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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 19:16

La création de l'homme par Michel Ange

 

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 18:58

 

Chagall, Le jardin d'Eden


L’Islam est une religion
mais c’est aussi une culture

 

Spontanément, l’occident a tendance à isoler la religion de la culture. Il le fait, en particulier, pour l’Islam. Mais il ne se rend pas compte qu’il est lui-même modelé, en partie du moins, par la religion chrétienne et que sa manière de penser le monde et son environnement est marquée par un tel héritage. Aussi d’emblée se nourrit-t-il d’idéologie en donnant à sa culture particulière la marque de l’universel, qui est pourtant encore à construire par l’apport des différentes cultures du monde. Il n’est pas question, ici du moins, de remettre en cause l’apport  du christianisme à la culture. Mais en échange il n’est pas normal que nous refusions à l’Islam son apport à la culture universelle puisqu’il est déjà lui-même une culture.

 

Le monde est un grand jardin ouvert à tous ses habitants

A l’origine les mythes nous présentent le monde comme un grand jardin. Il appartient aux hommes de le cultiver, comme si l’être humain était fondamentalement un jardinier. Qu’est-ce à dire sinon que la vie lui est confiée pour qu’il la fasse prospérer ? Il passe ainsi progressivement de l’animalité à l’humanité en cultivant son jardin. Autrement dit, il est appelé à se faire en faisant, et faire c’est essentiellement faire advenir la vie.

 

Dans ce jardin, les hommes doivent cultiver des sujets

Avec l’évolution, l’homme passe du travail du sol pour se nourrir à la culture proprement dite,  qui consiste à faire advenir des êtres libres, responsables et créateurs que nous appelons sujets. Il est ainsi amené à favoriser la gestation de la terre en la rendant féconde et en l’embellissant, et c’est à partir de là, sans décrochage possible, qu’il peut donner naissance à la culture. Aussi l’écologie et la culture sont-elles  depuis toujours intimement liées. C’est à travers des épreuves, des erreurs, des errements de toute nature qu’il arrive alors à ouvrir son chemin.

Un conte arménien, intitulé « Le maître du jardin », nous entraîne dans le cheminement de l’homme vers son destin. Il s’agit, au départ, d’un véritable voyage initiatique. Le roi d’Arménie possède un rosier apparemment chétif mais promis à un avenir extraordinaire. Il s’appelle Anahakan. Or il est dit qu’un jour cet arbre donnera naissance  à une rose généreuse qui conférera au maître du jardin une éternelle jeunesse. Douze jardiniers se succèdent les uns après les autres sans aucun succès. Ils sont maintenant en prison. Assuré de son succès, un treizième arrive. Son nom est Samvel. Il ne craint ni la prison ni la mort. Rapidement une complicité d’amour s’établit entre lui et le rosier. Au départ, il s’intéresse à ses racines, les couvrant de terreau et de fumier  Tour à tour, il l’écoute et lui parle. Ils finissent par échanger leurs secrets. Il y a manifestement un malaise chez le rosier : des gémissements s’échappent de ses racines. « Où as-tu mal », lui dit le jardinier. C’est alors qu’un ver sort de la racine principale. Un oiseau s’en empare, puis un serpent avale l’oiseau. Mais un aigle qui voit la scène de loin plonge sur le serpent et s’en fait un délicieux festin. Aussitôt, le rosier reprend de la vigueur, et puis, au début du mois de mai, un bourgeon apparaît et, en quelques jours, une rose, toute mignonne, offre un merveilleux sourire à Samvel. Plein d’émotion, le jardinier sort le roi de son sommeil en pleine nuit. Un peu chagriné d’être réveillé en plein sommeil, mais aussi vite conscient du miracle qui est en train de se produire, le souverain sursaute, enfile ses chaussures et vient assister à la naissance de la rose. C’est sûr, il est promis à une vie éternelle. Mais les années passent, et une maladie mortelle s’empare de lui. Aussitôt, il fait venir Samvel : « Je croyais pouvoir échapper à la mort. -  Malheureusement, le maître du jardin ce n’est pas vous, réplique Samvel. C’est celui qui veille. » Alors la mort fait son œuvre et le jardinier ferme les yeux du propriétaire du rosier. Et maintenant il  danse au rythme de la vie.

 

L’Islam frappe à la porte du jardin des sujets

Aujourd’hui, l’Islam voudrait avoir sa part dans le jardin des sujets. Il frappe à la porte mais l’Occident prend peur ; il se raidit, cherche à  imposer ses conditions comme s’il était le propriétaire du jardin. Comme nous l’avons déjà souligné, il confond sa propre idéologie avec la culture elle-même.  Alors le dialogue se transforme en rapports de force. Les uns se sentent rejetés et font la sourde oreille, sans vouloir coopérer à un monde qui leur est imposé. Les autres n’hésitent pas à user de violence et dérivent dans des formes multiples de terrorisme. Ce que l’Occident ne voit pas, c’est sa propre violence originelle qui interdit à l’autre l’entrée du jardin.

 

Il faut  lui ouvrir pour le bien de tous

Il n’y a de culture que dans l’interculturalité. Autrement dit l’Islam sortira du rapport de force si les portes du jardin lui sont ouvertes. Il entrera dans l’interaction avec toutes les autres cultures et devra se transformer comme il amènera les autres eux-mêmes à se transformer. Le doute deviendra une exigence pour tous et la critique sera une des règles du dialogue retrouvé. Dans le domaine religieux proprement dit, la foi ne pourra s’enfermer sur elle-même en engendrant de  la toute-puissance. Il n’existe pas de foi sans rationalité, sans pour autant que l’une ne soit réduite à l’autre. Cela, l’occident chrétien l’a appris à ses dépens. Il appartient à l’Islam d’entrer dans cette forme d’ascèse et de purification. Nous ne pouvons lui imposer une telle exigence avant d’entrer dans le jardin de tous. C’est l’entrée dans le jardin qui lui permettra de répondre à un tel impératif.

En France, nous sommes directement confrontés aux problèmes qui sont ici soulevés. La culture et l’identité de chacun ne sont pas données a priori ; elles  se construisent dans un processus historique toujours à reprendre. Il ne s’agit pas d’offrir le trésor de la culture occidentale à ceux qui n’en bénéficieraient pas et de le protéger par de multiples fermetures. Le trésor ne  peut se révéler que dans l’échange des cultures. C’est bien pour cela que nous avons, aujourd’hui, tout intérêt à nous ouvrir les uns aux autres.

Etienne Duval, le lundi, premier mai 2017

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 12:11

 

Le goût de la cerise

Le titre de cette contribution nous fait saliver car la cerise, dans nos régions, est avec la fraise l’un des premiers fruits du printemps.


Un film iranien

En réalité, « Le goût de la cerise » est un film iranien d’Abbas Kiarostami, qui a obtenu la palme d’or au festival de Cannes de 1997.

J’ai animé un café philosophique à partir de contes et de mythes depuis 1998. Or il y a deux ans nous avons décidé de remplacer les mythes et les contes par des films de cinéma. Et c’est ainsi que l’an dernier nous nous sommes promenés dans le cinéma japonais et, pour cette année, nous avons choisi la production iranienne.

« Le goût de la cerise » est un film merveilleux en dépit du thème qu’il veut traiter. Un homme veut se suicider, demain matin. Le trou est déjà creusé et il cherche un volontaire pour mettre 20 pelletées de terre sur son corps transformé en cadavre. Il circule en voiture, tournant en rond dans la montagne,  près du lieu de sa sépulture, pour trouver l’homme qui lui rendra le service ultime, en échange d’un salaire important. Sur sa route, un soldat kurde est en train de rejoindre sa caserne. Il l’invite à monter dans sa voiture et lui adresse sa proposition. Très surpris, le jeune militaire se demande à quel homme loufoque il a à faire et son inquiétude s’accroît encore lorsqu’il découvre le trou déjà creusé pour sa sépulture. C’est alors qu’il s’enfuit en direction de sa caserne.

Le second candidat sollicité est un séminariste afghan. Avec attention, il écoute le suicidaire mais il ne veut pas se rendre complice d’un acte que la morale réprouve. Alors il récite le catéchisme que ses professeurs  lui ont récemment enseigné.

Un troisième homme d’origine turque attire son attention. Il est en train de chasser des cailles et, comme il est taxidermiste, il commence par les tuer pour leur donner ensuite l’apparence d’oiseaux vivants. C’est un homme d’expérience. Autrefois, peu après son mariage, il était désespéré. Il décide alors de trouver un arbre pour se pendre. Un mûrier fera l’affaire. Mais la corde lancée sur l’arbre retombe à plusieurs reprises. Il grimpe alors sur le tronc et accroche la corde à une grosse branche avec un nœud bien serré qui ne pourra se défaire. Mais, dans son dernier geste, un fruit du mûrier s’écrase dans sa main. Il lèche la main, avale les restes du fruit, qui lui laisse dans la bouche un délicieux goût de cerise. D’autres fruits se présentent à ses yeux : Il en fait un agréable goûter. Bien plus des enfants de passage lui demandent de secouer l’arbre. Il le fait bien volontiers. A son tour il ramasse les derniers fruits tombés, les met dans son sac et les rapporte à sa femme : l’épouse se régale à son tour. Finalement la vie reprend le dessus et il perd définitivement l’envie de se pendre. Et aujourd’hui, en signe d’humanité,  il est prêt à jeter, demain matin,  les 20 pelletées de terre sur le cadavre si le chauffeur maintient sa décision de mourir. En fait il ne mourra pas, car il s’agissait d’un stratagème pour le montage d’un film.
 

La photo qui glisse sur mes genoux

Il y a un mois, j’étais avec deux amies. Nous venions d’assister à la projection du film avant la séance commune et nous tentions quelques interprétations. Tout à coup la photo d’un ami qui avait mis fin à ses jours, l’an dernier, tombe sur mes genoux. Sans que je le sache, elle était dans le cahier qui me servait à prendre des notes. Cela me paraît si extraordinaire que j’alerte les deux amies : elles ne peuvent comprendre et continuent à parler entre elles.

La personne dont je parle avait une quarantaine d’années. C’était un intellectuel très brillant qui bénéficiait d’un grand succès auprès de ses étudiants et de ses auditeurs. Or un événement l’a mis en difficulté. Progressivement il plonge dans le désarroi. Tenu au courant, vers le 15 août, je lui envoie un message lui rappelant sa valeur et toutes ses réussites. Par retour du courrier Il me remercie vivement et me dit qu’il ne sait pas combien de temps il va pouvoir tenir. Trois jours après, j’apprends sa mort. Aujourd’hui, je me dis qu’en dépit d’une pulsion de mort, plus forte que lui, mon petit message a été comme le fruit du mûrier, écrasé contre la corde et qui a laissé au taxidermiste le goût de la cerise.


La vie qui nous fait signe

Je voudrais relater d’autres événements, qui ont été comme un signe merveilleux de la vie.

Dans les années 80, je fais un rêve étonnant. Je suis dans le ventre d’une chamelle, au milieu du désert. La chamelle s’affaisse et je commence à étouffer. Ce rêve me surprend. J’imagine que c’est une réminiscence de ma naissance. Mais, trois jours après, un de mes frères me téléphone pour m’annoncer la mort de l’oncle Camille. Comme je connais l’espagnol, je comprends que Camilio et camelo sont presque les mêmes mots. La chamelle c’était donc l’oncle qui venait de mourir. Il était le frère de ma mère, que j’ai toujours considéré comme un modèle. Il avait été aumônier du maquis des Glières. J’admirais son esprit de résistance et son ouverture d’esprit. Le rêve m’est apparu comme un avertissement : j’allais devoir marcher seul dans le désert et voler de mes propres ailes.

Là-dessus, il y a quatre ans, des amis viennent me voir avec leur petit-fils Thomas, de 20 ans, qui s’est converti à l’Islam. Or, dans l’esprit de la religion musulmane, Thomas adore les rêves. Je lui raconte celui de la chamelle : il est très intéressé. Et, à la fin du repas, comme nous sommes au temps de l’épiphanie, notre jeune musulman prend un couteau pour découper le gâteau à la frangipane qu’ont apporté ses grands-parents. Aussitôt, son couteau tombe sur un obstacle. Il insiste et découvre un chameau décoré à la main.  Tout le monde est ébahi. Je me dis candidement que l’oncle Camille devait nous faire signe pour nous dire que Thomas était  entré en résistance et que sa conversion allait contribuer à son ouverture. Aujourd’hui, il s’est écarté de l’Islam mais poursuit sa recherche.

Pourquoi ne pas raconter un dernier événement, qui s’est produit, il y a un mois ? Au cours de mes études, je me suis trouvé en contact avec un professeur que certains considèrent comme un grand intellectuel. J’ai l’impression qu’il découvre certaines de mes insuffisances mais je constate aussi les siennes. Il a un comportement qui m’humilie mais cette humiliation je la garde secrète. Elle va d’ailleurs m’amener à entrer en contact avec deux grands professeurs de philosophie d’un calibre supérieur : Hippolyte, un hégélien très célèbre, et Althusser, professeur à Normale Supérieure. Ce dernier dont je suis le cours sur l’idéologie contribuera à me marquer pour toute ma vie. Or récemment je fais un rêve. Je me retrouve en face du professeur qui m’a humilié. Nous nous expliquons l’un et l’autre et nous réglons nos comptes. Mon humiliation s’efface. Quelques jours après, j’apprends sa mort par la presse.

Décidément, la vie a un côté merveilleux. Certains n’y prêtent aucune attention. D’autres, et j’en fais partie,  y sont plus sensibles. C’est pourquoi, comme pour le taxidermiste, elle laisse toujours en moi le goût de la cerise.

Etienne Duval

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 10:43

 

 

 

 

 

Attention ! La théorie du complot nous rend fous

 

Il y a, dans la compagne présidentielle actuelle, quelque chose de malsain. Au-delà de l’éclairage opéré très légitimement par les journalistes, nous sommes fréquemment dans un climat de dénonciation et de manipulation. L’ombre et le secret tendent à prendre la place de la lumière. Il y a ceux qui tirent les ficelles pour récupérer un pouvoir qu’ils ont perdu. Il y a aussi ceux qui développent des théories du complot. C’est ainsi que, chaque jour, la presse nous livre des révélations pour discréditer les candidats les uns après les autres. Et nous nous habituons à imaginer un monde politique qui se tisse en dehors de nous, dans des ateliers sauvages, cachés dans les sous-sols de nos habitations. Ainsi de plus en plus, la réalité nous échappe et nous finissons par nous en accommoder. Il est temps de prendre conscience que la théorie du complot nous rend fous.  Chacun imagine que le fou est celui qui perd la raison. En réalité, le plus souvent, il a tout perdu sauf la raison. Ce qu’il perd, c’est le contact avec la réalité. La théorie du complot ne retient que les éléments rationnels qui vont dans son sens. Sans doute n’a-t-elle pas complètement tort. C’est pourquoi nombre d’intellectuels se laissent prendre par l’apparente scientificité qu’elle développe. En fait, elle est foncièrement manipulatrice car elle a toujours raison. Elle opère par simplification : elle oublie tout ce qui est le fait du hasard, tout ce qui survient et que l’on n’attendait pas, en un mot tous les éléments qui constituent le tissu concret de la réalité journalière.

Nous voilà constamment retenus par la rumeur. Nous croyons sortir de la naïveté en prenant contact avec la réalité secrète. En fait, l’esprit critique nous est retiré parce qu’il s’appuie sur du vent. Ce que nous prenons pour de la pensée n’est que l’écho ravageur des théories du complot. Dans de telles conditions, le vrai débat politique devient impossible. L’avenir va se construire sans nous. Il est temps de sortir de la folie en renonçant à toutes les théories du complot pour reprendre contact avec le réel et retrouver notre dimension de sujet responsable. C’est à cette condition que tous ensemble nous aurons quelque chance de faire advenir une société nouvelle.

Etienne Duval

 

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 16:02


 

Comment j’ai retrouvé la vue

 

Je n’ai jamais été aveugle mais jusqu’ici je ne savais pas voir. Vous allez le comprendre facilement à partir d’une histoire plutôt banale. Mais cette histoire banale m’a ouvert sur une donnée fondamentale de la vie.


Une histoire de lunettes

En novembre dernier, j’assiste à une réunion et en revenant je m’aperçois que je n’ai plus mes lunettes. Lorsqu’on en a besoin, les lunettes, c’est quelque chose de vital. Alors je téléphone immédiatement au restaurant où nous avons pris notre repas : les lunettes ne sont pas là. Un peu plus tard, je passe un coup de fil à la salle où nous avons participé à notre réunion : rien n’a été retrouvé. J’interroge également la police municipale et les objets trouvés mais sans plus de succès. Il reste un mendiant qui m’a montré ma route : en marchant, en étant proche de moi, il a pu plonger sa main dans ma poche. Mais s’il l’a fait, c’est qu’il était vraiment dans le besoin et si j’ai pu lui permettre de lire le journal, je m’en réjouis. Alors, comme tout le monde, mon premier réflexe est d’acheter une nouvelle paire de  lunettes vendues dans les pharmacies : elle me permettra de tenir tout le mois de décembre.

Au mois de janvier, je me décide quand même à aller voir l’ophtalmologue. Il me fait une ordonnance et je me dirige chez un opticien qui fait ses essais et prend en charge ma commande.


Un souci de perfection

Huit jours plus tard, je récupère une paire de lunettes intermédiaires et une paire de lunettes pour lire de près. Chez l’opticien, elles me semblent convenir, mais lorsque j’arrive à la maison, je perçois des imperfections.  Or il se trouve que j’éprouve un grand plaisir des yeux lorsque je vois bien. Si je ne vois pas très bien, ce plaisir disparaît. Alors l’idée me vient d’aller voir une orthoptiste. Après deux rendez-vous qui lui permettent de faire une expertise, elle me livre une prescription pour des prismes qui seront ajustés sur les verres de lunettes. Déjà je savoure mon nouveau plaisir en attendant qu’Essilor confectionne les prismes commandés.


La catastrophe

Les prismes arrivent assez rapidement et l’opticien vérifie qu’ils correspondent bien à la commande. Cette vérification assurée, il les dispose sur les verres de mes deux paires de lunettes. « Essayez-les » me dit-il. Je prends d’abord les lunettes intermédiaires ; ma déception est immense, les lignes chevauchent les unes sur les autres. C’est le tour ensuite des lunettes pour lire de près : je ne peux pas lire parce que la vision se trouble. Devant mon angoisse, l’orthoptiste me donne un rendez-vous presque immédiat. Ses mesures étaient justes. Alors, l’idée lui vient d’enlever un prisme sur deux. Elle m’installe sur son ordinateur et je constate que tout semble bien marcher. Pourtant une nouvelle déconvenue allait se présenter.


L’émerveillement

Arrivé à la maison, je m'aperçois que le remède est finalement inefficace. C’en est trop. Ma décision est prise d’enlever tous les prismes sans demander conseil. Tout à coup, je vois parfaitement bien avec chaque paire de lunettes. Bien plus, je peux même lire sans lunettes. Le plaisir de bien voir revient et ma joie est profonde. Certains penseront au miracle et pourtant il n’y a pas eu de miracle.


Laisse tomber tes béquilles et marche

Dans les évangiles, les gens pensent que Jésus fait des miracles. Et pourtant la plupart du temps, lui-même sait que c’est faux. Il dit simplement : « Va, ta foi, (c’est-à-dire ta nouvelle manière de penser), t’a sauvé ». Il a compris que l’homme croit guérir ou se sauver en confectionnant des béquilles. Or, pour lui, ce sont souvent les béquilles qui empêchent de marcher. Ainsi, dans mon cas, vouloir utiliser des prismes pour bien voir, c’était aussi recourir à des béquilles qui allaient m’empêcher de voir. Cela n’est pas une critique du travail des orthoptistes, qui sont très utiles dans bien des cas. Mais, en ce qui me concerne, là n’était pas la solution. En fait c’était pourtant une partie de la solution, car, en me défaisant des prismes, j’ai pu me défaire de l’idée que le recours aux béquilles était bienfaisant. Il fallait chercher ailleurs pour voir véritablement.


La vue, c’est d’abord un don qu’il faut savoir accueillir

Au départ, il y a quelque chose qui est donné, il existe un don de la vue, comme un don de la vie : avant que je ne fasse rien, ça voit en moi, le voir est déjà là. Et c’est dans ce don qu’est l’énergie du voir. Si je cherche à voir vraiment, je suis comme le chercheur qui commence par  s’appuyer sur ce qui est donné, pour y puiser l’énergie de sa recherche. Il ne peut rien faire sans cela. Avant de faire confiance à mes lunettes et à mes prismes, j’ai besoin de capter l’énergie du voir, c’est-à-dire d’accueillir le don de la vue.


Mais comment accueillir le don de la vue sans accepter de manquer?

En enlevant les prismes de mes verres de lunettes, j’ai accepté de manquer et c’est pour cette raison que j’ai été renvoyé au don de la vue, à l’énergie du voir qui m’a comblé de plaisir. En fait, comme je l’ai déjà dit, le don de la vue n’est qu’un cas particulier et pourtant essentiel du don de la vie. Or comment vais-je accueillir le don de la vie sans passer par le manque pour entrer dans la dynamique de l’existence ? Que je le veuille ou non le manque est la nourriture du désir et le désir me permet de jouir de la vie, aussi pleinement qu’il est possible.


Bienheureux les pauvres, les affamés, les affligés…

En réalité, les béatitudes, en dehors de toute dimension religieuse, ne font que révéler une loi fondamentale de la vie : il faut manquer pour recevoir. Et le Christ, comme d’autres chercheurs de sagesse, a su, au départ, accepter le don de la vue pour le reconnaître.

Etienne Duval

 

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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 21:39

Le déluge

 

Un double danger pour l’homme : la fascination qu’exercent sur lui l’amour sexuel et la mort

 

Normalement dans son évolution, l’homme est menacé à chaque instant. Mais les dangers sont plus particuliers à chacune des époques qu’il traverse. Aujourd’hui, la fascination qu’exercent l’amour sexuel et la mort, n’est pas la seule menace qui mette en péril l’avenir des individus et de la société. Mais elle a cette particularité qu’elle contrarie gravement la constitution du sujet lui-même. Nous procéderons donc en deux temps : dans une première partie nous traiterons de l’amour sexuel et, dans une seconde démarche, nous nous attarderons sur la fascination de la mort.

 

I. L'amour sexuel

Il ne s’agit pas ici de disqualifier l’amour sexuel mais simplement de le mettre à sa place sans qu’il prenne une dimension d’absolu comme le suggèrent trop souvent les films de la télévision produits à la chaîne.


L’amour sexuel fondateur du couple humain

Il est particulièrement intéressant de jeter un œil sur le mythe que retient la Bible dans le second récit de la création. Ce récit est assez proche de notre mentalité actuelle car il nous place délibérément dans la perspective d’une évolution des êtres vivants en général et de l’homme en particulier. Dieu a commencé par modeler l’homme avec de la glaise et lui a communiqué de son souffle pour qu’il devienne un être vivant. Mais il a pensé qu’il lui fallait une aide assortie. C’est alors qu’il a créé des oiseaux et des bêtes sauvages. Et il appartenait à l’homme de leur donner un nom. Manifestement il y avait ainsi une sorte de fraternité entre l’homme et les animaux et pourtant aucun de ces animaux ne pouvait constituer l’aide recherchée pour Adam. Il fallait passer à un niveau supérieur et le texte dit que le créateur prit une côte de l’homme pour en faire une femme. Apparemment la côte évoque le cœur et le mythe veut nous faire comprendre que la femme naît de l’amour de l’homme et sans doute réciproquement. Ainsi, à la base du couple, il y a l’amour sous sa forme sexuelle.

 

Alors, Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit.

Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place.

Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme,

Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme.

Alors celui-ci s’écria :

« Pour le coup, c’est l’os de mes os

Et la chair de ma chair !

Celle-ci sera appelée « femme »,

Car elle a été tirée de l’homme celle-ci ! »

C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère

Et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.

Or tous les deux étaient nus, l’homme et sa femme,

Et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre.

(Bible de Jérusalem, Genèse, chapitre 2)


L’amour sexuel court le risque de se fermer sur lui-même et de conduire à la mort

C’est ce qui arrive à Don Giovanni dans l’opéra de Mozart, qui utilise une dimension comique pour faire passer le côté tragique de la situation. La musique qui associe l’ordre et le mouvement, la sensibilité et l’intelligence, la vie et la mort,  a l’art de révéler le grotesque ou la justesse des situations.  Elle nous montre l’amoureux passer de femme en femme, fier de toutes ses conquêtes : Donna Elvira, Donna Anna et la petite Zerlina. Sans doute un amour éphémère n’est-il pas absent de toutes ces relations successives. Mais le conquérant est en train de tuer le désir en refusant le manque, compromettant ainsi finalement l’amour lui-même qui se nourrit directement du souffle que contient le manque lui-même. Bien plus, le sujet est détruit ; il a besoin de la respiration et du jeu que permet l’espace de séparation entre les êtres. Ici c’est la rupture qui prévaut et non l’indispensable séparation. Chacun doit savoir en effet qu’il n’existe pas de relation durable sans séparation. Finalement, la mort prend le pas sur la vie : le commandeur Don Pedro est tué par le grand soupirant mais sa statue trouvera l’énergie nécessaire pour ouvrir le chemin de l’enfer au meurtrier, victime d’un amour sexuel insatiable.


L’homme et la femme au-delà du couple

En réalité la femme et l’homme ne se définissent pas uniquement par leur appartenance au couple. C’est ce qu’évoque le premier mythe de création présenté par la Bible. Il souligne que l’homme et la femme sont créés à l’image de Dieu : il y a en eux un absolu, qui va leur permettre d’élargir leur amour au-delà de la sexualité

Dieu créa l'homme à son image,
A l'image de Dieu il le créa,
Homme et femme il les créa.

(Genèse, ch. 1)

De leur côté, les Indiens d’Amérique du Sud reprennent une idée semblable dans le conte « L’épouse qui venait des cieux ».  Ils attirent notre attention sur la femme, revêtue d’une robe d’argent, qui en fait une étoile. Elle creuse le désir de l’homme, mais il y a en elle quelque chose d’insaisissable, qui l’empêche d’être l’objet d’un partenaire masculin. Dans l’amour, elle est là pour amener l’homme qu’elle aime à regarder vers le ciel.

 Assez récemment, la femme, en particulier, a pris conscience de sa dimension de sujet à part entière : elle ne peut plus s’enfermer dans sa relation à un époux ou à un ami masculin. Son horizon l’entraîne au-delà et c’est cet horizon qui doit l’introduire dans une situation paradoxale où sa relation de couple n’est pas détruite, mais peut être vécue sans aliénation et sans véritable dépendance. Sans doute une telle prise de conscience est-elle, pour une part importante, responsable de la crise de la famille actuelle car l’attitude de la femme devient aussi celle de l’homme. Cette crise serait donc le symptôme non pas d’une régression mais d’un progrès en humanité. Il resterait alors à chacun de réinventer le couple et la vie familiale.
 

Epouser la vacuité pour donner sa place à l’amour sexuel et le dépasser

Un conte bouddhiste peut nous aider à avancer encore dans  notre réflexion. Il s’intitule « Il épousa la vacuité ». Dans une ville, une femme à la beauté inégalable apparut sans que l’on sache d’où elle venait. Trois cents jeunes gens se présentèrent pour l’épouser. Mais comment une seule femme pouvait-elle épouser un aussi grand nombre de prétendants ? Pour procéder à une première élimination, la femme en question proposa à chacun d’apprendre par cœur, pendant vingt-quatre heures, le sutra du lotus de Bouddha jusqu’à pouvoir le répéter entièrement. Dix des trois cents jeunes gens réussirent leur examen de passage. C’était pourtant encore trop pour une seule femme quelle que fût sa beauté. Qu’à cela ne tienne. Une nouvelle exigence s’imposait. Il ne suffisait pas de répéter mot à mot le texte mais d’en comprendre le sens. Vingt-quatre heures après, trois seulement se présentèrent à l’examen qu’ils réussirent avec succès. L’exigence devint alors plus intérieure : il fallait non seulement comprendre le sens mais le goûter au point de devenir lotus soi-même. Le jour suivant, un seul se manifesta et il devint ainsi l’heureux élu. La femme l’entraîna près de sa maison. Ses parents eux-mêmes le reçurent avec beaucoup de gentillesse. Puis après une aimable discussion, ils lui montrèrent la porte de la chambre. Plein d’attente joyeuse, il la poussa. Or il n’y avait ici que les chaussures dorées de la jeune fille. Celle-ci devait être dans le jardin mais personne n’était dans le jardin. C’est donc à la rivière qu’elle voulait entraîner le jeune homme. En fait, elle avait complètement disparu. Et alors on entendit un grand éclat de rire. Le « fiancé » se mit à rire à son tour, et épousa la vacuité. (Histoire tirée du livre « Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect » d’OSHO). Ainsi s’engager dans l’amour sexuel en épousant une femme ou un homme suppose que l’on épouse en même temps la vacuité pour donner toute sa place au manque et à l’espace nécessaire de la séparation.

 

II La fascination de la mort

La fascination de la mort est souvent liée à la peur de la mort elle-même. Mais, dans certains cas, elle est le résultat d’une inversion des valeurs qui peut ébranler les bases de l’humanité.


La peur de la mort, qui rend l’amour impossible

Emi avait, jusqu’ici, beaucoup guerroyé dans le métier des armes. Il voulait maintenant sortir de la violence et découvrir la paix intérieure. Pour entrer dans une nouvelle vie, il s’en alla voir un ermite, réputé pour sa sagesse et sa bonté.  Pendant trois jours, le saint homme lui apprit à méditer, à maîtriser son souffle et à conduire ses pensées ; le guerrier était encouragé à poursuivre son initiation tout seul. Pendant une année il répéta les exercices qu’il avait appris mais il n’arriva pas à sortir de son avidité, au point que non seulement il était incapable d’aimer les autres mais il était même dans l’impuissance à s’aimer soi-même. Malheureux il vint se plaindre auprès de l’ermite. Celui-ci ressentit pour lui une profonde compassion. Il lui montra comment sortir des excès des sens et atteindre la paix du cœur ; il  le renvoya alors à ses exercices. Le disciple s’efforça d’appliquer les conseils du maître mais les progrès ne se manifestèrent pas aussi vite qu’il le souhaitait. De plus en plus il sentit se développer en lui une grande agressivité à l’égard de l’imposteur. Son ressentiment le poussa à revenir à la charge en insultant l’incompétent. Sans maugréer, celui-ci alla chercher son jeu d’échecs. « Nous allons engager une partie, dit-il. Celui qui perdra aura la tête tranchée ». Sentant qu’il y avait là une manœuvre dont il ne pouvait encore déchiffrer le sens, le guerrier  voulut relever le défi du maître. La partie commença mais rapidement il perdit l’avantage. En peu de temps, il se trouva près de la débâcle. Il ressentait déjà la lame d’une épée s’enfoncer dans sa gorge. Son adversaire restait pourtant impassible. Alors il reprit courage se disant que jusqu’ici il était un bon joueur. En peu de temps, il finit par découvrir une faille dans le jeu de l’adversaire. Il éleva la reine pour la placer dans la faille, mais, comme s’il avait déjà l’épée en main, il ne put baisser son bras. Il y a un instant, le sage n’a pas voulu profiter d’une situation avantageuse. Comment lui pouvait-il faire apparaître son ingratitude ? Le maître reprit son rôle : il renversa l’échiquier. « Il faut d’abord vaincre la peur, dit-il. Ensuite l’amour peut trouver sa place ».  (Conte de Thaïlande, repris dans « L’arbre au trésor » d’Henri Gougaud, aux éditions du Seuil)

 

La volonté de l’éliminer

La peur de la mort dicte nombre des comportements humains. La médecine elle-même est affectée. Un secret espoir voudrait faire croire que nous avons tout avantage à l’ignorer, voire même à l’éviter  et,  qui sait, à la faire disparaître. C’est pourtant le contraire qui est vrai.

Il y avait, en Inde, un arbre qui était plus vieux que le monde. Chaque année il portait des fruits magnifiques même si la saison était mauvaise. Mais cet arbre était inquiétant. Il avait deux branches. De tout temps, les grands sages prétendaient que l’une des branches portait de bons fruits mais que sur l’autre tous les fruits étaient empoisonnés. Jusqu’ici personne ne savait quelle était la bonne branche et personne n’avait osé goûter les fruits. Alors arrive une grande famine. Les villageois les plus proches risquent de mourir de faim. Or, un jour, un grand nombre d’entre eux sont réunis sous l’arbre pour trouver une solution à la menace qui les accable. Soudain, un vieillard qui pensait mourir le lendemain, finit par se dresser sur ses jambes affaiblies. Il cueille un fruit sur la branche de droite : son énergie revient et il se dresse maintenant sans effort, l’air bienheureux. Toutes les femmes et tous les hommes se précipitent sur la branche de droite. Le soir même, le conseil du village se réunit. Chacun avoue qu’il est temps de prendre une décision de sagesse : il faut couper la branche meurtrière de gauche. Les bûcherons exécutent la sentence sans arrière-pensée.  Le lendemain matin, les habitants se précipitent pour cueillir leur nourriture : il n’y a plus un fruit sur l’arbre. L’arbre est mort. (L’arbre, conte de l’Inde)

Chacun aura compris que la vie et la mort ont partie liée et qu’il est dangereux, pour la vie elle-même, de vouloir éliminer la mort.


La fascination de la mort sous l’effet de la peur

Le prophète Daniel, selon la tradition,  a vécu en Babylonie, dans les années 160 avant Jésus-Christ. Il avait conquis l’amitié du roi, dont il interprétait les rêves. C’est lui qui nous livre un texte sur la fascination de la force de mort sous l’effet de la peur qu’elle inspire. Il y avait à Babylone un grand serpent, qui était vénéré par tous. Il n’est pas une statue, il est un dieu vivant qui mange et qui boit. Le roi invite donc Daniel à se prosterner devant lui. De son côté, Daniel veut s’efforcer de montrer qu’il s’agit là d’une supercherie. Il promet au roi de tuer le dieu sans épée ni bâton. Sans tarder il mélange de la poix, de la graisse et du crin qu’il réduit en fines boulettes.  Le serpent affamé mange la précieuse nourriture qui lui est présentée et finit par crever. Devant un tel spectacle, les Babyloniens sont fous de rage et exigent que le roi leur livre l’assassin de leur dieu. La vie du souverain est en danger. Aussi est-il contraint de répondre à l’exigence du peuple. La foule excitée jette alors Daniel dans la fosse aux lions pour une durée de six jours. C’est une condamnation à mort sans échappatoire. Daniel sait pourtant que le déchaînement de violence auquel il est soumis et la sacralisation du Serpent obéissent à un même mécanisme pour tenter de se soustraire à la force de mort dont ils ont peur.  Il est lui-même un bouc émissaire. Conforté par le prophète Habacuc,  il se nourrit de la Parole de Dieu que ce dernier lui apporte.  Cette parole de Dieu agit comme une boussole qui lui permet de repérer les jeux mensongers qui sont à l’œuvre dans une telle affaire. C’est ainsi que la peur le quitte et les lions prêts à le dévorer finissent par devenir comme de vrais disciples, sous l’effet de la paix profonde qui émane de lui.

Le roi lui-même n’est pas dans une telle quiétude. Le septième jour, il vient pour pleurer son ami. Mais l’ami est assis tranquillement au milieu des lions et va lui faire découvrir la fausse logique, qui, sous l’effet de la peur, conduit les adorateurs du serpent à une fascination par la mort et la force de mort.


La fascination par une force de mort, destructrice des racines de la vie

Il existe une autre fascination, extrêmement dangereuse, qui semble être à l’œuvre dans le comportement actuel de certains islamistes. Elle est mise en relief dans le mythe grec du déluge.

Nous sommes au temps du roi arcadien Lycaon. Celui-ci se moque aussi bien des dieux et de son peuple. Or, un jour, il apprend que Zeus est de passage dans la région. Il veut l’honorer en lui offrant  en festin la chair rôtie d’un Molosse. Zeus pourtant ne se laisse pas prendre au piège. Il comprend que les lois qui visent à promouvoir la vie sont en sérieux danger. Lycaon s’attaque aux racines de la vie car la vie elle-même est mise au service de la mort. Bien plus il fait de son forfait une offrande à la divinité, comme ceux qui pensent, aujourd’hui, honorer le Dieu unique de l’Islam en lui faisant l’offrande de leurs assassinats. Le mythe nous fait entendre que ce n’est pas seulement l’humanité qui perd alors  ses assises mais c’est la planète elle-même qui est mise en péril. Lycaon finit par manifester sa véritable nature car il est transformé en loup furieux,  assoiffé de sang.

 Zeus cherche finalement à purifier la terre et à refonder l’humanité en provoquant un déluge gigantesque. Il ne faut pourtant pas prendre ici le texte à la lettre : il est seulement important d’en déchiffrer le sens.

« Les eaux envahirent les villages et les villes, recouvrant les champs, les buissons et les arbres. Bientôt le niveau atteignit les toits et même le sommet des tours. Les gens essayaient de se sauver en nageant mais la pluie les assommait. Quelques-uns parvinrent à gagner le sommet des montagnes, mais bientôt l’eau les submergea, entraînant leurs corps dans les profondeurs infinies de la mer nouvelle. Ceux qui montèrent dans des barques et dans des bateaux pour essayer de sauver leur vie firent naufrage sur les anciennes montagnes transformées en récifs… »


Remettre la mort à sa place pour en faire une force de vie

Le Mont Parnasse s’élevait encore au-dessus de l’eau, lorsqu’arriva une petite embarcation avec, à son bord, Deucalion, fils de Prométhée et Pyrrha sa femme. Ils n’étaient pas dans les excès de Lycaon : ils étaient honnêtes, justes et pieux. Zeus à leur vue décida d’écarter les nuages et les pluies et de libérer la terre. En fait, le déluge ne faisait que révéler le dysfonctionnement des hommes : l’eau qui est une force de vie devenait elle-même une force de mort. C’est une manière de dire que les comportements négatifs des hommes peuvent compromettre l’avenir de la terre.

Ils se mirent alors à prier sur les marches pleines de mousse d’un temple consacré à Zeus. Le dieu finit par écouter leur prière. Il leur conseilla : « Quittez ce temple, voilez vos têtes, et jetez derrière vous les ossements de votre grand-mère ». Ils mirent un peu de temps à comprendre que les ossements de la grand-mère étaient les pierres elles-mêmes. Ils exécutèrent alors le vœu du Grand dieu. Les pierres que jetait Pyrrha se transformaient en femmes et celles que jetait Deucalion se transformaient en hommes. La terre pouvait ainsi être repeuplée d’une nouvelle race d’êtres humains, amoureux de la vie.

Il fallait retrouver la véritable logique, qui fait de la mort une force positive lorsqu’elle est au service de la vie elle-même, c’est-à-dire lorsqu’elle passe derrière. La logique de Lycaon consistait par contre à faire passer la mort en première ligne et à mettre la vie à son service. Un aspect de la réalité peut d’ailleurs étayer l’idée d’une mort conçue comme force de vie : Il semble que les os évocateurs de la mort contiennent dans leur moelle les principes de la vie elle-même.

Il est donc urgent de sortir de la peur en comprenant que la mort nous accompagne dès notre naissance et que son rôle consiste à éliminer tous les déchets qui contrarient l’élan de la vie et peut-être à nous faire passer, un jour, à une plus grande plénitude.

Etienne Duval

 

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 18:56

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Icône reprise par Ouest-France

 

 

Je voudrais, ici, parler de Noël, comme d’un événement qui concerne chacun d’entre nous. Et cet événement pourrait avoir une importance essentielle aujourd’hui, dans la situation que nous traversons.


Un homme en évolution

L’homme n’est pas fini. Il évolue constamment. Il y a, en nous, une force qui nous pousse en avant et cette force, c’est la vie elle-même. D’une certaine façon, elle nous précède, autrement dit, elle nous est donnée gratuitement car nous n’en sommes pas l’origine. Et l’acceptation d’un tel don est un gage de bonne santé psychique et spirituelle. Issus des grands singes, nous sommes passés par plusieurs stades : homo habilis,  homo neanderthalensis, le proto-Cro-Magnon et, depuis 40 000 ans environ, homo sapiens. Et il se pourrait que l’évolution se retourne sur elle-même pour donner naissance à un être qui aurait l’apparence du divin. La naissance de Jésus, rapportée par l’évangéliste Luc, pourrait être une première ébauche d’un événement qui devrait tous nous concerner.


Les blocages et la crise

Aujourd’hui les blocages se multiplient. Nous n’avons aucun point d’appui sérieux pour sortir des contradictions dans lesquelles nous sommes enfermés. Les hommes et les sociétés s’affrontent aux différents pouvoirs, qui tentent non seulement de se partager un territoire commun mais aussi d’assurer le leadership de l’ensemble : le pouvoir économique, le pouvoir politique, le pouvoir du savoir, le pouvoir des arts, le pouvoir culturel, le pouvoir religieux… Même le pouvoir religieux s’avère impuissant à construire un chemin crédible pour tous les hommes. Bien plus, la situation actuelle nous montre que, dans sa toute-puissance, il peut faire courir à la vie humaine ses plus grands dangers.


Une nouvelle étape à franchir

A plus ou moins longue échéance, nous voici acculés à opérer ou tout au moins à accepter une mutation qui changera la problématique de l’humanité. Certains pensaient avoir trouvé la clef du changement dans la démocratie. Or le pouvoir du peuple peut facilement se transformer en populisme et devenir un frein à la liberté que la plupart recherchent consciemment ou inconsciemment. Dans un tel contexte, le sujet humain peine à se constituer et pourtant sa progressive émergence est indispensable pour affronter la mondialisation. Les Etats-Unis eux-mêmes sont porteurs du meilleur comme du pire. Et portant haut le fanion de la démocratie, ils ne s’aperçoivent même pas qu’ils contribuent à asservir des peuples entiers en Amérique du Sud ou ailleurs avec la meilleure conscience du monde. Sans doute pouvons-nous progresser encore dans l’instauration d’une vraie démocratie, mais la démocratie elle-même est inapte à nous faire sortir de nos contradictions.

 

Une transformation qui doit venir de l’intérieur

 Après nous être beaucoup extériorisés pour faire avancer le monde, nous voici contraints de faire un retour sur nous-mêmes car la mutation recherchée ne peut venir que de la vie elle-même. Il faut accepter de lâcher prise, en nous défaisant de notre maîtrise trompeuse pour, en un premier temps, laisser agir le souffle de la Vie. Après avoir opéré le changement dont nous ne connaissons pas encore les contours, il nous redonnera, pour une part, les rênes de la dynamique créatrice du monde. Ce ne sera  plus alors le travail répétitif qui sera la norme de nos actions, ce sera l’invention sans cesse renouvelée qui sollicitera notre imagination dans tous les domaines de l’existence.


Vers une interaction plus forte entre l’individuel et le social

Beaucoup, aujourd’hui, dénoncent un retour vers l’individualisme. Personnellement, j’ai toujours pensé que cet individualisme apparent n’était que le premier temps d’un mouvement plus ample, visant à faire le retour nécessaire sur soi-même pour que s’opère la mutation que nous recherchons. Mais un tel retour sur soi-même implique une redéfinition du sujet, constitué, en même temps, par la dimension individuelle et par la dimension sociale de l’homme. Il est retour sur soi comme sujet, un sujet qui est aussi autre et, par là-même, ouvert à tous les autres.


Chacun est concerné et les chemins sont multiples

Les religions ont eu tendance à déposséder les hommes de ce qui leur appartient en propre. Le souffle de la vie est donné à chaque homme quel qu’il soit. Il ne s’agit pas de l’implanter à nouveau par des rites particuliers. C’est donc directement que chacun est sollicité pour s’ouvrir à l’élan intérieur, qui le fait vivre et progresser. Il peut s’inspirer du témoignage de grands témoins, mais ce témoignage peut l’aliéner s’il oublie d’inventer lui-même son propre chemin. Sans doute, les cheminements se ressemblent-ils si bien que l’exemple des grands initiateurs peut  nous aider à tracer une voie personnelle. Mais comme les situations sont diverses, les chemins eux-mêmes sont nécessairement multiples. Peu importent les croyances religieuses ou les non croyances de départ, qui peuvent ouvrir des voies à leur manière. Ce qui est important, en définitive, c’est la manière de vivre, qui est variable pour chacun.


Sortir de la toute-puissance pour laisser passer la vie

Certains pensent inventer la vie elle-même. Ils sont dans la toute-puissance car ils oublient que la vie est donnée. Tous nos efforts sont basés sur un don initial si bien que le premier temps de la démarche humaine passe par une sorte d’acte d’humilité et par un renoncement à la toute-puissance. C’est pourquoi, dans la Bible, le comportement d’Abraham, qui renonce à exercer une toute-puissance sur son fils pour lui laisser vivre sa  vie, a toujours été considéré comme un fondement pour le comportement des croyants comme des non croyants. Et le Nouveau Testament nous raconte la rencontre de deux femmes enceintes, Marie et Elizabeth. Elles constatent, l’une et l’autre, que la vie est aussi donnée à leurs enfants en gestation à tel point que ces enfants semblent participer par des tressaillements à la joie de leur mère.

 

La révélation d’un souffle qui nous dépasse

Que nous le voulions ou non, nous sommes tous portés par le souffle de la vie, qui nous insère dans une constante évolution. Il est propre à chacun et, en même temps, il est le même pour tous. Il nous précède et il nous accompagne. Il nous unifie et nous diversifie. Tout cela, il peut le faire parce qu’il nous dépasse. Mais, en se retournant sur lui-même, dans la mutation qui s’annonce, il pourrait devenir notre propre souffle tout en continuant à être au-delà de nous-mêmes. Pour moi, c’est cela que signifie aujourd’hui la fête de Noël.

Etienne Duval

 

Le mythe de la caverne :
Noël, c’est sortir de la caverne

 

(a) Après quoi, repris-je, figure-toi, en comparaison avec une situation telle que celle-ci, la condition de notre propre naturel sous le rapport de la culture ou de l’inculture. Représente-toi donc des hommes qui vivent dans une sort de demeure souterraine en forme de caverne, possédant, tout Ie long de la caverne, une entrée qui s'ouvre largement du côté du jour ; à l'intérieur de cette demeure ils sont, depuis leur enfance, enchaînés par les jambes et par Ie cou, en sorte qu'ils restent à la même place, (b) ne voient que ce qui est en avant d'eux, incapables d'autre part, en raison de la chaîne qui tient leur tête, de tourner celle-ci circulairement. Quant à la lumière, elle leur vient d'un feu qui brûle en arrière d'eux, vers le haut et loin. Or, entre ce feu et les prisonniers, imagine la montée d'une route, en travers de laquelle il faut te représenter qu'on a élevé un petit mur qui la barre, pareil à la cloison que les montreurs de marionnettes placent devant les hommes qui manoeuvrent celles-ci et au-dessus de laquelle ils présentent ces marionnettes aux regards du public.

— Je vois ! dit-il.

— Alors, le long de ce petit mur, vois des hommes qui portent,(c) dépassant Ie mur, toutes sortes d'objets fabriqués, des statues, (a) ou encore des animaux en pierre, en bois, façonnés en toute sorte de matière; de ceux qui le longent en les portant, il y en a, vraisemblablement, qui parlent, il y en a qui se taisent.

— Tu fais là, dit-il, une étrange description et tes prisonniers sont étranges!

— C'est à nous qu'ils sont pareils ! répartis-je. Peux-tu croire en effet que des hommes dans leur situation, d'abord, aient eu d'eux-mêmes et les uns des autres aucune vision, hormis celle des ombres que Ie feu fait se projeter sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

— Comment en effet l'auraient-ils eue, dit-il, si du moins ils ont été condamnés pour la vie à avoir la tête immobile ? (b) — Et, à 1'égard des objets portés le long du mur, leur cas n'est-il pas identique ?

— Évidemment!

— Et maintenant, s'ils étaient à même de converser entre eux, ne croiras-tu pas qu'en nommant ce qu'ils voient ils penseraient nommer les réalités mêmes ?

— Forcément.

— Et si, en outre, il y avait dans la prison un écho provenant de la paroi qui leur fait face ? Quand parlerait un de ceux qui passent Ie long du petit mur, croiras-tu que ces paroles, ils pourront les juger émanant d'ailleurs que de 1'ombre qui passe Ie long de la paroi ?

— Par Zeus ! dit-il, ce n'est pas moi qui Ie croirai !

— Dès lors, repris-je, (c) les hommes dont telle est la condition ne tiendraient, pour être Ie vrai, absolument rien d'autre que les ombres projetées par les objets fabriqués.

— C'est tout à fait forcé !  dit-il.

- Envisage donc, repris-je, ce que serait le fait, pour eux, d'être délivrés de leurs chaînes, d'être guéris de leur déraison, au cas où en vertu de leur nature ces choses leur arriveraient de la façon que voici. Quand 1'un de ces hommes aura été délivré et forcé soudainement à se lever, à tourner le cou, à marcher, à regarder du côté de la lumière ; quand, en faisant tout cela, il souffrira ; quand, en raison de ses éblouissements, il sera impuissant à regarder lesdits objets, (d) dont autrefois il voyait les ombres, quel serait, selon toi, son langage si on lui disait que, tandis qu'autrefois c'étaient des billevesées qu'il voyait, c'est maintenant, dans une bien plus grande proximité du réel et tourné vers de plus réelles réalités, qu'il aura dans Ie regard une plus grande rectitude ? et, non moins naturellement, si, en lui désignant chacun des objets qui passent le long de la crête du mur, on le forçait de répondre aux questions qu'on lui poserait sur ce qu'est chacun d'eux ? Ne penses-tu pas qu'il serait embarrassé ? qu'il estimerait les choses qu'il voyait autrefois plus vraies que celles qu'on lui désigne maintenant ?

— Hé oui ! dit-il, beaucoup plus vraies !

— Mais, dis-moi, si on le forçait en outre à porter ses regards du côté de la lumière elle-même, (e) ne penses-tu pas qu'il souffrirait des yeux, que, tournant Ie dos, il fuirait vers ces autres choses qu'il est capable de regarder ? qu'il leur attribuerait une réalité plus certaine qu'à celles qu'on lui désigne ?

— Exact ! dit-il. - Or, repris-je, suppose qu'on le tire par force de là où il est, tout au long de la rocailleuse montée, de son escarpement, et qu'on ne Ie lâche pas avant de l'avoir tiré dehors, à la lumière du soleil, est-ce qu'à ton avis il ne s'affligerait pas, est-ce qu'il ne s'irriterait pas d'être tiré de la sorte ? et est-ce que, une fois venu au jour, (a) les yeux tout remplis de son éclat, il ne serait pas incapable de voir même un seul de ces objets qu'à présent nous disons véritables ?

— II en serait, dit-il, incapable, au moins sur-le-champ ! — Il aurait donc, je crois, besoin d'accoutumance pour arriver à voir les choses d'en haut. Ce sont leurs ombres que d'abord il regarderait Ie plus aisément, et, après, sur la surface des eaux Ie simulacre des hommes aussi bien que des autres êtres ; plus tard, ce serait ces êtres eux-mêmes. A partir de ces expériences, il pourrait, pendant la nuit, contempler les corps célestes et le ciel lui-même, fixer du regard la lumière des astres, celle de la lune, (b) plus aisément qu'il ne Ie ferait, de jour, pour le soleil comme pour la lumière de celui-ci.

— Comment n'en serait-il pas ainsi ? — Finalement, ce serait, je pense, le soleil qu'il serait capable dès lors de regarder, non pas réfléchi sur la surface de 1'eau, pas davantage 1'apparence du soleil en une place où il n'est pas, mais le soleil lui-même dans le lieu qui est le sien ; bref, de le contempler tel qu'il est.

Nécessairement ! dit-il.

— Après quoi, il ferait désormais à son sujet ce raisonnement que, lui qui produit les saisons et les années, lui qui a le gouvernement de toutes les choses qui existent dans le lieu visible, il est aussi la cause, (c) en quelque manière, de tout ce que, eux, ils

voyaient là-bas.

— Manifestement, dit-il, c'est qu'après cela il en viendrait.

— Mais quoi! Ne penses-tu pas que, au souvenir du lieu qu'il habitait d'abord, au souvenir de la sagesse de là-bas et de ses anciens compagnons de prison, il se louerait lui-même du bonheur de ce changement et qu'il aurait pitié d'eux ?

— Ah ! je crois bien !

— Pour ce qui est des honneurs et des éloges que, je suppose, ils échangeaient jadis, de l'octroi de prérogatives à qui aurait la vue la plus fine pour saisir le passage des ombres contre la paroi, la meilleure mémoire de tout ce qui est habituel là-dedans quant aux antécédents, (d) aux conséquents et aux concomitants, le plus de capacité pour tirer de ces observations des conjectures sur ce qui doit arriver, es-tu d'avis que cela ferait envie à cet homme, et qu'il serait jaloux de quiconque aura là-bas conquis honneurs et crédits auprès de ses compagnons ? ou bien, qu'il éprouverait ce que dit Homère et préférerait très fort « vivre, valet de boeufs, en service chez un pauvre fermier» ; qu'il accepterait n'importe quelle épreuve plutôt que de juger comme on juge là-bas, plutôt que de vivre comme on vit là-bas ? (e)

 — Comme toi, dit-il, j'en suis bien persuadé : toute épreuve serait acceptée de lui plutôt que de vivre à la façon de là-bas !

— Voici maintenant quelque chose encore à quoi il te faut réfléchir : suppose un pareil homme redescendu dans la caverne, venant se rasseoir à son même siège, ne serait-ce pas d'obscurité qu'il aurait les yeux tout pleins, lui qui, sur-le-champ, arrive de la lumière ?

— Hé oui ! ma foi, je crois bien ! dit-il.

— Quant à ces ombres de là-bas, s'il lui fallait recommencer à en connaître et à entrer, à leur sujet, en contestation avec les gens qui là-bas n'ont pas cessé d'être enchaînés, cela pendant que son regard est troublé (a) et avant que sa vue y soit faite, si d'autre part on ne lui laissait, pour s'y accoutumer, qu'un temps tout à fait court, est-ce qu'il ne prêterait pas à rire? est-ce qu'on ne dirait pas de lui que, de son ascension vers les hauteurs, il arrive la vue ruinée, et que cela ne vaut pas la peine, de seulement tenter d'aller vers les hauteurs ? et celui qui entreprendrait de les délier, de leur faire gravir la pente, ne crois-tu pas que, s'ils pouvaient de quelque manière Ie tenir en leurs mains et le mettre à mort, ils le mettraient à mort, en effet ?

  • C'est tout a fait incontestable ! dit-il.  Platon, La Pléiade, La République, Livre VII, 514a-517a)

 

 

 

 

 

 


 

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 18:40

Shahrazade
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C’est l’écoute qui donne sa fécondité à la Parole

La parole n’est rien si l’écoute n’est pas là. L’écoute en effet est la matrice de la parole et, à la limite, il est difficile de parler si je ne m’écoute pas moi-même. Notre esprit est comme un jardin qu’il faut apprendre à cultiver et l’homme en est le jardinier ; il doit ameublir le terrain,  le labourer,  briser ses mottes avant de planter la parole, qui va prendre son temps pour arriver à maturité.


La révélation de Shahrazade

Il y a déjà très longtemps, Shahrazade, dans les Mille et Une nuits, nous avertit que les principaux dysfonctionnements de l’homme et de la société viennent de ce que nous ne savons pas écouter l’autre. Par son diagnostic et la thérapie proposée, elle a mis au point une forme originale de psychanalyse. Après avoir été trompé par sa femme, le roi Chahriyâr n’écoute plus personne. Chaque nuit, il prend une femme nouvelle et la fait exécuter, le matin même, par le Grand Vizir. La jeune Shahrazade décide alors de mettre un terme au désastre qui affecte le pays tout entier : elle demande le roi en mariage, sachant qu’elle s’expose à une mort certaine. Avec l’aide de Dounyazade, elle met au point une stratégie pour faire sortir son mari de la violence. Après les ébats de la nuit, la nouvelle reine raconte des histoires à son mari, mais elle prend soin de ne pas achever la dernière histoire. Rongé par la curiosité, le roi désire absolument connaître la suite. Le premier matin, il doit ainsi renoncer à l’exécution de sa compagne et il en sera ainsi jusqu’à la mille et unième nuit. Il a fini par apprendre à écouter et renonce définitivement à mettre à mort sa propre épouse qui a eu le temps de mettre au monde trois superbes enfants. Il renonce aussi à exécuter d’autres femmes ou d’autres hommes de son royaume et contribue à mettre en place un gouvernement qui favorise la bonne entente entre tous les habitants de son royaume.

 

Du mythe à mon histoire personnelle

Il y a déjà bien des années, je constate que je n’entends pas de l’oreille droite. Malgré tous mes efforts, il m’est impossible de sortir de cet inconfort. Je finis par me dire que ma surdité doit être présente depuis ma naissance. Et puis un soir une collègue de travail critique devant moi une autre collègue. Je fais mine de ne pas entendre si bien que ma compagne de travail m’interpelle : « Tu n’entends pas ce que je te dis. – Je n’entends pas tout mais je vois tout ». Là-dessus je me dirige vers le site de la Part-Dieu à Lyon. Et puis, au milieu du magasin, je perçois comme un coup de fusil dans l’oreille et mon oreille s’ouvre. Au même moment, j’aperçois, plus bas, de petits enfants qui font du pédalo. Il y avait, autrefois, une pièce d’eau, qui n’existe plus aujourd’hui. Me voici ramené à mon enfance au moment de ma naissance. Il y avait alors une forme d’incompréhension entre ma grand-mère et mes parents. J’en subis les conséquences, enregistrant la mauvaise entente dans mon oreille droite. Ou plutôt mon oreille ne veut pas entendre ce que dit la grand-mère et c’est ainsi qu’une sorte d’interdit de l’écoute m’a poursuivi jusqu’à la période dont je viens de parler. Comme la grand-mère a disparu depuis longtemps, l’interdit que je m’étais imposé n’a plus aucun sens et mon oreille peut s’ouvrir sans culpabilité.

 

L’invitation au passage

Comme chez le roi, il y avait, dans cette histoire, une forme de violence que traduit la sensation d’un coup de fusil. Et ce qui est étonnant, c’est qu’ici le coup de fusil contribue à m’ouvrir l’oreille. En fait, par le jeu des prénoms, j’ai compris que ma collègue de travail représentait la grand-mère. Je ne voulais pas l’entendre et le coup de fusil est alors le rappel d’une violence originelle.

Dès ce moment, me voilà entraîné à passer du primat de la parole au primat de l’écoute. Ma méthode de travail en est immédiatement transformée. Ce n’est plus la théorisation appuyée sur la référence des grands maîtres qui m’intéresse. C’est l’écoute du terrain. Aussitôt et pendant quelques années je réalise plus d’un millier d’entretiens non directifs. Je n’ai plus à être intelligent car ceux qui me parlent le sont pour moi et m’apportent sur un plateau la réponse à mes interrogations.

Dynamisé par le plaisir de l’écoute, je mettrai, en place, plus tard, un café philosophique et un groupe de la parole. Il n’y a plus alors de bonne parole, mais, pour celui qui sait écouter, toute parole est révélatrice de points de vue différents du mien.  Ma propre parole peut alors s’enrichir de la parole des autres et devenir plus accessible et plus utile pour chacun. Il en va de même avec un blog où je propose, chaque mois, une nouvelle réflexion, qui va provoquer des réactions et contribuer à enrichir, pour les uns et les autres, le travail de la pensée.

 

Celui qui n’écoute pas coupe la tête de la parole

Il s’agit d’un conte africain. Drid, un pécheur rencontre, sur son chemin, un vieux crâne, blanchi par le temps. Il le prend dans ses mains et l’interroge : « Qui t’a conduit jusqu’ici ? – La parole ».  Ebahi par  la réponse du vieux crâne, le pécheur reprend son interrogation : « Qui t’a amené ici ? – La parole ». Il faut aller voir le roi pour lui annoncer la nouvelle. Drid se précipite au palais. Le roi, qui est en train de manger, ne veut pas être dérangé. Le pécheur insiste, c’est trop important. Le roi vient en grommelant. « Qu’est-ce qui t’amène ici ? – J’ai vu un crâne qui parlait ». Diable, se dit le roi, peut-être vais-je accroître mon pouvoir, en faisant parler les morts. Immédiatement il interrompt son repas, prend son épée et accompagne le pécheur pour écouter un mort qui parle. Arrivés près du crâne, le pécheur le prend à nouveau dans ses mains : « Le roi est là : dis-lui qui t’a conduit jusqu’ici ? » Malgré l’insistance de Drid, le crâne ne veut pas répondre. Alors abusé par un pauvre pécheur, le roi sort l’épée de son fourreau et coupe la tête de l’importun. A ce moment, la tête ensanglantée vient s’adosser au vieux crâne. Celui-ci lui demande : « Qui t’a amené ici ? – La Parole ». Ainsi celui qui ne donne pas sa confiance à l’autre pour l’écouter finit par couper la tête de la parole.

 

Le miracle de la découverte des espaces intermédiaires

C’était à la fin des années 80, mon directeur me demande de travailler sur l’insertion. Les outils dont nous disposons ne fonctionnent pas bien, il faut en inventer de nouveaux. Je prends sa requête au sérieux et me dit que la réponse à la question posée est déjà sur le terrain et qu’il faut la révéler d’une façon ou d’une autre. Je constitue alors deux équipes de travail, une avec des professionnels de l’insertion et l’autre avec des marginaux de l’Ardèche. Ma technique consiste à faire parler les membres de chacune des équipes, simplement en écrivant devant eux tout ce qu’ils disent. L’idée sous-jacente est qu’il existe un lien entre l’écriture et l’inconscient. Au départ, je définis le thème sur lequel la parole va se développer. Au bout de 5 à 6 séances, la réponse est là de part et d’autre. Si nous voulons faire progresser l’insertion, il convient de développer les espaces intermédiaires : entre l’intérieur et l’extérieur, entre soi et l’autre, entre l’individu et le groupe, entre le passé et l’avenir, entre soi et soi… Le café est un bon espace intermédiaire entre l’intérieur et l’extérieur, la médiation, de son côté, introduit du jeu entre soi et l’autre, le travail de deuil permet d’effectuer un aller et retour entre le passé et l’avenir et la méditation permet d’introduire un espace de respiration chez l’individu… Chaque espace intermédiaire est un lieu d’écoute qui doit donner naissance à une parole créatrice. Créer des espaces intermédiaires c’est introduire de l’écoute à tous les niveaux de l’existence pour qu’ils puissent être traversés par l’élan de la création.

 

Transformations

Le café philosophique, le groupe de la parole et les sites internet, constituent, chacun à leur niveau, des espaces intermédiaires, c’est-à-dire des lieux d’écoute, qui doivent faire progresser la création. Mais ils peuvent se scléroser et bloquer l’écoute, qui leur donne leur dynamisme et leur raison d’être. Ainsi le café philosophique et le groupe de la parole ont très bien fonctionné pendant de nombreuses années parce que les mythes et les grands contes leur permettaient de renaître après chaque séance. Il y a eu pourtant l’usure du temps et nous avons dû patauger pendant un an ou deux jusqu’à ce que nous apportions des modifications opportunes. Dans le café philosophique, nous sommes passés des mythes fondateurs aux mythes que crée le cinéma contemporain,  en allant des films japonais aux films iraniens, ce qui nous procure un intense plaisir. Au groupe de la parole, nous donnons toute la place à la musique parce que nous posons l’hypothèse qu’il existe un lien structurel entre la musique et la parole. Enfin plusieurs sites sur internet ont fini par reprendre vie parce que SFR ne m’offre plus la place nécessaire.  Avec l’aide d’un ami informaticien, j’ai dû acheter un nouveau nom de domaine,  repenser l’ensemble, améliorer les présentations et réapprendre à bien faire fonctionner les outils dont je dispose. La vie a repris le pas sur la sécurité et une trop forte stabilité.

 

De l’écoute de la parole intérieure à l’écoute de l’autre

Au cœur de l’écoute, il y a l’écoute de la parole intérieure. Mahmoud un roi tout-puissant a rencontré sur les marches du palais un mendiant façonné par les chemins du désert. Il a été séduit par son regard lumineux et son intelligence. Il en a fait son premier conseiller. La Cour pense qu’il est devenu fou et le Grand Vizir surveille tous les faits et gestes du mendiant. Au bout de quelques jours, le vizir vient avertir le roi : « Votre premier conseiller met en danger le royaume. Tous les soirs, il s’enferme pendant une heure dans une chambre basse et referme soigneusement sa porte en partant. Pour moi, il est évident qu’il est en train de comploter avec des espions étrangers ». Le roi réagit mollement parce que le message du vizir l’inquiète. Un soir, le conseiller referme sa porte et se trouve en face du roi et du Grand Vizir. « Ouvre cette porte, lui dit le roi. » La clef de la chambre tombe de sa main et le vizir ouvre la porte. Il n’y a rien dans la chambre basse, à part  une tunique de mendiant, une sébile et un bâton. S’adressant au roi, le premier conseiller s’exclame : « Ici, c’est le Royaume des pèlerins perpétuels, tu n’avais pas le droit d’y entrer ». Les rôles s’inversent : le roi se prosterne devant le mendiant et baise le bas de son manteau. Il avait compris le secret de son premier conseiller : chaque jour il avait besoin de venir se mettre à l’écoute de sa parole intérieure pour s’ouvrir à cette part autre de lui-même qu’il ne connaît pas et qui lui donne pourtant l’énergie de la vie.

Etienne Duval


 

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 17:03

Deux anges faisant de la musique

 

La musique qui ouvre l’oreille de l’homme à la parole créatrice

 

La transformation d’un groupe de la parole qui fait appel à la musique

En 1984, avec une autre personne, j’ai initié un groupe de la parole, qui fonctionne toujours aujourd’hui. Même si certaines personnes sont encore présentes depuis le début, le groupe s’est profondément renouvelé au cours des années passées. De nombreuses femmes, de nombreux hommes, d’origine étrangère, nous ont rejoints à une certaine époque. Et aujourd’hui, c’est un noyau dur de douze à quinze personnes, qui continuent à se réunir une fois par mois. Au départ, chacun a raconté sa vie, mais, au bout de trois ou quatre ans, nous avons fini par tourner en rond. C’est alors que nous avons décidé de partir de textes symboliques, paraboles, contes et mythes. Le succès fut immédiat : l’impression était qu’il y avait une renaissance du groupe à chaque séance. Récemment pourtant, les uns et les autres ont senti qu’il fallait un renouvellement dans notre pratique. Pendant une année, nous avons tâtonné et puis finalement, il a été décidé d’associer la parole à la musique. Une telle audace nous était permise car il y a, parmi nous, un musicologue de grande qualité. C’est ainsi que dimanche dernier nous nous sommes lancés dans l’écoute et l’analyse des Noces de Figaro, prêtant plus particulièrement attention aux dialogues qui mettaient en scène Figaro, Suzanne, le comte et la comtesse, Chérubin et d’autres. Pour moi, et je pense pour beaucoup d’entre nous, ce fut une fascination. La musique nous faisait découvrir un autre univers que la parole. En même temps, nous sentions qu’il y avait un jeu entre les deux, comme s’ils ne pouvaient fonctionner l’un sans l’autre. Ce jeu n’est pourtant pas clair. C’est pourquoi je voudrais essayer de voir ici ce que la musique apporte à la parole. Peut-être un conte va-t-il nous aider à avancer.


Un conte des Indiens du Canada

Les chants et les fêtes

Un homme, une femme et leurs trois enfants vivaient ensemble dans une cabane, entre les collines battues par le vent du grand Nord et la mer grise. L’homme était un chasseur redoutable. Parfois, il poursuivait le gibier, dans l’herbe rare, jusqu’à ne plus voir les rochers de la mer. Parfois, dans son kayak, il traquait les phoques et les grands poissons jusqu'à ne plus voir la terre. Il apprit à ses enfants son savoir, son art, ses ruses de chasseur infaillible. Quand l’aîné fut en âge de courir les collines et les landes désertes, il s’en alla fièrement, l’œil brillant, l’arc au poing. Mais, dans les broussailles, sa trace se perdit. Il ne revint jamais dans la cabane familiale où sa mère pleura longtemps devant le feu, espérant son retour. Quelques années passèrent. Vint le temps où le deuxième fils fut en âge de partir seul, lui aussi, à la chasse au renne et au caribou. Un matin donc, il s’en alla comme son frère, vêtu de cuir et chaussé de mocassins brodés. Mais, comme son frère, il disparut à l’horizon, et jamais on ne le revit. Le visage de ses parents, tant leur douleur fut grande, se couvrit de rides et leur tête de cheveux blancs. Quand leur troisième fils s’en fut par le chemin de la colline, ils le bénirent trois fois, les mains tremblantes et les yeux pleins de larmes. Le garçon leur dit : « Ne vous lamentez pas ainsi. Moi, je reviendrai, je vous promets que je reviendrai ». Et il disparut, au loin, sous le ciel gris.

 

Or, sur la lande, il vit un grand aigle noir tournoyant au-dessus de lui. Le garçon arma son arc et le tendit vers le ciel. Mais avant qu’il n’ait pu tirer, l’aigle descendit, fonça vers la terre et se posa à côté de lui. Alors son plumage s’ouvrit dans un grand froissement ténébreux, et apparut un homme de haute taille, vigoureux, à la chevelure longue et lisse, au regard vif. Cet homme dit : « C’est moi qui ai tué tes deux frères. Je te tuerai toi aussi à moins que tu n’acceptes de faire ce que je vais te demander. Je veux que dès ton retour chez toi, tu chantes des chansons avec tes semblables et tu fasses de grandes fêtes. « Qu’est-ce qu’une chanson ? répondit le garçon. Et qu’est-ce qu’une fête ? – Acceptes-tu oui ou non ? – J’accepte, mais je ne comprends pas. – Viens avec moi, dit l’homme-aigle. Ma mère t’apprendra ce que tu dois savoir. Tes deux frères n’ont pas voulu apprendre, ils détestaient les fêtes et les chansons. C’est pourquoi je les ai tués. Toi, dès que tu auras appris à composer une chanson, à assembler les mots comme il faut, à chanter et à danser, tu pourras revenir tranquillement chez toi.

 

L’homme jeta sur son épaule son manteau en plumage d’aigle et s’en alla, avec le garçon, vers la montagne. Ils marchèrent longtemps, traversant des vallées, des cols, des neiges éternelles. Ils arrivèrent enfin devant une maison de pierre, à la cime d’une montagne rocheuse. Cette maison tremblait, vibrait, secouée par un bruit sourd comme un battement grave, lent et profond. « Ecoute, dit l’homme-aigle. C’est le cœur de ma mère qui bat. Entre, n’aie pas peur. » Il poussa la porte. Dans la grande cuisine enfumée, une vieille femme était assise. Son visage était infiniment ridé, elle se tenait voûtée, tristement. L’homme-aigle l’embrassa. « Mère, lui dit-il, tu vas revivre, toi qui te meurs. Ce jeune homme est venu apprendre à composer des chansons, à battre du tambour, à danser. Il enseignera tout cela aux humains qui ne savent rien des fêtes et des chants. Le visage de la vieille s’épanouit. Elle se leva, serra le garçon dans ses bras et lui dit : « Grâce à toi, je vais rajeunir. Tu vas me délivrer de mon savoir, enfin ! Au travail vivement ! Tu vas d’abord construire une grande maison, plus grande et plus belle que les maisons ordinaires. Le garçon, sur la montagne, construisit une grande maison, puis la mère de l’aigle lui apprit à faire un tambour, à battre la mesure, à chanter, à ordonner les mots et la musique, à danser. Et, jour après jour, le dos voûté de la vieille femme se redressa, ses rides s’effacèrent sur son visage, sur sa tête poussa une superbe chevelure noire. Quand elle eut fini de dire tout son savoir, elle était devenue une belle femme majestueuse aux joues lisses, aux yeux paisibles et brillants. Le garçon serait volontiers resté avec elle.

 

Mais un matin il lui fallut partir. Il redescendit en courant vers la vallée, vers la mer, vers la cabane de ses parents qui croyaient l’avoir perdu à jamais, lui aussi, depuis le temps qu’il s’en était allé. Avec son père, il construisit une grande maison, ils firent ensemble des tambours, puis composèrent des chansons.

 

Quand tout fut prêt, ils s’en allèrent chercher des convives pour le festin. Ils rencontrèrent des gens étranges par les collines. Les uns étaient vêtus de peaux de loups, les autres de peaux de renard, les autres de fourrures d’ours. Ils les invitèrent tous. Devant les feux crépitants, celui qui savait chanta dans la grande maison, il joua du tambour, dansa, toute la nuit. A l’aube, les invités s’en allèrent, saluant le jeune homme et son père. Alors le jeune homme et son père, les voyant se disperser dans l’herbe grise au petit jour, s’aperçurent que tous ces gens qui avaient fait la fête avec eux étaient des animaux qui s’étaient métamorphosés en hommes et en femmes, le temps d’une nuit. La mère-aigle les avait envoyés pour qu’ils donnent au garçon la dernière leçon, le dernier mot de son savoir. Voici : quand le tambour bat juste, quand la danse est bien rythmée, quand la fête est belle, son pouvoir est si grand qu’il change les bêtes en hommes véritables. (Conte des Indiens du Canada, Henri Gougaud, L’arbre à soleils, Ed. du Seuil)

 

A l’origine était la musique (ou le chant)


L’homme-aigle et sa mère nous renvoient à l’origine. Depuis le début, il y a, en nous un oiseau chanteur qui sommeille et qu’il faut réveiller. Certaines traditions disent qu’il y a un ange, muni d’ailes comme l’oiseau lui-même. C’est ainsi que le Coran nous fait assister au passage de l’ange à l’homme, auquel le Seigneur donne un corps pour en faire son lieutenant sur la terre. Contrairement à ce que pense Iblis, il s’agit d’une promotion. Se croyant supérieur à cette nouvelle créature, il refuse de se prosterner devant elle, comme Dieu lui demande de le faire et finit ainsi par introduire une diabolisation dans le monde. Il s’oppose à ce que l’homme joue le rôle de l’ange musicien qu’il n’est plus, en reprenant à son compte le chant des origines. L’être humain finit ainsi par oublier qu’à l’origine était la musique.

 

La vieille femme du conte, figure de l’Ecriture des origines, sait que l’être humain est victime d’un mensonge et que la création tout entière a surgi de la musique parce que la musique était nécessaire pour qu’agisse la Parole créatrice.

 

L’initiation ou le retour au chant des origines


Pour l’homme-aigle, l’être humain s’est égaré en fondant son initiation sur la violence de la chasse, qui le conduit à sa destruction. Pour lui, l’homme n’est pas né de la violence, il est né du chant. Il y a là une question de vie et de mort. C’est pour cette raison qu’il entraîne le jeune garçon, acceptant de choisir la vie, chez sa mère déjà très âgée ; elle lui apprendra le chant des origines qui constitue le chemin de la vie. Celle-là semble signifier que le créateur est aussi une mère, qui fait grandir ses enfants en leur apprenant des chansons. Elle parvient ainsi à révéler à l’homme la Mère oubliée, qui est aussi une Mère musicienne.

 

L’ouverture de l’oreille à la Parole créatrice


  Le chant est une invitation à grandir. Et l’oiseau qui est en soi, c’est l’ange qui aspire à s’incarner dans l’homme : il est la marque de l’inaccompli. Il est un peu le « Cherubino » des Noces de Figaro, jeune page, encore dans l’adolescence, qui aspire à grandir. La musique ouvre son oreille à l’appel de la vie. En réalité, sous l’effet de la musique, c’est son corps tout entier, qui devient oreille. Il peut alors écouter de tout son être la parole créatrice, qui est invitation à l’amour. Aussi ce personnage apparemment secondaire devient-il le personnage principal de la pièce d’opéra, dans lequel Mozart lui-même se révèle tout entier. C’est pourquoi il n’est pas étonnant qu’il ait le nom d’un ange dont la mission est de porter la parole créatrice.

 

Je ne sais plus qui je suis, ni ce que je fais,
tantôt je suis de feu et tantôt de glace,
toutes les femmes me font changer de couleur,
toutes les femmes me font trembler.
Il n'y a que les mots d'amour ou de plaisir

qui troublent et perturbent mon cœur ;
et c'est un désir d'amour que je ne puis
expliquer, qui me force à parler.
Je ne sais plus qui je suis, etc.
Je parle d'amour en veillant,
je parle d'amour en dormant,
à l'eau, à l'ombre, aux montagnes,
aux fleurs, à l'herbe, aux fontaines,
à l'écho, à l'air, aux vents
qui emportent avec eux
le son de mes cris inutiles.
Je parle d'amour en veillant, etc.
Et si je n'ai personne pour m'entendre,
je me parle d'amour tout seul.

 

La parole créatrice n’est pas d’abord une parole extérieure, elle est avant tout la parole intérieure qui, comme invitation à l’amour, pousse l’homme à évoluer en passant de l’inaccompli à l’accompli.

 

Le passage de l’animalité à l’humanité


Le jeune homme du conte pensait avoir invité des êtres humains. Or, il s’aperçoit, à la fin de la fête, que ces êtres vêtus de peaux de bête étaient en réalité d’authentiques animaux. Mais la musique et les chants avaient réussi, l’espace d’une nuit, à les transformer en hommes et en femmes véritables. Dans la violence qui nous pousse à chasser, jusqu’à la mort, les autres humains, nous donnons une place presqu’entière à l’animal qui est en nous. Le conte nous révèle alors que la musique et les chants, en nous éveillant à l’amour, peuvent nous amener à échanger notre arme contre un instrument de musique. C’est cet appel que je vais entendre maintenant en rencontrant, presque chaque jour,  les deux « Roms », qui inlassablement jouent de l'accordéon, avec un grand talent,  dans la seule rue piétonnière de la Croix-Rousse.

 

Et si le secret du Coran était du côté de la musique


Il y a longtemps déjà, un professeur musulman avait attiré mon attention sur la musicalité qu’engendre la récitation du Coran en arabe. Je comprends maintenant seulement le message qu’il voulait me transmettre. Il s’agit moins de chercher, dans ce livre,  une manière de vivre, que d’apprendre à écouter la parole créatrice qui nous traverse, et qui peut renvoyer à la Parole mystérieuse d’un Autre. N’est-ce pas cela que veut dire le mot « Islam ». Nous le traduisons par soumission. Peut-être pourrions-nous le traduire tout aussi bien par écoute ?

Etienne Duval

 

 

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 16:34

Le sacrifice d'Abraham par Chagall

 

Comment Abraham lui-même échappa au terrorisme religieux

Nous sommes tous bouleversés, comme nombre de Musulmans eux-mêmes, par les assassinats commis au nom de Dieu. Cela apparaît en contradiction avec l’idée d’un Dieu miséricordieux tant affectionnée par l’Islam. Il faut pourtant croire que le problème est sérieux puisqu’Abraham, le père des croyants, aussi bien juifs que chrétiens et musulmans, faillit céder lui-même à la tentation du terrorisme religieux.

Un ordre incompréhensible de Dieu, qui doit conduire au meurtre d’un enfant

Le Dieu auquel s’adresse Abraham est un Dieu pédagogue qui apprend à l’homme à penser pour être capable progressivement de gérer sa propre vie. Or depuis le récit proposé de Caïn et d’Abel, il doit être évident, pour tout croyant, que le meurtre est interdit : c’est l’enseignement de Dieu Lui-même. Que se passe-t-il donc maintenant ? Abraham pense que le Seigneur lui demande de sacrifier son fils Isaac (ou Ismaël pour les musulmans). En fait, un tel sacrifice ne peut être qu’un assassinat.

L’obéissance à Dieu est en jeu                                   

Et pourtant l’obéissance à Dieu est en jeu parce l’ordre donné fait partie de la pédagogie divine. Abraham n’y comprend rien : c’est pourquoi il doit avancer pour essayer de comprendre, pour développer son propre entendement et sa propre raison. Il marche, en compagnie de son enfant vers le lieu du sacrifice. La marche peut-être ouvrira-t-elle son esprit.

L’incompréhension de l’enfant

Dans le texte de la Bible, Isaac est aussi dans l’incompréhension totale. Il voit bien le feu et le bois pour le sacrifice, mais il n’aperçoit pas la victime. « Isaac s’adressa à son père Abraham et dit : « Mon père ! ». Il répondit : « Oui mon fils ! » « Eh bien, reprit-il, voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? Abraham répondit : « C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste, mon fils. » Et ils s’en allèrent tous deux ensemble ».

L’ange qui pousse à voir plus loin

Le père et l’enfant arrivent sur le lieu du sacrifice. L’esprit du père ne s’est toujours pas ouvert. Le voilà condamné à sacrifier son fils. Il élève un autel, dispose le bois et lie son fils sur le bois. Alors son bras s’élève avec le couteau dans la main. Mais au dernier moment, son bras est retenu et un ange le pousse à détacher son regard de l’enfant pour voir plus loin.

La révélation de la toute-puissance du père

En regardant plus loin, Abraham découvre un bélier qui s’est pris les cornes dans un buisson. Aussitôt il reconnaît, à travers l’animal, sa propre toute-puissance et cette toute-puissance entre en contradiction avec Dieu, représenté par le buisson. C’est la toute-puissance du père qu’il faut sacrifier. Sacrifier l’enfant cela voulait dire renoncer à être le père dans un sens exclusif, au point d’écarter Dieu Lui-même, le principal acteur dans le mystère de la Vie. Il fallait sacrifier l’enfant imaginaire pour donner naissance à l’enfant réel, qui n’est pas seulement fils des hommes mais aussi fils de Dieu.

En définitive, l’ordre de Dieu ne consistait pas à sacrifier l’enfant mais à lui faire une place nouvelle

La pédagogie de Dieu a permis de faire cheminer Abraham et d’ouvrir son esprit. Il lui a appris à penser, en lui montrant que penser c’est d’abord interpréter, c’est-à-dire relier et mettre en symphonie le langage des dieux et celui des hommes. Ou si l’on veut encore, établir un jeu entre le monde humain et le monde divin. C’est, dans ce monde de l’entre-deux, qu’une place nouvelle devait être offerte à l’enfant.

La victime libérée de la mort

Lorsqu’Abraham comprend enfin ce qui est en train de se jouer, il délie Isaac (ou Ismaël) et, ce faisant, il le libère du sacrifice et de la mort. Et, en liant le bélier pour le mettre à mort, il fait une opération symbolique qui consiste à sacrifier sa propre toute-puissance pour ouvrir un avenir à son propre enfant.

Abraham devient un homme véritable en évitant le meurtre de l’enfant

Une mutation est en train de s’opérer. Abraham devient un homme véritable lorsqu’il renonce au meurtre de l’enfant pour se mettre au service de la vie. Et, en même temps, tous les hommes sont appelés à faire le saut de l’humanité. C’est ici que s’enracine la foi des Juifs, des chrétiens et des musulmans : ils sont engagés pour faire réussir la mutation décisive de tous les hommes.

Apprendre à lire ensemble les textes sacrés pour échapper au terrorisme religieux

Si nous avons bien compris le cheminement du sacrifice d’Abraham nous avons découvert que la thérapie de ceux qui s’adonnent au terrorisme religieux passe par une bonne interprétation des textes sacrés. Il existe encore dans certains fragments du monde musulman, un interdit de l’interprétation par respect pour la Parole de Dieu. Or Dieu nous parle précisément en nous apprenant à penser, c’est-à-dire d’abord à interpréter. Dans ce cadre, l’interdit de l’interprétation va à l’encontre de la Parole de Dieu elle-même. D’ailleurs le Coran est très souvent une interprétation des passages principaux de la Bible et il est possible qu’il nous offre une méthode originale d’interprétation. Bien plus, à propos du sacrifice d’Abraham, la sourate XXXVII, verset 106, parle d’un travail d’élucidation. Il devient donc urgent, pour sortir du terrorisme religieux, que les croyants juifs, chrétiens et musulmans, et les hommes de bonne volonté, s’unissent pour lire et interpréter ensemble les textes sacrés. Ils pourront alors prendre conscience de la toute-puissance, qui peut conduire au terrorisme.

Etienne Duval

 

Le sacrifice d'Abraham, texte de la Bible

 

 

Après ces événements, il arriva que Dieu éprouva Abraham

Et lui dit : "Abraham ! Abraham !"

Il répondit : "Me voici !"

Dieu dit : "Prends ton fils, ton unique que tu chéris, Isaac,

Et va-t'en au pays de Moriyya,

Et là tu l'offriras en holocauste

Sur une montagne que je t'indiquerai."

 

Abraham se leva tôt, sella son âne et prit avec lui

Deux de ses serviteurs et son fils Isaac.

Il fendit le bois de l'holocauste

Et se mit en route pour l'endroit que Dieu lui avait dit.

Le troisième jour, Abraham, levant les yeux,

Vit l'endroit de loin.

Abraham dit à ses serviteurs :

"Demeurez ici avec l'âne.

Moi et l'enfant nous irons là-bas,

Nous adorerons et reviendrons vers vous."

 

Abraham prit le bois de l'holocauste

Et le chargea sur son fils Isaac.

Lui-même prit en mains le feu et le couteau

Et ils s'en allèrent tous deux ensemble.

Isaac s'adressa à son père Abraham et dit :

"Mon père !" Il répondit : "Oui, mon fils !»

  • "Eh bien, reprit-il, voilà le feu et le bois,

Mais où est l'agneau pour l'holocauste ?"

Abraham répondit : "C'est Dieu qui pourvoira

A l'agneau pour l'holocauste, mon fils."

Et ils s'en allèrent tous deux ensemble.

 

Quand ils furent arrivés à l'endroit

Que Dieu lui avait indiqué,

Abraham y éleva l'autel et disposa le bois,

Puis il lia son fils Isaac et le mit sur l'autel par-dessus le bois.

Abraham étendit la main

Et saisit le couteau pour immoler son fils.

 

Mais l'Ange de Yahvé l'appela du ciel et dit :

"Abraham ! Abraham !»

Il répondit : "Me voici !"

L'Ange dit : "N'étends pas la main contre l'enfant !

Ne lui fais aucun mal !

Je sais maintenant que tu crains Dieu :

Tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique."

Abraham leva les yeux et vit un bélier,

Qui s'était pris par les cornes dans un buisson,

Et Abraham alla prendre le bélier

Et l'offrit en holocauste à la place de son fils.

A ce lieu Abraham donna le nom de "Yahvé pourvoit",

En sorte qu'on dit aujourd'hui :

"Sur la montagne, Yahvé pourvoit."

 

L'Ange de Yahvé appela une seconde fois Abraham du ciel

Et dit : "Je jure par moi-même, parole de Yahvé :

Parce que tu as fait cela, que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique,

Je te comblerai de bénédictions,

Je rendrai ta postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel

Et que le sable qui est sur le bord de la mer,

Et ta postérité conquerra la porte de ses ennemis.

Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre,

Parce que tu m'as obéi."

 

Abraham revint vers ses serviteurs

Et ils se mirent en route ensemble pour Bersabée.

Abraham résida à Bersabée.

(Bible de Jérusalem, Genèse, 22, 1-19)

 

 

Coran, le sacrifice d'Abraham


83 Parmi ses continuateurs, fut certes Abraham.
84 Lors il approcha son Seigneur d'un cœur intègre
85 lors il dit à son père, à son peuple : " Qu'adorez-vous ?
86 est-ce par imposture que vous voulez des dieux en place de Dieu ?
87 quelle fausse idée vous vous faites du Seigneur des univers ! "
88 Il ne jeta qu'un regard vers les étoiles
89 et dit : " Je suis contaminé "
90 ils se dérobèrent à lui faisant volte-face
91 subrepticement il alla vers leurs dieux et dit : " Quoi ! Vous ne mangez pas ?
92 qu'avez-vous à ne parler même pas ? "
93 subrepticement il leur porta un coup de sa droite
94 on revint donc à lui précipitamment
95 "Adorerez-vous, dit-il, ce que vous sculptez
96 quand Dieu vous a créés vous et vos fabrications ? "
97 eux dirent : "Bâtissons-lui un bâti et jetons-le au cœur du brasier ".
98 Et puis ils voulurent le prendre par ruse, mais Nous leur donnâmes le dessous.
99 Il dit : "J'émigre vers mon Seigneur. Lui me guidera
100 ô mon Seigneur, accorde-moi quelques justes "
101 Nous lui fîmes donc l'annonce d'un garçon longanime
102 quand ce dernier parvint à l'âge actif, il lui dit : " Mon enfant je me suis vu en rêve t'égorger. Examine quel parti prendre ". Le fils dit : "Père, faites ce dont vous avez reçu commandement. Vous me trouverez, si Dieu veut, patient entre tous "
103 Ayant ainsi tous deux manifesté leur soumission, il le jeta à terre sur la tempe
104 alors Nous l'appelâmes : Abraham !
105 tu as avéré la vision. Ainsi les bel-agissants Nous rétribuons
106 ce n'était là qu'épreuve d'élucidation s>.
107 Nous le rachetâmes contre une prestigieuse victime.*
108 Nous l'avons maintenu jusqu'aux ultimes
109 Salut sur Abraham au sein des univers
110 ainsi récompensons-Nous les bel-agissants
111 entre tous Nos adorateurs, il était croyant.
112 Nous lui fîmes l'annonce d'Isaac, en tant que prophète d'entre les justifiés
113 Nous le bénîmes, Isaac et lui, mais, parmi leur progéniture, il y aurait bel-agissant et coupable d'iniquité flagrante envers soi-même.
(Le Coran, Sourate XXXVII, trad. franç. Jacques Berque)

 

 

 

 

 

 

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