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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 15:20

 

Le trésor des Roms

 

Les Roms, qui nous tendent la main, chaque jour, sont, en fait, des personnages mystérieux. Ils viennent de l’Inde depuis très longtemps, de cette province qu’on appelle le Rajasthan. Contrairement à l’idée habituelle, ils ne sont pas très nombreux en France : une vingtaine de mille ou un peu plus. Mais ils font partie d’un groupe plus important, les Tsiganes, rassemblant environ  250 000 personnes. A côté des Roms originaires des Balkans, il y a les Yéniches en Europe du nord, les Sintis en Italie du nord, les Gitans catalans, et cette population, non complètement stabilisée, se déplace de contrée en contrée. Plusieurs pèlerinages annuels en réunissent des dizaines de milliers sur le territoire français.

 

En ce moment, nous projetons sur les Roms une image particulièrement négative parce qu’ils nous dérangent. Sans doute posent-ils un certain nombre de problèmes, pas toujours anodins, et développent-ils des comportements mafieux, dangereux à moyen et long terme. Mais si c’était notre attitude à leur égard, qui les poussait dans ces derniers retranchements ? Pour tenter de le comprendre, je vais tout simplement raconter un conte tsigane.


Un conte qui dit tout

Il était une fois un roi tzigane très pieux qui aimait la Sainte Vierge plus que tout au monde. Un jour, il lui promit de faire un pèlerinage afin de lui prouver sa dévotion. Alors la Vierge lui apparut en rêve et lui dit :

  • Tu es vraiment un bon roi et c’est pourquoi je te permets de faire un vœu pour
    te remercier de tes bonnes actions. Demande tout ce que tu voudras et je veillerai à ce que tu ne manques de rien.
  • Tu as fait un roi de ton serviteur, dit le roi tzigane, je te demande donc de donner à ton serviteur un esprit avisé afin qu’il règne sagement sur son peuple et qu’il puisse distinguer le bien du mal.

Ce vœu plut beaucoup à la Vierge et elle dit au roi :

  • Puisque tu as exprimé ce vœu et que tu n’as point souhaité une longue vie,
    la richesse ou la mort de tes ennemis, je te donnerai un esprit sage et avisé qui n’aura pas son pareil, mais aussi ce que tu ne m’as pas demandé : la richesse, l’honneur et une longue vie.

Et brusquement, elle disparut.

 

Quelque temps plus tard, quand deux hommes vinrent se plaindre auprès de lui, l’occasion de prouver sa sagesse se présenta au roi tzigane. L’un d’entre eux dit :

  • Nous avions chacun un précieux violon. Le violon de cet homme est tombé par terre et s’est brisé. Alors il s’est levé pendant la nuit et a pris le mien.

Mais l’autre rétorqua :

  • Non, ce n’est pas mon violon qui s’est brisé. Je n’ai pas volé ce violon.
    Il m’appartient depuis toujours.

Et ils se disputèrent ainsi jusqu’à ce que le roi tzigane les arrêtât :

  • Eh bien, puisque vous prétendez tous les deux que ce violon vous appartient, partagez-le donc en deux et que chacun en prenne une moitié.
  • C’est çà, dit l’un, divisons-le, qu’il ne soit ni tien ni mien ! Mais quand l’autre entendit parler de la sorte, par amour du violon, il s’écria aussitôt, épouvanté :
  • Non, donnez-lui ce beau violon, surtout ne le partagez pas, ce serait trop dommage.

Et il jeta un dernier regard nostalgique sur le violon.

Alors le roi tzigane dit :

  • Donnez le violon à cet homme qui a voulu faire don de son instrument : sans aucun doute il lui appartient.

 

Tous les Tziganes entendirent parler de ce jugement et ils virent combien leur roi était sage et avisé.

 

Chacun reconnaît la reprise fidèle du Jugement de Salomon, mais, phénomène particulier, l’enfant est remplacé par un violon.

 

La recherche de la Sagesse

Pour le Tsigane et en particulier pour le Rom, la sagesse de Salomon représente un idéal de vie auquel il doit progressivement se conformer. Chacun a, en effet, la dignité d’un roi et sa royauté est dans le domaine de la sagesse. Il lui faut toute une vie pour l’acquérir : c’est pourquoi, en attendant, il est invité à écouter les vieux, qui, de génération en génération, transmettent leur enseignement par des contes et des proverbes. Au départ, il est impossible d’être aussi parfait que les personnes plus âgées et certains écarts à la loi sont tolérés. Une légende raconte que la Sainte Vierge et Saint Joseph étaient dans l’embarras lorsqu’il a fallu fuir le roi Hérode pour éviter le massacre des enfants innocents. Des soldats leur barraient la route. C’est alors qu’une Bohémienne se présente et leur propose de mettre l’enfant Jésus dans son bissac. Les soldats l’arrêtent : « Qu’est-ce que vous avez dans votre sac ? – Un enfant bien sûr, fait-elle sans hésitation. – Eh bien, si vous le dites, c’est que vous n’en avez pas, reprennent les soldats. Vous pouvez passer ». C’est pourquoi, depuis, Dieu leur a permis de voler cinq sous, pour le prix du passage. Ils ne sont responsables que du surplus.

 

Le violon qui rassemble

Comme nous l’avons dit, l’originalité du conte, concernant le jugement du roi tzigane, a consisté à remplacer l’enfant par un violon. C’est dire tout le prix accordé à cet instrument de musique, qui représente le noyau de la culture, le trésor qu’il faut absolument préserver. Avec lui, la musique, le chant et la danse, sont mis en valeur pour animer et rassembler la communauté. En même temps, le violon sert d’instrument de passage vers « l’autre monde ». Que de fois, les grands personnages et les rois eux-mêmes ont fait appel aux Tsiganes musiciens pour animer avec leur violon les fêtes de la Cour et d’autres grandes assemblées. Et aujourd’hui encore, les musiciens roms ont le pouvoir d’enchanter les passants de la rue, qui n’hésitent pas à faire preuve de générosité. Je me souviens d’un concert dans le métro (j’ignore s’il s’agissait vraiment de Roms), qui a ébloui les passagers. Beaucoup sont revenus verser une seconde obole aux musiciens prestigieux.

 

A travers le violon,  c’est la dimension symbolique de la culture tzigane qui est soulignée : le violon rassemble par l’accord qu’il établit non seulement entre les notes mais aussi entre les personnes qui écoutent. Il en va de même pour le chant et la danse.  L’univers entier est appelé à se mettre en accord avec les hommes, dans une sorte de concert qui dépasse la terre elle-même.


Le violon brisé

Il faut de la sagesse et un long apprentissage pour jouer correctement du violon. J’imagine, mais on peut aussi imaginer le contraire, que celui qui a brisé son violon n’est pas un Tsigane. Le violon dans sa dimension symbolique n’a pas sa place dans notre monde gouverné par la toute-puissance et une trop grande volonté de maîtrise. C’est pourquoi cet instrument fait pour unifier finit par se briser en mille morceaux : sorte de métaphore pour dire que notre culture tend à désymboliser et à amplifier les inégalités. Bien plus, nous  ne voulons pas nous rendre à l’évidence et nous pratiquons le déni en refusant de voir que nous sommes responsables de la brisure de notre société. Il faut un bouc émissaire. C’est l’autre, celui que nous marginalisons, qui est le vrai responsable. Il est trop différent pour entrer dans notre monde, qui est, sans aucun doute, le meilleur des mondes ! Il mérite d’être condamné par la justice du roi.

 

Le violon retrouvé

Heureusement le roi tsigane est, à l’image de Salomon, un roi plein de sagesse. Et le joueur de violon n’hésite à donner raison à son adversaire pour sauver son instrument. Mais non, la sagesse veut qu’il le conserve parce que l’adversaire est prêt à le casser en deux. Ainsi contre vents et marées, le Tsigane, et avec lui le Rom, est décidé à défendre sa culture. Depuis le jugement du roi, jugement intemporel, il sait  qu’elle est peut être imparfaite aux yeux de l’autre monde, mais, en même temps, il est assuré  qu’elle porte un trésor universel, représenté par le violon. Patiemment il attend la venue d’un autre temps pour en faire cadeau à celui qui reste, encore aujourd’hui, incapable de s’en servir.

 

L’appel au partage

Pour le moment, le Rom, souvent dans la nécessité il est vrai, nous invite à partager. Sans doute, cherche-t-il, en nous demandant l’aumône,  à subsister, mais il a une clef secrète : pour lui la richesse est le fruit du partage. C’est ce qu’il voudrait nous faire comprendre. En lui donnant de quoi subsister, nous ne nous appauvrirons pas. Il pourra, à cette condition, nous donner son violon en partage, sans le casser en deux. Au lieu de se briser, le violon finira par se multiplier, car il possède un pouvoir magique, qu’il tient des lois universelles de l’univers, avec lesquelles il joue à l’unisson.

 

Le jeu entre deux cultures

Avec son violon, le Rom voudrait jouer avec nous, car, pour lui, la vie est un jeu. Mais, pour nous, la vie est un combat pour accéder à une société plus universelle. Nous en arrivons à  opposer communauté (des Roms ou d’autres) et société, comme si elles étaient antithétiques et nous pensons à tort que la communauté est une structure archaïque et dépassée. Or l’une ne va pas sans l’autre : je ne peux atteindre l’universalité concrète sans passer par la communauté. L’humanité ne peut se construire que dans le jeu entre communauté et société, jeu nécessaire pour la constitution du sujet lui-même. En France particulièrement, nous parlons constamment d’intégration. En réalité, l’intégration n’est pas souhaitable parce qu’elle détruit la culture de l’autre. Seul le jeu permet un enrichissement mutuel et le respect des valeurs de chacun, dans un ensemble toujours plus humain parce qu’il est toujours plus ouvert à l’autre.

 

Partir du symbolique pour atteindre l’universel

L’Occident a perdu ses racines en perdant la dimension symbolique de l’existence, basée sur le jeu. C’est pourquoi l’universel recherché reste trop souvent un universel abstrait et l’élan qui le porte n’est pas celui de la création.  Or cette dimension symbolique, les Roms comme les Tziganes, dans leur ensemble, l’ont conservée.  Ils nous invitent à partir d’elle pour construire l’humanité, sans perdre pour autant notre aspiration à l’universel. Mais sommes-nous disposés à accepter une des plus grandes leçons d’humanité, d’un peuple, que nous avons jusqu’ici marginalisé et déconsidéré ? C’est à une véritable renaissance que ce peuple nous convie.

 

Dynamique de la vie et création

Partir du symbolique pour atteindre l’universel concret, c’est entrer dans la dynamique de la vie elle-même et dans le grand jeu de la création.  Pour illustrer un tel propos, je voudrais reprendre la conclusion d’un rapport sur les espaces intermédiaires, rédigé en 1991.

« Nous sommes devenus trop sérieux. Nous avons fermé nos cours de re-création. Tenaillés par leurs problèmes, les adultes ont oublié qu’ils étaient aussi des enfants et qu’ils doivent réapprendre à jouer avec la vie. Ils se sont enfermés dans leurs raisonnements et ne peuvent échapper à la répétition. Chacun est pris dans un cercle vicieux. Les difficultés économiques, le chômage, nous renvoient aux vieilles recettes et aux réflexions d’experts trop académiques. Or les crises sont le moment où il faut retourner aux sources de la vie, où il faut redevenir enfant, car seul l’enfant sait encore jouer sa vie. L’espace intermédiaire, sous ses différentes formes, est précisément le lieu où l’individu peut reprendre souffle et renaître à lui-même. C’est là qu’il retrouve l’énergie et l’élan créatif de son existence. C’est là aussi qu’il redécouvre les vertus du partage. Développer une dynamique de l’insertion, c’est d’abord rouvrir les différents espaces de jeu, que la nature avait préparés. C’est aussi faire appel à des personnes qui peuvent servir de guides à ceux qui ne savent plus jouer. » (Espaces intermédiaires et dynamique de l’insertion, Etienne Duval, Direction régionale du travail et de l’emploi, Lyon, octobre 1991)

 

Etienne Duval

Télécharger le trésor des Roms

 

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commentaires

H
Bravo pour ce texte que je trouve très éclairant de notre rapport au monde avec sa double inscription dans l'universalité et dans une communauté particulière L'image du violon est inoubliable.
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E
Une histoire bien agréable...
R
Nous les Roms nous sommes des Mobiles-Hommes ou des hommes mobiles comme vous voudrez…<br /> Mais un jour une Femme jeta plus de bois sur le feu et fit un Sortilège. Ce fut le premier Sort qu'on eût fait sur la terre.<br /> Là-bas, dans les Bois Mouillés, tous les Animaux sauvages s'assemblèrent où ils pouvaient voir de loin la lumière du feu, et ils se demandèrent ce que cela signifiait.<br /> Alors Cheval Sauvage piaffa et dit :<br /> — Ô mes Amis, et vous, mes Ennemis, pourquoi l'Homme et la Femme ont-ils fait cette grande lumière dans cette grande Caverne, et quel mal en souffrirons-nous ?<br /> Chien Sauvage leva le museau et renifla l'odeur du mouton cuit et dit :<br /> — J'irai voir ; je crois que c'est bon. Chat, viens avec moi.<br /> — Nenni ! dit le Chat. Je suis le Chat qui s'en va tout seul et tous lieux se valent pour moi. Je n'irai pas.<br /> — Donc, c'est fini nous deux, dit Chien Sauvage. Et il s'en fut au petit trot.<br /> Il n'avait pas fait beaucoup de chemin que le Chat se dit : « Tous lieux se valent pour moi. Pourquoi n'irais-je pas voir aussi, voir, regarder, puis partir à mon gré ? » C'est pourquoi, tout doux, tout doux, à pieds de velours, il suivit Chien Sauvage et se cacha pour mieux entendre.<br /> Quand Chien Sauvage atteignit l'entrée de la Caverne, il souleva du museau la peau du cheval sauvage et renifla la bonne odeur du mouton cuit, et la Femme, l'œil sur l'éclanche, l'entendit, et rit, et dit :<br /> — Voici le premier. Sauvage enfant des Bois Sauvages, que veux-tu donc ?<br /> Chien Sauvage dit :<br /> — Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, qu'est-ce qui sent si bon par les Bois Sauvages ?<br /> Alors la Femme prit un os du mouton et le jeta à Chien Sauvage et dit :<br /> — Sauvage enfant du Bois Sauvage, goûte et connais.<br /> Chien Sauvage rongea l'os, et c'était plus délicieux que tout ce qu'il avait goûté jusqu'alors, et dit :<br /> — Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, donne-m'en un autre.<br /> La Femme dit :<br /> — Sauvage enfant du Bois Sauvage, aide mon Homme à chasser le jour et garde ce logis la nuit, et je te donnerai tous les os qu'il te faudra.<br /> — Ah ! dit le Chat aux écoutes, voici une Femme très maligne ; mais elle n'est pas si maligne que moi.<br /> Chien Sauvage entra, rampant, dans la Caverne et mit sa tête sur les genoux de la Femme, disant :<br /> — Ô mon Amie, Femme de mon Ami, j'aiderai ton Homme à chasser le jour, et la nuit je garderai la Caverne.<br /> — Tiens, dit le Chat aux écoutes, voilà un bien sot Chien !<br /> Et il repartit par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, en remuant la queue et tout seul. Mais il ne dit rien à personne. Quand l'Homme se réveilla, il dit :<br /> — Que fait Chien Sauvage ici ?<br /> Et la Femme dit :<br /> — Son nom n'est plus Chien Sauvage, mais Premier Ami ; car il sera maintenant notre ami à jamais et toujours. Prends-le quand tu vas à la chasse.<br /> La nuit d'après, la Femme fut couper à grandes brassées vertes de l'herbe fraîche aux prés riverains et la sécha devant le feu. Cela fit une odeur de foin, et la Femme, assise à la porte de la Grotte, tressa un licol en lanières de cuir et regarda l'éclanche — le grand os de mouton plat — et fit un Sortilège. Elle fit le Second Sort qu'on eût fait sur la terre. <br /> Là-bas, dans les Bois Sauvages, tous les animaux se demandaient ce qui était arrivé à Chien Sauvage…<br /> Pour lire la suite du conte cliquez sur Rudyard Kipling
E
Votre commentaire n'a pas été supprimé, il a simplement été déplacé parce que vous ne l'aviez pas mis au bon endroit. A mon tour de vous souhaiter une très bonne année 2014.
A
Je suppose que mon commentaire sur un commentaire ( sur les Tziganes) a été supprimé à cause de mon mauvais jeu de mot sur la clovisse : j'ai ainsi enfreint la politesse que se doivent les personnes qui s'expriment.<br /> <br /> <br /> <br /> Et pourtant , en dehors de dela, rien de ce que je dis n'est à retirer: on ne voit ni le lien avec les Tziganes du commentaire commenté , ni le lien entre les 2 formules d'Euler.<br /> <br /> <br /> <br /> Par ailleurs , j'ai difficultés qui font de moi un homme qui se sent perdu.<br /> <br /> Avec tous mes voeux pour le nouvelle année<br /> <br /> Achille Achache
L
Cliquez.
E
Quelle belle réalisation !<br /> <br /> C'est dans cet esprit nouveau que je souhaite une très bonne année 2014 à tous les lecteurs de ce blog !
D
LES ROMS AU CŒUR DE L’EUROPE <br /> <br /> Ça se passe en Hongrie<br /> Dans le nord-est dans la Hongrie, une région où la minorité rom est très présente, l’école Ambedkar est implantée depuis dix ans dans plusieurs villages. Une école bouddhiste de la seconde chance qui offre une éducation de qualité à des élèves de 14 à 50 ans, Roms pour 90 % d’entre eux.<br /> Un médaillon avec une curieuse inscription en sanskrit, voilà qui annonce l’école Ambedkar dans le petit village de Sajókaza (3.000 habitants), à 30 km de Miskolc, la capitale du nord-est de la Hongrie.<br /> Dans cette région industrielle sinistrée, où les usines ont mis la clé sous la porte lors du passage à l’économie de marché et où le petit artisanat &quot;rom&quot; a disparu depuis longtemps, les taux de chômage frisent les 90% au sein de la communauté Rom, la plus importante du pays.<br /> Briser le cercle de la pauvretéSi les Roms de Hongrie (8% de la population) sont sédentaires et s’expriment en hongrois, ils vivent dans une grande précarité pour 75% d’entre eux. Et les établissements d’enseignement supérieur en Hongrie accueilleraient moins d’1% de Roms.<br /> L’école Ambedkar est implantée dans plusieurs villages dans un rayon de 30 km autour de Miskolc. Son objectif: briser le cercle de la pauvreté et détruire les ghettos scolaires dans lesquels se retrouvent souvent les écoliers au teint plus foncé.<br /> Reconnue par l’Etat, l’école revendique son appartenance &quot;bouddhiste&quot;, portée par la communauté locale Dzaj bhim, implantée depuis dix ans à Sajókaza.<br /> Derrière la création de l’établissement, un ex parlementaire du SZDSZ (ancien parti libéral, au parlement hongrois de 1990 à 1994), Tibor Derdák, et un Rom du sud de la Hongrie, convertis au bouddhisme, János Orsós.<br /> Le principe du collège-lycée Ambedkar est simple: l’enseignement est gratuit et pour tous, quiconque désirant passer son bac peut s’inscrire. A cela s’ajoute un petit-déjeuner distribué le matin pour éviter que les élèves ne viennent le ventre vide. L’école a aussi aménagé une garderie, une nécessité dans un contexte où les grossesses précoces sont fréquentes, et même un potager. Au final, parents et enfants se côtoient sur les bancs de l’école, même si les adolescents constituent le gros des effectifs.<br /> Séminaires de résolution de conflitDans le village de Sajókaza, le collège-lycée Ambedkar accueille quatre-cents étudiants par an. Une trentaine obtiennent leur bac à la fin de l’année et viennent renforcer le réseau des jeunes Roms diplômés. A l’intérieur, entre la salle Bombay et Chicago, sur les murs colorés, les élèves ont placardé Gelem Gelem. L’hymne rom, illustré du drapeau à la roue, jouxte un emploi du temps peu conventionnel.<br /> Car si l’école Ambedkar respecte les programmes scolaires du ministère de l’éducation hongrois, on y trouve de nombreux ajouts du cru, comme des cours de langue romani, des excursions à Budapest, ou encore un enseignement renforcé sur les droits de l’homme. A ce titre, l’établissement a passé une convention avec Amnesty international: les élèves y sont notamment sensibilisés à la résolution des conflits.<br /> On essaie de mettre à la porté des élèves des outils pour assurer l’égalité des chances. On a banni les rangées de tables pour privilégier la configuration en cercle, plus apte à la prise de parole et aux discussions, et on fait venir les meilleurs professeurs de Budapest. On a aussi développé l’enseignement à distance&quot;, souligne Tibor Derdák, le directeur.<br /> Des Méthodistes et des Roms chez les bouddhistes dans cette même logique, les élèves s'adonnent à l'informatique et apprennent la programmation deux fois par mois dans les locaux budapestois de Prezi, la start-up hongroise au succès mondial.<br /> Quant aux cours de religion, ils se font discrets. Le bouddhisme semble plus un moyen de rompre avec la fatalité, à l’image du Dr. Ambedkar, l’intouchable indien qui, en 1956, a convaincu 600.000 autres intouchables de se convertir comme lui au bouddhisme pour sortir du système des castes.<br /> A Sajókaza, s’il existe bien une salle de méditation dotée d’une statue de Bouddha, Tibor Derdák, reconnaît lui-même que l’enseignement en bouddhisme est relativement léger, notamment car l’école ne dispose pas des spécialistes requis. <br /> A Alsózsolca, un autre village de 6.000 habitants où intervient également l’équipe d’Ambedkar, ce sont les méthodistes qui sont majoritaires. Ils n’ont pourtant aucun problème à envoyer leurs enfants &quot;chez les bouddhistes&quot;.<br /> C’est le cas de Melinda et Rita, fille et nièce du pasteur.<br /> Melinda, 16 ans, se verrait bien enseignante. Dans le &quot;quartier rom&quot; à côté de la rivière, tout le monde la salue. Elle partage sa chambre, mais son foyer dispose de l’eau et de l’électricité. A l’entrée du quartier c’est la cohue à la pompe où les enfants font la queue. Le petit Bence porte un seau au moins aussi lourd que lui, il avoue venir ici plusieurs fois par jour avec sa sœur: &quot;on a pas l’eau à la maison&quot;, lance-t-il avec le sourire.<br /> Racisme anti-RomsMelinda, elle, va rarement dans les discothéques de la région - &quot;la dernière fois, ils n’ont pas laissé entrer mon frère&quot; - et doit parfois affronter des regards désobligeants quand elle se promène en dehors de son quartier.<br /> A Sajókaza aussi, où ils constituent 30% de la population locale, les Roms sont rarement les bienvenus. Benő, collègue de Tibor Derdák membre du conseil municipal, témoigne:<br /> Le maire est sans étiquette mais je dirais qu’il est clairement 'de tendance extrême droite'. Il joue la carte rom quand ça l’arrange, mais il fait très souvent de la propagande contre nous. Récemment, il a constaté que les médecins quittaient le village pour s’installer ailleurs et il a accusé les Roms de les chasser&quot;.<br /> A Sajókaza les pompes à eaux ont déjà été coupées par la municipalité et plusieurs interdictions concernent le ramassage du bois, un problème récurrent à la campagne. Pour les Roms, c’est parfois le seul moyen de se chauffer.<br /> Au sein de l’école Ambedkar, neuf étudiants sur dix sont Roms, mais comme le précise Tibor Derdák, &quot;cela veut tout de même dire que nous avons 10% de non roms et le nombre d’inscrits est en constante augmentation&quot;.<br /> La précision est loin d’être anodine, à l’heure où le parti Jobbik fait recette avec &quot;la criminalité rom&quot; , l’école Ambedkar est porteuse de promesses pour faire reculer le racisme et apaiser les tensions.<br /> (source : Myeurop reportage d’Hélène Bienvenu , (Budapest)le 01 octobre 2013<br /> <br /> Cliquez sur le titre pour re-découvrir le &quot;Djelem, djelem&quot;
E
Je suis d'accord avec vous Achille. Et, en particulier, je trouve la phrase suivante très éclairante : &quot;le violon peut être vu comme irriguant le monde par une intention de culture&quot;.
A
Les tribulations des tziganes ne sont pas sans rappeler celles des juifs ; partout, ils ont été méprisés et pris pour boucs émissaires des désastres ; partout , ils ont refusé la soumission; partout , ils ont été considérés comme le parangon de la scélératesse ; souvent , hélas , ils ont été massacrés sans vergogne ; dans la hongrie actuelle , les roms sont tenus aux travaux forcés obligatoires.<br /> <br /> Et pourtant que sait-on de la vie intérieure intime de ces deux peuples?que sait-on des trésors de sagesse qu'ils véhiculent ? ce n'est pas un hasard si ces deux peuples ont excellé dans la pratique du violon: c'est le seul instrument de musique facilement transportable en cas d'exode ; métaphoriquement , le violon peut être vu comme irriguant le monde par une intention de culture<br /> <br /> Cessons donc d'oublier les gitans quand on fait la liste des peuples qui ont été bafoués ,honnis, avilis ou réduits en esclavage ; pourquoi oublier de penser à leur souffrances au nom de l'on ne sait trop quelles idées reçues ?<br /> <br /> Les gitans seraient-ils négligeables parmi les peuples déjà considérés comme négligeables?<br /> <br /> Commençons enfin à respecter les romanichels<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -
D
Merci Etienne pour…<br /> <br /> « Ces pauvres gueux pleins de bonaventures<br /> Ne portent rien que des choses futures<br /> Ne voilà pas de braves messagers<br /> Qui vont errant en pays étrangers<br /> Vous qui prenez plaisir en leurs paroles<br /> Gardez vos blancs, vos testons, vos pistoles<br /> Au bout du compte ils trouvent pour destin<br /> Qu'ils sont venus d'Égypte à ce festin. »<br /> <br /> Extraites de quatre eaux fortes qui se raccordent pour former une frise d'un mètre sur douze centimètres et dont les légendes forment un poème :
R
Les expulsions de petits écoliers sans papiers émeuvent aux larmes, mais, quand il s’agit de renvoyer les Roms hors des frontières françaises, pas de pleurs. Si le ciblage direct d’une ethnie – un procédé qui s’apparente à la discrimination raciale – provoque l’indignation, les Roms, en tant qu’individus, ne suscitent guère la pitié : c’est l’indifférence, voire l’hostilité. Analyse d’un rejet multiséculaire.<br /> Isabelle Taubes <br /> Sommaire<br /> • Insituables<br /> • Rebelles<br /> • Insaisissables<br /> • Différents<br /> &quot;Cette haine-là [la haine des Bohémiens, ndlr], on la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine qu’on porte aux Bédouins, à l’hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. » Cet extrait d’une lettre de Gustave Flaubert à George Sand, écrite en 1867 (in Correspondance, Gallimard, La Bibliothèque de la Pléiade, Tome III, 1991), rappelle combien le rejet des Roms ne date pas d’aujourd’hui : il est presque contemporain de leur arrivée en France, au XVe siècle. Pour Flaubert, il exprime la sainte terreur du bourgeois, qui voit ses valeurs – la propriété privée, les économies bien cachées – bafouées par ces fils du vent qui, eux, ne revendiquent aucune possession, aucune terre, aucun sol national : à ses yeux, les revendications « normales » de tout homme « normal » ! Dans un pays aussi chauvin que la France, il n’est pas vraiment étonnant que l’absence de référence à une « mère patrie », à un pays natal chéri, puisse, encore de nos jours, sembler pathologique à certains.<br /> Insituables<br /> Les Roms se « dissimulent » derrière divers noms – Tsiganes, Manouches, Gitans, Bohémiens, Romanichels. Or, ce qui ne peut aisément être nommé, situé suscite souvent l’angoisse. Aucune perversion dans cette pluralité de dénominations. Le peuple rom est fait de tous ces groupes, qui portent des noms différents en fonction de leurs pérégrinations à travers le monde, comme le montre le beau film de Tony Gatlif, Latcho Drom (1992). Et tous se reconnaissent dans le même drapeau.<br /> Rebelles<br /> Notre relation aux Roms rappelle un peu ce mélange d’envie et de haine qui remplit le regard du bon élève studieux sur le cancre rêvassant ou faisant le pitre au fond de la classe, tandis que lui n’ose pas assumer ses désirs de transgression. Quand nous évoquons ce peuple, les fantasmes mènent la danse. La figure traditionnelle de la Bohémienne diseuse de bonne aventure, qui prétend lire l’avenir dans la paume de la main, attire autant qu’elle inquiète – ces accointances avec les forces surnaturelles ne sont pas rassurantes, se disent les esprits rationnels. L’image romantique du Tsigane musicien chevauchant un coursier ombrageux, elle, nous ravit. Tout comme nous succombons au charme vénéneux d’Esméralda ou de Carmen, symboles de la Gitane insolente et rebelle. En revanche, le mot « Romanichel » fait surgir le spectacle méprisable d’une bande de mendigots crasseux et voleurs. Quant à la lecture de certains journaux, elle ancre dans les esprits des représentations totalement anxiogènes du campement rom version 2010, avec ses airs de bidonville et sa population à la langue et aux coutumes étranges. C’est sûr, personne n’a envie d’avoir un camp sous ses fenêtres. Mais les Roms sont sans doute les premiers à n’avoir aucune envie de vivre dans des installations insalubres.<br /> <br /> Appuyez sur le titre pour avoir la référence de l'article.
E
Je souligne que cet article était une manière d'évoquer la fête de Noël. C'est pourquoi je souhaiterais qu'à l'occasion de cette fête, les intervenants commencent à se réveiller. Les commentaires piétinent. C'est aussi un peu de ma faute car je viens de changer d'ordinateur. Bonne fête de Noël à tous !
E
Merci Paul
P
J'ai beaucoup apprécié ton dernier blog.<br /> Bien amicalement.<br /> <br /> Paul
E
L‘inscription dans l’universalité et une communauté particulière me paraît être, en effet, une exigence indispensable pour la construction du sujet, exigence que nous avons aujourd’hui de la difficulté à admettre pour des raisons purement idéologiques.
L
Cliquez sur le titre pour découvrir la caricature de Charlie-hebdo.
Répondre
D
Merci pour le conte.<br /> Tu rappelles une vraie de vraie vérité, et même moi, j'y reste peu sensible. Il y a de l'ergot dans l'air et il ne me guérit pas.
Répondre
E
Merci Danièle pour ces précisions historiques très utiles où l'on voit que ce n'est pas seulement l'origine qui fait le nomade, mais c'est aussi et peut-être plus encore la législation...
D
Encore une fois merci Etienne pour ce très beau conte tsigane &quot;qui dit tout&quot; enfin presque si ce n’est qu’il est assorti d’une très belle réflexion sur le Mentir-Vrai de la Bohémienne à l’égard de la troupe soldats du roi Hérode…Mais bon sans vraiment pratiquer les métiers de Bohême: (réputés diseurs de bonne aventure) Qui ne s’est entendu dire : Pourquoi ne retournent-ils pas chez eux ? La réponse est simple : Chez eux, mais c'est ici puisque la très grande partie (95 % environ ) des &quot;Gens du Voyage&quot;sont des citoyens français, et de ce fait des citoyens européens…<br /> <br /> REGARDONS À PRÉSENT DE PLUS PRÈS L'HISTOIRE FRANÇAISE :<br /> D’après Henriette Asséo (historienne, professeur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales) Le Monde.29.07.2010 <br /> Les Bohémiens, comme on disait jusqu'en 1970, étaient ancrés de façon séculaire non seulement dans la Nation mais dans une région précise : Bohémiens du Pays basque dans les mêmes villages depuis le XVIe siècle, ils ont d'ailleurs des patronymes basques, manouches des Pays de la Loire descendants des &quot;capitaines de Bohémiens&quot; protégés par la noblesse locale, gitans catalans du sud, &quot;boumians&quot; provençaux, sinté alsaciens, ou piémontais du duché de Savoie, etc., la liste est aussi variée que l'était le tableau ethnographique des provinces françaises. Chaque fois, une culture différente, mêlant le romani, et les langues locales, et surtout aucun constat de nomadisation. L'enracinement est attesté par les archives de l'état-civil.<br /> A partir de la loi de 1912 tout change. Face au développement considérable de la mobilité et au désenclavement du commerce rural, l'administration veut réglementer les professions itinérantes. Elle crée deux statuts, l'un individuel celui de &quot;forain&quot;, l'autre collectif celui de &quot;nomade&quot;. La ligne de partage n'est pas ethnique. Ainsi le musicien manouche Django Reinhardt possédait un carnet de forain. Tous les Bohémiens de France ne sont pas devenus des &quot;nomades&quot;, tous les &quot;nomades&quot; n'étaient pas bohémiens.<br /> Qui donc, alors, relevait au regard de l'administration du &quot;régime des nomades&quot; ? Toute personne qui exerçait une profession ambulante en famille ! Ainsi furent enregistrés des Bretons, des Normands, des Auvergnats, ou des Italiens de France qui n'avaient aucune tradition culturelle &quot;bohémienne&quot;. Sauf que, à partir de cette date, personne ne pourra plus sortir de sa catégorie, enfants nés ou à naître compris. Ainsi jusque dans les années 1970, les familles du cinéma ambulant qui égayaient les villages avaient le carnet de &quot;nomade&quot;.<br /> TRAITEMENT D'EXCEPTION<br /> Ce régime administratif fabriqua une assignation identitaire familiale définitive. Il a créé de toutes pièces une population de Français soumis à un traitement d'exception. Interdiction de sortir du territoire national, pas de droit de vote, les membres de la famille ne devaient pas se séparer ; par contre les hommes faisaient comme tout Français leur service militaire et ils furent nombreux à mourir au champ d'honneur.<br /> Cette catégorie de Français était encore plus surveillée que les étrangers. Elle était soumise à inspections de la police scientifique : dès l'âge de deux ans, cinq documents différents d'identité avec photographie anthropométrique, des &quot;registres de nomades&quot; tenus par les gendarmerie et les préfectures envoyés régulièrement au ministère de l'intérieur. En tant qu'Alsaciens &quot;romanichels&quot;, certains furent internés pendant la Première Guerre mondiale. Tous les Français enregistrés comme &quot;nomades&quot; ont été assignés à résidence en avril 1940 puis internés en famille dans les camps de Vichy gérés par les préfectures. Ils ne furent libérés qu'en 1946 et l'administration enregistra à nouveau toute la famille comme &quot;nomade&quot;.<br /> Ce régime inique ne fut jamais abrogé, il fut seulement adouci en 1969. Les &quot;nomades&quot; furent alors dénommés &quot;gens du voyage&quot; : ils restent enregistrés en famille et ne peuvent sortir de leur catégorie, quelque soit leur manière de vivre.<br /> Au même moment, la France a changé sa législation du territoire. Avant les années 1970, chacun était libre de séjourner où il voulait sauf dans les endroits interdits. Le &quot;camping sauvage&quot; était légal. Désormais l'ensemble du territoire est interdit au stationnement sauf les emplacements autorisés. Aujourd'hui pour avoir le droit de vivre en mobile-home, tout Français doit prendre un titre de circulation de &quot;gens du voyage&quot;, et leur nombre augmente chaque année à cause de la crise économique…, avec le retour au &quot;régime des nomades&quot; de triste mémoire.
C
Appuyez, écoutez la chanson des Roms.
E
Oui j’entends bien ta remarque. Or comme tu le dis l’article est justement fait pour arriver à poser un regard et à développer un comportement de sujet à sujet. Mais malheureusement l’idéologie existe de part et d’autre, elle est le miroir qui offre une image simplifiée du groupe et nous avons aussi la responsabilité du miroir que nous produisons. Je propose un jeu entre le miroir que nous produisons de l’autre et celui qu’il produit de lui-même.
C
Juste une remarque Étienne sur l'expression que tu utilises dans ton article particulièrement d'actualité et salutaire sur &quot;les Roms&quot;; et qui devrait notamment enrichir notre réflexion au MRAP dont sa commission qui œuvre en ce domaine. Tu écris : &quot; *En ce moment, nous projetons sur les Roms une image particulièrement négative parce qu’ils nous dérangent. Sans<br /> doute posent-ils un certain nombre de problèmes, pas toujours anodins, et développent-ils des comportements mafieux, dangereux à moyen et long terme*.<br /> <br /> &quot; Or &quot;les Roms&quot;, pour ma part, je ne &quot;les&quot; connais pas ; pas plus que je ne connais &quot;les juifs&quot;, les arabes&quot;, &quot;les musulmans&quot;, &quot;les islamistes&quot;, &quot;les catholiques&quot;, &quot;les protestants&quot;, &quot;les chrétiens&quot; ou que sais-je encore, qui sont autant d'espaces, disons &quot;idéologiques&quot;, parce que, dés qu'on généralise, me semble-t-il, on ouvre ce champ des idéologies qui finissent par nous laisser dire et répéter que tous les Roms développent des comportements mafieux, dangereux à moyen et long terme ; et, certes, notre ministre de l'Intérieur actuel, par exemple, il n'a pas dit ça, mais à partir du moment où il parle &quot;des Roms&quot;, il ne vise plus le comportement de tel ou tel en particulier, voire au sein d'une organisation mafieuse, mais une ethnie ! Aussi, &quot; L'espace intermédiaire&quot; que tu préconises, ne pourrait-il être plutôt ce lieu qui nous libère justement des généralisations et de leurs combats d'arrière-garde, sans pour autant sombrer dans l'individualisme anarchique et égocentrique du &quot;moi, je&quot;opposé au &quot;nous, ils&quot; et donc en demeurant cependant dans un espace de gouvernance ?<br /> Amicalement,<br /> Charles
E
Je vois que nous sommes un peu sur la même longueur d’ondes. Avec toi les lois de la mécanique rejoignent les lois souhaitables pour la vie sociale et je suis entièrement d’accord. Mais nous n’avons pas encore admis que la physique ait quelque chose à nous dire sur les comportements sociaux et politiques à impulser, pour sortir de la crise.
C
Tu vois, à l’heure ou ton mél franchissait allègrement les distances, nous étions, Guillemette et moi, à la Médiathèque Nelson Mandela de Gardanne pour quelques échanges et emprunts. <br /> A 16h30 y a démarré un hommage à Nelson Mandela, avec le Maire Roger MEI, des enfants d’écoles et divers participants. <br /> En quelque sorte pris au piège, nous avons alors assisté aux différentes musiques et prises de parole.<br /> Après quelques poèmes lus par les enfants des écoles, le Maire de cette ville d’origine minière a plaidé l’accueil de l’autre, accueil non en paroles mais en actes, et a rappelé à son support 2 expériences récentes: <br /> En pleine polémique sur les Roms, la mairie de Gardanne a ouvert pour eux, il y a quelques mois, des aires d’accueil pendant que d’autres villes du voisinage détruisaient des camps de fortune : des paroles et des actes.<br /> Plus récemment, il a croisé il y a quelques jours, lors de l’inauguration d’une église (rénovation?) sur la commune Mgr DUFOUR. Cela lui a été l’occasion de se souvenir que Mgr DUFOUR avait été le seul à lui donner raison publiquement sur l’accueil des Roms.<br /> Beau rapprochement du maire rouge et de l’homme de Dieu au pays de Pagnol !<br /> <br /> Intéressante l’idée de bousculer la vision dominante de l’intégration culturelle, parfois simpliste et nivelante, et de proposer que les jeux, qui se produisent dans l’espace disponible entre deux cultures, jouent la partition de la vie. <br /> Entre deux pièces mécaniques les jeux permettent aux pièces de jouer des mouvements relatifs. <br /> Ces jeux, pour que la machine fonctionne, doivent respecter des tolérances : ni trop petits pour éviter le blocage, ni trop distants pour éviter les chocs... <br /> <br /> Merci pour tes messages qui nous relancent hors des sentiers battus.
E
Je suis heureux que tu aies évoquer la notion de jeu que rejette la société bureaucratisée parce qu’elle veut tout intégrer. Et pourtant, pour moi, la société à laquelle beaucoup aspirent, suppose un socle symbolique, qui ne peut fonctionner sans le jeu. Or, comme tu le dis plus ou moins directement, ceux qui sont à la marge ne peuvent trouver leur place que dans une société où le jeu et le bricolage ont leur place.
M
En lisant ton blog sur les Roms, j’éprouve le besoin de te dire mon immense gratitude, car j’ai eu l’impression que tu te posais toutes sortes de questions qui m’ont tourmenté ou m’ont nourri, au moment où devant faire une fin dans la société civile après mon renvoi de la cléricature, je suis devenu jusqu’à ma retraite, enseignant de Sciences Sociales dans les<br /> écoles de Travailleurs Sociaux.<br /> <br /> En effet, le premier exercice sociologique de terrain auquel je me suis livré pour sortir d’un enseignement purement académique qui n’apportait rien à la pratique des professionnels de « l’Intervention sociale » les soit disant « Spécialistes du lien social » selon le lexique de Castel, a consisté, au titre de ce qui est devenu la Prévention spécialisée, à participer à l’enquête lancée dans les années 1960, par le Docteur Hubert Flavigny, sous l’égide des Équipes d’Amitié, consacrée aux Populations Tziganes du Nord - Est parisien.<br /> <br /> En gros, le but de cette enquête généreusement payée par son commanditaire : la CAF de Paris qui avait sollicité l’aide technique de Flavigny, était de savoir comment éviter que l’argent versé par la CAF, au titre des Allocations familiales, ne serve à alimenter les jeux d’argent coutumiers et ‘‘autres trafics ludiques autour d’un baril de vin’’ dans la langue de Port Royal auxquels se livraient volontiers les pères de famille Tziganes, au lieu de faire servir les sommes encaissées par eux à l’éducation des enfants. Sans parler des jalousies et des vengeances entre les 3 principales ethnies composant les Roms, (Lowara, Tchurarras et Kalderashs) qui occasionnaient des déplacements de Police problématiques que refusaient plus ou moins des fonctionnaires français se sentant impuissants devant ce genre de délits dont la plainte était remontée au Ministère.<br /> <br /> Quant à moi, pour faire entendre aux étudiants que dans cette affaire, nous n’avions pas à condamner la morale conservatrice de la CAF, défavorable par principe au Loto, au PMU et aux mises à prix des barils de vin, je m’attachais à montrer que les faits et gestes des Tziganes m’étaient sympathiques, mais qu’ils dérogeaient au serment républicain qui donnait sa cohésion à la société française. Ce serment idéal voulant pour simplifier, que les salariés cotisent aux Assurances Sociales et payent des impôts pour ne pas tomber dans la misère et bénéficier d’un revenu compensatoire dit de redistribution, lorsqu’ils devraient faire face à un ou plusieurs des cinq risques répertoriés en 45, par Ambroise Croizat : Maladie, invalidité au travail, charge familiale, vieillesse et décès. C’était le prix à payer pour sortir de la mendicité et de l’injustice sociale se cachant derrière l’aumône qu’avait, faute d’une véritable alternative, immortalisée la Chrétienté. C’était d’ailleurs la seule manière de mettre fin à la Part Maudite dénoncée par l’écrivain Georges Bataille et également le procédé préconisé par Saint Simon pour que les ‘’guêpes ne mangent pas l’argent des pauvres’’, c’est-à-dire que le surplus de richesse des gens fortunés ne soit pas dépensé à des fins dispendieuses de fêtes ou de jeux frivoles mais qu’il soit géré en vue du bien commun, au centime près et avec la rigueur des Méthodistes.<br /> <br /> Car il ne peut pas y avoir de jeu dans la gestion de l’argent public, celui que le Comité de Mendicité de Laroche Foucauld- Liancourt avait baptisé ‘’Sang des Pauvres’’. Il ne peut pas non plus y avoir de jeux sur la scène de l’histoire dans nos représentations du XXI°siècle, car les jeux de l’amour et du hasard se déroulent légalement dans l’alcôve ou sur le divan taiseux du psychanalyste, ils ne doivent pas avoir d’incidence dans le partage contractualisé des richesses tel qu’instauré par la loi démocratique. Pour le dire autrement, on ne peut pas à la fois militer pour la traçabilité de l’argent en vue d’une transparence des comptes publics et laisser faire le nomadisme des personnes et des capitaux, même s’il s’agit des maigres bénéfices que les Manouches, aux yeux du percepteur, savent tirer du rétamage des casseroles et de la récupération des métaux. Les nomades ne sont pas de bons citoyens, ce sont des électeurs qu’on ne peut pas s’attacher, ils se comportent comme les « aimables fripons » d’Alexis de Tocqueville. On se demande en considérant leurs modes de vie, si le carnet anthropométrique de la 3° république aboli en 48, à cause de son caractère discriminatif avoué, n’était pas plus indulgent à l’endroit de leur déviance innocente que l’intégration frauduleuse dont ils sont demandeurs et que l’administration l’exige dans notre société bureaucratisée. Disons encore qu’ils ne font pas correctement la preuve d’avoir intériorisé les mécanismes de la contribution-rétribution qui président au fonctionnement d’un État de droit. Je dis bien ne font pas la preuve, car cette société qui veut que les hommes deviennent des dieux pour paraphraser Bergson, est une immense fiction, elle fonctionne comme tu ne cesses de l’analyser sur des mythes et des simulations d’équité, faisant que des populations formellement indésirables comme les Roms et autres Bohémiens seront toujours victimes de la vindicte populaire.<br /> <br /> En matière de législation sur l’accueil des Roms, disons que mieux vaut un mauvais accord qu’un bon Concordat, un incessant bricolage conflictuel plutôt que la reconduction d’un règlement nécessairement vexatoire s’agissant de respecter l’humanité en chaque homme, l’universel concret du philosophe.<br /> <br /> J’ai le sentiment de répéter, car il faudrait une autre page pour éclairer ce que j’ai voulu dire dans la marge de ton blog. Encore merci de l’avoir écrit. Marius A.
G
Le trésor des Roms est maintenant référencé par google.
E
Au moins tu fais preuve d'une grande honnêteté !
O
Merci à Olivier pour sa présentation de ce nouvel article dans son blog de blogs : http://blogoliviersc.org/.<br /> En plus il nous permet d'écouter la belle musique tzigane sur le thème de l'alouette en appuyant sur Olivier...
Répondre
E
Françoise, merci pour ton encouragement. Je me sens plus proche maintenant des Roms. Jeudi, j'irai à une exposition de photos prises par les Roms et j'aurai aussi l'occasion d'écouter leur musique.
F
Le texte sur le trésor des Roms est super. Je l'envoie à d’autres personnes : Osons. <br /> Beau Noël ! Avec amitié, Françoise.
A
Avec &quot;Whisky&quot; et &quot;Le trésor des Roms&quot; tu deviens un peu poète. <br /> Il est sûr que les roms apportent une vision et une pratique de la vie qui peuvent enrichir l'humanité. Cela se manifeste par la fête où ils communient grâce à la musique et la danse. Les Roms sont les champions pour le cirque et les attractions foraines. Mais si leur façon de voir la vie pouvait être réaliste pour eux tous il y a des centaines d'années, ce n'est plus le cas maintenant. Il faut un minimum d'intégration, qui existe pour les gens du cirque ou les forains. Apparemment, celui-ci n'existe pas pour la plupart de ceux qui émigrent des pays de l'Est où là déjà ils ne se sont pas un minimum intégrés. D'ailleurs les Roms eux-mêmes établissent une hiérachie en fonction de cette relation à la société. J'avais discuté avec une dame d'origine rom à Saint-Clair, plus que bien intégrée dans le quartier tout en gardant parfaitement son identité, qui faisait fonctionner un manège sur la place Carnot il y a plusieurs années. Et c'est elle qui m'avait décrit cette hiérarchie dont je ne me souviens plus précisément, mais qui commençait par les manouches,..., les forains, ...<br /> <br /> Les communautés peuvent être un enrichissement pour tout le monde à condition qu'elles ne soient pas totalement hétérogènes par rapport à la société. Que les roms par leur mode de vie permettent à notre société de s'interroger sur sa façon de fonctionner toujours vers une plus grande rationalisation, cela est positif, mais il faut un minimum de mélange.
Répondre
E
Je crois que l'on devient adulte lorsqu'on est capable d'écouter les histoires des enfants !
R
Merci Etienne pour ce document.<br /> <br /> J'ai conté cet après-midi pour des enfants petits (3-6 ans), c'était<br /> merveilleux. Il y avait une petite Océane, 4 ans, qui m'interrompait tout<br /> le temps et racontait des tas d'histoires &quot;à ma place&quot;.<br /> Bon Noël<br /> <br /> Renée Azéma
E
Merci d'évoquer ce très beau film !
R
Le temps des gitans <br /> <br /> Est un film yougoslave réalisé par Emir Kusturica, sorti en1989, presque entièrement tourné en romani, la langue des tziganes.<br /> <br /> Synopsis<br /> Perhan est un rom. Fils naturel d'un soldat et d'une tzigane, il est élevé ainsi que sa sœur handicapée, par sa grand-mère [une vraie gitane du nom de Ljubica Adzovic] dans un bidonville de Skopje en Macédoine. La vie de famille s'organise autour d'un accordéon, d'un dindon et d'un oncle déluré. Perhan tombe amoureux de la fille de la voisine et décide de gagner beaucoup d'argent pour obtenir le droit de l'épouser. Il rentre dans le clan d'Ahmed et mène une existence faite de « bricolages », de magouilles, et de trafic d'enfants. Perhan est désormais prisonnier d'un monde dont il ne veut pas. Du moins lui reste-t-il l'amour, celui qu'il possède en lui. Sa destinée paraît toute tracée, dramatique car sans espoir de rédemption, mais Perhan s'accroche à la vie par pure fierté. Il tombera de très haut, le rêve européen est loin et demeure inaccessible. Les Gitans sont condamnés à souffrir et à errer, mais dans la dignité... [Souce Wikipédia ] <br /> <br /> Pour approcher un peu le réalisme magique du film cliquez !
E
Oui, tu as raison sur un certain nombre de points. Mais la difficulté vient de ce qu'il n'y a pas le jeu nécessaire entre ces communautés et la société en partie à cause de notre regard qui ne voit pas le positif de cette population et cela dans la mesure où nous avons perdu le sens du symbolique. Mais je crois que nous sommes en train de le retrouver. Et ce type de texte modeste est fait précisément pour accélérer le processus.

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