'est la gestion de la pénurie qui rend ridicule toute bonne volonté et toute intention de servir l'intérêt général.


Il faudrait développer chaque point, mais en attendant, au travers du gâchis, il me semble qu'un nombre croissant d'individus accède à ce que j'appelle "les privilèges d'intériorité" qui permettent la construction de soi. En effet, accéder aux privilèges d'intériorité c'est s'absenter du politique qui n'est plus qu'un spectacle parfaitement frivole, c'est bénéficier d'un revenu qui écarte l'inquiétude de ne pas pouvoir subsister, cad dépassant le seuil de pauvreté. C'est se consacrer au développement de soi qu'on traduit en langage chrétien pas "conversion du coeur" et il redevient vrai que c'est le partage qui enrichit, que servir Dieu ce n'est pas accumuler et que les chrétiens vont devoir arborer devant le monde profane et sa civilisation matérialiste une posture de dissidence indulgente qui, autant que possible, n'empêchera pas leur contribution à l'avancée de l'histoire humano-divine, même s'ils ne seront plus en première ligne.
Bien chaleureusement à toi M.A.

Etienne Duval 14/01/2014 01:57

Merci beaucoup d'avoir pris le relais et de faire référence à cet article.

Monique Douillet 13/01/2014 17:30

Bonjour Etienne,
Je n'ai pas su comment rédiger une intervention à partir de mes commentaires sur ton écrit.
Mais les voici, sur celles de tes phrases qui m'ont interpellée à la lecture.


" Et, par faute originelle, il fallait comprendre manque originel, comme l’exprime bien le mot « falta » espagnol qui veut dire manque".

Oui, voilà qui change tout !

Dans le midi de la France (sans doute traduction de l’occitan) j’ai souvent entendu, « cela me fait faute » pour me manque.

Alors, que lui manquait-il à Ève ?

Mais c’est bien le diable qui lui a procuré !



"Le diable est celui qui manque du manque et qui nous enferme dans une stérilité régressive."

Donc le diable donne, il « gâte » l’homme ? Un enfant gâté ne désire plus rien. Quant au diable, ne désire-t-il plus rien ? Si, supplanter Dieu.



"Le désir n’en a pourtant pas fini avec les obstacles qui se dressent sur sa route. L’un des plus importants est la toute-puissance."

Je dirais le seul.

"En réalité la soi-disant toute-puissance de l’argent ne fait que voiler la toute-puissance de ceux qui le manipulent à leur profit et au détriment de tous les autres."

Oui, à mon sens le désir de toute puissance est le vrai problème, plus fort que celui de l’argent !

L’argent n’est qu’un des moyens d’obtenir la toute puissance.

Avec la toute puissance l’homme aspire à se mesurer à Dieu.

À partir d’un certain niveau de fortune, l’argent se développe de façon exponentielle, il n’est plus besoin de courir après, et ceux qui l’ont atteint ne désirent plus rien. J’avais lu, sous les années Giscard d’Estaing, un roman de Françoise Chandernagor qui mettait en scène le cercle des hommes les plus puissants du monde. Ces hommes ne se mêlaient plus aux autres, se tenaient à l’écart des festins, ne mangeaient que des pâtes et buvaient de l’eau, ils n’avaient plus aucun désir de consommation, seule l’accession au pouvoir suprême les guidait.



"Le dieu de l’Ouest consulté en Inde lui fait dire d’enlever les sacs d’or et d’argent enfouis à la racine des arbres. L’argent accumulé ne produit rien. Il ne devient une semence productive que lorsqu’il est investi."

Oui, au reste, les sacs d’or seront offerts au pèlerin qui va les employer pour le partage .(Mais les sages ne font pas long feu au pouvoir.)

Etienne Duval 13/01/2014 17:59

Jacques, je vois que tu t'amuses comme un chat, non pas à tirer les marrons du feu, mais à tirer sur les fils du texte comme s'il s'agissait d'une pelote de laine. Je n'en suis pas fâché pour autant !

Jacques Besombes 13/01/2014 17:48

TIRER LES MARRONS DU FEU
Ci-dessous quelques éléments relatifs aux aventures paradoxales d’une expression courante.
Sens initial :
Entreprendre quelque chose de risqué ou dangereux pour le profit de quelqu'un d'autre.
Sens d'aujourd'hui :
Tirer avantage d'une situation pour soi-même, parfois malhonnêtement.


Cette expression est citée dès 1640 sous la forme 'tirer les marrons du feu avec la patte du chat'.
Mais elle a été popularisée par Jean de la Fontaine dans sa fable 'Le singe et le chat'.

Le Singe et le Chat

Bertrand avec Raton, l'un Singe et l'autre Chat,
Commensaux d'un logis, avaient un commun Maître.
D'animaux malfaisants c'était un très bon plat ;
Ils n'y craignaient tous deux aucun, quel qu'il pût être.
Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
L'on ne s'en prenait point aux gens du voisinage.
Bertrand dérobait tout ; Raton de son côté
Etait moins attentif aux souris qu'au fromage.
Un jour au coin du feu nos deux maîtres fripons
Regardaient rôtir des marrons.
Les escroquer était une très bonne affaire :
Nos galands y voyaient double profit à faire,
Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui.
Bertrand dit à Raton : Frère, il faut aujourd'hui
Que tu fasses un coup de maître.
Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes marrons verraient beau jeu.
Aussitôt fait que dit : Raton avec sa patte,
D'une manière délicate,
Ecarte un peu la cendre, et retire les doigts,
Puis les reporte à plusieurs fois ;
Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque.
Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient : adieu mes gens. Raton
N'était pas content, ce dit-on.
Aussi ne le sont pas la plupart de ces Princes
Qui, flattés d'un pareil emploi,
Vont s'échauder en des Provinces
Pour le profit de quelque Roi.


On y voit le chat Raton retirer du feu au profit du singe Bertrand les marrons qui y grillent.
Le fait que l'expression ait été abrégée a pu contribuer à en fausser l'interprétation.
http://www.expressio.fr/expressions/tirer-les-marrons-du-feu.php
Locution verbale

Jacques Besombes 13/01/2014 17:46

Etienne,

J'ai bien lu ton texte, je n'ai rien à redire si ce n'est ... que je continue à me méfier des mots surtout quand ils deviennent supports de notions aussi abstraites : ARGENT, MANQUE, DÉSIR TOUTE PUISSANCE ou bien SUJET mot qui persiste à me faire penser à ASSUJETTI et dont les sens courants sont assez différents de celui que tu lui donnes :




sujet, nom
Féminin ette.
Sens 1 Personne dépendante, soumise à une autorité. Ex Les sujets du roi. Anglais subject




sujet, nom masculin

Sens 1 Matière, thème, ce qui est en question. Ex Un sujet de conversation. Synonyme matière Anglais subject

Sens 2 Cause, motif, raison. Ex Un sujet de dispute. Synonyme cause Anglais cause

Sens 3 Etre vivant sur lequel on pratique des expériences, des analyses, des observations... [Biologie]. Ex Le sujet est en forme. Synonyme cobaye Anglais subject

Sens 4 Fonction grammaticale qui donne au verbe son genre et son nombre [Grammaire]. Ex Le sujet de la phrase. Synonyme article Anglais subject




Tu trouveras en outre en fichier joint et juste pour s'amuser quelques articles courts relatifs à l'INVERSION DE SENS de certaines expressions dont celle que tu as utilisé dans ton texte au sens dit "actuel" : TIRER LES MARRONS DU FEU.

Amicalement, à bientôt,

Etienne Duval 13/01/2014 17:40

Merci Monique de ton application à lire le texte et à donner tes commentaires.

  • : le blog mythesfondateurs par : Etienne
  •   le blog mythesfondateurs par : Etienne
  • : Mythes, articles à partir des mythes, réactions sur le site Mythes fondateurs http://mythesfondateurs.over-blog.com/ Le mythe et le conte sont la parole dans sa première gestation. C'est pourquoi, si la parole est malade, comme le dit Vittorio Gasman, il devient urgent de revenir à ses fondements qui sont encore à notre disposition, à travers les mythes et les contes. Lorsque la parole ne fonctionne pas, c'est la violence qui gagne. Les mythes et les contes, par l'apprentissage du processus symbolique qu'ils proposent, sont là pour nous aider à faire sortir la parole de la violence. C'est de la naissance de l'homme lui-même dont il s'agit.
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