Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 15:53

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Le big bang ou la grande explosion du partage de la création

 

Le piège de la rationalité  et le retour à la raison

 

Nous avons abordé le problème de la rationalité en étudiant le texte mythique sur la lutte de Jacob avec Dieu. Acculé à sortir du mensonge, Jacob se met en position de recherche de la vérité. Mais des obstacles se présentent et lui donnent l’impression de lutter contre un inconnu, qui se révèle être Dieu Lui-même. Paralysée, la vérité finit par prendre le pas sur l’autorité. Elle n’en a pourtant pas fini avec le balisage de sa voie car la toute-puissance la menace. L’homme prend conscience qu’il n’est pas Dieu et qu’il ne peut se servir de Dieu : comme un boiteux, il doit faire une place à tout ce qui n’est pas lui, à tout ce qu’il y a d’Autre dans le monde. A cette condition, il peut se construire comme sujet et recevoir la lumière nécessaire au fonctionnement de la raison. Et à terme, à l’horizon du chemin vers la vérité, se profile un monde où le partage généralisé produit la multiplication et donne naissance à la véritable richesse.

 

1. Nous nous appuyons sur une raison qui marginalise à notre insu

Nous croyons être maîtres de notre action et parvenir à un monde plus humain. Mais nous avons oublié de nous interroger sur l’outil principal que nous utilisons. Je veux parler de la raison elle-même. Or cet outil n’est pas sûr et semble miné de l’intérieur. Si nous observons ses résultats, nous constatons qu’elle marginalise à notre insu. Les riches ne peuvent prospérer sans engendrer une grande pauvreté et laisser sur le bord du chemin des mendiants, des hommes et des femmes qui ont faim et soif. Les pays les plus prospères condamnent les autres à la misère ou tout au moins à un développement hasardeux et très ralenti. A un autre niveau, ce sont les femmes qui sont mises à l’écart pour un plus grand bénéfice des hommes. Que dire encore des étrangers ? Ils servent constamment de boucs émissaires pour expliquer les difficultés des nations qui les accueillent avec le plus en plus de réticence ? Et finalement les travailleurs eux-mêmes, qui produisent la richesse, sont mis au ban de l’économie, pour être progressivement remplacés par des machines. L’homme cède peu à peu la place à la finance et à la technologie : si nous n’y prenons garde, il deviendra un déchet qu’il faudra faire disparaître. Comment en sommes-nous arrivés à une telle contradiction ? Beaucoup dénoncent à juste titre le système économique. En fait, comme nous l’avons souligné dès le départ, le mal est déjà à la racine, dans la raison qui construit des systèmes inhumains. Et c’est à ce niveau qu’il convient d’exercer notre vigilance, comme l’avaient bien vu, à leur époque, les philosophes des Lumières. Mais peut-être la raison sur laquelle ils se sont installés, n’est-elle pas la véritable raison dont nous avons cruellement besoin aujourd’hui.

 

Un des indices de la situation critique dans laquelle la raison nous a installés est la marginalisation de la mort elle-même. Alors qu’elle est appelée à jouer avec la vie pour le plus grand bien des humains, nous l’avons progressivement retirée du jeu parce qu’elle nous fait peur. Au lieu d’en faire une alliée, nous en avons fait une implacable ennemie, à tel point que la médecine, en toute bonne conscience, fait tout ce qu’elle peut pour l’écarter. Il semble de plus en plus évident qu’un monde qui refuse la mort ne peut conduire à la vie.

 

2. Comment nous avons perdu la raison

Alors que nous nous réclamons sans cesse de la raison et que nous voulons à tout prix avoir raison, nous avons, en réalité, perdu la raison, sans même nous en rendre compte.

 

La perte du symbolique et des grands équilibres

La raison, comme le réel lui-même, est bâti sur un jeu de contraires, qui constitue l’ordre symbolique, devant permettre d’assurer, dans la dynamique de la vie, une place à chaque être et à chaque élément du monde. Les couples de contraires sont multiples : intérieur / extérieur, même / autre, individu / groupe, passé / avenir, mort / vie, féminin /masculin, immanence / transcendance… Si le jeu se manifeste à l’intérieur de chaque couple, il se développe aussi entre les couples eux-mêmes, à tel point que la dynamique d’ensemble est toujours en changement pour favoriser les grands équilibres. Or nous constatons que les jeux se font mal et que les grands équilibres sont en partie rompus. Le symbolique semble fortement perturbé.

 

Une raison toute-puissante qui a rompu ses limites

Le mythe du sacrifice d’Abraham nous a fait comprendre que le grand égarement de l’homme est dans la toute-puissance ; c’est elle qu’il faut sacrifier et non pas les hommes eux-mêmes. Or, après avoir conquis ses lettres de noblesse, la raison a pris des ailes qui l’ont rapprochée du soleil et lui ont fait croire qu’elle pouvait s’approprier le monde. C’est pourquoi dans le mythe de la lutte de Jacob, la raison devient boiteuse et ne peut fonctionner comme si tout lui était possible. Elle acquiert la maturité lorsqu’elle prend conscience de ses limites. Ici encore nous sommes dans une jeu symbolique et nous ne pouvons dépasser les limites de la raison qu’en commençant par les accepter. En se libérant légitimement d’une autorité insupportable, elle semble ne pas savoir vraiment comment entrer dans le jeu des limites et de leur dépassement.

 

La confusion entre vérité et idéologie

Dans l’Idéologie allemande, Marx a attiré notre attention  sur l’obstacle que constitue l’idéologie dans la recherche de la vérité. Nous vivons dans un milieu défini, dans un rapport particulier aux structures économiques, sociales et culturelles, qui nous font appliquer à l’ensemble de la société des critères de vérité sur lesquels nous vivons, mais qui n’ont rien d’universels. Nous confondons vérité et idéologie. Sortant d’une campagne électorale, nous avons pu constater sans peine comment la vérité des uns devenait erreur ou mensonge pour les autres.

 

La séparation entre le dire et le faire et l’écartement du sujet

Les grandes sagesses ont bien montré qu’on ne pouvait rechercher la vérité sans la mettre en pratique : Marx disait tout simplement qu’elle était nécessairement liée à une praxis. Il est important en effet de conformer sa vie à la parole de vérité énoncée pour les autres. Or, aujourd’hui, plus que dans bien d’autres périodes, le dire et le faire ne vont pas de pair. Le sujet qui se construit normalement dans la recherche de la vérité au sens plein du terme, a de la difficulté à émerger, à tel point que la lumière permettant à la raison de fonctionner se transforme en obscurité ; dans le mythe de Jacob, Dieu avait fait comprendre au chercheur de vérité que la lumière nécessaire à sa progression jaillissait du sujet lui-même en pleine construction.

 

La non écoute de la parole de la femme

C‘est avec beaucoup de brio que Chahrazade, dans les Mille et Une Nuits, parle de la non écoute, par l’homme, de la parole de la femme. Elle en montre le mécanisme et l’importance radicale car elle a pour projet de guérir l’homme dont l’oreille est fermée pour remettre la société sur ses pieds. Quelle est donc cette parole de la femme que l’homme ne veut pas entendre ? La psychanalyse suggère qu’il s’agit de l’impuissance (au moins relative) de l’homme. De son côté, le texte de la chute, dans la Bible, n’est pas très loin d’un tel constat. Il est bâti en effet sur une tentation de la toute-puissance, qui affecte aussi bien la femme que l’homme. Mais la femme saura plus facilement tirer son épingle du jeu puisque c’est à elle qu’il appartiendra de marcher sur la tête du tentateur. Il est probable, aujourd’hui encore, que l’écoute de la parole de la femme peut amener l’homme à accepter son impuissance pour pouvoir la dépasser.

 

Le grand partage oublié

Depuis longtemps, les textes mythiques semblent avoir mis l’accent sur le grand partage qui doit conduire l’humanité à son épanouissement. Il est inscrit dans la vie elle-même, qui multiplie les cellules en les partageant. Et, au sein du christianisme, la multiplication des pains est posée comme un signe pour les temps futurs. Malheureusement, l’homme pense fermement aujourd’hui que le partage va conduire à son  appauvrissement. Alors que la richesse est au bout de l’impasse, l’homme moderne s’obstine à ne pas vouloir partager et risque ainsi de s’enfermer dans une crise à long terme.

 

3. La nécessaire élaboration d’un projet global de vie, qui se définirait  par la recherche de la vérité

Si le texte sur la lutte de Jacob avec Dieu définit un projet pour Israël, il n’en reste pas moins un texte mythique qui a une portée universelle. Israël est un simple précurseur qui ouvre la voie à toute l’humanité. Or il apparaît que la mission de l’homme est de rechercher la vérité à condition que le dire ne soit pas séparé du faire et que le spirituel ne soit pas délié du matériel. Dans ce cas, la raison retrouve une place centrale en s’incarnant dans la recherche de la vérité. Dépouillée de l’abstraction qui la fait tourner en rond, elle trouvera, dans l’axe concret ainsi défini, la vision qui lui permettra de fonctionner efficacement.

 

Une recherche de la vérité qui ne part pas de principes mais s'exprime par un jeu des contraires

Nous avons coutume de partir de principes pour définir le chemin de la vérité. En opérant ainsi nous ne faisons qu’ouvrir la voie à l’idéologie, c’est-à-dire à une vision très partielle de la vérité. En réalité la raison, comme le réel lui-même, est bâti sur un ordre symbolique, qui pousse à faire fleurir la vraie connaissance, dans toute son amplitude, en jouant avec les contraires :

-         Immanence / Transcendance (qui n’implique pas nécessairement la reconnaissance d’un Dieu particulier)

-         Mort / Vie

-         Ouverture / Limite

-         Passé / Avenir

-         Inconscient / Conscient

-         Intérieur / Extérieur

-         Même / Autre

-         Féminin / Masculin

-        

Le jeu des contraires entraîne dans une grande dynamique et une grande fécondité car il est fondé sur le partage qui multiplie.

 

C’est grâce à la recherche de la vérité que se construit le sujet

Dans le mythe de Jacob, la construction du sujet est intimement liée à la recherche de la vérité. En effet  le nouveau nom qui définit l’identité du lutteur souligne son combat pour le vrai. Et il apparaît, comme nous l’avons déjà souligné, que la fidélité à un tel combat apportera la lumière (ou la vision) nécessaire au fonctionnement de  la raison.

 

La recherche de la vérité n’a de sens que si elle conduit au grand partage qui multiplie

Si nous revenons, une fois encore, au mythe de la lutte de Jacob avec Dieu, nous constatons que le récit se termine par la bénédiction. Or, la bénédiction, dans le contexte d’une succession, dit le bon partage, orientant ainsi dans la dynamique d’une nouvelle vie qui se construit en partageant. Ici, la vérité ne fait que rejoindre la vie en son fondement : elle est soumission au partage inscrit dans la Vie elle-même.

 

Etienne Duval

 

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Dimanche 18 mars 2012 7 18 /03 /Mars /2012 15:05

http://etienneduval.perso.neuf.fr/images/Image%20de%20Jacob.jpgLa lutte de Jacob avec l'ange de Chagall

   

 

La lutte de Jacob avec Dieu ou le positionnement de la raison humaine

 

Le texte de la lutte de Jacob avec Dieu, dans La Genèse, ouvre un espace très intéressant pour comprendre l’importance de la raison humaine. Nous sommes pourtant ici dans un univers supposant que la première place revient au Tout Autre. Comment donc l’homme pourrait-il avoir raison contre Dieu Lui-même ?

 

Jacob est inquiet : son frère Ésaü l’attend avec une armée de 400 hommes. Il devra l’affronter pour continuer son voyage vers la maison de son père. Il y a, près de vingt ans, sur les conseils de sa mère, Jacob, le second de la famille, a souhaité échapper à la colère de son frère qui voulait sa tête,  parce qu’il lui avait volé son droit d’aînesse. Il s’était fait passer pour l’aîné, avec la complicité de la mère, pour recevoir d’Isaac, devenu aveugle, la bénédiction paternelle, qui devait assurer le passage de témoin dans la dynamique de la filiation. C’est lui désormais, qui allait assurer la continuité de la famille.

 

Or Jacob s’est enrichi chez son oncle en devenant le propriétaire d’un grand troupeau. Bien plus, grâce à ses deux femmes, filles de son oncle, et à deux servantes, il est maintenant le père de 11 enfants. Sa responsabilité s’est considérablement accrue et il doit accomplir un geste symbolique de grande importance pour l’avenir, en traversant le Yabboq, que le texte de la Septante écrit Yaboq pour bien montrer la parenté entre les deux noms. Seule la troisième lettre est venue prendre la place de la seconde, comme Jacob a pris la place d’Ésaü face à son père et à Yahvé lui-même. En franchissant le torrent, le jeune patriarche tente de traverser sa propre destinée en lui offrant un nouvel espace.

 

La lutte de Jacob avec Dieu

 

Cette même nuit, Jacob se leva,

Prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants

Et passa le gué du Yabboq.

Il les prit et leur fit passer le torrent,

Et il fit passer aussi tout ce qu’il possédait.

Et Jacob resta seul.

 

Et quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore.

Voyant qu’il ne le maîtrisait pas,

Il le frappa à l’emboîture de la  hanche,

Et la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui.

Il dit : « Lâche-moi car l’aurore est levée »,

Mais Jacob répondit :

«  Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni ».

Il lui demanda : « Quel est ton nom ? »

« Jacob, répondit-il ».

Il reprit :

« On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël,

Car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes

Et tu l’as emporté ».

Jacob fit cette demande : « Révèle-moi ton nom, je te prie »,

Mais il répondit :

« Et, pourquoi me demandes-tu mon nom ? »

Et, là même, il le bénit.

Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel,

« Car, dit-il, j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve ».

Au lever du soleil, il avait passé Penuel

Et il boitait de la hanche.

C’est pourquoi les Israélites ne mangent pas,  jusqu’à ce jour,

Le nerf sciatique, qui est à l’emboîture  de la hanche,

Parce qu’il avait frappé Jacob

À  l’emboîture de la hanche, au nerf sciatique.

( Genèse, 32, 23-33) Traduction de la Bible de Jérusalem

 

 Jacob s’est transformé en passeur pour faire traverser le yaboq à ses femmes et à ses servantes, à ses enfants et à ses troupeaux. Maintenant, alors que tout son monde finit par s’assoupir et que la nuit pénètre jusque dans le creux de son âme, il se trouve face à lui-même et doit faire son grand passage.

 

La transgression de la sacralisation de l’Écriture

Le torrent se présente comme une frontière, qui constitue un lieu de passage mais qui porte, en même temps, l’interdit. Un gardien inconnu va lui demander des comptes. D’où vient-il, où va-t-il ? Est-il en règle avec la loi ? Jacob se pose des questions. Il y a la position de son père Isaac : pour lui, le droit d’aînesse devait revenir à Ésaü, celui qui était sorti le premier du ventre de la mère. Devenu aveugle, distinguant mal les subtilités de la réalité, il s’appuyait sur la règle imposée par l’autorité. De son côté, la mère suivait l’impulsion de son cœur : elle pensait que le véritable héritier était Jacob et c’est avec sa complicité que son second enfant a extorqué l’héritage. Au-delà de l’autorité, elle pensait confusément qu’il y avait la vérité et que la vérité était de son côté. De nombreux siècles plus tard, la science lui donnera raison puisqu’elle affirmera que Jacob, officiellement second, a été conçu le premier dans le sein de la mère.

 

En fait, « l’Écriture » positionnée du côté de la loi, soutenait Ésaü, comme le père lui-même. Elle avait, pour elle, l’aura du sacré et le poids de l’interdit. Or, en franchissant le yaboq, Jacob transgresse l’interdit et la sacralisation de l’Écriture pour s’adresser directement à Yahvé. Il refuse de s’en tenir à la position de l’autorité.

 

L’avènement de la raison dans la lutte de la vérité contre l’autorité

Jacob entre maintenant dans une lutte sans merci, contre lui-même encore attaché au principe d’autorité, contre son père respectueux des lois, contre Ésaü, victime d’une apparente escroquerie et finalement contre Dieu Lui-même. Il est comme Prométhée face à Zeus. Sans feu, les hommes ne pouvaient mener une existence digne et sereine. C’est pourquoi, le fils de titan vient chercher le feu dans la cheminée de l’Olympe. De son côté, Jacob sait que l’homme doit mener le combat de la vérité pour assurer son avenir à long terme. Il vient donc arracher la raison des filets d’un Dieu autoritaire, qui fait dépendre la vérité de l’autorité et non l’autorité de la vérité. En réalité, le Dieu autoritaire auquel il s’attaque est une pure représentation qui empoisonne son esprit. Il a la fragilité de l’idole qu’il faut, à tout prix, renverser, pour faire triompher la vérité sur l’illusion et le mensonge.

 

Le jeu entre la raison et la vision que lui offre le code de lecture

Bien au-delà d’un testament qui règle les rapports entre un père et ses héritiers, l’Écriture, au sens fort du terme, - qu’il s’agisse non seulement des livres de la Bible ou du Coran, de tous les grands mythes qui sont à la base des cultures, mais aussi de l’écriture qui structure l’univers -, puise ses racines profondes dans la lumière qui soutient la cohérence du monde. Dans un tel cadre, son autorité sera toujours soumise à la recherche d’une vérité qui s’échappe sans cesse. Or il appartient à la raison de traquer celle qui se dissimule.

 

 Dans son combat, Jacob cherche à déchiffrer l’écriture qui est en lui, c’est-à-dire cette trace de Yahvé, qui va déterminer son avenir. Mais il se heurte à sa propre impuissance. Il lui manque un code de lecture, porteur d’une vision globale. C’est alors que Dieu lui demande son nom et lui dit : « On ne t’appellera plus Jacob mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l’as emporté ».  Le patriarche reçoit l’éclairage qu’il cherchait et  sait maintenant à quoi s’en tenir : il a eu raison de lutter contre les hommes et contre les fausses représentations de Dieu, pour faire advenir la vérité contre l’autorité. Sa raison peut maintenant jouer avec la lumière que lui apporte la révélation de son nouveau nom, pour entrer dans un espace de vérité qui orientera son existence à long terme.  C’est bien lui l’héritier d’Isaac son père, comme il est l’héritier de la lucidité de sa mère.

 

La limite de la raison dans la révélation de l’amour, comme fondement ultime de la réalité

Jacob est maintenant prêt à tutoyer Dieu comme s’il était devenu son égal. A son tour, il lui demande son nom. Yahvé pourtant ne répond pas à son désir de connaissance. Il s’en tient à une question : « Et, pourquoi me demandes-tu mon nom ? »  Jacob est mis au pied du mur : il est bien incapable de répondre, mais peut-être plus simplement Dieu ne lui laisse-t-il pas le temps de la réponse. Sa question est comme une castration symbolique qui l’écarte de la toute-puissance. Il n’avait pas encore compris que sa raison était boiteuse. La bénédiction qu’il attend, comme il a attendu celle de son père, n’a d’autre justification que celle de l’amour. Ainsi c’est l’amour qui fonde la raison elle-même. Il n’est plus nécessaire de savoir qui est le premier de la fratrie. Il arrive fréquemment que l’amour favorise le dernier.

 

Etienne Duval 

 

 

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Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 17:56

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Esther devant Assuérus par Nicolas Poussin (évocation de Chahrazade)


 

 

La vie est un grand jeu symbolique qui repose sur la confiance réciproque


Dans les Mille et Une Nuits, nous retrouvons la matrice de la vie, qui est au fondement de toutes les grandes pensées et de toutes les grandes religions. Elle se présente comme un jeu d'interactions, qui permet à chaque être de trouver sa place et de se construire, dans sa relation aux autres, au fur et à mesure de l'évolution. Or le grand roi Chariyâr vient d'être trompé publiquement par sa femme et son harem, comme l'a été précédemment son frère, dans une moindre mesure. Ainsi trouve-t-il la confirmation de la faute initiale de la femme, qui perturbe l'existence humaine depuis tous les temps. Et, pourtant, une scène, qui pourrait remettre en cause cet a priori infondé surgit tout à coup devant ses yeux et ceux de son frère. Comme de nombreuses fois, dans les Mille et Une Nuits, le langage est très cru et très évocateur.


La parabole de l'ifrite et de l'adolescente


"Un cri retentit tout à coup au milieu de la mer, suivi par une clameur immense. La peur fit trembler le roi et son frère… Ils grimpèrent se cacher dans un grand arbre…Puis la mer se fendit et une colonne noire émergea des flots… La forme gigantesque atteignit la rive et se hissa sur la terre ferme où elle prit l'apparence d'une ifrite, oui, d'un djinn de couleur noire qui se dressa de toute sa taille et se mit à marcher, portant sur sa tête un coffre en verre fermé par quatre cadenas d'acier. L'être en question traversa la prairie et, voulant s'asseoir à l'ombre d'un arbre, n'en trouva, à son goût, que celui où étaient perchés les deux rois. Il s'arrêta dessous, posa sur le sol le coffre en verre, et, à l'aide de quatre clefs différentes, ouvrit les quatre cadenas. Et voilà que surgit une adolescente de taille parfaite, aux formes harmonieusement proportionnées… " Ô toi, la perle de toutes les favorites de la terre, dit-il, celle que j'ai enlevée la nuit même de ses noces, sache que j'aimerais dormir un peu. " Puis il mit la tête sur les genoux de la jeune femme et s'étendit de tout son long, ses pieds atteignant presque le bord de la mer. Sur quoi, il sombra dans in profond sommeil…

L'adolescente fit signe aux deux frères de descendre sans bruit la rejoindre… " Il faut absolument que vous veniez près de moi, leur dit-elle. " Eux cependant lui faisaient comprendre par signes que l'ifrite qui reposait près d'elle était l'ennemi implacable du genre humain… " Je vous somme de descendre, les menaça-t-elle, alors, sinon je réveillerai l'ifrite pour qu'il vous tue. "…Lorsqu'ils furent près d'elle, elle se coucha sur le dos, leva les jambes en l'air et leur dit : " Baisez-moi, faites-moi mon affaire, sinon je n'hésiterai pas à tirer l'ifrite de son sommeil pour qu'il vous tue ". …

Devant pareille insistance, ils ne purent s'empêcher d'obéir. Ils la conjoignirent donc tous les deux….Ils se levèrent de dessus l'adolescente, et celle-ci, en retour, leur ordonna : " Et maintenant passez-moi vos anneaux ". Elle sortit de l'intérieur de ses vêtements un petit sac, l'ouvrit et, le renversant, fit tomber à terre tout ce qu'il contenait, soit quatre-vingt-dix-huit anneaux, tous de couleurs et de modèles différents. " Savez-vous ce que sont ces anneaux ? demanda-t-elle. - Non, confessèrent-ils. - Leurs possesseurs ont tous couché avec moi. Sachez en effet que chaque fois qu'un homme me baise, je lui prends son anneau. Donc, puisque vous m'avez baisé tous les deux, vous n'avez plus qu'à me donner les vôtres…Lorsque la femme veut quelque chose, il n'est personne au monde qui puisse l'empêcher de l'obtenir. "…

Les deux frères tournèrent donc les talons et reprirent leur route. Tout en marchant, Chariyâr disait à son frère : " Ô Chahzamane, mon frère, considère le cas de cette adolescente. Par Dieu, l'infortune dont elle est la cause dépasse encore la nôtre… Retournons donc en notre royaume et dans notre ville, ô mon frère, et renonçons aux femmes. Quant à moi, je te ferai voir bientôt la conduite que j'ai décidé d'adopter ".
(Mille et Une Nuits, Phébus Libretto, édition intégrale établie par René R. Khawam, volume 1, 1986, p. 48-53)


Le roi Chariyâr ne comprend pas la leçon

Le roi ne voit pas que l'ifrite est tout simplement là pour représenter son attitude par rapport à la femme, et l'attitude de chacun des autres hommes. Les uns et les autres agissent comme des démons en choisissant une fille encore très jeune pour l'admettre comme leur épouse. Celle-ci ne connaît encore rien de la vie. Mais ils en font, dès le soir du mariage, une prisonnière qu'ils enferment à quatre tours. Comment pourrait-elle leur être fidèle puisque, dès le départ, il n'existe pas de confiance réciproque ? Dès qu'elle respire un petit air de liberté, elle tente d'échapper à leur emprise. La tromperie qu'ils subissent n'est rien d'autre que la conséquence de leur manque de confiance. Et pour bien souligner l'hypocrisie dans laquelle ils s'enferment, l'adolescente de la parabole confisque l'alliance des hommes qui trompent leur femme, et ils sont des centaines à le faire. La marque de leur fidélité est, en réalité, le symbole même de leur infidélité car elle a pour prix l'enfermement de la femme. Pris de compassion, le roi trouve cette jeune fille encore plus malheureuse que lui, mais il souligne alors qu'elle est elle-même la cause de son infortune. C'était pourtant le contraire que voulait souligner la parabole.


Pour que la vie soit un jeu, il faut inviter la mort

Désormais, le roi a peur de la mort, comme il a peur de la vie. Il veut bien engager une relation avec une femme mais ce ne sera que pour une nuit. Le matin même, le grand vizir se chargera de la faire disparaître. Il ne veut plus revivre la blessure profonde qu'a provoquée la tromperie de la reine et des femmes de son harem. En tuant la femme d'un soir, c'est à la mort qu'il croit s'attaquer, mais il oublie que la mort fait partie de la vie. En refusant de l'inviter au grand jeu de l'existence, il détruit le jeu car tout jeu est, en un sens, un jeu avec la mort pour faire gagner la vie. Aussi l'existence au palais devient-elle infernale. En croyant congédier la mort, le roi a congédié la femme et finalement il a congédié la vie elle-même.


Chahrazade, la femme qui veut sauver l'homme pour sauver la femme

Fort heureusement, une jeune femme extraordinaire, qui rappelle la grande reine Esther, épouse du roi Assuérus, à la Cour de Perse, surgit au milieu du désastre. Fille du Grand Vizir, elle refuse de cautionner le drame qui s'installe au cœur du royaume et propose à son père de devenir elle-même, pour un soir, la femme du roi. Le souverain cherche à écarter la mort du jeu de la vie : son premier soin va consister à l'inviter à nouveau. Elle sait qu'en entrant dans le lit du monarque c'est à la mort qu'elle va s'affronter ; cette condition fait partie du jeu qu'elle veut à nouveau engager. Mais encore faut-il qu'elle redonne au roi son statut de joueur en rétablissant chez lui la confiance nécessaire.
 

Le rejet de la femme lié à la peur de l'autre et à la peur de la parole
Même si elle n'a pas assisté à la scène de l'ifrite et de l'adolescente, Chahrazade a compris la contradiction dans laquelle le roi s'est enfermé : il ne fait pas confiance à la femme parce qu'il croit que la femme le trompe. Or elle le trompe parce qu'il ne lui fait pas confiance. Autrement dit, il y a, chez l'homme un rejet initial de la femme, lié tout simplement à la peur de l'autre, car la femme est d'abord l'autre de l'homme. Mais Chahrazade va plus loin encore : elle établit une équivalence entre faire confiance à l'autre et écouter sa parole. Si l'homme ne fait pas confiance à la femme c'est parce qu'il ne l'écoute pas ; plus ou moins confusément, il pense que la parole lui revient en propre. La femme ne peut être de cet avis. Son combat fondamental, en tout cas celui de Chahrazade, est contre la seule parole masculine : il est pour une parole partagée.

Pour Chahrazade thérapeute, il s'agit de rééduquer l'écoute de l'homme pour qu'il puisse entendre la parole de la femme.


Chahrazade cherche à rééduquer l'écoute du roi et sa confiance en lui racontant des histoires

Les histoires que Chahrazade va raconter au roi viennent de tout le Moyen Orient, de l'Inde jusqu'à la Mésopotamie en passant par la Perse. Du 10è siècle avant Jésus-Christ, elles s'étalent comme un courant deux fois millénaire, jusqu'au dixième siècle après sa mort. C'est la vie elle-même avec toutes ses interactions, ses égarements et ses reprises, qui prend figure dans cette Écriture qui veut défier le temps. Ce qu'il ne veut pas entendre va venir, chaque nuit, frapper à son oreille. A chaque conte, la parole de la femme sollicite le roi pour le guérir de la surdité, qui lui fait perdre la tête. Afin de redoubler ses coups, elle s'interrompt une journée entière pour revenir à la charge dès la nuit suivante. Puisque le roi adulte n'entend pas, elle s'adresse maintenant à l'enfant, traque le moment lointain, hors du temps, où il n'a plus voulu écouter la voix de sa mère, de ses grands-mères, relayée par la parole de toutes les femmes. Manifestement il a oublié les vibrations du chant ancien à plusieurs voix où les paroles jouaient entre elles, paroles de femmes et paroles d'hommes, qui constituaient ensemble le chant même de la création. Alors petit à petit, la voix de Chahrazade, pendant Mille et Une nuits, reconstitue l'oreille perdue de l'homme. Il peut entendre maintenant la parole de son épouse, qui lui annonce, avec un ou même deux ans de retard, la naissance de leurs trois enfants.

 

Un engendrement réciproque par l'écoute de la parole de l'autre
Chariyâr, le roi, comprend maintenant, qu'il n'est pas qu'une parole : il y en a deux, celle de la femme et celle de l'homme. C'est dans leur conjugaison, et dans la bonne entente de l'une et de l'autre, qu'elles peuvent devenir créatrices. Chacun est alors engendré, au jour le jour, par l'écoute de la parole de l'autre. Il n'y a plus rien à craindre : la confiance réciproque peut désormais faire son apparition, dès que la parole féminine est entendue et que la femme trouve enfin sa place dans le grand jeu symbolique de la vie.


Etienne Duval

 

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Par Duval Etienne
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 15:09

 
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Le déluge

http://www.lefildelaure.fr/

 

 

 

Le mythe grec du déluge et la sortie de crise

 

Etienne Duval

 

 

Les mythes figurent encore aujourd’hui les grands événements qui nous sollicitent. Ils le font  sous forme d’images et de récits qui parlent à notre imaginaire. Or, le dernier article du blog a fait ressortir la logique destructrice qui a conduit à la crise actuelle. Mais ce n’est qu’un premier temps : un temps de lucidité pour imaginer ensuite la sortie de crise elle-même.  Pour nous fournir les instruments nécessaires de réflexion sur un tel sujet, les Grecs anciens, sans que nous puissions en désigner les auteurs, ont élaboré le mythe du déluge. Égarés par la toute-puissance, les hommes ont transgressé et même inversé toutes les lois, qui permettent de vivre dans la cohérence et la paix. Aussi ce ne sont pas simplement les hommes qui en ont subi les conséquences mais l’univers terrestre  tout entier s’est trouvé ébranlé, au point que les limites entre la mer et la terre se sont effacées. Sous l’effet de pluies incessantes, l’eau a fini par recouvrir tout l’espace habité jusqu’au sommet des montagnes. Seul « le Mont Parnasse s’élevait encore au-dessus de l’eau. » Ainsi ce qui était source de vie est devenu source de mort. Au lieu de féconder la terre et assurer la subsistance des animaux et des hommes, l’eau a tout englouti dans la mort.

Il n’est pas difficile de faire le lien avec la situation actuelle. Ce n’est plus l’eau qui est en cause. Mais c’est l’argent, expression des richesses permettant de vivre et de survivre, qui contribue à nous enfoncer dans le désastre. L’argent est sorti du jeu symbolique. Au lieu de promouvoir une économie de l’homme et du sujet, il est devenu un « diviseur ». A force de spéculations financières, les gains faciles des uns entraînent la misère des autres et nous ne savons pas comment sortir de ce monde en folie. Or, voici ce que dit le mythe grec.

Un petit reste, à la marge, qui permet de sortir du système
Il n’est plus possible de permettre au système, conduisant à sa perte, de se transformer par lui-même. Il faut interroger la marge qui s’est mise à distance. Le mythe nous parle d’un « petit bateau dans lequel s’étaient réfugiés Deucalion, fils de Prométhée et Pyrrha sa femme… Prométhée (l’homme prévoyant et critique) les avait prévenus à temps et leur avait donné une solide embarcation (capable de résister au système destructeur). Lorsque Zeus (figure de la raison) vit que les seuls rescapés étaient Deucalion et Pyrrha, tous deux honnêtes justes et pieux, il dispersa les nuages, montrant les cieux à la terre et la terre au ciel. » Il suffit d’un petit reste, qui a conservé le lien entre la terre et le ciel, sans perdre la raison, pour envisager une recréation de l’homme. Deucalion, fils de Prométhée, l’évoque sans détour : « Deucalion soupira doucement : « Chère Pyrrha, dit-il, nous sommes les seuls survivants ; qu’allons-nous faire ? Si seulement, je pouvais comme mon père, créer l’homme avec l’argile ! »

Le temps nécessaire du recueillement pour retrouver l’écoute intérieure
Il semble que la parole créatrice, élan de vie traversant l’univers, parle à l’intérieur de l’homme. Encore faut-il l’écouter pour savoir ce qu’il faut faire. « Les yeux, pleins de larmes, Deucalion et Pyrrha se mirent à prier sur les marches pleines de mousse du temple de Zeus. Ils l’implorèrent de les aider à rendre la vie à la terre ».  Il ne faut pas oublier que la plupart des malheurs de l’homme tiennent à la perte de son écoute intérieure. C’est ce qu’ont bien compris les spécialistes de la psychanalyse. C’est ce qu’avait déjà compris, bien avant eux, Shéhérazade, dans les Mille et Une Nuits. Patiemment, au cours de Mille et une Nuits, elle a travaillé à rétablir, chez le roi, son mari, le lien perdu à la parole créatrice, porteuse de vie. Chaque matin, il faisait tuer la femme avec laquelle il avait passé la nuit ;  l’infidélité de son épouse précédente, lui avait fait perdre l’écoute et donc le lien à la parole créatrice. Et pour réparer un tel traumatisme en ouvrant à nouveau son oreille, Shéhérazade, lui a raconté des contes, qui, comme les mythes, renferment les racines de la vie

Sortir de soi et du temple de pierre pour construire un temple vivant
En réalité, l’homme n’est pas un individu isolé. Même si, comme le dit le mythe, tous les autres êtres humains, à part Pyrrha,  sont morts, il n’en reste pas moins que chacun fait partie d’une humanité plurielle à reconstruire. Or cette humanité où convergeraient les paroles créatrices, en interaction les unes avec les autres, représente le temple vivant qui s’oppose au temple de pierre. Il devient urgent de passer de l'un à l'autre. C’est bien ce que propose Zeus aux deux rescapés du déluge : « Quittez ce temple, voilez vos têtes... » Pour avoir invoqué un tel passage, certains ont été accusés de blasphème  et ont payé de leur vie un projet apparemment destructeur. Mais aujourd’hui n’avons-nous pas construit les temples de l’argent, où du matin jusqu’au soir les plus habiles s’efforcent de multiplier leurs richesses en prenant le pain des pauvres ? S’il ne faut plus s’enfermer dans des temples de pierre, pour passer de la prière à une re-création, comme le prétend Zeus lui-même, combien est-il plus urgent de quitter les temples de l’argent pour construire de nouveaux temples, où chaque pierre serait un être humain, libre et créateur de véritables richesses.

Jeter la mort derrière soi pour en faire surgir la vie
Le conseil de Zeus est plus explicite encore que celui de quitter le temple : « … jetez, derrière vous, dit-il,  les ossements de votre grand-mère ». Comment comprendre un message aussi mystérieux ? « Perdus dans leurs pensées, ils quittèrent le temple sans parvenir à comprendre pourquoi ils devaient ainsi troubler la paix de leurs ancêtres. Ils réfléchirent longtemps quand soudain Deucalion comprit que la grand-mère dont parlait le dieu était la Terre. « La Terre est notre grand-mère à tous, dit Deucalion, et ses ossements ne peuvent être que les pierres. » Il doutait que des cailloux puissent faire revenir la vie sur terre. Pourtant, aidé de Pyrrha, il en ramassa et les jeta par-dessus son épaule. C’est alors que le miracle se produisit : à peine touchaient-elles la terre que les pierres perdaient leur dureté et qu’elles se transformaient en corps humains. La partie la plus dure devenait les os, quant aux veines de la pierre, elles sont à l’origine des veines du corps humain. Les pierres que Deucalion jetait se transformaient en hommes, celles que jetait Pyrrha se transformaient en femmes. »

Mettre l’argent au service de l’homme et de son économie
L’image précédente est amusante, mais elle nous fait comprendre qu’il faut mettre la mort à sa place au service de la vie. Alors, rejetée à l’arrière, dans un passé dépassé, elle devient elle-même source de vie nouvelle. De la même façon, il faut mettre l’argent au service de l’homme et de son économie, en lui enlevant le rôle primordial, fait de toute puissance, qu’il avait usurpé. Autrement dit, comme on l’a déjà suggéré, il convient de sortir du temple des pleurs et de l’argent, et jeter derrière soi les pierres dont il est construit et qui ont fait leur temps, pour faire surgir les pierres vivantes de l’avenir. Et alors, le mythe précise bien que le dépassement à accomplir doit être opéré, en même temps, par l’homme et par la femme.

La naissance d’un homme nouveau
Rien ne sert de réparer un système ébranlé, qui conduit à la mort : il faut en bâtir un nouveau, où chaque homme, devenant sujet à part entière, en associant l’individuel et le collectif, trouvera une place centrale et pourra redonner à l’argent, rejeté à l’arrière, sa véritable signification au service de la vie. Ainsi, il faut faire un détour : passer du temple de la finance à la maison des hommes, faite de pierres vivantes. C’est alors que les problèmes économiques, trouvant leur juste place, pourront être plus facilement résolus par des hommes aguerris par l’épreuve comme l’exprime, à sa manière, la fin du mythe grec : « C’est ainsi que vint au monde une nouvelle race d’hommes, actifs et résistants au travail et à la souffrance, race issue de la pierre dure comme elle ».

 

Etienne Duval

 

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Texte du mythe grec

Par Duval Etienne
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Dimanche 25 décembre 2011 7 25 /12 /Déc /2011 10:16

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Le capitalisme peut-il se réformer ?

http://www.crayondenuit.com/archives/2009/05/16/13749094.htm

 

 

 

La crise, l'Europe et la démocratie

De l'inquiétude à la lucidité et au possible

 

Par Gérard Jaffrédou



La "crise" impose, dit-on, ses dures réalités. Mais aussi elle met à nu les mécanismes de notre système économique et les forces qui les meuvent. La capitalisme apparaît dans toute sa brutalité. Du coup les limites de la "démocratie" sont visibles, et la démocratie elle-même apparaît menacée. Notamment en Europe.


Le demos, c'est là qu'est l'os

Le sort de la Grèce en fournit un exemple caricatural, mais significatif.
Le demos de base a été invité à accepter les décisions venues d'un ailleurs inaccessible, et à se taire. On à trouvé scandaleux qu'il s'indigne, et inacceptable qu'on lui ait demandé son avis. Cependant on ne se scandalise guère que les riches -qui le sont immensément (dans cet exemple : l'Eglise orthodoxe et le puissant lobbies des armateurs)- soient, eux, à l'abri de tout effort sinon de tout reproche. L'Etat soutient ainsi ceux qui sont supposés, sans plus d'examen, faire le bien du pays. Le peuple, coupable de ramasser les miettes, paiera. Et il acceptera des dirigeants venus d'on ne sait où, qui feront comme les précédents, en pire sans doute, puisque, dans leurs positions antérieures, ils ont été à l'origine du désastre. Au moins sont-ils des connaisseurs.

La Grèce, comme l'Italie, nous révèle, outre peut-être notre avenir, la vérité de notre monde. Comment ne pas voir, sous cet éclairage, que le pouvoir n'est plus dans "le peuple" (l'a-t-il d'ailleurs jamais été réellement ? La "souveraineté", peut-être, ce qui est autre chose : une notion jusridique). La vie de milliers, de dizaines et centaines de milliers d'hommes et de femmes, de millions à l'échelle de la planète, voire l'avenir de la planète elle-même, dépend de décisions qui sont prises dans le secret des Conseils d'Administration des Banques, des grandes firmes, des instances internationales, contre lesquelles on ne peut que "s'indigner". Et subir. Personne ne s'indigne que ce sont "les investisseurs", les marchés", les "agences de notation" qui jugent et font, et surtout défont, la politique des Etats et non plus les citoyens .

Dans ces conditions, qui sont mondiales, comment soutenir que nous sommes "en démocratie" ? Il existe bien des systèmes représentatifs, où le vote est autorisé, et requis. Mais sont requis, bien davantage, les dollars, les euros qui font les candidats et font de ceux-ci des élus du peuple qui devront reconnaissance à leurs protecteurs. Ces systèmes démocratiques ont un avantage, qui est de faire croire que La Démocratie existe.


L'Europe, l'Europe, l'Europe !

L'Europe n'est ni un modèle, ni une garantie de démocratie.
Il faut se souvenir que "l'Europe" (celle de "l'Union") a été construite à l'issue de la guerre, et d'une manière telle que la démocratie a été bien discrète. Il fallait faire vite. Le nazisme était vaincu militairement sinon moralement. Les "démocraties occidentales" en avaient espéré qu'il détruise la Russie bolchévique et s'épuise dans ce combat. Elles se trouvent face à face avec cette dernière augmentée de son prestige de vainqueur et dans un statut d'alliée encombrant. Elle était une force d'attraction pour beaucoup, et restait un danger absolu pour beaucoup d'autres. L'Est de l'Europe était devenu un glacis protecteur pour la "patrie des soviets" après l' avoir été, contre celle-ci, pour les "démocraties occidentales" après 1918 jusqu'aux années trente.

Pour que l'Europe (de l'Ouest) échappe au "communisme" tentateur, il fallait vite la reconstruire matériellement, l'armer moralement. On connait l'histoire : Les Etats-Unis avaient des surplus qu'ils mettaient à la disposition de l'Europe jusqu'à l'Oural et au delà, moyennant un contrôle sur leur usage. Par-dessus le marché, leur culture, le jazz, le cinéma..., étaient plus consommables que le "réalisme socialiste".
On connait aussi la suite. Les soviétiques refusent, et du même coup les pays "de l'Est". Leur reprise économique -sur des bases inégales- n'en a évidemment pas été facilitée ; mais les difficultés étaient imputables au "socialisme réel".

Les pays de l'Ouest, eux, les acceptent. Or les Etats-Unis souhaitent un interlocuteur sinon unique, au moins organisé. L'idée européenne est née de cette exigence pratique, à laquelle se sont ajoutées des considérations idéologiques, politiques et économiques : opposer, d'urgence, au "socialisme réel" la prospérité capitaliste, dont l'Allemagne de l'Ouest était la vitrine. Construire les alliances diplomatiques et militaires : à défaut d'une Communauté Européenne de Défense, le Traité Atlantique Nord et son organisation, l'OTAN, y pourvoyait : une défense "tous azimuts" dans la doctrine officielle française, mais qui privilégiait certains axes de tir, toujours vers l'Est. Pour soutenir ces efforts, la première "Communauté européenne" fut créée pour produire du Charbon et de l'Acier . On habille le tout de bons sentiments : les nécessités de la réconciliation avec nos frères d'outre-Rhin ( après une "une guerre fratricide" a dit Giscard : les nazis étaient-ils nos frères ?). Le reste institutionnel a suivi comme il a pu. Les Etats, à quelques opérations chirurgicales près, sont restés ce qu'ils étaient au XIXème : encore souverains ; les nations, protégées par eux pensait-on, sont demeurées fières et sûres d'elles-mêmes, ou plus ou moins, chacune se méfiant toutefois des voisines. Les citoyens quant à eux, suivent loin derrière, un peu indifférents, rarement enthousiastes, plutôt vaguement bienveillants, souvent perplexes. Et maintenant sceptiques et désemparés..

L'Europe est née dans des circonstances qui faisaient d'elle un instrument de la guerre froide : cela lui donnait un brevet de démocratie congénitale. Mais elle n'a jamais eu de substance démocratique. Dès l'origine, les institutions ont été construites sans "le peuple", et en tenant celui-ci éloigné des centres officiels de décision (la Commission européenne, le Conseil des ministres -a fortiori l'administration). On connaît à peine les élus au parlement qu'on connaît assez pour le peu de poids qu'il a.
"L'Europe", qui a oublié pourquoi elle existe, ses raisons d'être initiales ayant disparu, ne sait plus où elle va. Elle peine à reconnaître ce qui la meut, qu'elle a déchaîné et qui maintenant la domine : la "toute-puissance des marchés", qu'elle ne remet pas en cause. Elle se perpétue, pour l'essentiel, telle qu'elle est.
Comment pourrait-on vouloir "plus d'Europe " si c'est "plus de cette Europe-là" ?


Un triomphe mondial

Il ya une circonstance aggravante.
Michel Rocard a eu raison de dire, puissamment, dans une tribune du Monde, il y a quelques années, que "le capitalisme a triomphé". En effet. Il a triomphé de la démocratie. Ou est en voie de le faire totalement. Déjà, il a vaincu le "socialisme réel". Il en reste quelques poches. On ne peut dire qu'elles résistent beaucoup, ni qu'elles proposent à la réflexion des références, ni encore moins des exemples : Cuba, la Corée du Nord, le Vietnâm, même. Et la Chine ? Est-elle devenue un "tigre de papier" ? Même pas. Elle pourrait constituer une sorte de modèle pour nos pays capitalistes soucieux d'efficacité. Un parti unique, qui assure le pouvoir des puissants de l'économie, maintient le peuple à l'écart, réduit les poches de résistance notamment culturelle (comme, par exemple le Tibet ...), uniformise, elle aussi, par la prétendue modernisation. Le modèle social et politique qui nous attend, sera-t-il, comme les grille-pain qui se détraquent, Made in China ?


Passivités

Si l'avenir est peu prévisible, la situation où nous sommes ne l'était pas.
Je me suis souvent rappelé, en voyant le cours des choses, ce souhait exprimé par la "Trilatérale", qui réunissait en 1975 ou 76, les têtes pensantes du monde politique, technocratique et de quelques syndicats. Le parti communiste avait épinglé la conclusion du rapport final et la citait souvent : "le bon fonctionnement de la démocratie requiert une certaine passivité des citoyens et des groupes". Nous y sommes.

Le rôle des Etats, leur mode de fonctionnement, ont évolué conformément à ce programme. La bourgeoisie triomphante au XIXème siècle a inventé ces Etats dans leur forme "nationale", les a unifiés, organisés au mieux de ses affaires du moment. La tâche de chacun d'eux était de créer un marché accessible, à l'intérieur des frontières protégées, tout en assurant la position de la classe dirigeante. Dans ce rôle, les Etats apparaissent aujourd'hui comme, au XVIIIème siècle les formes du féodalisme : caducs. Les affaires de la bourgeoisie mondiale sont... mondiales. Les grandes instances internationales lui conviennent mieux. Le rôle des Etats est, maintenant, d'assurer, à leur échelon, la marche des affaires internationales qui se décide ailleurs, du côté de Washington, pour le moment, voire déjà de Pékin. Bref, les Etats doivent principalement satisfaire les "marchés mondiaux", garantir les retours sur investissements ...et les passivités nécessaires. Dans cette perspective, tout est bon pour limiter la démocratie .


Extrémismes

Les moyens sont nombreux et ont été efficaces. Les démocraties savent très bien transformer le résultat d'un vote en son contraire. Le NON presque franc et assez massif à un référendum devient un OUI sans réserve. Il suffisait de faire voter cette fois les élus, dont la majorité pense bien puisqu'elle ne pense pas comme le demos irresponsable qu'elle représente. On peut aussi au besoin, faire voter "le peuple" à nouveau, jusqu'à ce qu'il comprenne comment il faut voter. Les experts expliqueront savamment "qu'il n'y a pas de plan B", et que si le peuple vote mal, il entraînera le continent, voire la planète dans la catastrophe. Puis, le bon vote obtenu, les décisions ardemment souhaitées ayant été prises -démocratiquement, bien sûr-, où sommes nous ? Au bord du gouffre. En avant ! Encore un pas ! C'est la bonne direction. Il n'y en a pas d'autre. Et nous marchons. On arrive presque à penser qu'accepter ces injonctions, c'est cela la démocratie. S'y opposer, c'est de "l'extrémisme".


Charmes

Un Etat policier est même inutile.
Le marché a ses "lois d'airain". Il a aussi son charme. Nous avons, nous, des moments de lucidité. Et d'inévitables complicités. Notre voiture nous porte pour nos presque moindres déplacements. Tous les samedis, nous remplissons le caddie, preuve suffisante de notre liberté. Après un sevrage forcé, nous allumons en hâte la télé et nous voilà plantés devant. Nous savons bien, au fond, que ces conduites sont absurdes, que ce système-là est mortifère. Mais nous le faisons marcher autant qu'il nous fait marcher. Comment vouloir autre chose que ce qui nous tient si bien en laisse ? Comment imaginer qu'une autre vie soit possible (sur terre, s'entend) ? Il est entendu et évident (suivant le mot significativement à la mode : l'évidence dispense de penser) qu'on ne peut rien, que tout est trop compliqué pour qu'on agisse. Il faut être réaliste, responsable, accepter le monde comme il est, puisqu'il n'y en a pas d'autre (sur terre, s'entend).

"Le capitalisme a triomphé. Le problème de la gauche est de l'accepter", précisait Rocard. En effet. Les deux partis supposés seuls aptes à gouverner, le répètent d'une seule voix. Leur cohabitation ne semble pas avoir été un grand moment de confrontation loyale, l'occasion d'une discussion féconde, où l'un aurait mis en question son arrogance ; où l'autre aurait au moins esquissé un effort de pensée critique. Et inversement. L'un se pense toujours dépositaire, de droit divin, du pouvoir ; l'autre semble n'avoir rien vu, rien compris du système, du moins de sa malfaisance, après l'avoir dirigé pendant dix-sept ans ( pas seul, pas continûment, mais sans être jamais très loin). Si la droite est dans son rôle, plus facile, de conserver les choses en l'état en prétendant "réformer" (quoi ? pour qui ?), on aurait attendu de la gauche dite gouvernementale un petit effort d' "élaboration programmatique", elle qui voulait "changer la vie".... Pour les uns, il s'agit de libérer aussi vite et autant que possible le capital qui souffre d'entraves insupportables et coûteuses : la législation du travail, la protection sociale des travailleurs, le peu qui reste du contrôle de l'Etat. Pour les autres, il s'agit d'y aller un peu moins vite, ou moins visiblement, ou en limitant un peu les dégâts. Puisque la différence entre les uns et les autres n'est plus visible, on en conclut qu'elle n'a plus de raison d'être.

Le mécanisme, très hexagonal, de l'élection présidentielle au suffrage universel, produit ces deux partis dominants et très voisins, aux limites poreuses, qui cherchent l'un et l'autre à ratisser large. Il leur faut des discours séduisants et rassurants. La politique est devenue affaire de communication par devant, et de technocrates (pardon : d'experts) par derrière. La séduction et la technique imposent leurs vérités, excluent le jugement, la parole, et le choix, c'est-à-dire la politique. En d'autres termes : la démocratie. Puisqu'il n'y a plus de débats, il reste les coups bas. Ce qui ne rend pas la démocratie", devenue sa propre caricature, plus aimable. A défaut de discussions, elle offre un spectacle souvent peu ragoûtant.

 

Sidérations
D'autant que les vieilles recettes mobilisatrices ne marchent plus guère, malgré une sorte d'acharnement thérapeutique, ou des nostalgies tenaces.
Qui peut défendre de bon coeur un Etat, la res publica, qui liquide le service public ? Pour le quotidien, il obéit aux "marchés", en adopte les normes, qu'il applique à ce qui lui reste de ses propres services (après la Santé, par exemple, l'Education nationale...) et navigue à vue. La Nation, comme "le mollusque dans sa coquille", tient par l'Etat, qui, lui, ne tient plus guère que par la Nation elle-même et l'idée qu'elle se fait de son"identité", celle qui lui est inculquée et où elle ne se retrouve plus.
Jusqu'à il y a peu, chacun se croyait protégé dans le corps de la mère-patrie. On mourait pour elle. On dirait plutôt, aujourd'hui : à cause d'elle. Un arsenal de symboles soudait en une "grande nation", "les masses", comme en 14. Parfois, aujourd'hui, celles-ci en ont la nostalgie , mais le plus souvent, elles en sourient, plus dupes. Les efforts pour vénérer à nouveau "l'identité nationale" ont excité quelques uns et laissé beaucoup indifférents. On y voyait trop le nationalisme borné, la xénophobie hargneuse. On y devinait presque "la bête immonde" qui s'y love. Et les gardiens de la bête sont toujours là, prêts à la lancer sur les mauvais Français, sur la racaille, quoi.

Les partis survivent dans ce cadre national et sur le modèle étatique, et grâce à eux. Ils ne sauraient les mettre en cause. Ils en assurent plutôt la pérennité. Ils se substituent aux citoyens, restent méfiants à l'égard des revendications ou interrogations ou contestations qu'ils ne peuvent contrôler comme au bon vieux temps et encore moins impulser. Celles-ci ne rentrent pas -ou ne rentrent plus, ou de moins en moins- dans les schémas sav'ants et dans les cadres institués ; par-dessus tous ceux-ci : le cadre étatique-national rigide et le lointain cadre européen. Les partis contribuent, comme l'Etat, comme l'Europe, à maintenir les citoyens à l'écart des débats et décisions. Du même coup, le décalage s'accroît entre eux et leurs propositions (quand ils en ont) , et les citoyens eux-mêmes. Cela n'empêche nullement les institutions "démocratiques" de fonctionner, bien au contraire elles reposent sur cette illusion de réprésentativité qui est une dichotomie de fait .
.
On ne bouge pas. L'Etat paraît républicain et démocratique puisque centralisé. La Nation, dans sa conception hexagonale, serait un modèle universel parce que fixé dans une uniformité abstraite. Les symboles et les mythes qui protègent l'un et l'autre apparaissent de mieux en mieux pour ce qu'ils sont : des mystifications commodes pour le gouvernement des masses (qui y tiennent encore un peu) ...alors qu'elles sont dangereuses pour l'avenir. Ce fétichisme de la Nation et de l'Etat, ce double culte, cet attachement à la monarchie républicaine sidère les esprits. Il empêche -ou rend difficile- que la France si exemplaire mue en une véritable démocratie. Elle ne peut imaginer pour elle une sorte de fédéralisme -surtout pas ! - solution pourtant raisonnable, qui pose les pouvoirs aux niveaux où se posent les problèmes à résoudre. Elle ne peut donc le vouloir pour l'Europe. L'Europe politique pourrait avoir cette forme, et y gagner, peut-être elle aussi, en démocratie. On en évoque l'hypothèse, quelques fois. Mais le passage à l'acte n'est probablement pas pour demain. A moins que les faits, les crises, l'évolution des esprits -ceux des citoyens d'abord-, ne l'imposent plus vite qu'on ne s'y attend.

 

Une victoire
En attendant, les nations éternelles doutent de leur avenir, se méfient des Etats qui continuent de se discréditer, mais qui sont encore précieux. On commence à apercevoir cependant qu'ils font surtout le bien de leurs puissants protecteurs, et feignent de croire que ceux-ci feront le bien de tous, si on les laisse libres. Un connaisseur, William Buffett, première fortune mondiale avec ses 62 milliards de dollars en 2008, déclarait : "La guerre des classes existe et c'est la mienne qui est en train de l'emporter" .
Il me paraît excessivement optimiste d'estimer que cette victoire-là est celle de la démocratie.
Je m'étonne que personne encore n'ait affirmé que le bilan du capitalisme, bien contestable et si peu contesté, est "globalement positif". Je le regrette. Cela aurait permis de rire un peu.

Ne désespérons pas. Il se pourrait que "les masses", saisies enfin par quelques évidences de plus en plus fortes, se défassent de leurs peurs, se saisissent de leur avenir et deviennent une force collective...

Car il se peut, mes frères, qu'elles entendent l'avertissement de Bossuet , qu'elles en percent le sens et agissent en conséquence :

"Le Ciel se rit des prières qu'on lui fait pour éloigner de soi les malheurs
dont on persiste à vouloir les causes".

 

Gérard Jaffrédou 17. XII. 2011

 

 

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Par Duval Etienne
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Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 11:02

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a6/Mairie_Bernex_%28Haute-Savoie%29.JPG

 

La mairie de Bernex en Haute-Savoie

 

 


Les communes et leur avenir


Le mal de notre pays est la toute-puissance administrative liée à une centralisation excessive. Vouloir supprimer les communes, c'est faire un pas en arrière au détriment de la démocratie, car la commune proche du terrain est un chaînon indispensable pour que chaque habitant puisse avoir sa part de responsabilité. Les ressentis, admis comme une vérité première, vont à l'encontre de la réalité. C'est ce qu'essaie de montrer André Duval, ancien maire et ancien président d'une communauté de communes de Haute-Savoie. Son texte est un plaidoyer pour une démocratie plus proche du terrain.


Si l'on écoute ou si on lit ce qui se dit à propos des communes on ne peut qu'être convaincu de leur disparition prochaine. Les comparaisons avec nos voisins montrent que leur nombre est nettement plus important 36 000 par rapport aux 12 000 allemandes ; en Grande Bretagne le nombre est encore plus réduit. Elles sont aussi beaucoup trop coûteuses du fait du nombre de conseillers, de maires et de maires adjoints. Un argument indirect contre les petites communes : elles ont trop de pouvoirs dans l'élection des sénateurs. Enfin et c'est le principal, peut-être pas dans le fond, mais dans la démonstration : elles participent au mille-feuille administratif tant décrié. Il est intéressant d'aller au-delà de l'incantation et d'analyser ces critiques avec objectivité et de les confronter aux avantages qu'en tire notre démocratie. Le principe de subsidiarité qui veut que toute responsabilité soit assumée par la population concernée servira à cette confrontation.


Trop de communes ?

Le premier argument en faveur de la suppression des communes est leur nombre important par rapport à d'autres pays. Il est vrai que le nombre de communes françaises est très nettement supérieur à celui de l'Allemagne. Mais en y regardant de plus près on s'aperçoit que ce n'est pas si évident : en effet le nombre de communes dans le land de Rhénanie Palatinat est de 2 306 pour une superficie de 19 855 km² et pour 4 053 948 habitants ce qui donne une superficie et un nombre moyen d'habitants par commune inférieurs aux moyennes françaises. C'est donc que même en Allemagne on n'est pas absolument convaincu de la nécessité de réduire le nombre de communes. Le tableau ci-dessous donne d'autres exemples proches de la Haute-Savoie d'où est écrit cet article et qui sont encore plus extrêmes que le cas français. Quelques mots concernant la Grande-Bretagne : les responsabilités effectives sont exercées par des institutions en nombre très restreint, mais il existe en dessous un réseau de paroisses ou de communes semblable au nôtre ; celles-ci munies d'un conseil élu jouent un rôle de communication avec les autorités supérieures. Or dans ce pays on est conscient de la faiblesse de cette animation démocratique et on nous envie notre système si bien que le nouveau gouvernement (Cameron) vient de donner des responsabilités réelles à ces paroisses ou communes. Ainsi ce premier argument pour la suppression des communes, c'est-à-dire leur nombre, reste très discutable.

 

Quelques exemples

Territoire Superficie km2 Nombre d'habitants Nombre de communes Superficie commune Population commune
           
France 547 030 65 400 000 35 569 15,4 1 839
           
Haute-Savoie 4 234 740 000 294 14,4 2 517
           
Allemagne 362 598 82 317 658 12 226 28,8 6 733
           
Rhénanie Palatinat 19 855 4 053 948 2 306 8,6 1 758
           
Canton de Vaud 3 212 697 802 375 8,6 1 861
           
Pays d'Aoste 3 263 120 000 72 45,3 1 667
           

 

Le nombre des communes serait source de coûts que leur suppression réduirait. Grâce aux données de l'Insee nous disposons d'une bonne base pour comparer les coûts des communes en fonction de leur nombre d'habitants. Si nous traçons la courbe du coût par habitant en fonction du nombre d'habitants des communes on obtient un résultat des plus démonstratifs : le coût par habitant croît avec la dimension de la commune, ce qui signifie que deux communes séparées coûtent moins que la commune fusionnée.

*L'anomalie de l'avant dernier point correspondant aux communes de plus de 150000 habitants hors Paris(dernier point) est lié au taux de transfert des charges de ces communes vers la communauté d'agglomération. Pour la bonne lecture les points représentent les classes de communes suivantes :

<250<500<2000<3500<5000<10000<20000<50000<100000<Paris.

 

Ainsi supprimer les communes aurait pour résultat un supplément de coût. Vu l'état des finances de la France ce n'est pas la solution à préconiser.
Comment expliquer ce paradoxe ? Nous avons une première réponse : le taux d'absentéisme du personnel croît avec la dimension de la commune et peut aller du simple au double. Comme on le voit, en effet, le coût du personnel par habitant croît avec le nombre d'habitants.
Mais la source de cet effet a sûrement d'autres conséquences, car elle découle de la moindre motivation qui est elle-même liée à un plus faible engagement des élus. Une autre raison doit être que, dans le domaine administratif, il n'y a pas d'économie d'échelle et au contraire dés-économie d'échelle. Ce phénomène a été théorisé dans le cadre de l'analyse de la complexité qui veut qu'une administration génère des communications entre son personnel et que leur nombre croît avec le carré de celui des employés dans cette administration et non proportionnellement avec ce nombre.
Dans une approche défensive on pourrait argumenter et dire que les grandes communes offrent plus de services à leurs administrés, mais ce plus de services ne peut justifier un coût croissant avec le nombre d'habitants car dans ce cas le coût par habitant devrait se situer au même niveau quelle que soit la dimension des communes puisqu'il y aurait propension à plus dépenser. La courbe pour les investissements confirme cette interprétation, elle est relativement stable avec le nombre d'habitants hormis le cas de Paris.

Il ne faut pas oublier que les communautés de communes assument normalement les fonctions réservées aux collectivités de plus grandes dimensions.

Puisque nous avons cité comme cas particulier le land de Rhénanie-Palatinat, les statistiques allemandes montrent que ce land est moins coûteux pour la totalité de la chaîne administrative : 4590 €, que la moyenne de l'ensemble des lands : 5062 €, confirmant ainsi l'observation faite pour la France.


Le soi-disant mille-feuille administratif et la centralisation excessive
Nous pouvons alors passer à un mille-feuille administratif auquel les communes participeraient. Tout d'abord la France comporte-t-elle un nombre d'échelons administratifs plus important que les autres pays, par exemple l'Allemagne ? Oubliant pour l'instant la Rhénanie Palatinat pour partir d'un land plus connu celui du Bade-Wurtemberg, la hiérarchie des structures s'établit ainsi : Communes (regroupées), kreiss, land, État fédéral, soit quatre niveaux. Mais on doit y ajouter les anciennes communes qui disposent d'un conseil élu et d'un budget. C'est alors le même nombre que chez nous en comptant les communes et les communautés de communes. D'où vient alors la différence de ressenti puisque en Allemagne ce problème de mille-feuille ne se pose pas ? Considérons alors une responsabilité parmi d'autres : les lycées, en Allemagne, bien que très majoritairement payés par les lands, sont gérés par les communes d'implantation ou de recrutement, en France ils le sont par les régions. Ainsi en Allemagne il y a une très forte relation entre le lycée et la commune alors qu'en France un lycée est comme un corps étranger dans sa commune. En Allemagne la grande salle de spectacle du lycée peut-être partagée par le lycée et la commune, en France le gymnase, propriété de la commune sera séparé du lycée pour lequel il a été construit par une clôture. En réalité la différence tient à ce que l'Allemagne ne connaît pas la centralisation administrative et s'en félicite*. C'est-à-dire que chaque niveau d'administration n'intervient pas dans le niveau inférieur à qui il délègue chaque responsabilité quant celle-ci doit descendre plus bas. En France chaque niveau veut intervenir dans les niveaux inférieurs ; nous venons de le voir pour les lycées, mais nous avons aussi les préfectures de région, de département, les sous-préfectures. Les régions sont en passe de créer leurs propres sous-préfectures, les départements font la même chose avec la territorialisation des services sociaux, des services de la petite enfance qui pourraient être délégués aux communes ou communautés de communes. Ainsi en Allemagne un problème ne nécessite de contact qu'avec une administration, en France vous devez souvent vous mettre en relation avec deux voir trois ou quatre. Par exemple un problème de construction de logements sociaux exige que vous interveniez auprès des services de l'État déconcentrés dans les départements, auprès de ceux de la région, du département et de la communauté de communes. Et voilà où se cache le mille-feuille administratif. Cette centralisation administrative outre qu'elle rend un mauvais service au citoyen coûte nécessairement très cher. Comment gérer efficacement les personnels de service des lycées depuis la capitale de la région alors que la commune d'implantation ou la communauté de communes pourraient l'assumer tout en respectant les consignes qui leur seraient données par la région ? Les services sociaux territorialisés des départements pourraient être confiés aux communautés de communes ou aux communes, ce qui éviterait qu'ils passent le quart de leur temps à produire des rapports que les supérieurs ne liront pas.

Ainsi le mille-feuille ressenti n'est pas dû à la hiérarchie des collectivités locales mais à la centralisation administrative que chaque niveau exerce pour le plus grand malheur des administrés et pour les finances publiques. La somme des budgets administratifs français par habitant est supérieure à celle de l'Allemagne alors que les ressources des communes françaises sont très inférieures à celles des communes allemandes.

On peut alors se demander quels sont les principes sur lesquels fonder la juste répartition des tâches. Ne nous basons pas sur les principes de la démocratie qui est un concept devenu extrêmement vague mais partons des droits de l'homme. " Les droits de l'homme se définissent d'abord, comme un espace minimum de liberté qu'on doit reconnaître à chacun. Cet espace permet à tout individu de s'épanouir dans une société. " Tocqueville partant de ce principe arrive à celui de la subsidiarité qui stipule que chaque responsabilité doit être assignée à la population concernée : " Constitués d'ajouts successifs au fil de l'histoire, les droits de l'homme se définissent : " L'individu est le meilleur comme le seul juge de son intérêt particulier et la société n'a le droit de diriger ses actions que quand elle se sent lésée par son fait, ou lorsqu'elle a besoin de son concours " et sa conséquence : " La commune prise en masse et par rapport au gouvernement central n'est qu'un individu comme un autre auquel s'applique la théorie ci-dessus" . On peut généraliser la notion de commune à tous regroupements ou subdivisions de la société et nous retrouvons ainsi par déduction des droits de l'homme le principe général de subsidiarité. Ainsi tout ce qui ne concerne que la commune n'a aucune justification à être délégué au niveau supérieur. Et comme le dit Yves Simon avec Jacques Maritain, tous deux philosophes humanistes du XXème siècle (Yves Simon: "Notes sur le fédéralisme proudhonien", Esprit, 1er avril 1937, page 62-63) : " Toute fonction qui peut être assumée par l'inférieur, doit être exercée par l'inférieur, à peine de dommage pour l'ensemble tout entier. Car il y a plus de perfection dans un ensemble dont toutes les parties sont pleines de vie et d'initiative que dans un ensemble dont les parties ne sont que des instruments traversés par l'initiative des organes supérieurs de la communauté ". Le texte du Sénat du 31/03/2011 appliqué à la relation Pays-Europe va dans le même sens : "Dans ce contexte, votre rapporteur voudrait souligner que vouloir réellement mettre en oeuvre le principe de subsidiarité n'est pas s'en prendre à la construction européenne, mais au contraire travailler dans l'intérêt de celle-ci, qui loin de se renforcer s'affaiblit par un interventionnisme excessif ". En effet le principe de subsidiarité ne s'oppose pas dans la relation communes/communautés de communes à ces dernières mais fournit les arguments pour bien juger des responsabilités communales qui doivent être déléguées à la communauté de communes, ce qui peut varier d'une communauté de communes à une autre. Pour revenir aux exemples cités, par exemple à propos des lycées, si la propriété et la gestion par la région ne sont pas opportunes, par contre le financement distribué par la région peut répondre à un objectif de justice entre tous les territoires. Donc la subsidiarité comme le souligne le rapporteur du sénat n'oppose pas l'inférieur au supérieur mais vise à bien affecter chaque responsabilité au niveau adéquat.

En conclusion nous pouvons dire que la suppression des communes serait contraire à l'efficacité et aux principes d'économie, que c'est la centralisation administrative qui est la cause de la complexité du système administratif français, que la démocratie aurait beaucoup à perdre dans la suppression des communes si on entend par démocratie le système qui découle des droits de l'homme, que la subsidiarité qui stipule que chaque responsabilité doit être assumée par la population concernée est le critère qui permet de juger de la manière de répartir les tâches ou les fonctions entre les différents niveaux . A l'heure où la mondialisation exige une gouvernance au niveau de la planète il est important à moins de sombrer dans un despotisme loin des populations qu'elle se construise de niveau à niveau à partir du plus proche des personnes.

*Depuis la fameuse crise de la dette non seulement l'Allemagne se réjouit d'être libre de toute centralisation administrative mais exprime presque ostensiblement le vœu que la France veuille bien l'imiter dans ce domaine afin d'éviter les doublons administratifs et les coûts qui les accompagnent.

 

Annexe
Le cas du Québec : un problème mal posé

Le Québec au début des années 2000 avait décidé de fusionner d'autorité quelques 92 communes pour former plusieurs grandes villes autour de Montréal et de Québec en particulier. Quelques années plus tard les opposants ont obtenu en vertu du droit démocratique de revenir sur ces fusions par voie référendaire. Malgré des contraintes sérieuses mises à ce vote, 32 communes ont obtenu la majorité pour cette défusion qui a donc été réalisée.

Ces changements administratifs sont coûteux, car fusionner des administrations pour les séparer à nouveau implique des perturbations importantes concernant les bâtiments, les contrats de travail, l'archivage des documents, les procédures, etc.…

L'explication : La situation du canada est particulière en ce sens que les communes ne sont le fait que des provinces et n'ont aucune histoire. La province du Québec ne considère pas qu'il y ait un droit communal, elle est détentrice de tous les pouvoirs en dehors de ceux de l'État national.

Un problème mal posé. La hiérarchie d'institutions ne doit être réduite au plus simple et ce qu'ont voulu réaliser les promoteurs des fusions et que n'ont voulu considérer les défusionistes. Bien sûr il pouvait être intéressant de déléguer à une institution de niveau supérieur quelques compétences telles que le développement économique, mais en même temps la gestion des établissements scolaires de type primaire ou même des collèges ou le soin de la voirie pouvaient être mieux gérés par des entités moins larges. Chacun comme le montre la copie d'un argumentaire peut mettre en avant des coûts supérieurs ou des efficacités moindres mais seule la reconnaissance de la subsidiarité aurait pu conduire vers des solutions se rapprochant de l'optimalité.

 

Exemples d'argumentaire développé en faveur de la " défusion ":
" …. il y a trois arguments liés à l'impact de la fusion municipale sur les services que reçoivent les citoyens et le coût de ces services. En premier lieu, les représentants des arrondissements se plaignent de ce que, depuis la fusion, les citoyens doivent payer plus de taxes. D'ailleurs, les documents consultés soulèvent l'idée que non seulement les citoyens doivent payer plus mais aussi que les services municipaux se détériorent. La diminution de la qualité des services et de l'efficacité est un autre argument présent dans le discours. La fusion de différentes municipalités, selon eux, a entraîné la création d'une immense bureaucratie, ce qui aurait fait augmenter les délais de réponse aux besoins des citoyens. Les fonctionnaires locaux perdraient beaucoup de temps pour trouver les informations nécessaires car l'appartenance à une ville plus grande augmenterait les procédures bureaucratiques. En outre, les mémoires soulignent que les élus sont consultés sur des sujets qui affectent toute la ville, incluant des secteurs qu'ils ne connaissent pas (notamment dans les villes plus grandes), ce qui ralentit la gestion municipale quotidienne. Finalement, il y a une utilisation répétitive de l'idée que la fusion a fait diminuer la qualité de vie des citoyens, en général, et que la fusion a entraîné plus d'inconvénients que d'avantages. " (Thomas et Collin: "Constance et mutation: le discours des élus municipaux devant le mouvement défusioniste au Québec", Revue canadienne des sciences sociales, XXVIII-1 page 160.)

André Duval

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Dimanche 19 juin 2011 7 19 /06 /Juin /2011 15:45

http://etienneduval.perso.neuf.fr/images/Livre%20sur%20violence.jpg

 

Le sacrifice d'Isaac par Marc Chagall

 

 

Rédouane Abouddahab et Etienne Duval présentent, en tant qu’auteurs, un livre sur la violence qui vient de sortir. Ils souhaitent que les futurs lecteurs puissent consigner ici leurs commentaires avec la plus grande liberté. S’ils n’arrivent pas à faire la manipulation nécessaire, il leur suffira d’adresser leurs réactions à Etienne Duval, qui gère ce blog, à l’adresse suivante : etienne.duval@cegetel.net .

 

La violence et la parole

Lectures croisées de récits bibliques et coraniques

Rédouane Abouddahab & Etienne Duval

 

Éditions Merry World

 

 

Cet ouvrage est une réflexion sur la violence et son dépassement. Il prend appui sur un ensemble de récits bibliques et coraniques, dont le rapprochement même ici opéré met en lumière le fertile fond commun des trois monothéismes. Si l’ouvrage s’intéresse aux récits fondateurs du monothéisme, il n’aborde pas celui-ci comme une religion mais comme une culture. Réalité souvent ignorée : le monothéisme est avant tout une culture, à savoir une réalité humaine qui s’exprime à travers des médiums symboliques (dont la littérature, l’architecture, l’art…), et une éthique de vie. C’est une réalité culturelle géographiquement et historiquement étendue et diversifiée, mais en partie déterminée par ces récits fondateurs et leurs modalités d’inscription dans l’inconscient social. L’ouvrage porte également sur la violence comme acte fondateur. Car, si la violence se définit par la rupture du lien, elle est aussi et paradoxalement une manière de créer du lien. En ce sens, on peut la percevoir comme fondement de la loi symbolique.

Rédouane Abouddahab est enseignant-chercheur à l’Université de Lyon, Etienne Duval est sociologue dominicain. Ils animent ensemble Formidec, association lyonnaise active dans le domaine de l’échange inter-culturel et inter-civilisationnel.

 

 

Etienne Duval

Sociologue dominicain, Etienne Duval est diplômé de l’École Pratique des Hautes Études (1969), et docteur en sociologie sur l’idéologie (1973). Il a publié une quarantaine d’articles, notamment dans Lumière et Vie, Économie et Humanisme, Travail et Emploi, Alternatives

non violentes... Il a également publié plusieurs ouvrages, dont

La question juive (Éditions Universitaires, 1969),

Réussir l’aménagement du temps dans l’entreprise (l’ANACT, 1982)

Réenchanter la ville (ÉditionsJeanson, 1994),

L’Évangile raconté àMohamed (Éditions Jeanson, 2001),

Parole intérieure (édition numérique, 2002),

Désir et violence (numéro spécial de« Fêtes et Saisons », janvier 2002).

Etienne Duval anime plusieurs sites, et notamment un blog sur Internet où il publie régulièrement des articles (une soixantaine publiés jusqu’à aujourdřhui).

Voir, entre autres,

http://mythesfondateurs.over-blog.com  (une sorte d’agora philosophique sur Internet),

http://etienneduval.perso.neuf.fr/mythesfondateurs/ (mythes et contes du monde entier)

http://etienneduval.perso.neuf.fr/  (poursuite de mythes et contes et nombreux articles publiés sur internet)

http://etienneduval.perso.neuf.fr/groupedelaparole/ (Groupe de la « parole »).

 

Etienne Duval anime un Café philosophique dans le cadre de Formidec, association lyonnaise active dans le domaine de l’interculturalité.

http://etienneduval.perso.neuf.fr/cafephilosophique

 

 

 

Rédouane Abouddahab

Maître de conférences à lřuniversité Lumière-Lyon2 où il enseigne la littérature anglophone depuis 1993, Rédouane Abouddahab est docteur en littérature américaine. Il a publié de nombreux articles sur la théorie littéraire et sur la littérature américaine dans des ouvrages collectifs ou dans des revues spécialisées telles Psychanalyse et Recherches Universitaires, Revue Française d’Études Américaines, Écarts d’Identité(s)…. Il a dirigé un recueil d’études sur les nouvelles d’Hemingway pour The Journal of the Short Story in English (2007),

un ouvrage sur la littérature et l’art américains (Textes dAmérique : écrivains et artistes américains entre américanité et originalité, Presses Universitaires de Lyon, 2008),

un autre en collaboration avec Pascal Bataillard (Écriture et libération. Trauma, fantasme, symptôme, Lyon, Merry World, 2009), et un autre, en collaboration avec Josiane Paccaud-Huguet (Fiction, Crime, and the Feminine, Bristol, Cambridge Scholars Publishing, 2011). Il vient de publier un autre ouvrage chez Merry World (Leurres de l’identité, lueurs du désir. L’écriture comme création trans-identitaire, 2011). Son dernier travail sur la

poétique de Hemingway (La musique de la cruauté) paraîtra bientôt.

Rédouane Abouddahab est le président-fondateur de Formidec (Forum International pour le Dialogue des civilisations), association qui oeuvre depuis 2004 pour le rapprochement entre les cultures et les civilisations du monde.

 

Si vous voulez commander le livre directement, allez sur

 

  http://www.merry-world.com/liste_produits.asp?categorie=Spiritualit%E9&categorieid=14 


 

Pour contacter l'éditeur (libraire ou autre)


 

http://www.merry-world.com/contact.asp

 

 

 

 

 

 

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Mardi 17 mai 2011 2 17 /05 /Mai /2011 19:27

 

http://parc.parcasterix.fr/grevin/B2B_images/Louis_XIV_et_sa_cour_640.jpg

 

La cour de Louis XIV

 

http://www.grevin.com/scolaires

 

De l’idéologie à la vérité

 

Très fréquemment les progrès de la société et des individus sont constitués par un passage de l’idéologie à la vérité. Pour illustrer ce passage nous utiliserons le très beau conte arabe, intitulé « Le secret ». Ici, c’est le roi qui fait son passage, éclairé par un mendiant plein de sagesse, devenu son conseiller. Par ailleurs, en 1970, Althusser avait écrit, dans « La Pensée », n° 151, un article, qui reste, aujourd’hui encore, une référence essentielle : « Idéologie et appareils idéologiques d’Etat ». Pour tenter de jalonner le parcours que chacun est appelé à faire, nous nous situerons entre le conte et le texte théorique.

 

L’idéologie ou le règne de la sécurité

L’idéologie est le système de représentations que voudrait inculquer au peuple le grand vizir. Il s’agit d’assurer la sécurité des groupes et des individus. Sans doute la sécurité est-elle une exigence importante. Mais, lorsqu’elle détermine et surdétermine le mode de penser et la démarche politique, elle devient mortifère. Le but des groupes terroristes consiste souvent à nous affaiblir en nous enfermant dans l’idéologie.  Le souffle qui devrait animer la vie d’une nation ou d’un groupe de nations disparaît et nous sommes tous assignés à résidence sous la tutelle d’un Ministre de l’intérieur plus ou moins tout-puissant.

 

La sauvegarde et la multiplication des cordons ombilicaux

 Pour assurer la survie d’un enfant qui vient de naître, il est urgent de couper les cordons ombilicaux. Le bébé ne peut pas vivre fixé sur la mère même si la tentation est toujours grande, au cours de la vie, de retourner dans le calme et la paix du sein maternel, qui inspire les utopies sur le paradis perdu. Or l’idéologie voudrait nous empêcher de naître et de vivre. Il faut rester à l’ombre du roi pour avoir ses faveurs à court et à long terme. Alors, chaque fois qu’un problème se pose, les responsables politiques font voter une loi, pour faire prévaloir l’assurance sur la prise de risque. On pensait que la loi était pour le bien de tous : elle ne fait que légitimer un rapport de force à un moment donné, sous prétexte d’assurer la sécurité.

 

L’assujettissement ou le système de la Cour

 L’homme ou le prétendu citoyen ne sont que des sujets par procuration. Non seulement dans le royaume de Mahmoud mais aussi dans nos républiques actuelles, les cours se constituent avec des cercles concentriques. Plus je suis  proche du pouvoir et plus j’aurai de chances de recevoir la manne qui me fera vivre ou prospérer. Chacun joue des coudes pour entrer dans les préférences du « monarque ». Il faut faire allégeance pour recevoir l’autorisation d’exister. Ici, l’idéologie qui se développe avec l’assentiment des citoyens, conduit à l’assujettissement. Aussi la véritable parole tend-elle à disparaître ; elle est remplacée par la communication. Et le secret de la chambre basse, qui permet à Ayaz d’être soi-même, laisse la place à l’illusion de la transparence. 

 

La reproduction

 Dans un tel contexte, les hommes sont appelés à tourner en rond. La vie qui invente la vie s’arrête parce que le souffle qui l’anime ne peut plus produire de nouveauté. A défaut d’invention, la société devient la championne de la reproduction et de la standardisation. Et la pensée qui asphyxie cède le pas à une technocratie apparemment beaucoup plus efficace. Pendant ce temps, les hommes et les femmes de la Cour  bavardent avec brio mais l’éclat apparent de leurs mots d’esprit ne fait que masquer le vide de leur vie qui tourne en rond. Aussi la maladie mentale est-elle à la porte. C’est ce que met en évidence un conte que beaucoup trouvent anodin : il s’agit des « Trois fileuses ». La jeune femme qui veut gagner l’estime du fils du roi s’appuie sur le savoir faire de trois personnes, pleines d’expérience, qui font le travail à sa place. Au bout de quelques mois, elle finit par perdre la mémoire et s’enfonce dans la mélancolie jusqu’au jour où, grâce à son futur mari, elle prend conscience du côté burlesque d’une vie sans inventivité ; le rire lui sert alors de déclic pour entrer dans une existence sans cesse porteuse de nouveauté.

 

La vérité ou le pari de la liberté

 Comme dans le conte, il arrive un moment où le voile se déchire, ouvrant ainsi l’espace de la vérité. La recherche de la sécurité apparaît tout à coup trompeuse ; elle engendre en effet une violence arbitraire qui opprime la société et les individus. Œdipe, victime de l’idéologie, qui l’a empêché de voir la réalité telle qu’elle est, se crève les yeux pour entrer dans la pensée et dans la dynamique de la parole, plus proche de la dynamique de la vie. Et il aura fallu que le roi soit poussé dans le jeu idéologique du vizir, qui brise les individus, pour comprendre que la vérité est ailleurs, dans la chambre secrète du conseiller suspect ; elle n’est pas dans la recherche de la sécurité, elle est dans le pari de la liberté.

 

Le renoncement aux cordons ombilicaux

 Sous prétexte de promouvoir la sécurité, les cordons ombilicaux entravent le développement des individus. C’est en effet la première découverte de celui qui s’aventure sur le chemin de la vérité. Ayaz, le mendiant, a toujours refusé de s’enfermer dans la Cour, qui lui était hostile. Dans sa cellule, il n’y avait rien si ce n’est sa tunique déchirée, son bâton et son bol de mendiant. Il avait renoncé à tous les cordons ombilicaux pour entrer dans le manque, qui est le moteur de tous les désirs et en particulier du désir de liberté et de vérité. Chacun comprend sans peine qu’il faut cesser de bloquer les individus et la société par des garde-fous, des protections, des règlements et des lois inutiles, et même par un amour dépassé, pour mettre en marche les moteurs qui font avancer. A ce niveau, la vérité est pleine de violence et sans pitié, car elle dénonce toutes les béquilles de la bonne conscience, qui contrarie la véritable liberté.

 

Le primat du sujet responsable

 Le roi Mahmoud devient responsable lorsqu’il est mis en face de la vérité. En baisant le bas du manteau d’Ayaz, il devient sujet à part entière. Dans les révolutions récentes, c’est bien le primat du sujet responsable  que les insurgés revendiquent en découvrant les leurres dans lesquels les gouvernants les avaient enfermés. Et le malade psychique apprend, au cours de la cure thérapeutique, qu’il ne doit pas tricher avec ses ressentis, avec ses violences retenues, avec ses désirs frustrés, s’il veut, un jour, découvrir la liberté du corps et de l’esprit, c’est-à-dire la pleine liberté du sujet.

 

Le chemin vers la création

 La vérité est un chemin et elle mène à la création, car elle est l’alliée intime de la vie en mouvement. Dans le mythe d’Hiram, cher aux francs-maçons, les compagnons voudraient entendre du maître les secrets de la vérité, qui mène à la création du temple intérieur. Mais le maître ne peut leur livrer le message qu’ils sollicitent ; en effet, le secret est dans le constat que la vérité est un chemin inventé au cours de la vie de chacun. Il paiera de sa vie sa fidélité à la vérité, qui amène tout homme à inventer sa vie, c’est-à-dire à entrer dans le mystère de la création présent au cœur de la vie elle-même. En fait, sa propre vie a moins de prix que la vérité, qui vise finalement un certain dépassement de la mort.

 

La parole est dans le passage de l’idéologie à la vérité

Notre cheminement vers la vérité nous conduit au secret de la parole elle-même. C’est elle qui fait passer de l’idéologie à la vérité. Tout est dit dans l’échange entre le conseiller mendiant et le roi : « Tu n’as pas le droit d’être ici. Ici commence le royaume des pèlerins perpétuels. Mon royaume. Ne pouvais-tu le respecter ? – Pardonne-moi, dit le conquérant ». Devant l’esclave, il s’inclina et baisa le pan de son manteau ». Nous voyons ici que prendre la parole, au sens fort du terme, est un acte révolutionnaire ; il montre au maître qu’il est en réalité un esclave (de l’idéologie) et que l’esclave, dans l’enfermement de sa chambre basse, a acquis la maîtrise de la parole, qui libère en conduisant à la vérité. 

 

Le secret

 

Où se tenait Mahmoud, était Ayaz. Où souffrait Ayaz, souffrait Mahmoud. Il n’était pas au monde d’amis plus proches, ni plus soucieux l’un de l’autre. Pourtant, Mahmoud était roi et Ayaz son esclave.  « Ayaz à la blanche poitrine » : ainsi l’appelait-on, car il était d’une beauté parfaite. Il était arrivé en guenilles de vagabond dans la ville où régnait le conquérant superbe et redouté. Il avait longtemps cheminé, sans cesse assoiffé par la poussière des déserts, et plus encore par l’increvable désir d’atteindre un jour la lumière qu’il sentait brûler dans le fond secret de son âme, au-delà de toute souffrance. Mahmoud l’avait rencontré sur les marches de son palais et l’avait pris à son service, séduit par son visage et son regard de diamant noir. De cet errant misérable venu du fin fond des chemins, il avait goûté les paroles simples et jamais basses. Il avait fait de lui son conseiller. Il en fit un jour son frère de coeur.

 

Alors ses courtisans s’émurent. Que cet esclave leur soit préféré les scandalisa si rudement qu’ils complotèrent sa perte et se mirent à épier ses moindres gestes. Le vizir attacha quelques sbires discrets à sa surveillance. Un soir, lui fut rapportée une incompréhensible bizarrerie dans le comportement de cet homme qu’il détestait. Il s’en fut aussitôt à la haute salle au dallage de marbre où déjeunait Mahmoud, et s’inclinant devant le souverain terrible : « Majesté, lui dit-il, tu n’ignores pas que, pour ta précieuse sécurité, je fais surveiller tous les mortels, humbles ou fortunés, à qui tu accordes le privilège de ton incomparable présence. Or, il me parvient à l’instant d’inquiétantes informations sur Ayaz, ton esclave. Chaque jour, après avoir quitté la Cour, il va s’enfermer seul dans une chambre basse au fond d’un couloir obscur. Nul ne sait ce qu’il y trame. Quand il en sort, il prend soin de verrouiller la porte. A mon avis, il cache là quelque secret inavouable. Je n’ose penser, quoique ce soit possible, qu’il y rencontre de ces disgraciés, qui n’ont de désir que de te nuire. « Ayaz est mon ami lui répondit Mahmoud. Tes soupçons sont absurdes. Ils ne salissent que toi. Va-t’en ! » Il se renfrogna. Le vizir se retira discrètement satisfait : quoi qu’en dise le roi, son âme était troublée. Mahmoud, demeuré seul, resta, un moment pensif, puis fit appeler Ayaz et lui demanda, avant même de l’avoir embrassé : « Frère, ne me caches-tu rien ? – Rien, Seigneur, répondit Ayaz en riant. – Et si je te demandais ce que tu fais dans la chambre où tu vas tous les soirs, me le dirais-tu ? » Ayaz baissa la tête et murmura : « Non, Seigneur ». Le coeur de Mahmoud s’obscurcit. Il dit : « Ayaz es-tu fidèle ? – Je le suis, Seigneur ». Le roi soupira. « Laisse-moi, dit-il. » Il ne put trouver la paix.

 

Le soir venu, quand Ayaz sortit de sa chambre secrète, il se trouva devant Mahmoud, son vizir et sa suite dans le couloir obscur. « Ouvre cette porte, lui dit le conquérant. » L’esclave serra la clef dans son poing et, remuant la tête, refusa d’obéir. Alors Mahmoud le prit aux épaules et le gronda : « Si tu ne me laisses pas entrer dans cette chambre, la confiance que j’ai en toi sera morte. Veux-tu cela ? Veux-tu que notre amitié soit à jamais défaite ? Ayaz baissa le front. La clef qu’il tenait glissa de sa main et tomba sur le dallage. Le vizir la ramassa, ouvrit la porte. Mahmoud s’avança dans la pièce obscure. Elle était vide et aussi humble qu’une cellule de serviteur. Au mur pendait un manteau rapiécé, un bâton et un bol de mendiant. Rien d’autre. Comme le roi restait muet devant ces guenilles, Ayaz lui dit : « Dans cette chambre, je viens tous les jours pour ne pas oublier qui je suis : un errant en ce monde. Seigneur, tu me combles de faveurs, mais sache que mes seuls biens véritables sont ce manteau troué, ce bâton et ce bol de mendiant. Tu n’as pas le droit d’être ici. Ici commence le royaume des pèlerins perpétuels. Mon royaume. Ne pouvais-tu le respecter ? – Pardonne-moi, dit le conquérant ». Devant l’esclave, il s’inclina et baisa le pan de son manteau. (Conte arabe, Henri Gougaud, L’arbre aux trésors, Ed. du Seuil)

 

 Etienne Duval

 

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Par Duval Etienne
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Mardi 19 avril 2011 2 19 /04 /Avr /2011 08:49

 

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/77/Mohammed_receiving_revelation_from_the_angel_Gabriel.jpg

 

 

Mohamed recevant la révélation de l’ange Gabriel

 

Tiré du Jami’al-Tawarikh

 

 

 

La voie d’humanisation proposée par l’Islam

 

 

Une révélation divine est d’abord une intuition et il ne nous appartient pas de juger si la Parole de Dieu y est engagée. En même temps qu’elle peut susciter un échange entre l’homme et Dieu, elle est porteuse d’un projet humain qui peut faire avancer ou régresser l’humanité dans son ensemble. C’est à lui seulement que nous nous intéressons ici et nous pensons qu’en ce qui concerne l’Islam il est de grande qualité.

 

Le récit sur la rencontre de Salomon et la reine de Saba

Mohamed nous présente un récit intitulé « Salomon et la reine de Saba » dans la sourate XXVII des fourmis. Il s’appuie sur un passage de la Bible qu'il reprend à sa manière. Il affine ainsi notre compréhension de l'Islam. Il pense en effet que l’attitude profonde de soumission qu’il met en valeur a toujours existé chez les personnes les plus proches de Dieu. Ainsi Salomon et la reine de Saba sont présentés comme deux types fondamentaux  qui illustrent deux pratiques de l’Islam : une pratique, en partie, contestable, celle de Salomon, et la bonne pratique, celle de la reine de Saba.

 

Une voie royale : la fidélité indéfectible  à la recherche de la vérité

 Or, c’est une voie royale que Mohamed propose à toute femme et à tout homme quels qu’ils soient : elle concerne la fidélité dans la recherche de la vérité. Sans doute, la reine de Saba adorait-elle le soleil, mais son attitude intérieure était pure : elle était en recherche de vérité. Et lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle est dans l’erreur, elle n’hésite pas à se soumettre à une vérité qui la dépasse et qui, dans son prolongement ultime, se manifeste dans le Dieu de Salomon.

 

Des écueils à affronter

Pour atteindre la vérité, Mohamed sait que l’homme devra affronter plusieurs écueils importants. Ces écueils sont illustrés par le comportement de Salomon.

 

La toute-puissance du masculin

 

Salomon est très étonné lorsqu’il apprend que Saba est gouverné par une femme, « comblée de tout » et possédant « un trône magnifique ». Il pensait que le pouvoir devait appartenir aux hommes. Or la réalité fait vaciller ses principes masculins mais il se rassure car la reine de Saba adore le soleil et n’est donc pas dans la vérité de l’existence.

 

La tyrannie du pouvoir

 

Provoqué, Salomon finit par se prendre pour Dieu Lui-même ; il exige la soumission de la reine de Saba. Son message envoyé à celle qui semble le défier dans sa fierté d’homme et de roi est le suivant : « C’est de la part de Salomon et c’est au nom de Dieu, le Tout miséricorde, le Miséricordieux : n’allez pas vous croire supérieurs à moi. Venez à moi faire votre soumission ». En pure exégèse, il pourrait s’agir d’une soumission à Dieu. Mais, en réalité, Salomon s’appuie sur Dieu pour défendre la suprématie de son pouvoir et demander la soumission de la reine à sa personne.

 

L’utilisation de la violence

 

Les tergiversations de la reine de Saba ne vont pas faire céder le roi. Elle voudrait s’expliquer, parler avec Salomon, entrer en relation avec lui. Pour le moment il n’est pas prêt. Alors il exige de celle qui semble le défier non seulement la soumission mais aussi la reddition. C’est avec son armée qu’il ira assaillir les habitants de Saba, une armée si forte qu’ils ne pourront résister. Il promet de « les expulser de leur cité, avilis et humiliés ».

 

Un itinéraire ambitieux pour dépasser les écueils 

 La reine de Saba n’est pas de nature à céder aux impulsions de Salomon car elle est déjà dans la recherche de la vérité. Elle va nous montrer, au contraire, comment les écueils qu’il met sur sa route suscitent en elle l’énergie nécessaire pour les dépasser. Et c’est donc l’itinéraire à suivre, offert à l’homme désireux d’aller jusqu’au bout de sa recherche de vérité, qu’elle propose à chacun d’entre nous.

 

Faire sa place à la femme

 

Ce n’est pas par hasard que Mohamed a proposé une femme comme modèle. Il connaît le machisme des hommes de son époque et il sait qu’ils ont besoin des qualités de la femme pour dépasser ce travers de leur toute-puissance, incompatible avec la soumission à la vérité. Dans le chef d’œuvre des Mille et Une Nuits, quelques siècles plus tard, Chaharazade inventera une forme de psychanalyse pour guérir l’homme de sa peur de la femme. Bien plus elle manifestera, avec un relief saisissant, la nécessité de faire sa place au féminin pour guérir la société de ses dysfonctionnements.

 

Le nécessaire recours à la parole pour faire face à la violence

 

Lorsque Salomon demande à la reine de Saba de se soumettre, elle fait appel à ses conseillers pour discerner quelle conduite adopter. Ils lui répondent  que le royaume est « détenteur d’une force et d’une puissance redoutable » mais ils lui laissent prendre sa décision. Alors elle réfléchit et leur dit : « Les rois, quand ils envahissent une cité, y font grand dégât, et réduisent les honorables citoyens à la vilenie ».  Elle sait que la violence engendre la violence, et ce sont les habitants qui en supportent les mortelles conséquences. Dans de telles conditions, il vaut mieux ouvrir l’espace de la parole en envoyant un cadeau au roi belliqueux. Sans doute, en un premier temps,  écoute-t-il sa fierté de monarque  et refuse-t-il le présent. Mais ce geste de la femme, à défaut d’ouvrir l’espace de la parole, commence à éloigner la violence en dégageant l’espace de la séduction.

 

Savoir reconnaître ses erreurs

 

C’est alors que Salomon tend un piège à celle qu’il veut connaître. Il demande à un djinn de lui confectionner un double du trône de la reine de Saba. A la grande surprise de tous, « l’image » est aussi belle que la réalité. Mais le roi, retrouvant un peu de sa sagesse, demande qu’on lisse de verre le palais de la souveraine. Lorsque la femme arrive, elle croit reconnaître son trône tout en émettant une certaine réserve (on dirait que c’est lui), et pénètre dans le palais. Alors, découvrant une nappe d’eau profonde tellement le sol a été poli, elle soulève sa robe et dénude ses jambes. Déjà séduit, le roi lui signale sa méprise. Elle n’hésite pas alors à reconnaître son erreur et se soumet, dans son esprit, à la vérité tout entière, en se convertissant au Dieu de Salomon.

 

Une intuition universelle contrariée par le pouvoir

 Pendant les premiers siècles, l’Islam a été un ferment puissant de civilisation, à tel point qu’il a pu se confronter pacifiquement et avec succès aux autres cultures et aux autres religions. Mais dès le douzième siècle, un blocage s’est produit. L’intuition de la fécondation de l’homme par la recherche inconditionnelle de la vérité semble avoir cessé de fonctionner. En prenant le pas sur elle, le pouvoir a contribué à détruire au moins en partie ce qui était un stimulant pour le développement de toute civilisation. Pour l’avenir de l’Islam et le progrès des cultures qu’il peut susciter, il apparaît nécessaire, face aux pouvoirs de toute nature, de redonner la première place à l’intuition universelle qui lui a donné naissance.

 

 

Sulaïmâane et la reine de Saba
(Sourate XXVII, " Les fourmis ")

 

1 Tâ sîne (T S). Ce sont là des signes du Coran et d'un Livre explicite
2 en tant que guidance et que bonne nouvelle pour les croyants
3 ceux qui élèvent la prière, acquittent la purification : ils ont certitude, eux, de la vie dernière
[…]
6 tu reçois certes le Coran du sein d'un Sage, d'un Connaissant.
7. Lors Moïse dit aux siens : " Je perçois un feu. Je vous en rapporterai une information, ou un brandon en flamme dont vous pourriez vous réchauffer ".
8. Quand il y parvint, il fut appelé : " Beni Celui qui est dans le feu et [Celui] qui l'entoure
- O transcendance de Dieu, Seigneur des univers !
9. - Moïse, Moi Je suis Dieu, le Tout-puissant, le Sage […] "
16. Sulaïmâane hérita de Dâwood. Il dit : " Humains, on nous a enseigné le langage des oiseaux, nous sommes gratifiés de tout [outîna min koulli chaïe]. "
- C'était là le privilège éclatant.
17. Et fut rassemblée par Sulaïmâane son armée de djinns, d'hommes et d'oiseaux, à sa discrétion.
18. Ils arrivèrent enfin à la vallée des fourmis. Une fourmi dit : " Fourmis, rentrons dans nos demeures, que Sulaïmâane ne nous écrase avec ses soldats, sans même s'en rendre compte ".
19. Sulaïmâane modéra en sourire le rire que lui inspirait ce propos : " Seigneur, dit-il, confirme-moi dans l'action de grâces pour le bienfait que Tu m'as dispensé comme à mon père et mère, et dans l'accomplissement de l'œuvre salutaire qui puisse Te contenter. Fais-moi entrer par Ta miséricorde au nombre de Tes adorateurs justifiés ".
20. Après avoir cherché parmi les oiseaux, il dit : " Comment ne vois-je pas la huppe ? Serait-elle parmi les manquants ? "
21. que je lui inflige une punition sévère ! Ou même l'égorge à moins qu'elle ne me présente une justification explicite "
22. or, sans l'avoir trop fait attendre, elle dit : " J'ai embrassé de mon savoir ce que tu ne sais pas. Je t'arrive de Saba avec une information de certitude
23. J'ai trouvé qu'une femme est leur reine [tamlikouhoum] : elle est comblée de tout [outïate min koulli chaïe], possède un trône magnifique [archoune âdîme]
24. J'ai trouvé qu'elle et son peuple se prosternent devant le soleil en place de Dieu. Satan leur pare leurs actions et les détourne du chemin, de sorte qu'ils ne se dirigent pas bien ".
25. - Quoi ! ne pas se prosterner devant Dieu qui met au jour ce qui est caché aux cieux et sur la terre, et connaît ce qu'ils cèlent et ce qu'ils publient
26. Dieu - il n'est de dieu que Lui -, c'est Lui le seigneur du Trône souverain [al-archi l'âdîme].
27. Sulaïmâane dit : " Nous verrons si tu dis vrai ou si tu n'es qu'une menteuse effrontée
28. pars avec ce mien écrit, et lance-le-leur, et puis prends quelque distance et observe leur réponse. "
29. Elle dit : " Conseil, il m'a été lancé un écrit généreux
30. "C'est de la part de Sulaïmâane et c'est au nom de Dieu, le Tout miséricorde, le Miséricordieux :
31. N'allez pas vous croire supérieurs à moi. Venez à moi faire votre soumission [muslimîne]." "
32. Elle dit : " Conseil, éclairez-moi sur ma décision. Je ne trancherai rien qu'en votre présence "
33. Ils dirent : " Nous sommes détenteurs d'une force et d'une puissance redoutable. La décision te revient. Vois toi-même que décider "
34. Elle dit : " Les rois quand ils envahissent une cité, y font grand dégât, et réduisent les Honorables citoyens parmi son peuple à la vilenie (adillah]. " - Ils en usent ainsi
35. c'est pourquoi je leur dépêche un messager avec un présent, puis j'attends pour voir ce que rapportent les messagers "
36. Quand le messager vint à Sulaïmâane, ce dernier lui dit : " Vous me feriez largesse d'argent ? Mais Dieu m'a donné davantage qu'à vous ! À vous plutôt de faire bombance avec votre présent !
37. Toi, retourne aux tiens. Je jure de les assaillir avec une armée à laquelle ils ne peuvent faire face, et de les expulser de leur cité, avilis et humiliés [adillah] ! "
38. " Conseil, dit-il, qui va m'apporter son trône avant qu'ils ne viennent à moi soumis ? "
39. Un djinn redoutable dit : " Je vais te l'apporter avant que tu ne te lèves de ta place, et je suis aussi sûr que fort "
40. Celui qui avait une connaissance du Livre dit : " Je te l'apporterai avant que tu n'aies cillé. " Quand Sulaïmâane eut vu le trône bien en place auprès de lui, il dit : " Cela n'est dû qu'à la grâce de mon Seigneur, aux fins de m'éprouver : serai-je reconnaissant ou ingrat ? Qui témoigne de gratitude ne le fait que pour lui-même, qui témoigne d'ingratitude… mon Seigneur est Suffisant-à-Soi, Généreux "
41. Il dit : " Transformez-lui son trône. Nous allons voir si elle va se guider ou si elle fait partie de ceux qui ne se guident pas "
42 quand elle fut venue, il lui fut dit : " Ton trône est-il bien ainsi ? "
- " On dirait que c'est lui ", répondit-elle. " Mais nous avions été dotés de la science avant elle, étant déjà musulmans (ou de Ceux-qui-se-soumettent)
43. tandis qu'elle trouvait un obstacle en cela qu'elle adorait en place de Dieu, appartenant à un peuple de dénégation. "
44. - On lui dit : " Entre dans le palais. " À sa vue, elle crut voir une nappe d'eau profonde et dénuda ses jambes. Sulaïmâane dit : " C'est un palais lissé de verre. " " Mon Dieu, dit-elle alors, j'étais inique envers moi-même. Avec Sulaïmâane je me soumets à Dieu, Seigneur des univers. "
(Traduction de Rédouane Abouddahab)

Mohamed Diab
Etienne Duval
Latifa Lemrani

 

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Par Duval Etienne
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Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 08:50

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La grotte de Cana


 

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Le jour où le Christ fit sa révolution

 

Il comprit qu’il devait commencer par libérer l’homme du Dieu qui l’asservit

 

 

Le Christ était fatigué ;  sans cesse les malades le harcelaient pour obtenir leur guérison, d’autres se pressaient pour être témoins d’un miracle, d’autres encore voulaient simplement écouter sa parole. Et puis il y avait les pharisiens et les scribes qui cherchaient à le prendre en défaut, craignant qu’il ne jette le trouble au sein d’un peuple toujours insatisfait.

 

Le besoin de se reposer en dehors de la Palestine

  Jésus décide donc de prendre quelques jours de repos en dehors de la Palestine. C’était une époque où l’on marchait beaucoup. Il traverse la frontière, passe sans doute une nuit dans la grotte de Cana (à l’intérieur du Liban actuel) et se dirige avec ses disciples sur Tyr et sur Sidon (Saïda). Ce sont des endroits que j’ai souvent traversés au cours d’actions humanitaires au Liban.

 

Tout à coup, une femme, originaire de la région, interpelle le maître : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon ». Jésus, qui cherche à passer inaperçu, ne répond rien.

 

Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël

  Les disciples agacés par les cris de la femme supplient Jésus de faire quelque chose. Il ne veut pas et leur répond : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Témoin de la scène, la femme se prosterne et insiste pour que Jésus vienne à son secours. Sans doute ne peut-il pas comprendre les tourments qu’elle est obligée de supporter, jours et nuits, avec une fille à moitié folle.

 

Jésus pourtant ne s’intéresse pas à la fille ; il sait inconsciemment que tout vient de la mère. Il lui dit : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ».

 

Le système des maîtres et des esclaves

  Puisque Jésus la provoque, la femme le provoque à son tour : « C’est vrai, dit-elle, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table des maîtres ». Elle attire son attention sur le système à l’intérieur duquel il s’est enfermé. En ne voulant être que le serviteur du Dieu d’Israël, il divise le monde en deux parties : Israël où sont les maîtres et toutes les autres régions où sont les petits chiens. C’est une insulte à Dieu Lui-même : Il n’est pas vraiment Dieu pour tout le monde.

 

La révélation du vrai Dieu

  Jésus ressent la contradiction dans laquelle il se trouve et c’est la Cananéenne qui le renvoie au vrai Dieu. Instinctivement, il revient à la Révélation du Mont Sinaï (Ex. 3). Dieu s’est d’abord présenté sous la forme d’un buisson embrasé qui ne se consume pas : autrement dit il se sacrifie, c’est-à-dire il fait sa place à l’autre, sans se détruire. Il appartient à son être même d’être un libérateur pour quiconque. Puis il ajoute à Moïse : « Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ». Une telle affirmation pourtant ne saurait le définir comme Dieu. C’est pourquoi il précise : « Je suis celui qui est (ou « celui qui suis » ou encore « Je serai qui je serai »). Ce faisant il se présente comme l’horizon de toute vérité, celui sans qui il n’est pas de vérité possible.

 

Sans le vouloir Jésus a confondu Dieu avec la relation qu’il entretient avec Israël, et en a fait ainsi la propriété d’un seul peuple. Dieu est au-delà du Dieu d’Israël, même s’il s’est manifesté à ce peuple. La Cananéenne sollicitait, pour sa fille, une guérison de Jésus. Or c’est elle qui vient de le guérir, faisant ainsi le premier miracle et non le moindre : elle l’a libéré du Dieu qui asservit l’homme.

 

Du Dieu qui asservit au Dieu qui libère

  Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver en ce qui concerne Dieu. Il faut bien le reconnaître, le Dieu annoncé aux hommes est, très souvent, un Dieu qui asservit et il asservit d’autant plus qu’il est présenté comme le Dieu qui libère. Jésus lui-même a dû faire sa révolution sous la pression d’une femme. Il sait maintenant que sa vocation doit d’abord l’amener à libérer les hommes du Dieu qui les asservit pour laisser la place au vrai Dieu qui libère.

 

Pour le signifier, il s’adresse à la Cananéenne en lui disant : « O femme, grande est ta foi ! » Il se range lui-même dans l’axe de cette foi, qui refuse un Dieu faisant des hommes de petits chiens et des esclaves au service des maîtres. Aussi renforcée dans sa conviction, la femme comprend qu’elle a  elle-même asservi sa fille, comme le font les maîtres à l’égard des esclaves. Jésus la renvoie alors à son vrai désir : « Qu’il t’advienne selon ton désir ! » Et aussitôt la fille est guérie parce que la mère s’est libérée d’un amour qui étouffait celle qu’elle croyait aimer.

 

Guérison de la fille d’une Cananéenne

 Mt 15:21-

En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.

Mt 15:22-

Et voici qu'une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : " Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. " Mt 15:23-

Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s'approchant, le priaient : " Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. "

Mt 15:24-

A quoi il répondit : " Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. "

Mt 15:25-

Mais la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : " Seigneur, viens à mon secours ! "

Mt 15:26-

Il lui répondit : " Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " –

Mt 15:27-

" Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! "

Mt 15:28-

Alors Jésus lui répondit : " O femme, grande est ta foi ! Qu'il t'advienne selon ton désir ! " Et de ce moment sa fille fut guérie.

 

Etienne Duval

 

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